Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écrits
L’hisloire de la prédication évangélique dans les premiers siècles du moyen-àge est, en quelque sorte, l’histoire de la barbarie. Il faut remonter jusqu’aux premiers temps de l’Église, pour trouver l'éloquence dans la bouche de ses pasteurs. Encore est-ce à la vieille civilisation des Grecs , rajeunie, il est vrai , par l’esprit chrétien, qu’appartiennent les homélies de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze , de saint Jean-Chrysostome. Ces derniers représentants du génie ancien n’eurent pas la gloire de propager l’éloquence et le goût avec autant de succès que la foi ; mais il est juste de dire que leur modestie ne rechercha jamais un triomphe qui aurait pu sembler personnel. Quant à leurs contemporains , s’ils les admirèrent , il ne songèrent pas à les imiter.
î PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE.
Dans ce temps-là , les évêques ne confiaient à personne le soin de parler aux fidèles et de leur expliquer l’Écriture. Ils s’acquittaient eux-mêmes de cette tâche , sans apprêt et sans emphase. Us commentaient le plus souvent les versets du texte sacré les uns après les autres et le livre à la main , comme on le faisait encore, long-temps après, pour les textes profanes, dans les chaires des Universités. Cette méthode se prêtait peu aux mouvements oratoires ; aussi voit-on une simplicité voisine de l’indigence jusque dans les sermons de saint Augustin , dont les ouvrages sont pourtant d’une beauté si achevée.
On peut dire que , dès le V” siècle , les derniers vestiges de l’éloquence sacrée avaient disparu. « Tout Je «savoir de ce tem^ » , dit un auteur, « con.sistoit à «connoître, si l’on peut parler ainsi, le squelette de «l’Écriture et quelques livres des Pères; mais on «manquoit de critique et de goût; le raisonnement «étoit presque banni ; on se contentoit d’une érudition «sèche, sans liaison, sans développement, sans jus- «tesse.... Quelques jeux de mots, des allusions peu » naturelles , des rimes aft’ectées déparoient les sermons «de ce tems. C’étoit un goût gothique qui commennçoit à se répandre dans l’empire que les Barbares «avoient démembré. Depuis cette époque, ou voit la a corruption du goût s’étendre déplus en plus. Les .ser- » mons du VP siècle et de ceux qui suivent n’oiTrent «qu’un tissu de textes rangés de file , assaisonnés «de figures froides, d’allégories outrées, de fausses
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