CHAPITRE PREMIER
n subtilités, de fausses pointes. Il n'y a nul principe » d’établi , aucun fond de doctrine; il semble que l’ora- »teur, au lieu d’étudier sa matière, ait cru qu'il suf- » flsoit d'en toucher l'écorce , se laissant aller à tous les wécartsd’une imagination déréglée, ridiculeetbisarre*. »
Saint Bernard échappa presque seul , par la force de .son génie, à une si funeste contagion. Il sut toucher les papes et les rois ; mais il dut en partie l’éclat dont il brilla au contraste que faisait son éloquence véhémente et persuasive avec le mauvais goût de saint Fulbert de Chartres, d’Hildebert du Mans, de Pierre^ de Blois , et des autres fameux prédicateurs de son temps. Trop supérieur à son siècle pour faire école, il passa, si l’on peut dire, comme un météore.
Le moyeu-âge eût peut-être dormi long-temps dans la torpeur dont l’abbé de Glairvaux n’avait pu le tirer, si l’hérésie n’était venue à relever la tête; mais, en menaçant de conquérir l'Europe, elle força les soutiens de l’Église à se mettre en état de défense.
Saint Dominique comprit, le premier, combien il était nécessaire de réformer l’eloquence sacrée , pour que la parole de Dieu portât ses fruits. Il ne voulut s’en rapporter à personne du soin d’e.xécuter sa pensée, et il se mit courageusement à l'œuvre (120G). Dans des circonstances semblables à celles où s'étaient trouvés les Pères, il comprit qu’il devait prendre ces saints hommes pour modèles. Il ramena donc la prédication à
• J. Romain .loly, Hiitl. de la prédication, p. ÏIO ( Am.styrtlam , l'fll).
PRÉDICATIONS DE SAVON A ROLE
l’explication de* l’Écriture , et recommanda de ne plus scinder.de ne plus défigurer les textes sacrés. S’il crut nécessaire d’innover par quelque endroit , ce ne fut qu’en donnant plus de place à la polémique et plus de rigueur à la démonstration. Mais tel était l’oubli du passé, que reprendre les armes si bien trempées des premiers docteurs parut aux peuples une surprenante nouveauté.
Presque en même temps, saint François d’Assise concevait la même pensée que saint Dominique, et fondait, comme lui, un ordre religieux pour la réaliser. Toutefois ces deux réformateurs ne prétendirent point tenir école d’éloquence. Persuadés qu’en des temps si corrompus il était plus nécessaire de prêcher d’exemple que de parole , quand ils voyaient leurs disciples suffisamment pénétrés de la sagesse divine , ils les croyaient propres à en.seigner les nations.
Ils avaient jugé leur temps avec une perspicacité peu commune : c’est parce qu’on tenait les nouveaux prédicateurs pour des saints, que les fidèles se groupèrent en foule autour d’eux, et non parce qu'on admirait en eux des talents auxquels ils mettaient si peu de prix. On peut voir d’ailleurs , par les .sermons de saint Antoine de Padoue, qui avait entendu la parole des maîtres et qui dut en être un écho iidèle.que l'art oratoire était encore dans l’enfance. « Des sermons de Bsaint Antoine de Padoue » ,dit Tiraboschi, « on peut «conjecturer que tous ceux de ce siècle, en général , ne «sont composés que de divers passages de l’Écriture