‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 11 sur 97 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

CABACTÈIIK ALLÉGOBIQDB nES rBÉDICATIOHf DE iATOEAEOl.E.

Quoique Savonarole passe tour à tour, dans ses sermons, du dogme à la politique, de la réforme des mœurs à celle de l’Église , des plus sublimes élans de l’amour divin aux plus vulgaires nécessités de sa défense personnelle, il n’est pas impossible de les rattacher tous à une idée commune qui en fait l’unité. C’est partout et toujours au moyen des Saintes Écritures et de l’interprétation qu’il en donne, que Jérome loue ou blâme, menace ou bénit, attaque ou se défend. Il ne se bornait point à les prendre dans le sens littéral, pour faire ressortir les beautés et les leçons qu’elles contiennent dans l’ordre moral et religieux. Persuadé que toute vérité, que l’histoire du monde entier et de tous les siècles est contenue dans les Livres Saints, sa plus vive préoccupation fut d’en bien comprendre le sens mystérieux. Dieu avait voulu évidemment faire plus que de raconter les vicissitudes d’un peiqile qu’il châtiait si rudement; et , quand il daignait parler au monde, c’était à tous les âges qu’il s’adressait. Mais il n’était pas raisonnable d’admettre que l’intelligence la plus vulgaire et la moins préparée put saisir, par une .simple lecture, toute la pensée de l’Étre infini.

Pour être digne d’entrer dans la pensée du Seigneur,

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GHAPmiK THülSIÈME.

il fallait donc une longue et sérieuse préparation : non pas celte étude des sciences et des auteurs profanes par laquelle presque tous les prédicateurs commencent , et qui les met, pour la plupart, hors d’état d'entrer dans le sanctuaire ; mais la foi en Dieu qui veut être prise simplement, la foi qui élève l'homme vers son Créateur et le met au-dessus de ce monde. Or, si la foi nous rend capables de saisir, malgré notre infirmité , la pensée du Dieu tout-puissant qui échappe aux plus doctes, elle a donc des lumières surnaturelles qui lui sont données en rémunération du mérite qu’il y u de croire avant de comprendre. C’est seulement par ces lumières, méprisées des maîtres du monde , qu’on peut espérer de parvenir à l’intelligence de l’Kcriturc. Pour les obtenir, il faut s’humilier dans la prière , s’absorber dans la méditation. En recoinpense-de ce double effort. Dieu envoie à ceux qui le font d’un cœur simple et pur l’extase, qui est un état supérieur où l’homme voit pour un moment la divinité face à face, et est admis à lever un coin du voile qui lui cache la suprême vérité.

C’est pourquoi Savonarole , qui se rangeait parmi ces élus du Seigneur, donne à rEcriturc un sens allégorique. La condition de l’allégorie , ou de ce qu’il appelle de ce nom , est triple à ses yeux : il faut d’abord admettre le sens littéral et non figuré des mots et des récits des Livres Saints; en second lieu , ces mots et ces récits ont une signification élevée et prophétique , qui permet à ceux qui la saisissent de pre.ssentir les évènements futurs et de les prédire; enfin , tout ce que dit l’Écriture

PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE

est merveilleusement disposé pour persuader ' : les passages , en effet , qui pourraient sembler obscurs , s’expliquent par d'autres plus clairs, et le tout forme un ensemble parfait.

Cette distinction entre le sens littéral et le sens mystique n'appartient pas à Savonarole. Les scolastiques* et , avant eux , saint Augustin , l’avaient faite avec beaucoup de précision. Ce qui appartient au docteur dominicain, c'est d’avoir supposé qu’il était besoin de lumières

• « Non hoc casu factum dici potcst, ciiiii nihil in liis dissonuni, nihil irapcrlincns, niliil distracluni inveniatiir, sed omnia pari U'iiore a suprcmo ad miniiniitn |>cnitus concordent : quodquo obscure in aliquo loco tactum est, aitertc in alio declarctur, ita ut univorsa Sacra Scriptura se ipsam aperiro plane videatur....

» Quamobrcin huic soli Scriptiiræ allegorica competit expositio; quia ea sola a Deo, et a supercœlesti luiiiiiie eiuanavit. .\llef!oriain aulem dicimus non fabulosaui interpretationeni more poelarum (nam et nos parabolas cxponimtis, ncc inde allegoriam sumimus) sed sensurn parabolicum et lilteralem vocamus, cum in fabula et in |)arabola non sit intentionis nostræ ea significaro , qu.-c voccs ipsæ per se sonant, sed ea dmitaxat, quæ pcrconcepta sub ipsis vocibus intelligunliir. .\llegoricum autetii sensurn eum apix-llamus, qui bæc tria bal^t, ut scilicet primo juxta vocum significationem bisloria niera tam dictorum quam gcstoruni et narratorum absipie figmento demonstretur ; secundo quod [icr ea qua' gesUi sunt futurorum aliquod aliud signilicetur i tertio quod e.adem gc.sta fuerint ad insinuandum optitne coagmentata. Ex quibus patel quod talem continentiara et seriem nulla contexere potest disciplina; sed solus Deus, cujus inllnita providentia circa futura non fallitur. » ( Triumphus Crucis, lib. 2, cap. 8. — Rome, .sans millésime. )

* V'oy. Thurot, De l'unjanisalion dv renseiijnemenl dans ITiii- )'ersité de Paris au moyen-dge (Paris, I8.SO), p. 1.19.

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