‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 12 sur 97 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

surnaturelles , de la grâce en un mot , pour saisir le sens de l’Écriture Sainte ; mais c’est surtout d’avoir cru et enseigné que, dans le sens mystique, les Livres Saints s’appliquent non seulement aux faits généraux de l’histoire , mais aussi aux faits particuliers de diverses époques , suivant qu’on sait rapprocher et combiner les textes , grâce à des lumières que tous les hommes n’ont pas. De même que, dans les Prophéties et les Psaumes, on trouve clairement après coup l’histoire du Christ, qu’il eût été facile à des yeux clairvoyants de lire et de comprendre avant la venue du Messie , de même l’histoire des nations est écrite dans ces livres sublimes, et Savonarole croyait avoir reçu de Dieu la mission d’y déchiffrer la page de Florence et de son temps. Un pareil travail ne se peut faire utilement, suivant lui , et sans manquer à la vérité , qu’à la condition de ne rien dire de contraire à la Foi , aux moeurs , à la saine raison , et d’avoir assez de perspicacité pour dégager le sens littéral et pour ne pas forcer l’interprétation du texte. Le docteur qui , avec l’aide de Dieu , s’est tiré heureusement de ces difficultés, peut espérer de saisir le sens mystique et prophétique des Livres Saints. - ^

On voit sans difficulté ce qu’un tel système a de forcé et de faux. Que tous les faits particuliers de l’iiistoire • soient contenus dans l'Écriture, c’est une hypothèse | qui ne s’appuie sur rien et n’a d’autre fondement que ' l’admiration que ces livres inspirent. L’interprétation , n'étant soumise à aucune règle précise , permet à deux

PRÉDJCATIONS DE SAVOXAKOLE.

' docteurs d’entendre différemment les mêmes passages , et cela ne manqua pas d’arriver. Un seul, pourvu qu’il eût de l’imagination, trouvait plusieurs sens au texte qu’il développait, et il n’esl pas rare de voir Savonarole, après avoir explique d’une certaine manière quelques lignes de l’Écriture, avertir ses auditeurs qu’il va en faire ressortir une et quelquefois deux autres applications tout-à-fait différentes. Dans ces termes, le système de Jérôme rentre dans le domaine de l’imagination et de la fantaisie, et n’a plus rien de scientifique. La vraisemblance des interprétations ne prouve qu’un peu plus de bonheur dans la rencontre des textes, ou un plus heureux effort d’un esprit ingénieux pour rencontrer une allégorie plausible.

Ce système souleva une grande opposition parmi les docteurs de l'Église catholique; et si quelqu(!s-uns en subirent l’influence, il ne trouva chez les orthodoxes que peu de partisans. Ce fut aux différentes sectes protestantes qu’il était réservé d’en faire une large et fréquente application. La Bible étant pour elles la source de toute vérité, les réformés , luthériens, calvinistes , presbytériens et autres , eurent toujours un texte tout prêt pour justifier les plus insignifiantes , les plus contradictoires et quelquefois les plus criminelles de leurs actions et de leurs paroles. I/interprétation de l’Écriture descendit pour lors des hauteurs où Savonarole l’avait placée , à l’abri du profane vulgaire. Luther voulut s’en rapporter au bon sens et à l’intelligence du commun des hommes du soin de lire , de commenter.

Page 1