‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 16 sur 97 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

» nourrit , élève , défend ses poussins ! Voyez que de «fatigues le marchand supporte dans ses voyages pour «l'amour qu’il porte à la richesse! O peuple de Flo- »rence, si je m'épuise dans cette chaire, c’est que je «suis embrasé d’amour et de charité ; c’est que je vou- | »drais vous communiquer cet amour, afin de vous J » mettre en paix avec Dieu et avec vous-mêmes. Écoutez » donc mes conseils ; ne restez pas sourds à mes prières : 1

«aimez Dieu; dévouez-vous à la République; faites i «une réforme telle que personne ne puisse plus vous ' » ôter les biens que Dieu vous a donnés. Pour faire de » l’opposition à une cause si sainte, il faut être un pernvers ou un fou. Allez annoncer par toute la ville ce > «que je vous ai dit ce matin. Je dis que personne ne «pourra résister à la volonté de Dieu. Je dis que la » volonté de Dieu est que Florence soit gouvernée par » le peuple et non par des tyrans. Personne ne peut » nier cette vérité. Si je vous en impose, je suis prêt à » rendre mes comptes à Dieu , quand viendra le jour du «jugement. J’ajoute, et je le parierais sur ma tète, «j’ajoute que Dieu appesantira son bras sur ceux qui re- » fusent de croire à mes paroles. Vous pouvez l’annoncer «partout, car le Seigneur a prêté l’oreille ut audirel ngemilus compedilorum et solveret filios inleremploruin.

» Dieu châtiera ceux qui s'opposent à ses volontés , leurs «fauteurs et toute la cité avec eux. Obéissez donc tous «à la voix de Dieu: malheur à qui fera résistance! «Quanta toi, Florence, si tu fais la volonté du Sei- «gneur, tu seras plus glorieuse que jamais , tu seras

PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE

»la cité de Dieu, qui est béni in secula seculurum. » Amen * . »

S il y a de plus concises et de plus brillantes allégories dans les serinons de Savonarole, on en trouverait difficilement une plus importante et qui fit mieux sentir les avantages et les vices de ce genre de prédication. Les rapports que l’orateur, j’allais dire le poète, découvre entre la Révolution de Florence et la Création du inonde sont évidemment un pur produit de sa fertile imagination. Il est bien certain que l'auteur de la Genèse ne pressentait pas ces rapports, et que le texte sacré ne serait pas plus torturé si on voulait l'appliquer à quelque autre révolution de l'antiquité ou des temps modernes. Faudrait- il croire que la Création en six jours , c’est-à-dire en six époques ou six phases , est la figure de tous les cataclysmes politiques? La variété des phénomènes qu’ils présentent et leur inégale durée font rejeter celte hypothèse , outre qu’une telle interprétation serait contraire à celle que tous les docteurs ont donnée. Enfin Savonarole aurait-il fait arbitrairement choix de cette figure? Il resterait , dans ce cas , à savoir si la comparaison est juste; mais, le fût-elle, n’y eùt-il rien de forcé dans les rapports que l’orateur prétend établir, l’ailegorie n’en aurait pas moins perdu toute son importance. Si c'est , en effet , le prédicateur qui va choisir son sujet de comparaison; s’il ne lui est pas imposé par une analogie évidente et par la vérité, l’au-

> IK' Pred.top. Àggœo , décembre H94. (Ven. 1544, f» 136 v«. }

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