CHAPITRE TROISIEME
torilé de sa parole ne dépasse pas celle de sa personne. . CuJiiment serait-il fondé , pour lors , à affirmer que ce j qu'il dit vient de Dieu?
Savonarole ne crut point être dans ce cas. L’habitude 1 de pâlir chaque jour sur les Livres Saints, au lieu d’éclai- | rer son esprit , le couvrit d’un nuage au travers duquel il voyait tout: il crut sircèrement à une connexion intime et nécessaire entre les six jours de la Création et la Révolution de Florence, soit que l’auteur de la Genèse eût ^ en vue ces faits particuliers ou tous les faits de même nature, soit qu’il vît dans la Création le type et le modèle de tous les cataclysmes physiques et sociaux. 11 est probable que Savonarole s’arrêta à cette dernière ' hypothèse , moins inadmissible , à tout prendre, que la précédente; mais les Florentins prirent le change, et il ne s’empressa pas de les détromper. Il avait répété maintes fois que l’Italie était , dans les temps modernes, la fille aînée de Dieu , et que le Père éternel la destinait à être flagellée la première , pour donner ensuite l’exemple au monde ; il ajoutait d’ordinaire que , |
Florence étant le cœur de l’Italie, c’était laïque la , rénovation devait commencer. Ce peuple put donc de , très -bonne foi se croire appelé à remplir, dans la société nouvelle, le rôle que tinrent dans l’ancienne > ces Juifs en vue de qui Dieu faisait tout; il s’imagina que le premier chapitre de la Genèse n’était qu’une i image des grands évènements qui s’accomplissaient dans son sein , et dont l’éclat devait rayonner sur tout l’univers. Savonarole dut bien voir cette méprise; mais
PRÉDICATIONS DE SAVONAHOLE.
elle favorisait ses desseins , et comme elle ii’ofTrait aucun danger sérieux , il ne fit rien pour la dissiper.
Mais, quoique tel soit ordinairement le caractère de l’allégorie dans ses prédications , quoique ce soit le seul qui corresponde exactement à sa manière d’expliquer l’Écriture , il savait souvent se borner à tirer de son texte une leçon générale , et à n’en trouver l’application que dans les faits qui appartiennent également à tous les siècles, parce qu’ils proviennent de penchants communs à tous les hommes. S’il était permis de comparer ce que raconte l’Écriture et ce qui se passe dans le monde à une comédie , — et le titre que Dante a donné à son immortel poème autorise cette hardiesse, — on pourrait dire que certaines allégories de Savonarole sont la comédie politiijue et de circonstance , comme la fit Aristophane , et que les autres , où il reproduit quelquesuns des traits généraux de l’humanité, sont la comédie de caractère, comme celle de Molière. Voici un très-bel exemple de ce genre; il échappe aux objections que le premier soulève, quoiqu’on puisse y trouver encore des interprétations trop arbitraires et trop peu justifiées :
« Dies mei relociores sunt cursore. Mes jours s’écou- »lent plus rapidement que ne marche un courrier, » quand il porte les lettres. Ici, Job veut comparer la vie »à un courrier qui suit sa route en courant. Examinons » un peu cette comparaison , et voyons si nous sommes «semblables à ce courrier. De quoi a-t-il besoin dans «son voyage? Il lui faut de bonnes jambes pour faire U de Mides marches, de bons souliers pour éviter le mal