CHAPITRE OCATRIÉME
ces siècles agités, et qui devait aboutir, dans le XV®, à 1 la menaçante demande d’un concile général , et dans le XVI® à la réforme, dut avoir ses prophètes chargés ; de sonner l’alarme et d’indiquer aux honnêtes gens indignés le but oü devaient tendre leurs efforts. Tels furent , à la fin du XII® siècle , l’ahhé Joachim de Floris, ! et sainte Brigitte au milieu du XIV®. L’un maintint avec énergie la tradition prophétique et sa nécessité; l’autre réclamait à grands cris un concile géuéral : tous les deux s’élevaient avec beaucoup de force, mais avec un égal insuccès , contre les vices de leur temps , et en particulier de la cour de Rome. Précurseurs éloquents de l’idée de réforme, ils furent malheureusement dépaysés au milieu de générations qui ne pouvaient voir aussi loin qu’eux. Leurs paroles les feront mieux connaître que tout ce qu’on pourrait dire. .
« L’Église romaine » , dit Joachim de Floris, « est un \ » figuier dont les feuilles servent à des ceintures pour «couvrir les nudités de l’Ève et de l’Adam de Rome :
» c’est la femme assise sur la hète , se prostituant à tous nies princes. Cette Église charnelle s’enorgueillit comme » la mère et la souveraine de toutes les autres Églises ; «elle ne voit point la honte de son veuvage. De même » que, dans sa vieillesse , Salomon s’attacha aux idoles ,
»de même l’Église décrépite est devenue idolâtre. Élle »se revêt, avec ses courtisans corrompus, d’écarlate,
■ de pourpre et de fin lin ; dans sa jactance , elle a oublié «Dieu et recouru au mensonge. Souvent les apôtres de » vérité l’ont exhortée, en invoquant surtout l’Écriture,
üi PRÉDICATIONS DE SAVONAHOLE.
i)à rejeter loin d’elle le butin et les vices de la terre; B mais elle a toujours bouché ses oreilles , et elle préfère » se précipiter dans le danger que de songer à son salut. » — Les ecclésiastiques modernes sont comme Aaron , » qui fabriqua au peuple le veau d’or ; nul n’est élu pape » qui n'ait d’abord fléchi le genou devant les idoles. Ils «feignent la repentance, mais la face de leurs cœurs » est plus dure qu’un rocher. Ils se dégradent et se souil- » lent presque tous par la sodomie ; plus intense et plus ' » générale encore est la honteuse simonie. Les vicaires » nouvellement fabriqués de Jésus-Christ ne s’inquiètent » nullement de l'encens et de la myrrhe; ils ne rccher- » client que l’or. A peine si l’on y reconnaît encore la » moindre trace de l'Lglise apostolique ; nul ne cherche » la consolation et la force dans les Saintes Écritures ; » les moines eux-mêmes n’ont conservé de la vie monas- » tique que le vêtement. La sensualité, la sécurité, )) l’avarice et la vanité ont envahi également la société » laïque ; l'Église entière , pareille à Judas , a trahi Jésu.s- » Christ et ne produit point les œuvres de la Foi. Et, j B parce qu’elle est endurcie au mal , le Seigneur réveil- » lera ses prophètes , afin qu’ils brisent avec le marteau «de la prédication l’orgueil des prélats, l’avarice des » clercs et la volupté des laïques. Mais si grande est la «grâce du Seigneur, que de même qu’il s’est conservé » une Jérusalem au milieu de Babylone, une troupe qui B ne fléchissait point le genou devant Baal , de même en I «ces derniers temps surgiront , dans l'Église universelle « des aunonciateursévangéliques , des hommes puissants