CHAPITRE QUATRIÈME
CiatCTtBE rROpnÉTIQVE DEI PEÉUICATIOES de iAVONAROLE.
On a vu , dans le chapitre précédent, que la prophétie entrait pour beaucoup dans le sens allégorique attribué par Savonarole à l’Écriture. Ce point de vue n’était pas une nouveauté dans l’Église : l’Ancien Testament est rempli de prophéties. Il est vrai qu’ayant toutes pour but d’annoncer aux peuples les malheurs de Jérusalem ou la venue du Messie, ces prophéties semblent sans objet dès que le Fils de Dieu est venu porter aux hommes la parole de son Père, et l’on croirait volontiers qu’à partir de ce moment , l’esprit prophétique dut disparaître. Mais, loin de là, Jésus lui -même était , pour ses disciples , un prophète puissant par le verbe et par l’action *. Ce qu’il annonçait aux nations, le premier devoir des dépositaires de sa doctrine était de l’annoncer après lui. C’est pourquoi, est-il dit, le témoignage de Jésus est l’esprit de prophétie ».
Il était donc dans le génie du christianisme de ne pas rejeter cet esprit , sous prétexte que les temps étaient arrivés. Les hommes ont toujours besoin qu’on leur
* E Ta TTtp'c Iriaoîi toü Na^upaiou, 0( iyittta àvr.p -rpofrirrie, (tuvatot r» tpyu xai Xoyu inayrtox toü 0«oü xai itavrès toü Xaoü. » Luc XXIV, 19.
* « Testimonium oniœ Jesu est spiritus prophetiæ. ■> Àporatyps., XIX, 10.
PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE
porte la parole de Dieu , et la religion du Christ avait mission de la propager. Aussi les plus grands docteurs des premiers siècles de l’Église ont-ils admis la continuité de l’esprit prophétique dans son sein *.
Sans doute , le don de prophétie ne se transmet pas, pour ainsi dire, de génération en génération, et tous les hommes ne vivent pas en un temps où Dieu fait directement retentir sa parole à leurs oreilles. Mais la tradition prophétique ne se perd pas dans l’Église , et ceux qui n’ont pas entendu par eux-mèmes s’instruisent par les récits de leurs pères. Dieu a soin seulement que ceux qu’il charge de porter sa parole viennent à des intervalles assez rapprochés pour raviver la sainte flamme avant qu’elle soit entièrement éteinte. Aux jours de corruption et de danger, lorsqu’un peuple chrétien perd de vue son origine et sa fin , c’est la prophétie qui lui rappelle d’oü il vient et où il va, et qui l’avertit des marques que Dieu donnera bientôt de sa colère , afin que personne ne soit tenté de les prendre pour de simples accidents de la nature physique.
La corruption universellement répandue au moyenâge, parmi ceux-là surtout qui auraient dû donner à leurs semblables l'exemple de toutes les vertus, rendait nécessaire le témoignage de la vérité par voie de prophétie. Le mouvement qui se fit dans l’Église pendant
' Nous nous en rapportons sur ce point h l’autorité de M. Rudelbach, qui le prouve par une foule de textes empruntés aux Pères et aux docteurs. — Voy. Uieronymu» Savonarota und seine zeit (in» part., cap. I : L'eber die prophetisclic Gabc Savonarolas ).