CHAPITRE SIXIEME
narole n’otant qu’un péripatélicien , disciple fidèle d’ Aristote et de saint Thomas , exposer ses doctrines , ce serait exposer celle de ses maîtres. Tout ce que nous pouvons dire sur ce sujet trouvera naturellement sa place dans l’analyse des écrits de notre auteur. Les livres qu’il publia lui-même sont, en effet, la seule partie de ses œuvres où il ait donné à sa pensée une forme définitive et exempte des redites inséparables de l’improvisation. Ce qu’on cherche ici , c’est de dégager la personnalité de Savonarole , alors même qu'il suit les traditions métaphysiques ou théologiques de l’École , et de montrer comment il a su rajeunir quelquefois, par l’éclat et l’originalité de la forme , les plus vieilles questions.
Si Jérôme appela souvent la philosophie à son aide , il cédait sans doute à une ancienne habitude , conservée par tous les prédicateurs de son temps ; mais il eut un motif plus sérieux, qu'il nous fait connaître : c’est la nécessité de parler leur langue à certains esprits trèsversés dans la philosophie d’Aristote et de Platon , et peu familiers avec la théologie , qu’on délaissait alors pour ces deux grands auteurs. 11 voulait s’adresser à toutes les classes de la société , et il craignait , par un langage trop constamment simple et à la portée de tous, de rebuter ceux qui ne se rendaient qu’à des raisons d’un ordre plus savant, sinon plus élevé. Mais, à part cette concession faite au désir du succès, il était persuadé qu’il fallait expo.ser simplement les vérités de la Foi , puisipie les cœurs simples sont ceux que Jésus-
PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE
Christ préfère. Il allait même plus loin : il aurait volontiers laissé le meilleur raisonnement pour une épreuve judiciaire , pour le jugement de Dieu. Le motif de cette préférence dont on s’étonne , venant d’un homme éclairé, était sans doute la certitude de faire par là cent fois plus de conversions ; mais fallait-il tant accorder à la souveraineté du hut ?
«Ne vois-tu pas, s’écrie l’orateur, que lorsque tu «veux attirer la Foi sur le terrain de la philosophie et »de la logique, tu l’abaisses et tu l’avilis? Prends la
«Foi simplement et crois de même Ces sciences sont
«bonnes, dans l’occasion, pour répondre aux obstinés «qui se refusent à croire , si on ne les persuade par des «raisons très-puissantes. S'il m’arrive d'emprunter des « arguments à la philosophie naturelle , ce n'est pas «pour vous enseigner la philosophie , mais pour réfuter «les incrédules et les convaincre par l’autorité de la » raison. Comment faisaient les apôtres et les martyrs? B Ils n’étaient armés ni de logique ni de philosophie... » Ilélénus , évêque d'IIéliopolis , ayant appris qu'un B hérétique persistait obstinément dans ses opinions , et «voyant qu’il n’y avait pas d’autre remède, s’écria: B Allumons ici un grand feu et entrons-y ; le feu brûlera «celui de nous deux qui est dans l’erreur. Le feu » allumé, l'hérétique vit l’évêque y entrer .sans hésiter, » s’y asseoir tout au milieu et chanter des laudes pendant « une demi-heure. Comme il n’osait pas en faire autant, «le peuple le .saisit et allait le précipiter dans les tlam- «mes; mais l'évêque s’y oppo.sa. Ainsi, l’hérétique se