‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 41 sur 97 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

» rôtit un peu les cotes , se brûla les cheveux , mais ce «fut tout. Quand la Foi ne peut se défendre autrement, »il faut en venir à ces jeux-là < . »

On a vu , par l'épreuve du feu, que Savonarole ne poussait pas l’amour de la logique jusqu’au péril de sa vie et de sa renommée. A part ce détail anecdotique, qui est de trop et que l'Église serait la première à blâmer, les plus fermes catholiques ne durent voir qu’un dédain très-orthodoxe dans l’emploi subalterne que le prédicateur dominicain voulait faire des sciences profanes. Mais la philosophie ne se laissa pas facilement déposséder d’un esprit dont elle avait si long-temps occupé les loisirs, et Jérôme nous apprend qu’il était l’objet de ses continuelles obsessions. Il eut toutes les peines du monde à se défendre de ses avances, lorsqu’il voulut entreprendre son grand voyage au paradis»; et l’on trouve dans un de ses sermons le récit d’une autre prise qu'il eut avec Dame Philosophie , comme il l’appelait quelquefois.

Il venait de démontrer que la religion chrétienne est vraie , parce qu’elle nous fait connaître notre lin dernière, et qu’elle nous donne les meilleurs' moyens d’y parvenir; parce qu’elle a trouvé et réglé la plus sainte vie qu’il soit possible d’imaginer ; parce qu’elle unit plus que toute autre l’homme à Dieu , son principe ; parce qu’elle l’éloigne des délices terrestres et lui donne

I 20« Pred. sop. Amoê,S mars 1498. (Ven. 1519, f» 90 r>.)

» Voy., à la 3» partie , l’analyse du Compendium revelationum.

MO PRÉDICATIONS DK SAVONAROLE

le repos, objet de ses recherches; parce (|ifelle lui fait éviter le mal , et lui procure le bonheur et la liberté. Après cette démonstration , il poursuit en ces termes ;

« Pourquoi dis -tu cela , Frère? — Parce que j’ai » passé toute cette nuit à combattre la sagesse humaine. «Comme je méditais mon discours d’aujourd’hui, elle «m’est apparue : — Tu es fou, m’a-t-elle dit, d’aller » à la poursuite de je ne sais quelles visions , de B t’arrêter à des bagatelles, à des niaiseries. Toi qui «asr étudié long-temps la philo.sophie , tu devrais tour- «ncr ta pensée vers des choses dignes des meilleurs » esprits. — Oh ! m’écriai-je, tu as bien tardé îi revenir? » — C’est que tes visions ne me plaisent pas ; on te » tient pour un insensé. — Je répondis : Vois Ezéchiel «que j’étudie: il rapporte qu’un homme lui est apparu, «dans une de ses visions , avec une tête de bivuf ou de «lion. Je n’ai encore rien dit d’aussi extraordinaire. «Pense, si j’essayais , quelles clameurs! — Oh! répli- »qua-t-elle, cet Ézcchiel fut un grand homme. — Eh «bien! il a passé pour fou, lui aussi , et cependant il «disait la vérité. Pourquoi n’en serait-il pas de même «de moi? — Alors elle me dit tout bas, tout bas à «l’oreille : Que sais-tu si Ezéchiel ne disait pas des ex- » travagances? — Je répli(juai : La Foi nous commande «de croire à .ses paroles, mais la sagesse humaine nie «toujours la Foi du Christ. Eh bien! disputons un «peu ensemble r quelle sages.se est la tienne? — Elle: «J’admets qu’il y a quelqu’un là-haut 7«t moi et cœlum » la7iquam amatum et desidej'alum ; cet être -est le pre-

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