‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 59 sur 97 · TBAITt GOÜTRE L’1STR0L0«(I · texte numérisé non relu

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C’était peu pour Savonarole d’avoir prouvé qu’il était prophète et inspiré de Dieu , si les astrologues pouvaient se vanter de devoir à d’autres causes le don de prophétie. Les astrologues, qui prétendaient lire dans les deux la destinée des hommes et des nations, étaient pour 1 lui des rivaux d’autant plus redoutables qu’ils jouis- | saient alors d’un immense crédit. Chaque prince avait un ou plusieurs de ces charlatans auprès de lui, sans s'inq uiéter de la suspecte origine d’une prétendue science qui avait été en honneur surtout chez les Musulmans espagnols. En sortant de la messe , l’empereur Charles- Quint, le traître Malatesta Baglioni, généralissime des Florentins pendant le siège, allaient trouver leurs astrologues pour leur arracher, par des moyens diaboliques , les secrets de Dieu.

Cette coutume , non encore perdue trente ans après la mort de Savonarole , avait, de son vivant , de profonde.s racines daj^s la .société. Jérôme faisait donc une action utile quand il la combattait et quand il poursuivait de ses sarcasmes les imposteurs qui en vivaient. Cette polémique n’était pas non plus sans intérêt pôur / sa propre cause; aussi parlait-il très- souvent , dans ses sermons , de l’astrologie et des astrologues. Mais il pensa que des paroles fugitives, alors même qu’elles

ÉCRITS DE SAVON AROLE

tombaient du haut de la chaire, Défaisaient pas un dommage assez sensible à de si damnahles superstitions.

Justement, le célèbre Pic de la Mirandole venait de publier un traité substantiel sur la matière , dont le seul tort était d’étre écrit en latin , et d’aftécter des formes pédantesques , fâcheux souvenir de l'Ëcole; mais cela suffisait pour qu’il fût laissé de côté par le vulgaire, toujours avide de lectures faciles. C’était lui pourlant qui avait le plus besoin de se pénétrer des vérités contenues dans ce livre; car, malgré le succès que les astrologues continuaient d’avoir auprès de quelques puissants du monde, on ne leur trouvait encore d’adversaires que parmi les hommes les plus éclairés. Savo- I narole crut donc qu’il était à propos de publier en 1 italien un abrégé de l’œuvre de son illustre ami. Mais il ne voulait faire qu’une traduction libre, et il ajoute , retranche . modifie à son gre^, suivant les besoins de la cause qu’il defend. Ce travail parut en 1497 Il est divisé en trois parties. L'auteur prouve dans la première I '■que l'astrologie est condamnée par toute la doctrine [ chrétienne; dans la seconde, qu’elle l’est aussi par la 1 pliilo.sopbie naturelle; dans la troisième, qu’elle est J vaine et fausse en soi.

I L’Ëvangile et les Ecritures, dont la moindre

'• n Albiimas-ir disse che I.-) fede di Christo non liaveva a durare più che mille quattrocento sexanta anni, e nientedimeuo questi anni sono |>assati e siamo nell’anno Uit7 e pure aneliora dura la fede di Christo e durerà insino a la fino del mondo. » Opéra tingulare rontrn l'fietroln^ia , lit* |>art. (Ven. 151.1, fo 28 r®. }

parole fait autorité, nous apprennent que les choses futures qui ne procèdent point de causes nécessaires , mais de causes qui peuvent produire ou ne pas produire leurs effets , viennent de la volonté de Dieu , des auges, ou du libre arbitre de rhomme. Par conséquent, elles ne peuvent être connues que de Dieu et prédites que par lui, puisque, seul entre tous les êtres, il voit tout comme présent. Les causes naturelles étant indéterminées n’en peuvent donner aucune connaissance, ni aux anges, ni aux hommes, si ce n’est par hasard et fort rarement. C’est pourquoi ceux qui prétendent connaître les choses futures qui procèdent du libre arbitre, sont condamnés par l’Ëcriture sous le nom de devins. Le Deutéronome, les Rois, Isaïe, Michée fournissent à Savonarole des textes nombreux à l'appui de ces pro \ positions. On lit notamment dans les Rois que l’une ' des causes de la captivité de Rabylone et de la destruction des Juifs fut qu’ils avaient des augures et des devins.

Sous ce nom il faut comprendre les astrologues • . Cependant, comme ces imposteurs prétendent qu'ils ne devinent pas , mais qu’ils prédisent à coup sûr par les lumières de la science, il faut montrer qu’ils affublent à tort leur cabale d’un si beau nom.

' « Fra questi ( divinatori ) si comprendono ii astrologi , ti quali senza illuuiinazione divioa presumano di prediro le cose future ch« non banno determinata causa naturale , corne più chiarainente dimostreremo di sotto. » Opéra ling. etc., I* pari., cap. I (Ven. I SI 3,

fo 2 V». )

ECRITS DE SAVONAROLE

Dieu seul peut prédire les choses futures. Il les prédit pour témoigner du soin qu'il prend des affaires humaines , et faire voir que la Foi catholique vient de lui. Les astrologues sont donc contraires à Dieu , puisqu’ils font venir du ciel ce qui ne vient que de Dieu. Ils répondent , il est vrai, que la religion vient de Dieu médialement par les causes secondes , au nombre desquelles sont les deux , disposés par lui de manière à nous montrer successivement tout ce qu’il a décrété de faire dans son Égl ise. Mais si l’on a4mettait cette réponse, il ne faudrait tenir aucun compte de tout ce que les Livres Saints disent contre les devins; la preuve de la Foi tirée de la prédiction de tout ce qui s’est fait dans l’Êglise serait sans valeur; Dieu, par l’organe d’isaie. n’aurait pas tourné Babylone en dérision , pour s’être adonnée à l’astrologie, et n’aurait pas dit expressément: N’ayez pas peur des signes du ciel , que craignent les nations , cap les lois en 6ont vaines ; enfin , tous les saints docteurs de l’Eglise n'auraient pas toliné contre les astrologues.

Or, l'Église les a condamnés de tout temps :

1” Par des motifs théologiques. Les saints docteurs admettent que les démons ont la parfaite connaissance des choses naturelles, et par conséquent de l’ordre des cieux , du cours des planètes et de leurs conjonctions. Ils auraient donc la parfaite connaissance de l’avenir , si elle dépendait de celle des cieux; or cela est faux , puisque Dieu dit aux païens : Dites à vos Dieux , qui sont les démons cachés dans les idoles, de prédire l’ave-

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