II. Défén«« de «a doctrine théologlqae
1* TmOMPDE DE 11 CROIX.
y Triumphu» Crue\$. }
L’idée première du Triomphe de la Croix était fort ancienne dans l’esprit de Savonarole. Dès le commencement de l’an 1 495 , il avait prononcé un sermon qui peut être considéré comme le plan exact de l’ouvrage apologétique qu’il devait publier plus de trois ans plus tard <. Il voulait démontrer la Foi aux incrédules par des arguments rationnels et empruntés à la philosophie. Des motifs indépendants de sa volonté retardèrent la publication de cet écrit, et il ne parut qu’en 1 497., alors que l’auteur, malgré des préoccupations de toute nature, sentit le besoin de se défendre , par une exposition orthodoxe et méthodique de ses doctrines , contre les accusations d’hérésie qu'une excommunication récente semblait faire peser sur lui*. Ainsi, de purement spéculatif qu’il devait être, le nouvel ouvrage devint un acte; mais il eut la bonne fortune de dcgui.ser ce qu’il y avait de personnel dans le.s intentions de l’auteur sous les dehors de rintérêt général. C’est pour cela
' Voy. 4' Pred. sop. i Salmi , 17 janvier I4‘J5.
* O Nel medesiino tempo ( 1497 )... piibblicè anche il libro da sc com|>oslo del Trionfo délia Crnce di Cri.sto. » IVardi, liv. 2, p. 135.
TRIOMPHE DR LA CROIX. SH
qu’après la mort de Savonarole , il ne tomba pas dans , l’oubli , comme ses autres ouvrages. La Compagnie de Jésus , dont il flattait la secrète faiblesse en mettant la philosophie au service de la religion , l’arcueillit avec une faveur constante, et le fit imprimer à plusieurs éditions dans les Annales de la propagation de la Foi.
Savonarole ne recherchait point cette publicité posthume; mais il la voulait, de son vivant, aussi grande que possible. Après avoir écrit en latin , afin de s'adresser à toute la chrétienté , il traduisit lui-même son ouvrage; il y fit des additions et des coupures, autant qu'il le crut nécessaire pour se mettre, en Italie, à la portée de toutes les intelligences. Sachant quel prix les profanes mettent à la beauté de la forme , il voulut qu'un ouvrage écrit pour eux ne les rebutât pas par la sécheresse du style, et fit tous ses elTorts pour embellir son langage '. Mais, pour savoir écrire, il ne suffit pas de vouloir, et la Muse n'accorde pas ses dons précieux à qui les dédaigne d’ordinaire. Jérôme ne réussit qu’à rendre moins fréquent l’emploi des termes barbares de l’Kcole; son style n’est guère plus nerveux, ni plus élégant dans le Triumphus que dans ses autres écrits.
Pour le fond , du moins , il n’eut pas besoin de forcer
• « Quoniam vcm cum .sapienlibus Inijiis scculi nobis modo agendum est, quus dumestici cl iiudi sennonis iectiii pli;rumi|ue faslidit, coiisuetæ siraplicilatis nostræ inclain, paululum in hujus operis stilo pro illorum satisractionu transgrudimur. » Triumphu» Crucia, Proemium, p. 6 (Rome, .sans inillésinie : T\pis Saene Congregat. de propag. fidc ).
ÉCRITS DE SAVONAROLE
son talent. C était une opinion bien arrêtée dans son esprit, que la Foi , pour être au-dessus de la raison, ne lui est pas contraire, et qu’au lieu de tenir la lumière .surnaturelle à distance de la lumière naturelle , elle doit les forcer de s’entr’aider comme deux sœurs ». Cette doctrine n’a pas vieilli , mais elle a subi dans la pratique des fortunes bien diverses. Savonarole réussit-il à mettre d’accord la philosophie et la religion? C’est ce que la lecture de son ouvrage nous apprendra.
Le Triomphe de la Croix est divisé en quatre livres. Dans le premier, l’auteur démontre les fondements de toute religion , à savoir l’existence et les attributs de Dieu.
Dans le deuxième, il prouve qu’il doit y avoir une religion vraie, et que cette religion est celle des chrétiens.
Dans le troisième, il répond aux objections.
Dans le quatrième , il établit que la religion chrétienne est supérieure à toutes les autres.