II. TEXTES ET DOCVMENTS
CLASSIFICATION DES 8BEMONS DE SAVONAEOLE.
Savonarole ayant préché à peu près régulièrement à Florence pendant huit ans (1490-1498), la collection de ses sermons forme une œuvre considérable. Mais comme ils furent publiés avec assez de négligence, et quelquefois sans aucune date qui permette de connaitre l’époque à laquelle il faut les rapporter, tous ceux qui ont essayé de les classer ont commis des erreurs et des omissions nombreuses.
11 existe, à notre connaissance, quatre essais de ce genre. L’évéque ,\mbrogio Calarino Politi , devenu l’implacable ennemi de Savonarole, après avoir été l’un de scs plus dévoués partisans, ne connaît que cinq séries, cinq volumes de sermons. Le plus ancien ne remonte pas au-delà du 1" janvier 1495’.
Frn Luca Bettini, dominicain, auteur d’un ouvrage apologétique de Savonarole, place en tête de son livre une liste des sermons, où il reconnaît aussi cinq volumes, rangés au hasard, sans ordre et sans date. Il les désigne seulement par le premier mot du premier discours de chaque série. Cet auteur ne paraît
I Diuonn <I«J tt. P. Frmtt Ambroêio Cttarimo l'tfhh , vfkov* Ji fs
JoHrims 4 profttis d«l S9V9S*rcis ( Veni*c , I Voy. d«ns ccl OMV rag« r/strM«iVnr
•* {cUori.
APPENDICE
pas avoir eu connaissance des sermons antérieurs k l’année
Laurent Vivoli , rédacteur de la plupart des sermons de Savonarelc , avait donné dans ses Journées une classification moins incomplète, que le P. Serafino Razzi nous a conservée dans une analyse *. Mais ce notaire, ordinairement si exact, commet encore des erreurs et des omissions qui ne permettent pas de se fier complètement à lui. Il ne compte que deux séries de plus que Bettini et Catarino.
Enfin , le P. Quétif , dans son précieux ouvrage fait non pas une classification , mais une énumération des sermons. Plus soigneux que tous les autres, il ignore cependant Bien des dates et néglige de justifier l’ordre qu’il a adopté.
Une classification définitive serait pourtant d’une imjwrlance extrême, à cause du parti qu'on peut tirer des sermons pour jeter un jour tout nouveau sur l'histoire de Savonarole. Nous essaierons de la faire ici , en commençant par les dernières années, qui sont les plus certaines.
Dans le cours de ce travail , nous avons désigné chaque série, pour nous conformer à la tradition conslaule des biographes, par le nom du texte sacré qui y est particulièrement développé; mais nous avons joint à chaque sermon sa date, de manière à fixer la chronologie de toute cette histoire. Ces dates sont le résultat de la classification dont nous essaierons ici de montrer l’exactitude. Il n’est paS hors de propos de rappeler que les recueils qui contiennent des carêmes, commençant à une époque antérieure au 25 mars, sont, pour le millésime, en arrière d’un an sur leur date véritable, les éditions postérieures elles-mêmes ayant toutes été faites servilement d’après l’édition princeps publiée à Florence , et sans aucun esprit de critique.
1* Carême de 1498 : sur l’Exode. 22 sermons prononcés à
I OfCtAo dtflû rtUQV»t%t,nt drlln Chitm , $écondu ta doUrtaû dtl H. t‘» Fr»U /7i*rcAi«« dm Ftrrara (Venl*« , I54S — Voy. le Fruemto. Tel écrit n*««l qu*tin résume de« idée* cl même des parole! de Savonarole.
9 Voy. à l'atanl-propo! l'indiralion de rel ouvracr.
S Quéüf , T. Il t aJ faUem.
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Sainte-.Marie-de-la-Fleur , puis à Saiot-Marc , cl rédigés par Vivoli ; publiés à Florence du vivant de Savonarole, puisa Venise en 1320, 1540, 1345.
L’avenl de 1497 manque. — Il ne fut pas prêché, l’inlerdiclion qui avait frappé Savonarole étant encore toute récente. La prédication ne fut reprise que le 1 1 février 1 498 par le carême sur l’Exode.
2* Carême de 1497. 40 sermons sur Èzéchiel, rétligcs par Vivoli ; publiés du vivant de Savonarole à Florence, et en 1515, 1317, 1320 et 1341 à Venise.
3* Avent de 1496. 8 sermons sur Èzéchiel, publiés dan.s le même volume que les précédents, sous le millésime de 1496.
— Vivoli, dans le résumé de Razzi, rapporte ces sermons à l’avenlde 1497 et au carême de 1498. C’est une grossière incohérence qui ne laisserait point de place au.x sermons sur l’Exode, mentionnés cependant parle môme Vivoli.
4" Fêtes de 1 496 , du 8 mai au 27 septetnbre. 29 sermons sur Ruth et Michée. — Omis sur la liste de Razzi , et cependant rédigés par Vivoli. (Florence, du vivant de l’auteur. — Venise, 1513, 1320, 1340.)
5‘ Carême de 1 496. 48 sermons sur Amos et Zacharie : rédigés par Vivoli. (Florence, 1496. — Venise, 1314, 1319, 1539, 1343.)
L’avenl de 1493 manque, n’ayant pas été prêché, parce qu’une première interdiction avait été portée contre Savonarole au mois de septembre de celle année.
6* Fêtes de l’année 1493, du 1" mai au 28 juillet; plus trois sermons du 11 au 30 octobre, prêchés malgré l’inlerdirtion de septembre ; en tout 21 sermons sur les Psaumes et les Evangiles, rédigés par Vivoli. (Florence, du vivant do Savonarole.
— Venise 1317, 1520, 1339, 1343.) Celle série se trouve encore dans le 12’ volume de la collection des orateurs sacrés grecs, latins, italiens et français (Florence, 1833): c’est le second volume des orateurs italiens.
7’ Carême de 1493. 47 sermons sur Job, retrouvés plus lard :
APl'K.NmCE.
rédacteur inconnu. Le litre dit: u Raccolli ))cr uiio de' »uui »Fruli breveinente, tnenlre predicava. » (Venise, 1545.)
A ce volume il faut joindre trois sermons sur l’üisloire de Gédéon , prêches les 29, 30 cl 31 murs 1495, et recueillis a la suite des sermons sur l'Exode.
8' Fêles de 1495, depuis le 0 janvier ju.s(|u’uii carême. 8 sermons sur les Psaumes et les Évanijiles ; rédigés pur Vivoli.
Les sermons portés au N* 6 et au N* 8 .sont réunis et ne forment ([u’un volume ; en tout 29 sermons , plus un sermon prêché par Fra Domenico Buonvicini; ce qui porte cette série à 30 sermons, chiffre donné par Quétif.
9" .\venl de 1494. 23 sermons prêches depuis le 1" novcmijre jusqu’au 25 décembre, sur .4ggée et les P.saunies : rédigés par Fra Slefano Co di Ponte, dis<’iple de Savonarolc. (Venise, 1344.) — Ce volume est omis sur la liste de Vivoli.
1 0* Carême de 1 494. 43 sermons sur l’arche de Noc ; ils furent retrouvés assez lard; rédacteur inconnu. (Venise, 1336, en latin.) — La liste do Razzi n’accuse que 23 sermons.
11* Avenl do 1493. 25 sermons sur le Ps. (hiatn bonus Israël Deus ; écrits en latin par Savonaroleetli’adiiitsen italien par Fra Girolamo de Pisloia. (Venise, 1328, 1344. — Pralo, 1846. ) — Omis sur la liste de Razzi.
Le carême de 1493 tnan(|ue, ajanl été prêché à Bologne.
12* Avent de 1492. 13 sermons sur l'arche de Noé . joints aux sermons du carême de 1 494 sur le même sujet , et publiés en même temps.
Le carême de 1492, prêché à Saint-Laurent de Florence, ne paraît pas avoir été jamais recueilli ni public.
13* Avenl de 1491. 19 sermons sur la 1" Epîlre de saint Jean : écrits en latin par Savonarolo (le manuscrit autographe appartient aujourd’hui à lord nolland); traduits par un contemporain de l’auteur, mais publiés sans millé.sime. — Ce recueil est un avent, puisque le 13' sermon fut prêché le jour de Noôl. Quant à l’année, ce ne peut être que 1491 ou 1490,
RRCIIliUCHKS SUPPLÉMENTAIRES.
date du retour de Savonarole à Florence. Le Frère n’ayant commencé de prêcher à Saint-Marc que le 1" août t490, il est peu probable que ces sermons aient été prononcés dans cette église, car ils paraissent être une station régulière. Or, Snvonarole monta pour la première fois dans la chaire do celle cathédrale pour le carême de 1491 ; il est donc très-probable que la série dont il s’agit est Pavent de celte même année. (Venise, 1536, en latin; 1547, en italien. — Prato, 1846, en italien.)
Le carême de 1491 n’a jamais été publié. Savonarole étant encore peu connu, on n’avait sans doute chargé personne de le l édiger.
Les .sermons prêchés à Brescia , il Ferrare , à Gênes , à Florence, pendant le premier séjour qu’y fil notre prédicateur, et à San Gemignano , ont eu le même sort que les deux carêmes de Saint-Laurent et de Bologne.
A la réserve de quelques sermons détachés et imprimés à part, du temps de Savonarole, les treize séries énumérées plus haut sont tout ce qui nous reste de sa prédication. Elles ne forment pas treize volumes, maisdi.x seulemenl. Nous les rangerons maintenant dans l'ordre clironologiipie :
1" Volume: A vent de 1 491 , sur la l"Épître
) L'éditeur de Prato de saint Jean. I en 1846 a |iublié ces
sur l’arche de Noé.
Avenl del 492, sur le Ps. {Jitam ( séries en un seul bonus IsraëlDeus. ^olume.
.Avenl de 1492,
Carême de 1494,
Avenl de 1 494, sur .Aggée et les Psaumes.
Fêles de1495: du l"janvier au )
carême , f
, . i’ sur les Psaumes.
— du 1" mai au l
25 octobre ,
Carême de 1495, sur Job.
Carême de 1496, sur Amos et Zacharie.
Fêles de 1A96 , sur Ruth cl Michée.
APPENOICE.
sur Ezédiiel.
9‘ Volamc ; Avenl de 1 496, |
Carême de 1 497, I 10* — Carême de 4498 , sur l’Exode.
L’importance de ces séries est Irès-diverse. Il est curieux de suivre le développemenl du talent oratoire, de la hardiesse chez Savonarole, et de l’influence qu’il acquérait chaque jour. Les quatre premiers volumes ne donnent qu’une faible idée de ce qu’il devait être plus tard. Ceux qu’il avait écrits lui-même peuvent nous fournir un exemple de la manière dont il savait composer un discours; mais toutes les témérités de pensée et de langage, toutes les redites en sont sévèrement bannies. On trouve dans ces sermons un prédicateur plein d’ame déjà et de poésie, mais on y cherche inutilement le tribun.
L’avenl de 4 494, un des plus précieux recueils qui nous soient restés , nous montre celte traiisfominlion s’opérant de jour en jour. Les premiers sermons de cette série sont lout-àfait dans le ton des précédentes, avec celte différence qu’on y trouve des longiieure et des redites que Savonarole n'avait pu supprimer, ayant laissé à d’autres le soin de consigner par écrit ses paroles. La Révolution survient pendant le cours de cet avent : un assiste pour ainsi dire heure par heure à l’organisation du gouvernement ; on voit la part qu'y prenait le prédicateur; on voit son crédit augmenter peu à peu, et l’on comprend comment , après avoir indiqué avec timidité quelques réformes, il osa finir par les imposer. Le seul des historiens de Savonarole qui ait fait usage de cet important recueil, M. Rudelbacb, trop préoccupé des opinions théologi(|ues de son héros, n’a pas vu tout le parti que l’histoire pouvait en tirer.
On ne trouve pas néanmoins dans col avenl toutes les qualités oratoires de Savonarole. Il faut passer rapidement sur le carême de 1495 (Job). Ces sermons, recueillis à la hiUe, au milieu des agitations politiques inséparables d’un gouvernement nouveau, sont trop abrégés pour que, à l’exception tie quelques passages pris tout au long par le rédacteur, on y puisse voir autre ehosi* que le scpielette des discours prononcés par Kra
Gii'ülanio. Mais déjà les sermons sur les Psaumes ( fêles de 1 495) el surtout le carême sur Amos ( 1496) nous luoiilreiit le prédicateur et le tribun tout ensemble. C’est dans les sermons sur Amos qu'on le voit à l’apogée de son talent, el qu’on peut se faire une idée de son éloquence sur les plus importants sujets qu’il lui fut donné d’aborder.
Dès ce moment, Savonarole ne peut plus monter; il sut pourtant ne pas descendre. Les sermons sur Miellée et sur É.zéchiel ( 1 496, I 497 ) sont digues de la série précédente. On remarque dans ces derniers plusd’e.vcenlricilé que dans tous les autres ; il semble que le prédicateur fut pour lors en bulle à d'étranges préoccupations.
Enfin , quoique prononcés à la veille de sa ruine , en un temps oit rexcommunicalion fulminée éloulTail à moitié sa parole , les sermons sur TKxode .sont loin de marquer une période de décadence. Ils méritent cependant d’être mis à part. L’éloquence y atteint la même hauteur que dans tous les autres, •mais elle prend un caractère agressif cl violent que la position de Savonarole explique , mais qui ne permet pas, tpioiqu’il ne dût rien y perdre, de le juger sur cette série, si l’on veut se faire une idée exacte de son talent.
On peut donc distinguer dans la prédication de Fra Girolamo, sans parler de l’époque où il n'ébiil pas encore éloquent, trois périodes, trois manières bien distinctes. La première, où il se bornait h expliquer l'Écriture, en attaquant les vices do la soT'iété et du clergé : l’avenl de 1493 (sur le Ps. Quam bonus Israël) donnerait une idée assez juste de cette manière. La seconde, dont on pourrait offrir pour modèle le carême de 1496 (sur Amos), ferait voir l’orateur attaquant tout le monde et toutes choses , et du haut dé sa chaire gouvernant Florence. La troisième le montrerait ]ioursuivi de toutes parts, sentant sa fin proc'haine, el délaissant tout autre soin que celui de sa défense personnelle, mais persuadé que le meilleur moyen de se défendre c’est encore d’attaquer • les sermons sur l’Exode nous font voir Savonarole dans cette dernière pha.se de .sa vie publique.
APPENDICE
En lisant ces trois séries, on peut donc se f.^ire une idée de scs principales évolutions. Mais celle lecture |esl bien insuftisanle à qui veut suivre de près cet homme extraordinaire dans les principales circonstances de sa vie; il faut parcourir tous ses sermons, et même ses écrits. Malfçré des longueurs et des redites , on peut trouver dans ceux-ci comme dans ceux-là de rinlérél et plus d'un enseignement.
KXTRAIT DE l’oI VIIAOK DE M. A. -G. RIDELBACU , DOLTEIR EN PHILOSOPHIE : IIIERONVXL'S SAVUKAROLA «ND SEINE ZEIT.
{ Haoibourf; , 183S.)
(Traduction inédite de .M. J.-N. Charles, professeur au Lycée impérial de Montpellier. )
l|c Partie. — Cbapllre III.
POI.VT DE VLK DOT.MATlyLE DE SAVONAHOLE '.
Dans ce chapitre, nous devons nous borner non pas à exposer un système, mais plutôt un certain point de vue général des doctrines chrétiennes de Savonarole. On pourrait, en particulier, trouver les matériaux d'un sysième dans son Triumphus Crucis; mais ces matériaux n’ont point, pour la plupart, un caractère original, quoique souvent la conception en soit nette et l'exposition agréable. Savonarole était un disciple distingué de Thomas d'Aquin ; le respect qu’il eut pour ce nUm , autant que tes tendances pratiques qui dominaient en lui , rengagèrent
I Le tradurleur allaché à calquer , pour ainsi dirr, son letlr , «ans y rien
rhangor ni ajouter. H a rru dooir iiouiscr lu scrupule jusqn'i reproduire rtdèlemeni les répéiliions cl la lourd* pliraAeulogic tUi docleur allemonJ. Comitieil ne s*agil pas, dans ce frai'tiiicnl , d'une «cuvre lillêraire y un a cru conseiiahlc de donner t« leslc, liHti le lexte ( rien que le teste. J.>N. r.llAM.LS.
RECHERCIIKS SUPPLÉMENTAIRES. 4(,l
à lnis.s<;r subsister le dogme de l'Eglise, tel ()ii'il l’avait reçu ; il .serait plus juste de dire les di^lerrninatioiis dogmatiques Irans- ^ mises par l’usage. 11 ne fallait point employer le van quand le jour commençait à poindre; et quiconque devait se contenter d’assurer un résultat général comme expression universelle de la réforme, {Kiuvait aussi s’inquiéter fort jk'ii de déterminations particulières. C’est précisément à cause de. cela qu’on s’attendra sans doute à voir ressortir l'e.xpression générale de la réforme et sa doctrine fondamentale dans Savonarole, alors même qu'il mirait négligé tant d’autres choses. Et l’on ne serait point dans l’erreur. La doctrine de la grAce volontaire de Dieu ; la justification par la foi; la foi comme principe de tout ce qui est bon et agréable à Dieu ; la complète efficacité du mérite de Jésus- Christ, tels sont les points principaux de sa théorie sur le dogme. Nous allons essayer d’abord d’en présenter l’ensemble , afin d’y rattacher quelques observations sur l’exposé d’autres doctrines chrétiennes et sur la détermination de ipielques points de dogme.
« La foi, dit Savonarole, est un don de ta grâce volontaire de Dieu, et non pas une opinion humaine fondée sur les faits visibles ; c’est|, au contraire, une lumière accordée par Dieu, s^ns qu’elle soit méritée; et elle ne s’éteint point, quoique les motifs humains disparaissent. Nous la concevons à partir du moment oii nous en contemplons la nature merveilleuse ; car ce qui est impossible à la force humaine et à la force naturelle devient possible à la foi; celle-ci nous fait croire ce que nous ne comprenons pas, aimer ce qui échapiie à notre vue; d'oii il ressort inévitablement qu’elle provient de Dieu. C’est jiouripioi l’Écriture Sainte dit : Christ, qui est ressuscité, a fait des présents aux enfants des hommes. ICntendez-vous? Vous pouvez rentrer de nouveau dans le paradis, mais vous ne pouvez y rentrer ni par les moyens naturels, ni jiar l’argent, ni par la vertu, mais par les dons que Jésus-Christ vous a accordés. Cette foi, l'œuvre de Dieu dans thomme, iloit être soigneusement distinguée de la foi purement historique, celle
APPENDICE
que pussèdent aussi les tyrans les plus impies et Ic^s démons eux-mômes, et pourtant ils tremblent. Elle n’a rien de commun avec la foi qui n’est que sur les lèvres, car elle est inspirée du souffle de Dieu, et là où est l’esprit de Dieu , là aussi est la liberté, c’est-à-dire la liberté au moyen de laqucllcJésus- Christ nous a atl'rancliis de l’esclavage du péché et de la domination du démon. Celle foi seule juslifie l'homme : en d’autres termes, elle le rend juste devant Dieu, sans les œuvres de la loi ; elleest le principe de tout ce qui est bon , la source de toutes les vertus chrétienne-s. C’est pourquoi presque toutes les paroles de Christ ont trait ii la foi ; c’est pourquoi l’.Apétre s’écrie toujours ; la foi ! la foi l Elle est le fondement de chaque chose ; si vous avez la foi , vous ferez toujours le bien ; mais celui qui n’a point la foi marche toujours dans la voie du péché. II est impossible de plaire à Dieu sans la foi. Mais, par la foi , nous nous concilions le co-ur paternel de Dieu; c’est par elle, en effet , que nous sommes tous enfants de Dieu en Jésus-Christ. Tout ce que nous demandons en son nom et par la vertu de la foi. Dieu nous l’accorde; car c’est l’esprit de la foi qui prie, et non l'homme uniquement. Donc, en même temps, rien n’est impossible à la foi, car rien n’est impossible à Dieu; quiconque saisit ce bouclier peut affronter impunément tous les traits enflammés du méchant. La foi met à nos pieds la mort , le démon , l’enfer et toutes ses légions, et alors nous ne craignons que Dieu, à qui seul nous obéis.sons, à qui nous devons toutes choses. De même que le grain de moutarde , auquel la foi est comparée, développe des propriétés merveilleuses quand il est broyé, pilé, pulvérisé; de même la foi. qui, aux yeux des hommes, est faible et de lieu d’apparence, devient forte et puissante quand elle passe par les tribulations; et cet exercice par la croix est surtout nécessaire à la foi , car il est dans la nature de i-elle-ci d'étre plus vive et plus ardente à mesure qu’elle est plus comprimée. La vertu de la foi est sûre dans les dangers , mais elle est compromise quand l'homme se croit sûr. — El, dans cette foi , tout dépend encore de l’abandon de sa propre
personne. Il ne suflil poiiil lie dire au Seigneur : « Tu es roi el »Dieu », mais de pouvoir lui dire : « Tu es mon roi, mon «Dieu, celui qui prend particulièrement soin de moi; tu es la • fin après la(|uelle j’aspire, le Dieu que j’honore et en qui je »me coDÜe. » La contiance en scs propres forces est une erreur : c’est une erreur de penser qne, de soi-mèine, on peut faire pénitence, mener une bonne vie, se garder du iièrlié. Non ; il faut que Dieu nous prévienne; il faut que nous lui disions:
« Seigneur, cojiverlis-nous, et nous serons convertis. » La seule confiance fondée est celle qui se base sur la suffisance du mérite de Jésits-Clirist , car ce inérile est infini, et il a une vertu infinie, parce qu'il vient de Dieu même et (pi’il provient de la grAce, laquelle reposait sans mesure sur Christ.
» Par là maintenant , l'acte de justification est un acte de la , pure miséricorde de Dieu par la grâce el le mérite de Jésus- Christ. Tant de justes, tant de miséricordes. Nul ne peut, à cet égard , s’exalter lui-méme ni aucun autre homme; mais, quand tous les justes se réuniraient sur la terre et dans le ciel, supposé que nous leur demandions s’ils sont devenus justes par leurs propres forces, alors tous répondraient d'un même coeur et d’une même bouche : a Que l’honneur en soit accordé , Seivgneur, non à nous, mais à ton nom. » La justice par laquelle l’homme devient juste devant Dieu, est la justice de Dieu qui nous est départie par la foi en Jésus-Christ. Elle consiste donc tout d’abord en ce qu'il ne nous est pas tenu compte du péché. Les Pharisiens s’on reposaient sur les œuvres de leur justic.e; voilà pourquoi ils n’étaient pas .soumis à la justice de Dieu , car nulle chair n’est justifiée devant Dieu par les œuvres de la loi ; mais la justice de Dieu fut révélé<^ par la grâce de Jésus-Christ sans les œuvres de la loi. Les philosophes se vantaient de leur propre justice; aussi ne trouvaient-ils pas celle de Dieu : ils étaient des voleurs et des brigands, parce qu’ils n'entraient point par la porte. La justice de Dieu . en ce sens, est sa grâce; mais elle ne serait point la grâce si nous étions justifiés par notre mérite. »
Ai>n:M)u;i:.
Quelque clairs, quelque bien seulis que soient les appréciations el les principes de Savonarole au sujet de l'Évangile, aussi conforniesà la Bible sont ses développemeiils sur le rapport de. la foi aux œuvres et sur le sens du mot charité. « La foi, dit-il , n’est jamais oisive; elle ne se conçoit point sans les œtivres, car elle est un arbre, et les bonnes œuvres sont le fruit de l’arbre. Là où est la foi, là aussi sont les œuvres: .sans les œuvres, la foi est morte et menteuse. Cet arbre, s’il ne porte point de fruits, sera coupé et jeté au feu. Comme la fin est par elle-même un objet d’all'ection , et que les moyens ne le deviennent qu’autant qu’ils sont suffisants pour atteindre la fin, les efforts du vrai chrétien doivent tendre plutôt à const'i'ver et à augmenter le bien surnaturel de la grâce qu’à accomplir les œuvres e.\.térieurüs ; car il sait par l’Écriture Sainte que, sans ce bieti , il ne peut nullement servir Dieu ni obtenir la félicité. I) ^
.Assurément cette grâce f (jratia gralum faciens) n’est point la fin suprême, laquelle est Dieu; mais elle est le moyen qui nous rapproche le plus de cette fin principale. Par elle nous parvenons à la \ ie éternelle; voilà pourquoi tous nos actes, de quoique nature qu’ils soient, doivent tous êire faits eu vue de cette gi’Ace. Quiconque, possédant tous les autres dons, manque de celui-là, n’a rien; quicon(pie a la grâce de Dieu, laquelle est la vie éternelle, el la charité, laquelle est mise dans nos cœurs par le Saint -Esprit, jiosséde toutes choses avec elles. Le chrétien préfère perdre tous les biens éphémères et mondains et supporter toute espèce de maux, que de renoncer à ce bien qui fait la vie. — Ceci est le grandiose de la charité ; elle fait tout , elle agile tout, elle surmonte tout. La « harilé met tout en <euvre, car elle attire tout à elle. Elle accomj)lil la loi divine sans peine et avec délices, ou, selou l’Apôlrc : La charité est l'accomplissement de la loi. Le chrétien qui aime Dieu se dirige bien et observe toutes les lois raisonnables; car, de même que les rameaux, les Heurs, les feuilles el les fruits sont génériquement renfermes dans la racine de
RECHIÎHCHES SUPPLÉMENTAIRES.
l’îirbre; et de même que, pareillement chaque .science, chaque loi de la nature a ses racines et sa base dans les lumières de la raison ; de même aussi toutes les lois sont virtuellement contenues dans la charité et basées sur elle. Quiconque a la charité accomplit aisément toute loi, car la loi est une certaine mesure et une certaine règle appliquée au\ actions humaines : mais la charité est la mesure et la règle de toutes les mesures et de toutes les règles. Toute loi particulière est, à ce titre, la mesure et la règle d’une action , d’un produit quelconque , sans toutefois pouvoir être en môme temps la règle d’autres actions , et, à plus forte raison, de toutes les actions humaines. Il n’en est pas ainsi de la charité, car elle est la mesure et la règle de toutes les actions humâmes : elle seule est la norme qui ne nous laisse jamais errer. En revanche , celui qui n’agit que d’après la règle extérieure sans un esprit d’ordre et de vie, est exposé à une multitude de mécomptes et d’erreurs. La charité fait place h tout; elle est une mesure à la fois petite, grande et moyenne; elle s’adapte à toute condition, à tout âge. Si à la charité se joint la connaissance de l’Écriture et l’expérience de la vie spirituelle, il en résulte une mesure supérieure, une règle parfaite entre toutes. La charité enseigne tout.
Considérez un médecin qui exerce son art par amour du malade, nulle peine ne le rebutera ; il viendra , deux , trois fois le jour, visiter son malade; il voudra connaître jusqu’aux moindres détails; il écrira les remèdes, as.sistera à leur préparation. Regardez une jeune mère avec son premier fils. Qui lui enseigne, quand elle n’en a pas l’expérience, à élever son enfant, à supporter nuit et jour et h compter pour rien toutes les fatigues? Qui lui enseigne ces paroles si douces, ces gestes qu'elle prodigue à son nourrisson? La charité. Qui apprend à la poule à cacher sous ses ailes et à protéger ainsi scs poussins? L’amour Qu’est-co qui poussa le Fils de Dieu à s’humilier pour nous et à devenir égal à l’homme en toutes choses, croissance, faim, soif, fatigues? La charité. Jésus allait tantôt avec les justes, tantôt avec les péagers et les jiéchcurs, cl il menait une
APPENDICE
vie telle que hommes et femmes, grands et petits, pauvres et riches peuvent l’imiter, chacun selon sa mesure. La charité le poussa .sur la croix, la charité le ressuscita, le fit monter au ciel; bref, elle créa tous les mystères de notre rédemption.
L’idée prédominante de l’Évangile (idea prœgnans) , telle ' que la développe Savonarole, est intimement unie à ces réflexions ingénieuses sur la loi , sur les bonnes œuvres et sur | | 1 la charité. En clTet , la vraie doctrine de l’Église est à ses yeux I conforme à l’Évangile, et l’essence de ce dernier n’est point , autre que la grâce du Saint-Esprit, nous montrant la bonté de I Dieu, la félicité éternelle et le chemin qui y conduit. « Quant à l’Évangile , continue-t-il , voici sur quoi je me fonde pour établir qu'il est réellement la grâce du Saint-Esprit. D'abord , parce que la grâce est la chose la plus essentielle d’après l’Évangile et les déclarations des prophètes. Dans Jérémie, le Seigneur promet qu’aux jours du Messie , il gravera la loi dans le cœur et l’esprit de son j>euple.Or, cette loi n’est autre chose que l’Évangile, et l'apôtre Paul parle dans ce sens aux Corinthiens ; « Vous «êtes la lettre deChrist qui a été écrite par notre ministère, non «avec de l'encre , mais avec l’esprit du Dieu vivant ; non sur des «tables de pierre, mais sur des tables de chair, qui sont vos «cœurs'.» Deuxièmement, l’Évangile, d’après les paroles de Paul ’, est la puissance de Dieu pour le salut do tous ceux qui croient, c'est-à-dire que dans l’Évangile est contenue et se révèle la puissance de Dieu, par laquelle nous arrivons au salut. Et il ajoute : « La loi de l’esprit de vie, qui est en Jésus-Christ, m'a «affranchi de la loi du péché et de la mort » Or, cette loi de l’esprit n’est autre que l'Évangile ou la grâce du Saint-Esprit; et la puisssance de Dieu dans l’Évangile est telle, d’après ce que nous venons de citer, qu’elle affranchit du péché et de la \ mort.
Nous pouvons présumer, d’apres l’enchaînement des pensées
I II Cnr. III , 3.
s lloiri. 1,16.
B Rom. YIII, «■
RKCHKIlCHES SUPPLÉMENTAIRES. 467
dnns Savonarolo , que chez lui prédotni liera l'idée spirituelle , '
vivante de l’Eülise. C’est là le point de contact qui existe entre les réformateurs , les Vaudois et toute la série des prophètes : cl il en est réellement ainsi. Il connaît la base des apôtres et des prophètes, puisque Jésus-Christ est la pierre angulaire, et il ne s’en écarte pas. Il veut que les chrétiens, dans toutes leurs demandes, aient recours au véritable trône de la grâce, et il regarde partout Vensemble et l'œuvre de t'Église apostolique comme le signe capital autpici on reconnaît la cominunauté des fideles. Puis, il maintient V infaillibilité de l’Eglise , mais seulement sous le rapport de la véracité, de l’authenticité des livres canoniques , de l’Ecriture Sainte cl de l.i parole apostolique. Mais laissons-le en<;orc exposer lui-niéme ses idées. « L’arche d’alliance , dit-il , à laquelle nous empruntons la vraie doctrine, c’est l'Eglise. Jésiis-Chrisl l’n fondée sur l’ordre du Père Eternel.
Il est le vrai Moïse, le plus doux, le plus sociable de ceux qui vivent sur la terre; il a répandu son sang sur la croix et payé la dette d'.Vdam et de toute la race humaine : par là il a délivré son peuple de la rude servitude du démon. Cette arche il’alliancc, la véritable Eglise, le Seigneur l'a fondée par sa doctrine, par ses miracles, par les saints exemples de son innoc.ento vie; et, lorsqu’il mourut sur la croix, il oflVil à Dieu l’Eglise purifiée. Dieu repose sur celle arche, car le trône de grâce signifie Christ en sa nature humaine; il est pour ainsi dire le marchepied de Dieu. Voilà pourquoi Jésus-Christ a dit:
U Le Père est en moi, et c’est lui qui accomplit les œuvres. » Or, avec l'apôtre Paul, nous nommons le Seigneur un trône de grâce , d’après ce texte : « Que Dieu avait destiné pour être »unc victime pro(utialoire par la foi en son sang '. » Et Jean confirme cela dans sa première Epître catholique, disant : « Car »c’est lui qui est la propitiation pour nos péchés, et non seunlemenl pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le » monde Dieu s’entretient avec nous du haut de ce trône de
1 n<mi. III, ij
2 S. Jean , l-li , 9
VJ’PENDICE.
grâce; car, par l’inlermédiaire de Christ devenu homme, toute grâce, toute lumière parvient jusqu'à nous. Si donc vous vous sentez accablé par le péché; si vous reconnaissez que vous avez offensé Dieu, emprcssez-vousd’aller à ce trône de grâce, recourez en toute confiance à Christ, et vous serez réconcilié avec le Père par le Fils. Quant au.\ éclaircissements que vous pourriez désirer sur les choses concernant votre salut , il vous faut diriger vers ce trône de grâce, car nul don n’est accordé qui no provienne de lui. a Oh! qu’heureux est l’homme qui se retire vers nlui ' I » Voilà pourquoi la sainte Église, quand elle demande des grâces à Dieu , les implore par le mérite de Jésus-Christ et par l’intermédiaire de la réconciliation , quand elle dit ; Au nom de Notre Seigneur Jésus -Christ ton Fils. .Recourez donc petits et grands, jeunes et vieux, riches et pauvres, malades et bien portants , pécheurs et justes , accourez à ce trône de grâce, j)our y prendre chacun ce dont vous avez besoin. Et, assurément, il sera répondu à toute ame humble et croyante : Qu'il le soit donné selon la foi. L’arche était de bois de sittim; ce bois est blanc , léger et incorruptible. Telle est l’Église de Christ, construite par plusieurs hommes saints, unis par la foi et l'amour ; cet édifice de pierres, de briques et de chaux , que tu vois, n’est point l’Église. L’Église, c’est la réunion des justes, pierres vivantes cimentées par l'amour. De même que les bois de l’arche étaient blancs , de même aussi les chrétiens sont chastes et purs. Ils sont légers comme le bois de sittim ; car le chrétien ne cherche point les biens de la terre, mais il se contente de peu , et par là il devient plus habile à contempler les choses divines. Ils sont incorruptibles, môme quand ils sont dans les eaux de la tribulation; au contraire, ils en deviennent plus forts parce qu'ils s’attachent toujours à Dieu par la prière. Quiconque n’a pas la lumière de la grâce, ne fait |)oint partie du tabernacle. Dieu ne lui parle pas du haut de son trône de grâce, et il se tourmente vainement pour pénétrer les mystères
i Pi. XXXIV, 9.
de Dieu. S&us ce rapport , la doctrine de la sainte Église ne trompe jamais. — Tous ceux qui sont unis en l'amour et en la vérité chrétienne par la grâce du Saint-Esprit , tous ceuxlà composent l’Église; mais, dès que cette grâce n’existe plus, l’Église disparait aussi. — 11 y a cependant quelques différences sous le rapport des éventualités, selon qu’il y a une mesure plus grande ou moindre de l'esprit; mais l’essence doit être toujours la même. Voilà pourquoi l’Écriture est composée pour tous les temps , elle l’est pour V Église universelle. — Sans doute , les théologiens no sont pas entièrement d’accord sur ce qu’il faut entendre par Église catlwlique; mais, dans le sens le plus propre à ce mot, ce n’est que la communauté des Rdcles qui vivent saintement et possèdent la grâce de Dieu. En conséquence, pour bien déterminer ce qu'est l'Église catholique, je m'en rapporte toujours à Christ. »
D’un autre côté, la doctrine de l’Église [de Ecclesia, mpi rriç ixx^nataç) empiète sur la doctrine de la prédestination; car ce ne sont que les élus qui sont appelés, JustiGés et saiictiGés. Dans celle-ci , l’exposition des rapports fondamentaux qui unissent la grâce et la liberté, de même que l’idée de Vélat de grâce, forme un faisceau inséparable. Savonarole n’a point développé à ce sujet une théorie complète , mais seulement une série de pensées fécondes , par lesquelles il se déclare presque ouvertement en opposition avec les scolastiques. On peut en dire de même de sa doctrine de la justiGcalion. Il reconnaît la liberté de la volonté : cette liberté est d’abord une détermination prise, puis une détermination à prendre (en somme, cela est fort indéterminé). Par. là il échapjm à l'idée ordinaire et vague qui regarde la détermination à prendre comme le fondement de la volonté, quand elle n’est cependant que phénomène. «Plusieiii's, dit-il, demandent ce que signiGent ces mots: La volonté est libre, elle ne peut être contrainte ni au bien ni au mal. A proprement parler, il faudrait demander à ceu.\ qui émettent de pareils doutes : Pourquoi la terre est-elle mue par la force centripète? S’ils répondent que cela provient de .<a
APPENmCK.
niasse, on devrait leur demander encore; Pourquoi les corps pesants se dirigent-ils vers le centre? Et alors ils ne peuvent donner d’autre réponse que celle-ci : Cela est ainsi établi dans la nature. Et nous aussi, au sujet du libre arbitre, nous répondrons : La volonté est libre, parce qu'elle est la volonté, parce que la nature lui inspire la détermination (inclinatio) et qu'elle ne peut être forcée. A proprement parler, la volonté est appelée libre par rapport aux objets qui nous aident ii atteindre le but; car la volonté désire le but lui-méme en vertu de la loi naturelle. Et les objets eux-méines, nous les recherchons par la nature de notre volonté, en tant qu’ils ont le caractère d’étre indispensables nu but auquel il s’agit d’arriver; et, s’ils ne sout pas en rapport immédiat avec la volonté, alors elle les ambitionne librement. » .Ainsi , d’après Savonarole, la liberté et la nature sont relativement en contraste, puisque la nature soumet la liberté à des conditions, et que la liberté, quand elle devient apparente, dicte des conditions «à son tour. En conséquence, tout ce que la volonté veut, elle le veut sans condition aucune, mais bien ou en vertu de la nature ou librement. D’autre part, dès que le but est reconnu avec certitude complète par la raison, comme chez les bienheureux, une certaine contrainte se manifeste en même temps; toutefois, cette contrainte étant intérieure, elle est précisément le phénomène de la vraie liberté. L'homme ne peut point alors se décider d’après un préjugé quelconque ; il ne peut point dire : Je ne veux pas ce bien; il ne peut pas suspendre l’acte du vouloir, mais il doit vouloir le bien dès qu’il en a reconnu la certitude et l’évidence complète: en d’autres ternies, l’idée de la volonté, considérée comme un étal de non détermination et de détermination possible entre deux partis à prendre, repose sur le manque d’évidence du côté de 1a perception intérieure; une pareille manière de vouloir, jiar son essence et par sa base, n’est point renfermée dans l’idc^ de liberté. Mais il eu est autrement pour nous , considères comme voyageurs qui n’avons point encore conyu lu chose. L’homme, sans doute, ne peut
RECHERCHliS SUPPLÉMENTAIRES.
point dire en son cœur ; Je ne veux pas être bienheureux ; mais il ne peut pas, pour le moment, ne point vouloir penser au but , ni suspendre ainsi et en même temps l’acte de la volonté et do la raison ; il peut se représenter un bien plus grand que le vrai bien. Mais, quant aux autres objets qui ne sont pas compris dans le but ou qui ne s'y rapportent pas nécessairement, rbomine peut vouloir ou ne j>as vouloir, suspendre l’acte ou ne pas le suspendre , selon son bon plaisir. >•
Qui ne voit point, par cette théorie, que la liberté de la volonté est sauvegardée , il est vrai, lorsqu’elle se manifeste, mais reconnue en même temps comme imparfaite jusqu'à un certain point, et que par là on insinue qu’une force supérieure est indispensable pour délivrer la volonté de set entraves'? Toutefois, la responsabilité existe encore pleine et entière, et l’enlèvement de cette liberté par Dieu , c’est-à-dire par le bien suprême , est en ce sens le péché, et cet enlèvement est un acte libre de l’homme. C’est pour ainsi dire le premier anneau de la chaîne des négations positives, à laquelle l’homme est maintenant attaché, mais que la grâce brisera pour nous rendre libres effectivement. C’est ainsi que nous nous représentons les consé- ) quences de ce système, qui, au fond, n’est autre que celui de Luther [De servo arbitrio), et nous voudrions savoir comment on pourrait autrement, par la spéculation ou la pratique, échapper au pélasgianisme.
Continuons et voyons comment Savonarole établit le rapport entre la grâce et la liberté: «.Nul ne peut venir à moi, dit Christ, à moins qu’il ne soit attiré par le Pero, lequel m a envoyé. Là-dessus saint Augustin pose celte question : Que signifie ceci: Dieu doit nous attirer? El il répond (|ue riiomme est attiré par Dieu, non point au moyen de lu contrainte, mais par la vue de ce qui est agréable ( per dclectationem). Prenons un exemple : vous montrez une pomme à l’enfant , un rameau vert au bétail, et ils viennent à vous attirés à la vue de l’agréable. C’est ainsi que Dieu vous montre le paradis, et |wir là vous attire à Christ. El si le poète pa'ien, continue suint
APPENDICE
.Augustin , pouvait dire : Trahit sua quoique voluptas , à combien plus forte raison pouvons-nous dire ; La vérité, la justice , la vie éternelle attirent csu.v qui viennent à Christ !
Un pèlerin qui soupire après la patrie céleste, qui se réjouit de se trouver avec Christ dans la demeure paternelle, [>eul s’apercevoir qu’il est attiré. Dieu attire chaque chose selon sa nature : son attraction puissante est, en même temps, une douce attraction : Deus attingit a fine usque ad finem former, et disponil omnia suaviter. Il pousse le libre arbitre de l’homme d’une manière libre , précisément parce que l’homme est libre. Mais il ne suffit point qu’une chose soit en soi-méme utile ou agréable, il faut encore qu’elle nous paraisse utile ou agréable. Dieu nous montre ce que nul œil u’a vu, ce que nulle oreille n’a entendu, ce qui n’est venu au cœur d’aucun homme ; il nous montre la magnificence de la vie éternelle qu’il nous a préparée par la parole de Christ. Il nous attire autant par la chose qu’il nous représente que par la manière dont elle nous est acquise. Beaucoup cependant voient devant leurs yeux pour ainsi dire les agréments et la magnificence des choses divines, et pourtant ils ne viennent pas, car leurs yeux sont tournés vers les choses de ce monde, sur ce qui est visible ; aussi ce qui est invisible leur paralt-il dur et repoiis.sanl. (Vest Dieii qui nttircj c’crit^ hii <)ui rend la parole vivante dans ton cœur. Dès qu’il a commencé à t’attirer et à t’inspirer de son souffle, alors tu te mets à dire : Je veux venir, et dès que Dieu te voit ainsi préparé, il te donne la grâce , t’éclaire et t’attire à Christ. En d’autres termes , il y a une dispositio per gratiain prœvenientem , et cette attraction du père vers le fils, attraction telle que Christ devient notre justice et notre sanctification, en est le résultat. Christ devient l’objet do ton amour ; il enflamme ton cœur et il t’attire toujours plus fortement à lui. La puissance de rattraclion est l’efTet de l'amour et non d’une contrainte quelconque. »
Jusque-là un n'est arrivé qu’au nœud de la question; le seul > moyen de la résoudre consiste dans la saine dm-trine de la pré- J
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dostiuation. Cela n’échappa poinl à Savonarole, qui, comme Thomas d’Aquin , s’attachait à celle doctrine fondamentale du christianisme, et admettait, avec le plus grand nombre des anciens docteurs de l’Église , une prédestination des élus à la vie éternelle, tout en regardant la réprobation comme une manifestation de la Justice de Dieu contre les pécheurs impénitents. Ou ne trouve poinl en lui ces délimitations spéculatives et détaillées qu’on ne peut omettre en développant celte doctrine; il préfère , avec l’Apdlre, admirer et adorer les profondeurs do Dieu. «Comment se fait-il », dit-il plus loin, « que Dieu attire l’un I plutôt que l’autre, qu’il attire celui-ci et non pas celui-là '?»
Dans l’explication du passage principal * « Dieu veut que tous i les hommes soient sauvés », Savonarole a recours à la distinction ordinaire employée par les scolastiques, d’une volonté de jl Dieu antérieure et ultérieure. Par la première, qui n’a en vue v que la nature humaine considérée en elle-ménie, Dieu veut la félicité de tous , il ne veut pas la mort du pécheur ; par la seconde, il ne peut vouloir rendre heureux le méchant, en tant qu’il est tel.
A ces délimitalious , peu rationnelles sans doute , Savonarole rattache la doctrine de l'élat de grâce qu’il appelle avec beaucoup de justesse le scellement du cceur. Et ce sceau , dit-il , c’est J.-C. le crucifié, a Si le pécheur a fait une jxhiitence sincère, si son cœur s’est renouvelé , alors le sceau de l’amour divin est apposé sur ce cœur. L’homme parcourt alors joyeusement la voie de Dieu, et il sent en lui-méme un grand zèle pour l’honneur du Très-Haut et le salut des aines; car les vases dans lesquels cet amour est renfermé sont pour ainsi dire embrasés et pleins de flammes, et s’efTorcenl de communiquer le feu à d’autres. Les eaux des afflictions passagères et les torrents des persécutions ne peuvent éteindre cet amour. » —
1 L’auteur allcinand traduit ici tout au loii^ un pa»<i;'c «(«• «ermon* de Savonarole ,
<|ue nous avons déjà Irailuil nous même ri que nous croyons inutile de reproduire une seconde fois. — Voy. U' pari , ch. 6, T, II , p. HR. F- T I*.
t 1 Tim. II , k.
APPENDICE
Telle est , d’après Savonarole, la justice des parfaits. « Mais ceux aussi qui comnienccDl dans les chemins de la vie , continue- 1- il , ont certains signes par lesquels ils peuvent conclure s’ils sont en étal de grâce ; c’est d’abord quand ils éprouvent une vraie souffrance de leurs fautes passées cl prennent la ferme résolution de vivre d’après la loi de Dieu ; ensuite lorsqu’ils sentent eu eux le dégoût du monde et de ses joies, trouvant du plaisir à la parole et aux œuvres de Dieu ; enfin, quand ils portent patiemment leur croix et soupirent après la vie éternelle. Quiconque a reconnu à ces signes qu’il est chrétien , doit apprendre en outre que celui qui n’avance pas dans la voie du Seigneur recule, n I L’état de grâce , d’après Savonarole , embrasse toute la sphère I delà connaissance chrétienne, et c’est par là que nous sommes initiés à la véritable connaissance des divins mystères. « 11 y a , dit-il , eu général , une double connaissance des choses divines : la connaissance spéculative et la connaissance pratique, la théorie et rexpérience. Celte dernière seule est suffisante et sûre, quand l’homme poussé en quelque sorte par une nature supérieure (per modum inclinationis) arrive à la lumière et conçoit en liii-méme une image et une similitude des mystères. C’est la connaissance que l’Ajiûlre définit eu ces termes ; L’homme spirituel est capable de tout. C’est celle qu’un autre disciple de Jésus dépeint comme l’onclion , source de toute science. Mais la connaissance purement spéculative , quoiqu’elle contienne 1a vérité au fond, laisse l'ame aride et stérile. 1^ simples s’abandonnent au Saint-Esprit. Et de même que les choses naturelles se laissent déterminer par la nature, de même ils se laissent diriger par Dieu. Les sages de ce monde veulent toujours y ajouter du leur; ils ne se décident |X)inta courber la télé: voilà pourquoi ils n’ont ni véritable consolation ni véritable lumière. .\ cause de leur orgueil , ils ne peuvent recevoir le sceau du cœur. Leur cœur est froid, humide, liquide, et rcmpreinle de la grâce ne saurait y ri‘ster attachée, b
Toutefois, Savonarole ne dédaignait pas pour cela la spécu-
RECHEHGHKS SUPPLÉMENTAIRES. 47.5
lalion ; il en usait (antôt dcins le sens d’Hugues de Saint-Victor, comme d’une préparation à la tliéologic ; tantôt , et plus souvent encore , comme d'une analogie pour continuer la foi. Nous en donnerons pour exemple son exposition de la doctrine de la Sainte-Trinité. » L’homme ne peut arriver nullement par la raison naturelle à la connaissance des personnes divines; car, par rapport aux créatures , il nous est impossible de reconnaître Dieu autrement (pt’en le considérant comme étant leur principe et leur cause. Mais Dieu n’est principe et cause que par la vertu qui est commune aux trois personnes divines prisées ensemble. Voilà pourquoi, en contemplant les créatures, nous ne pouvons parvenir qu’à la connaissance de ce qui est commun au Fils et au Saint-Esprit. Il serait ridicule de penser qu’il n’y a de vrai que ce que notre raison peut concevoir ; car il se trouve en Dieu une infinité de choses cachées, inaccessibles de tout point à nos recherches. Cependant nous voyons même dans les créatures une certaine similitude de la Trinité. Toutes les créatures ont un point de ressemltlance avec la cause première, parce qu’elles en sont les effets. Dans toutes on rencontre une oerlaine progression ou émanation, et plus ces créatures sont nobles et élevées, plus la gradation est parfaite ; mais plus la progression est parfaite , plus elle est intime. Prenez du feu cl l'approchez du bois : run mettra l'autre en combustion et se rassiniilcra. Mais cette progression est surtout externe , car la force du feu ne se manifeste qu’au-dehors. Prenez une plante, et vous verrez que la force vitale agit à l’intérieur de la plante , qui convertit en substance phyleumalique l’humidité qu’elle enlève à la terre et force la fleur qu’elle renfermait à sortir. Cette progression est beaucoup plus intérieure que celle du feu, qui s’attaque uniquement à la matière extérieure et cherche l'objet qui est hors d’elle-môme. Toutefois , la progression de la plante »îlle-mème n’est pas absolument intérieure, car elle allire à soi l'humidité du dehors et produit la fleur; et, quoique la fleur suit unie à l’arbre , le fruit se [lorte encore au-dehors et se détache de l’arbre. Passons maintenant aux puissances de la vie sensitive;
APPENDICE
considérons l’n*il , par exemple. Je vois une image , el de celle image se délacheiit vers moi une progression et une émanation qui impressionnent l’ceil : celui-ci présente l’objet à l’imagination ou à la mémoire; mais la progression reste interne, quoique la cause en soit externe. Élevons-nous jusqu’à l’intelligence humaine. Lorsque l’on a entendu quelque chose, on se met à réfléchir pour savoir si l'on a bien compris, el dans son intellect on se forme une idée de la chose comprise et l’on commence à s’en réjouir: il en résulte un certain amour qui reste fixé dans le souvenir. C'est une progression bien plus intime qui a encore quelque chose d’extérieur, attendu que tout ce qui est renfermé dans le souvenir provient des sens. On est donc fondé à conclure ; fque, chez toutes les créatures, il y a une certaine progre.ssion visible , mais d’autant plus intime que les créatures sont arrivées à un plus haut degré de perfection ; i’ que la progression la plus intime el la plus complète réside en Dieu, parce qu’il est la somme de toutes les perfections. Donc , nous reconnaissons que le Père a pour ainsi dire tiré de lui-méme une idée qui est sa parole éternelle ( le logos ) , et qu’alors l’amour, lequel est le Saint-Esprit , procède du Père et du Fils. Or, cette progression est la seule parfaite, parce qu’elle ne vient nullement du dehoi's et qu’elle reste en Dieu : la parole el l’amour, étant des personnes divines, sont avec Dieu une seule el même substance , une seule el même essence. — Donc , trois personnes divines sont réunies en la même substance el ne diffèrent que relativement. Le contraste relatif ressort naturellement de leur progression réciproque. Si la progression est objective, la différciice el les contrastes doivent être objectifs. Or, les rapports n’admettent rien d’imparfait dans la Divinité, puisqu’en général la significalion du mol rapport n’est point indépendante: Cum relatio ex sm ratione ad aliquid , sed non aliquid significat. Nous trouvons aussi dans le moi de l’homme une certaine Irinité : rinlelligence, la parole et l'aniour; car, au moment où l’homme conçoit Dieu, il s’en forme une idée, puis il se confond en amour pour lui. Nou.s \ oyons , on outre , dans toutes les
rréatures, quelque trace de la trinilé; car toutes ont un commencement, un milieu cl une fin; chez toutes, il y a une substance, une force, une expansion , etc. Aristote, le prince des Péripatéticiens, paraît se rapprocher de celte théorie lorsque, guidé au flambeau de la raison , mais non pas de la foi , il exalte le nombre trois au commencement de son livre De cwlo et mundo , et lui accorde, avec les Pythagoriciens, une perfection ; car toutes choses sont limitées par ce nombre , et il est appliqué par la nature h la consécration et au culte des Dieux. En outre, nous n'api)clons jamais le nombre deux un tout, mais nous ne pouvons dire tout que lorsque nous sommes arrivés au nombre trois. Or, la généralité, la totalité et la perfection paraissent être une seule et même chose. »
Au sujet du Fils issu du Père et de l’envoi du Saint-Esprit , voici comment s'explique Savonarole: o Tu dis ; Gomment le Père peut-il envoyer le Fils, ou celui-ci l'Esprit , puisqu’ils ne font qu’un? Voici ma réponse : Dieu agit avec nous comme une mère avec son nourrisson. Elle no lui dit pas ; Va et fais cela; mais elle se penche vers son enfant, et lui manifeste sa volonté par des gestes et des paroles entrecoupées. Ainsi , Dieu condescend jusqu’à nos idées qui ne sont point en état de concevoir les choses divines ; d’où il suit que, à ne considérer que le sens propre de notre langage, nous devrions plulél blâmer que louer Dieu. Mais si on considère l’esprit et la portée du langage, il en sera autrement. Dans le premier cas, on peut être envoyé de trois manières difl’érentes : î’ sur un ordre, comme le serviteur par son maître ; 2* par le chemin du conseil : lorsque, par exemple, un roi se rend quelque part pour aller demander conseil aux gens d’expérience; 3° enfin , d’apres la manière que nous pourrions appeler mission d'origine {inissio originis): lorsque, par exemple, la fleur qui était virtuellement dans l’arbre se met à pous.ser. Or, nous ne pouvons comprendre ^la première manière, quand nous parions de l’envoi du Fils par le Père ou du Saint-Esprit par le Fils, car les trois personnes divines sont égales ; pas davantage la seconde ; mais seulement
AlTENDlCb;.
la troisième, la prodiirlion d’un èire par un nuire. En pénèral, nous pouvons considérer Dieu sous un double point de vue, ^ < omme pn’ncipe ou fin extrême. Dans le premier ras, il donne l’existence à toutes les créatures, et, coimne fin extrême, il les fait revenir à lui. D’abord, il a créé l’atne, afin ([u'elle revienne à lui; mais, pour la fin de l’ame et de l’Iiomme en général , il a créé le corps et l’univers. L'ame de 1 homme attire à soi tous les éléments , tous les deux ; d’où il suit que lorsque l’ame et le corps seront trnnsfiaurés , il en sera de même pour les éléments et les deux. .Ainsi, Dieu fait servir toutes choses à la lin de l’homme, et l’homme lui-même ii la lin de son Eréalcur, lequel est la fin suprême. Le Saint-Esprit est dans l'homme juste une seconde existence, non point qu’il ne s'y trouvât pas auparavant, mais parce que les ellcls de sa grèce n’étaient point visibles. .Aussi voilà pourquoi nous disons que le Fils fut envoyé au monde, non point pareequ’il n'y était pas auparavant, mais parce (|u’il n’y était pus de cette maniéré, avec ces effets et en chair.»
Savonarole expose la doctrine des sept sacrements ; mais la manière dont il cherche à éclaircir l’ensemble de ces acte.» sucrés, en revenant par analogie sur certaines idées-mères, trahit autant iV incertitude que la déduction dialectique depuis Hugues de Saint-Victor et Lombard. On voit que l'idée deces matières Il 'était pas encore bien nette. Il parallélise la siguiticalion cl l’efficacité dos sacrements avec les conditions de conservation et d’existence de la vie humaine. « D’abord , dit-il , Venqendrement est nécessaire pour la vie du corps; c’est de là (|ue la vie matérielle tire sou origine. En second lieu, vient la croissance, qui donne au corps vivant la mesure et la force convenables; en troisième lieu la nutrition , sans laquelle il ne pourrait ni se con.server ni croître. C’est pourquoi on attribue à l'ame végétative trois forces principales : getieratio , augmentatio, nutrilio. On a inventé, en outre, des remèdes salutaires pour prévenir et guérir les maladies qui affectent le corps; et, comme la génération ne {>eut s’opérer sans générateur, la nature a disposé les choses de telle sorte que les sexes et les individus , pris en eux-
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mêmes, se perpétuent. — Do môme, dans la vie spirituelle, le Baptême est la première chose indispensable par laquelle les hommes, déshérités de la prAce à eau.se du péché originel , sont régénérés en Christ et reçoivent le commencement et la forme de la vie spirituelle. De môme que les hommes, sortant du ventre obscur de leurs meres, viennent charnellement .i la lumière; de môme, par le baptême, ils sont retirés des ténèbres du monde et introduits aux clartés do l'Église et dans le saint temple de Dieu. Par le sacrement de la Confirmation , les régénérés en Christ reçoivent du secours et de la force ; car la vie de l’hoinmo est un combat sur la terre , et nous devons tous pénétrer dans le royaume do Dieu à travers de nombreuses tribulations. Le sacrement de VEucharislia représente la nourriture spirituelle; sans celle-là le champion chrétien succomberait dans le combat. Le sacrement de la Pénitence est institué pour recouvrer la santé spirituelle; car, de môme que sur un champ de bataille plusieurs sont blessés, auxquels il faut s’empresser do porter secours afin qu’ils ne périssent pas, de môme ceux qui sont blessés dans le combat spirituel doivent être guéris tout de suite de leurs blessures, ce qui n’a lieu que par le remède salutaire do la pénitence. Le cinquième sacrement est celui de V Extrême-Onction : il a rapport en môme temps à la santé de l'ame et du corps. En elTel , il arrive souvent (pie le corps s’étiole et dépérit à cause du péché. Mais tandis que la vertu de la sainte onction se répand dans l’atno et qu’ainsi la cause est supprimée, le malade retrouve sa première santé. Et réciproquement , les organes de l’ame sont souvent attaqués de la contagion qui dévore le corps, en sorte qu’elle ne peut plus s'abandonner à la contemplation ni aux exercices de piété. Et ici le s’ajoute à l’onction : l’ame acquiert une force
nouvelle; elle est préparée pour accomplir avec mr>ins de fatigue le passage de celte vie h l’immortalité. Le s;icrement de l’Ordination est è la propagation spirituelle ce que le Mariage est à la propagation charnelle; .sans lui, la multiplication spirituelle serait même impossible. »
APPENDICE
Les dispositions que nous trouvons dans Sitvoiiarole au sujet du sacrement de pénitence sont fécondes et frappantes ; il en énumère les trois parties constitutives d’après la théorie usitée dans l'Église catholique romaine; contrilio, confessio, satisfaclio, tout en remarquant que le repentir et la componction en sont les éléments essentiels. «Et ce repentir doit être sincère et partir du cœur, non point comme on fait de nos jours dans les jeûnes, où l’on témoigne extérieurement de la douleur par habitude ou par honte, et où la plupart ont recours à un directeur accablé d’affaires, qui les relAche à bon marché. Une confession non accompagnée d’un repentir véritable n’est utile A rien. .4u contraire, il faut se retirer dans sa chambre, s’humilier devant le Dieu de notre vie, se rappeler les souffrances de Jésus-Christ , se représenter la mort et le jugement, et dire ensuite avec le prophète: «O Dieu! tu ne mépriseras point un cœur brisé par les angoisses. » C’est ainsi que l’on gagne le champ où est caché le trésor; c’est ainsi que l’amour de Dieu se renouvelle dans notre cœur. Remarquez aussi les signes auxquels vous reconnaîtrez la véritable componction. Le premier consiste à resst'iitirde l'amour pour le sang et la passion de Jésus-Christ , au point que notre cœur soit rougi pour ainsi dire de son sang, et que nous lui rendions grâce ii plusieurs reprises des avantages infinis que sa mort nous a procurés. C’est par l.à seulement que l’homme nouveau s’élèvera à la vériUtble vie spirituelle , à la simplicité chrétienne. Car, si l’un voit qu'une personne se livre , après comme avant, aux vanitésdu monde, qu’elle n’apprend jamais la langue de l’esprit; au contraire, qu’elle s’égare dans la froide rhétorique du jour, au lieu de parler des choses spirituelles, alors ou jHJUt être sûr qu'elle n’est point véritablement convertie. Celui auquel Dieu a fait grâce et qui s’est converti réellement , ne redoute point ce que les hommes disent de lui ; il est content d’étre pris pour insensé à cause de Christ; il acquiert un courage viril et il dit; Je veux que l’on vive dans ma maison de telle manière. Il suit de la (pi’il reçoit de la plénitude <le Christ grâce sur grâce; qu’il remercie Dieu pour toutes choses.
RECHKHCHES SUITI.ÉMENTAIRES.
ne s'uttribuant rien à lui-méme. Car, si d’après saint Bernard l’ingratitude tarit la source de la miséricorde , en revanche la reconnaissance la fait jaillir. Ceci est la force de ceux qui ont reçu la grèce, qu'ils se reconnaissent eux-mémes ainsi que les dons de Dieu, et qu’ils fuient la louange des hommes. Enfin , ils reçoivent aussi la grâce de convertir les pécheurs qui se consument en fatigues inutiles, en œuvres du péché, lesquelles sont l’œuvre de leurs mains et non l’œuvre de Jésus-Christ. Celui dont le cœur a ainsi reçu avec profusion cet amour de Dieu et de Jésus-Christ, a le gage assuré de la vie éternelle. »
On le voit, tout converge cher Savonarole, même dans les développements dogmatiques, à V application pratique des doctrines , et la conception spéculative ne commence à avoir de la valeur pour lui que lorsqu’il peut la faire servir à exalter la foi et à la mettre en lumière. Au reste, on retrouve chez lui des aperçus sur toute la sphère des idées dogmatiques. Ce qui lui appartient en propre, c’est un grand nombre d’observations pratiques pleines de finesse, qui non seulement indiquent un penseur ne relevant que de lui-même, mais qui témoignent clairement qu’il ne s’est point contenté de penser, mais qu’il a éprouve ce qu’il dit. Nous tenions uniquement k démontrer dans ces réOexions dogmatiques le point auquel on pourrait rattacher une multitude de développements nouveaux. .Assurément , ce qu'il y a de surprenant en lui, c'est sa conception claire, pré cise et complète de la doctrine de la justification par la foi. Là surtout nous verrons avec quelle sûreté il marchait , conduit par des recherches humbles et sincères sur l’Écriture et par l’expérience spirituelle , tandis que les grandes colonnes de la scolastique erraient dans la manière d’exprimer ou de baser cette doctrine. Car Thomas d’Aquin , aussi bien que Bonaventure, confond la justification a\ec Vinfusio justitiœ fgratiœj ou avec Vexercitatio justitiœ (la sanctification); d’où la foi est pour eux un simple élément qui concourt à l’acte de la justification , et non point le moyen organique (l’ôpyavov >iumxoï).
TEXTES ET DOCUMENTS
POÉSIES DE SAVOMAROLB.
I» ORATIO DEV0TI8SIHA AD VIRGISF.M MARIAM. (Andin d< RIani, fniii, tic. , N" »A , p. A«. — Flotenca , l»A7.)
Funde preces in cœlis ,
Maria , Stella maris !
Remove cito peccaU ,
Unde vota sint grala , Omniumque prolata , Maria , Stella maris.
A Deo benedicta ,
Ab angelo jam dicta ,
El in cœlis descripta , Maria , Stella maris.
Alla unda cœlorum ,
Et decus angelorum , Audi preces peccatorum , Maria , Stella maris.
TEXTES ET DOCUMENTS
Tu , tota es formosa ;
Tu, lola speciosa;
Tu, tota gratiosa.
Maria , Stella maris.
Tu es norma juslorum,
Tutela peccatorum,
Laetitia sanctorum,
Maria , Stella maris.
Eia glorific.ala ,
Et cum Christo locata ,
Sis nostra advocata ,
Maria , Stella maris.
Ut a morbo pestilentiæ.
Et ab Omni pravo scelere Nos defendat semper et hodie Maria , Stella maris.
Amen.
2o LAUDA PER INFIAHMARE IL CORE AL DIVINO AMORE. (Andin de Alans , Po«ti« , «le. • 40 , p. S5«^
Che fai qui , core?
Che fai qui , core ?
Vanne al divino amore 1
. L’ amore è lesfl Cristo ,
Che dolcemente intiama ; Fa lieto ogni cor tristo.
APPENDICK.
Che Lui sospira e brama.
Chi puraincnte l’ama ,
Si spoglia d’ ogni errorc.
Che fai , elc.
Se tu ti senti afflitto,
Questo è dolce conforto ;
Questo è quel dolce lillo,
K quel felice porto,
Il quai sempre li esorto Amar con gran fervore.
Che fai , etc.
Non star, cor inio , più meco ;
Se viver vuoi in pace,
Vanne a lesù , e sla’seco ;
Ch’ el mondo è si fallace ,
Che ormai a lui non piace Se non chi^è Ixadilore.
Che fai, elc.
Se tu stai qui in terra ,
Sarà tua vita amara :
lu ogni loco è guerra ,
E fede e pace è rara.
Se t’ è la vita cara ,
Vanne al divin splendorel Che fai , etc.
Non ti hdar d’altrui ,
Ch’ ogni uomo è pien d’inganui :
Se tu ne vai a Lui ,
Dolci saran gli alTaoni ,
TEXTES ET DOCUMENTS
E spenderai tuoi anui Con merilo ed onore.
Che fai , etc.
Se lu’l Irovi, uniilmcnte \ Lui nii raccomanda ,
E fa che sia fervente A far la mia domanda ;
Che sua dolcezza spanda Sopra ’l raio gran dolore!
Che fai, etc.
E quando sarai giunto ,
Dara’ gli un bacio santo ;
Le mani , e’ piedi appunto,
Abbraccial tutto quanto ; lafiaminati in Lui lanto Che ’l brami a tutte l’ ore I Che fai , etc.
Se Lui la inan ti prende,
Non lo lasciar giainniai :
Ghi del suo amor s’accende,
Non sente eterni guai;
E se con Lui tu stai ,
Tu spcgni ogni timoré.
Che fai, etc.
Sta’ con lesù , cor mio ,
E lascia ogni uorn gridare !
Questo è luo dolce Iddio,
Il quai tu debbi amare,
E per suo amor porlare Ogni mondan furore.
Che fai , etc.
APPENDICE
Prendete tutti l’armi,
Nimici d’ ogni bene;
Che più non temo , e parmi Clie dolci sien le pene.
E queslo si conviene A chi sta con l’amore.
Che fai , etc.
3» CHANT DE carnaval ( CANTO CARNASCIALESCO ) PAR LAURENT DE MÉDICIS.
{ Robcoc , Lif* of Lcrtiuu , eic., T. 1 î ^fptndix , N® 16.)
Quant’ è bella giovinezza ,
Che si fugge tuttavia !
Chi vuol esser lielo sia ,
Di doman non ci è certezza.
Quest’ è Bacco, e .\rianna,
Belli , e l’tin del altro ardenli ;
Perché ’l tempo fugge e’nganna, Sempre insieme slan conlenli :
Queste ninfe e allre genti Sono allegre tuttavia.
Chi vuol esser, etc.
Quesli lieli satirelli
Delle ninfe innamorati,
Per caverne , e per boschetli ,
Han lor poslo cento aguati :
Hor da Bacco riscaldati Ballon , sallan tuttavia :
Chi vuol esser, etc.
Queste ninfe hanno ancor caro Da loro esserc ingannate;
TEXTES ET DOCUMENTS
Non puou far a Amor riparu , S«' non genli rozze e ’ngrate :
Hora insiemc mescolate ,
Fanno Testa tutlavia :
Chi vuol esscr, etc.
Qnesta soma , ebc vicn lireto,
Sopra r asiiio , è Sileno ;
Cosi Vecchio , è ebro e lieto ,
Già di carne e d' anni pieno :
Se non puo star rillo, ainieno Ride , e gaude tuttavia :
Chi vuol esser, etc.
Mida vien , dopo costoro :
Ciô chc locca , oro divcnta ;
E chc giova avec tesoro ,
Poicbo l’ huoin non si contenta?
Che dolcezza vuoi che senta Chi ha sete tuttavia ?
Chi vuol esser, etc.
Donne e giovauetti amanti ,
Viva Bacco, c viva Amorel Ciascun suoni , balli e canti, Arda di dolcezza il core :
Non fatica, non dolore,
Quel c’ ha esser convien sia :
Chi vuol es-ser lieto sia ,
Di doman non ci è certezza.
Quant’ è bella giovinezza,
Che si fugge tuttavia !
AI’FENDICK.
CATALOGDES PRINCIPAUX DBS OBL'VRBS DE 8AVONAROLE.
I* Fie de Savonarole par Burlaniaochi (édition do Lucqiios, 1764 ). — On trouve en léte un assez long catalogue.
i’ A la fin du deuxième volume deQuétif ( IVc de Savonarole , etc. ) , on trouve uii des catalogues les plus complets que nous possédions.
3' .\udiu de Rians, Poésies de Savonarole. — On trouve à la fin de ce volume la description des éditions du XV' siècle que ce bibliographe a rencontrées dans le cours de ses recherches.
4' Serapeum : Zeilchrift fur Bibliolbekwissenschaft handscriflenkunde tind âltere Lilteralur, von D' Robert Nauman (Leipsig, 1842). — .\ux pages 2.'i7, 273, 297 de ce volume, on trouve une bibliographie de Savonarole sous ce titre ; Die sammiung der aulographen des Hieronymus Savonarola , vom Ende funfzehnlen Jahr hunderts auf der kttn. Bibliotbek in Stuttgart, von ober bibliolhekar, D’ Moser.