PRESSOIRS DU ROI
gles, et depuis la tour Hananéel jusqu'aux pressoirs du roi. »
Voilà encore un de ces problèmes topographiques dont il est malaisé de trouver la solution. Essayons pourtant.
La porte de Benjamin doit être celle qui conduisait sur le territoire.de la tribu de Benjamin, ce qui nous ramène au nord.
La tour Hananéel occupait l’angle nord-ouest de l’enceinte du temple; puis la limite méridionale imposée par le prophète à la face orientale de la ville future s'arrête aux pressoirs du roi. C’est donc au dehors, et au sud du Haram-ech-Chérif actuel, Qu'il faut chercher les pressoirs, et comme cela arrive précisément pour le pâté de rochers excavés que j'avais en vue, HO ne restaitwplus qu'à. aller: l’examiner,-. à vérifier: sur place si les excavations pouvaient avoir appartenu à un pressoir antique.
Enewpremière, remarque. à faire avant vde vérifier sil y a récllément lice tquennousvwcherchons, C'estiquerlémpressoimn royal devait être voisin du jardin du roi, puisqu'il était destiné aufaire, l'huileretle-vin, etére-pouyaitrètre loin. nr descoliviers ni des vignes. Or le jardin occupait le fond du vallon de Siloam ; par conséquent, si nous retrouvons un pressoir isolé dans ce quartier, c'était bien certainement le même dont parle le prophète.
Lorsque la logique eut terminé son petit travail préliminaire, j’allai voir si J'avais deviné juste.
À mon arrivée devant ces caves taillées dans le roc, je ne conservai plus le moindre doute sur la noble origine du monument; ‘en effet, 1l y a là un pressoir antique, et je vais le dé. crire brièvement, le moins mal que je le pourrai.
Tout n’est pas rose dans le métier de l’antiquaire.
Ces excavations constituent aujourd’hui l’officine d’un tanneur, dont les affreux produits macèrent dans le fond des
chambres, empestant l’air à cent pas à la ronde. Un seul ouvrier
travaillait dans l’atelier ; c'était un grand garçon d’une vingtaine d'années qui, à ma vue et à celle de mon compagnon, l'abbé Michon, prit l’air d’une bête fauve qui voudrait nous dévorer. « Qu'est-ce que vous voulez, messieurs? » Je remplace euphoniquement par le mot messieurs la dénomination avec laquelle il nous accueillit; mais, entre nous, je veux bien avouer qu’il nous appela chiens. « Que demandez-vous? » Je répondis en bon arabe, ma foi : « Ce que je veux, c’est te donner un bakhchich, puis visiter la tannerie. » Le bechliq que je lui glissai dans la main, et il me tendit la main sans se faire prier, adoucit à l'instant nos relations; je n’eus plus à partir de ce moment qu’un véritable agneau pour interlocuteur. Lors que j'eus fini mon étude, l’agneau recut un second bechliq qui le transporta de joie. Du coup, j'avais là un ami à pendre et à dépendre, acheté cinquante sols.
Maintenant, voici ce que je trouvai, en me bouchant le nez.
Il y a trois salles juxtaposées, dont le sol est assez profondément creusé, de facon que deux des chambres ont pu être transformées en cuves à tanner les peaux de moutons. Certes, ce ne sont pas les industriels de notre époque qui ont eu l’idée de pratiquer dans le roc vif des cuves de cette espèce. Mais, bien au contraire, parce qu'elles se sont trouvées toutes faites, un tanneur s’y est installé. Ce qui me le prouve, c'est un détail dont je vais parler. L'entrée primitive des chambres a été détruite et agrandie à coups de masse, Dieu seul sait quand et par qui. À droite de l’entrée ainsi élargie, on voit dans le flanc du rocher une rigole taillée qui descend verticalement du haut du massif. Elle est recoupée à droite par une autre rigole inclinée, mais brisée, et qui a disparu à une faible distance du point de jonction; néanmoins sa direction indique qu’elle venait aussi de la plate-forme supérieure. Le roc est à peu près plat;
on y distingue deux larges excavations arrondies, qui ont dû
PRESSOTRS DUR RO 163
servir à écraser les olives ou le raisin, dont le jus descendait par les rigoles pour gagner les chambres inférieures.
J'ai dit tout à l’heure que Dieu seul pouvait savoir à quelle époque une tannerie avait été installée dans les pressoirs. A défaut de mieux, je puis toujours affirmer que la tannerie existait au xn° siècle, c’est-à-dire pendant la durée du royaume latin. Elle est citée dans la curieuse description de Jérusalem qui remonte à cette époque.
Le pressoir, car maintenant nous avons le droit de donner ce nom à l’étrange excavation que je viens de décrire, domine tout le jardin royal, ainsi que la piscine de Siloé et l'étang de Salomon. Une telle situation convient donc parfaitement aux pressoirs du roi. Encore aujourd’hui, la pente qui descend
de là vers le jardin est plantée de nombreux oliviers.
PORTE SAN MRONURE
’ANGLE sud-ouest du vaste terrain des chevaliers de Saint-Jean domine les arcades du marché au blé, qu: longe une rue menant en droite ligne à la porte de Jaffa. Le tracé de cette rue donne exactement celui du mur
septentrional de la première enceinte de Jé-
rusalem. Quand, à partir du bazar, on a cheminé une vingtaine de mètres vers l’ouest, c’est-à-dire vers la porte de Jaffa, on trouve à main gauche une rue qui monte vers le sud, jusqu’à la muraille d’enceinte moderne. À trente mètres environ du commencement de cette rue se voit à gauche, dans le mur même qu'elle longe; une "arcadeenterrée, d'apparence romaine, et dont les voussoirs supérieurs s’aperçoivent seuls au-dessus du sol. Cette porte a été signalée pour la première fois par Pierotti, qui a cru y reconnaître la porte Djennath de Josèphe. En effet, un tel nom pourrait convenir, s’il était facile de le rattacher à la première enceinte Jébusite, puisque, au dire de Josèphe, la porte Djennath y était prati-
quée, et qu’à proximité de la porte commençait la seconde
PORTEPANLIOQUE 105
enceinte. La chose ne serait donc pas impossible, mais à la condition d'admettre que la porte Djennath ouvrait sur la vallée du Tyropœæon et faisait face au mont Moriah. Voilà un sujet de discussion que j'entends bien ne pas traiter ici, ne voulant en aucune .facon faire du livre que j'écris un livre de polémique.
N'ayant point pratiqué de fouille autour de cette arcade, je n’en connaissais naturellement que ce qui était au-dessus de terre et recoupé par un talus. Ainsi on voyait, lorsque Je la visitai, une clef de voûte, à laquelle se reliaient à gauche trois autres voussoirs émergeant entièrement du sol, avec l’amorce d’un quatrième. Deux assises de beaux blocs parfaitement appareillés s’y rattachaient à gauche; à droite de la clef de voûte ne paraissait qu’une petite partie de l’arcade.
Il est clair que ces renseignements étaient bien peu suffisants pour deviner le caractère et l’origine de la porte. Heureusement les fouilles anglaises y ont suppléé, et la porte fut déblayée jusqu’à sa base. Elle est en plein cintre, ayant 1 mètrét62 der flécheret 31métrés 220 d'ouverture;tlanhanteur: tôtale sous clef a été reconnue de 4 mètres 50.
Les pieds-droits sont surmontés par une imposte du profil le plus étrange, servant de point de départ à l’arc de la voûte. C'est une gorge en arc de cercle répétée trois fois de suite, et dont l'intermédiaire est séparée des autres par un tore encadré dans deux filets. Le tout est surmonté d’un tailloir simple et repose sur un listel assez étroit.
Détail remarquable: à une époque qu'il est difficile de déterminer rigoureusement, mais qui doit être voisine des croisades, cette porte antique a été doublée à l’intérieur par une porte ogivale, en tiers-point, destinée sans doute à la consolident empecher, ders'écroulér.
Enfin, aucune trace de muraille ne fut retrouvée autour
de l’arche.
oi
Si maintenant nous nous reportons à la description de Jérusalem au jour où elle fut prise par Selah-ed-Dyn, nous lisons CECLE
« Par la rue aux Herbes, aloit-on en la rue du mont Syon et trescopoit-on la rue David. Par la rue couverte, aloit-on en une rue par le change des Latins. Cele rue apeloit-on la rue de l’arc Judas, pour ce que on disoit que Judas s’i pendi à un arc detprere.»
Je suis bien tenté de croire que notre arceau antique n’est autre chose que l’arc Judas du xu° siècle.
Voici d’ailleurs une tradition qui prouve jusqu’à quel point, à Jérusalem, les souvenirs se rattachant à l’histoire du christianisme peuvent se transformer.
En 570, le pèlerin de Plaisance disait ceci: « De Gethsémani, nous sommes montés à la porte de Jérusalem par de nombreux degrés ; à droite de la porte on aperçoit un lieu planté d’oliviers, et le figuier à une branche duquel Judas se pendit, et dont le rejeton est défendu par des pierres. »
Au xr° siècle, la tradition prétendait que Judas s’était pendu à une arcade qui aurait donné son nom à la rue de l'Arc- Judas. |
De nos jours, et depuis deux cents ans, la tradition a encore changé, car, à une centaine de mètres au sud du tombeau de Zacharie, dans la vallée du Cédron, l’on montre aux pèlerins
l'emplacement même du figuier auquel Judas se pendit.