‹ JérusalemChapitre 61 sur 81 · DE S · texte numérisé non relu

DE S

beau d’Absalom, vers le sud, on aperçoit dans

EG

lé rocrqui sert-de” base au’mont: des: Oliviers et qui a été taillé à pic, la chambre sépulcrale connue des chrétiens sous le nom de Tombeau de saint Jacques, et des musulmans sous le nom de Divan de Pharaon. Je vais donner la description de ce beau caveau funéraire. |

Excavé à plus de ro mètres au-dessus du chemin qui suit le lit du Cédron, un vestibule soutenu par deux colonnes et deux demi-pilastres doriques, réservés dans la masse, se montre à l'extérieur. Ces quatre soutiens sont reliés par une architrave surmontée d’une frise dorique qui comporte neuf triglyphes avec gouttes, et qui est surmontée à son tour par une corniche dorique régulière.

Les trois parois du vestibule sont percées de la manière

suivante. Sur la paroi de gauche s'ouvre la première, régnant jusqu’au plafond,'et à cette porte aboutit un escalier à ciel ouvert, menant obliquement sur le rocher qui domine le caveau. Cet escalier, dit le frère Liévin, conduisait à une chapelle qui dans les premiers siècles du christianisme aurait existé au-dessus du tombeau. Il y a bien une espèce de petite plateforme au-dessus du vestibule, mais de chapelle, pas la moindre trace.

Dans le mur du fond est percée une seconde porte; à gauche, une petite fenêtre donnant sur la chambre sépulcrale.

Enfin, le mur de droite présente une troisième porte carrée; celle-ci donne accès dans un assez long couloir, qui vient déboucher dans la paroi de gauche de la cour dans laquelle est placé le monument connu sous le nom de tombeau de Zacharie.

Le sol du vestibule présente à droite et au fond, c’est-àdire contre la porte qui conduit au tombeau de Zacharie, une sorte de banquette. |

Le corridor conduisant à la cour est assez grossièrement taillé; il a à mètres 6o de développement total.

Voici ce que J'écrivais en rédigeant mon premier voyage en Terre sainte :

« Au dehors, aussi bien qu'à l'intérieur, le caveau est couvert d'inscriptions judaiques plus ou moins récentes, ne contenant que des noms de pieux visiteurs; sur l’architrave, on distingue une inscription plus longue que les autres, d’apparence beaucoup plus ancienne, mais que son état de dégradation rend impossible à lire, à cause de la position incommode dans laquelle on se trouve pour l’étudier; en effet, il faut s’accrocher ‘à’ June des colonnes pour ne pas rouler au bas du rocher. Il serait à désirer qu’on püt, en se munissant d’échelles, prendre un estampage et une copie de cette inscription judaïque qui est peut-être intéressante. Je la recommande

donc expressément aux voyageurs futurs. »

Tout. à lheüretemreviendrarsummecenrtexté; qui est'anjourd'hui parfaitement connu et qui méritait bien d’être relevé.

Venons à la description des chambres sépulcrales.

En franchissant la porte percée dans le fond du vestibule, on arrive dans une antichambre spacieuse. Trois portes sont taillées dans ses parois du fond; mais à l’angle gauche, la paroi intérieure a été brisée violemment, de sorte qu’il devient certain que la fenêtre du vestibule est postérieure à l'ordonnance du monument primitif.

La porte de gauche conduit à une chambre sépulcrale carrée de 4 mètres de côté. Trois fours à cadavres y sont creusés, deux dans la paroi qui fait face à la porte d’entrée, un dans la paroi de droite.

La porte du fond de lantichambre débouche directement dans une chambre moins grande; sur les trois côtés du fond règne une banquette continue de 1 mètre de largeur. Dans la paroi de gauche est une niche sépulcrale si peu profonde qu’elle ressemble presque à une niche véritable. Puis, dans la paroi du fond sont pratiquées deux ouvertures, dont la première, celle de gauche, va déboucher obliquement dans une nouvelle chambre offrant sur chacun des trois côtés du fond bamarcosoliun:- l'ouverture de tdroiteresteun four àa/cadavre. Bains paroisdendromtemunenseulehouverturerésth percée cest celle d’une niche placée symétriquement avec la niche de la face opposée.

Revenons maintenant à l’antichambre, pour regarder la salle dans laquelle donne accès l’ouverture pratiquée dans [a paroi de droite.

Cette porte débouche dans un couloir étroit. Là commence une banquette, au-dessus de laquelle se voient plusieurs fours à cadavres, dont les ouvertures ont jusqu’à 1,50 de hauteur.

Telle est la disposition générale du monument funéraire,

où, il faut le dire, on !est loin de retrouver.la noble simplicité +3

architecturale des autres tombes judaïques que Je considère comme étant plus anciennes.

C’est la tradition chrétienne qui a donné à ce caveau remarquable le nom de tombeau de saint Jacques. Elle dit qu’au moment de l'arrestation de Jésus-Christ, les apôtres s’enfuirent épouvantés; huit d’entre eux allèrent se cacher dans un sépulcre de la vallée de Hinnom qui porte aujourd’hui encore le nom de Retraite des Apôtres, et saint Jacques le Mineur se réfugia dans le caveau que nous venons de visiter.

Elle ajoute que saint Jacques y resta sans prendre de nourriture pendant les trois jours qui précédèrent la Résurrection, et que c’est là que Notre-Seigneur lui apparut. Ce saint Jacques, frère de Simon et de Jude, fut le premier évêque de Jérusalem. On sait qu'il fut précipité du haut des murailles du temple; il priait encore pour ses meurtriers, lorsqu'un des assistants lui asséna sur la tête un'coup de masse.de foulon, etmit anse fin à son supplice.

Le corps de saint Jacques fut-il déposé après son martyre dans le caveau sépulcral qui porte son nom? C’est possible encore, mais rien ne nous autorise à l’affirmer.

Qu'on me permette de raconter ici une petite anecdote qui me concerne, et que je me fais un devoir de ne pas omettre, afin que ceux de mes lecteurs qui seraient tentés de visiter la Terre sainte sachent qu'il est toujours bon d’avoir dans sa poche quelque chose comme un revolver, lorsqu'on fait des promenades autour de la ville.

Un beau jour, j'étais entré dans le tombeau de saint Jacques avec mon ami l’abbé Michon, afin de recueillir les mesures dont j'avais besoin pour en dresser le plan. Un flâneur arabe nous apercut lorsque nous nous glissions dans le couloir ouvert dans la cour du tombeau de Zacharie.

Nous n’avions pas d’autres armes apparentes qu’un mètre

et un cahier de dessin. — Bonne aubaine! pensa le drôle, et

il vint s'asseoir à la porte du couloir et attendit que nous sortissions pour nous rançconner.

Une simple corde lui servant de ceinture supportait un khandjar de la plus belle dimension, sur lequel son propriétaire comptait apparemment pour nous inspirer un grand respect de sa personne. Lorsque après quelques heures de travail nous eûmes franchi la petite porte basse à côté de laquelle notre bandit fumait patiemment son tchibouk, il se leva et, s’approchant de moi, m’enjoignit de lui donner tout de suite un bakhchich. « Un bakhchich! lui dis-je, et pourquoi? Est-ce parce que tu as vu mon nez, ou parce que Jai vu le tien? — Je veux un bakhchich, et tu vas me le donner, me réponditil d’un ton menaçant. » Je compris qu’il était temps de mettre un terme à cette conversation, et je tirai de mon gousset, au lieu du bakhchich attendu, un de ces pistolets qu’on appelle coups de poing. Je l’armai, et, l’approchant du front de mon interlocuteur : « Je ne demande de bakhchich à personne, moi! lui dis-je, et je n’en donne que quand cela me plaît et à qui je veux. Quant à toi, si tu veux manger du plomb, c’est à ton service! — Non! s'écria-t-il en se rejetant en arrière, et il Se mit en devoir de déguerpir au plus vite, renonçant à un colloque qui avait pris une tournure si différente de celle sur laquelle il comptait. Sans mon bienheureux pistolet, il eût fallu se débarrasser de ce coquin à prix d’or.

Occupons-nous maintenant de la date probable et de l’origine du prétendu tombeau de saint Jacques.

On a vu plus haut que javais appelé l’attention des voyageurs qui viendraient après moi sur l'inscription dont j'avais pu reconnaître l'existence sur l’architrave du sépulcre. Mon ami M. le comte de Vogüé en rapporta un estampage, et à mon retour à Jérusalem, en 1863, je fis tous mes efforts pour me procurer un bon moulage. Avec laide des ouvriers de Sainte-Anne

et des échelles qu’ils avaient sous la main, je pus, à la troi-

as

sième tentative, obtenir le creux en terre glaise que je voulais envoyer en France; les deux premiers, laissés sur place pour sécher contre la pierre, avaient été brisés par les habitants de Siloam, ‘pour le seul plaisir, de faire lemal Je ps Alors in gardien qui veilla au succès de l'opération, et cette fois je fus maître du moulage si ardemment désiré.

Cette inscription de trois lignes, mutilée en bien des endroits, contient les noms des morts qui ont été inhumés dans le tombeau. La dernière ligne nous apprend que tous appartenaient à la famille des Beni-Hezir. Du moment qu’il a été jugé bon “de constater Cette descendance, c'estque Flezirétait un personnage illustre. Très certainement, pour moi du moins, il s’agit du petit-fils d’'Aaron, dont la lignée ne pouvait arriver au souverain pontificat que lorsque seize lignées issues alternativement d’'Éléazar et d’Ithamar, fils d'Aaron, auraient vu, faute d’héritier direct, le souverain pontificat leur échapper.

Hezir était donc fils d’Éléazar et petit-fils d’Aaron, et les Beni-Hezir étaient de race sacerdotale.

Les noms den la bpremitrethignetsont ceux de ts iieenee Éléazar, Honiah, Joazer, Jéhoudah, Chemaoun et Jokhanan. Ils sont fils d’un père dont le nom commence par un 104; tout le reste du nom est à peu près effacé. M. de Vogüé pense y retrouvêér. un noméquiinexisterait iquemla ele Mon Cote ME proposé d'y voir le nom Jadouâ, dont les deux premières lettres me paraissaient certaines. |

La fin de la deuxième ligne contient clairement le nom d'Éléazar, et le pluriel beni, fils, de Honiah. Or, le nom Honiah étant la forme hébraïque du nom grec Onias, nous aurions un Éléazar fils d'Onias. Et si le nom Jadouà était de lecture certaine, nous aurions la série de trois générations de grands prêtres : Jadouà, Onias [‘ et Éléazar.

En: résumé, al y'a eu temvantlinseription Mhuit iront

inhumés dans la catacombe, qui aurait été destinée spécialement

TOMBEAUNDES BENI-HEZIR 201

à Éléazar, à son père (tous deux grands prêtres) et à ses oncles.

Combien y trouvons-nous de fours à cadavres bien caractérisés ? Justement les huit qu’il faut, car je ne considère pas les deux espèces de niches latérales comme deux fours à cercueils.

M. de Vogüé était tenté de voir dans les trois frères Éléazar, Joazer et Simon les trois fils de Boëthus qui furent successivement grands prêtres. Mais la grande prêtrise passait par ordre de primogéniture dans une lignée quelconque, et l’historien Josèphe nous dit que Simon, fils de PAlexandrin Boëthus, fut grand prêtre le premier, qu’il eut pour successeur Matthiah, fils de Théophile, auquel succédä son gendre Joazer, fils de Boëthus; qu'enfin Archélaüs destitua Joazer pour donner le pontificat à son frère Éléazar. Puisque Joazer était le frère de AVmiepdirorndeprémesSimonstépousée par Hérode; c'est que Joazer et Éléazar étaient fils de Simon, et non fils de Boëthus. La généalogie déduite de notre inscription ne peut donc pas représenter la descendance de Boëthus.

M. de Vogüé déclare que la rédaction de l’épitaphe en languc hébraïque ne prouve qu’une seule chose, c’est qu’elle est anténenre au siéscodemlitusjJ'encdemeure d'accord uPuis. il déduit la limite supérieure du temps auquel peut appartenir ce texte par des considérations paléographiques que je crois absolument erronées. |

En bonne logique, ce que l’on peut déduire d’une trouvaille dércetsenre, cesthquedécriture que lon rencontre était usitée avant la date du monument; conclure autre chose, c’est outrager la logique.

Je n'en veux donner qu’une preuve dont M. de Vogüé ne pourra pas méconnaître la valeur. Il a étudié à merveille, je le sais, les monnaies antiques des rois nabathéens de. Pétra, et dans les légendes de celles de ces monnaies qu’il connaissait,

il a reconnu une écriture dégénérée qui ne pouvait être anté-

rieure à l’époque de Jésus-Christ. Mais voila que, depuis la publication de son travail, on a retrouvé des monnaies appartenant à des rois nabathéens antérieurs de près de deux siècles, et présentant identiquement la même écriture. On le voit, il n’est pas prudent de fixer avec trop d'assurance une limite supérieure à l’emploi d’une écriture quelconque, en <e croyant toujours en possession de prototypes, puisque l’on peut aussi aisément commettre des erreurs de deux siècles. Mais à quoi bon discuter, au lieu d’en venir immédiatement à la conclusion de mon savant adversaire? La voici

«Il faut placer l'inscription du tombeau de la famille de Hezir dans les années qui précèdent ou celles qui suivent la naissance de Jésus-Christ. Cette conclusion est entièrement confirmée par l’architecture du tombeau, qui, chacun le sait, est dorique, mais d’un style déjà altéré, et qui convient parfaitement à la date que nous avons adoptée. »

Ainsi, inscription et excavation seraient exactement contemporaines; il est regrettable que le bon sens tout seul ne permette pas d'accepter 1unce/atelle/ /contltsone Je mers tdenrçose"tmbien entendu, l’assertion que le style dorique du tombeau de saint Jacques serait altéré au point qu'il convienne aux années qui précèdent ou à celles qui suivent la naissance de Jésus-Christ; c’est une opinion personmnelesmer que je nnelpantasenpa 24e moins du monde. Mais là n’est pas la raison péremptoire qui me force de rejeter l’avis de mon docte confrère. J'en ai une autre.

Deux généritions au moins, celle tdeshsmiUreres netEeellE d'Éléazar, l’un des fils de Honiah, ont été inhumées dans le tombeau. Apparemment, il était construit lorsque le premier des morts qu'il a contenus y fut déposé; apparemment encore, l'inscription n’a été tracée que lorsque le dernier défunt y à été couché. Or deux générations, si nous nous contentons

prudemment de la moyenne de trente-trois ans pour chacune

d'elles, constituent déjà une petite différence de soixante-six ans entre la création du tombeau et l’apposition de l’épitaphe. Ces deux choses distinctes n’appartiennent donc pas aux mêmes années qui ont précédé ou suivi la naissance du Christ.

En voilà assez sur ce sujet.

Je maintiens mon explication de l'inscription, et je persiste à voir dans le soi-disant tombeau de saint Jacques, celui d’une famille sacerdotals issue de Hezir, fils d'Éléazar, qui était lui-même fils d’Aaron.

Cela posé, voyons les dates :

Le grand prêtre Jadouà est mort vers 527 avant notre SEC MIN AMEU pOur. successeur, sons HonahafOnias °, HHOIMer o00 NDrés lues Vent oinmontlenJuste.- Mort en 2OCRLClRQUIIEU POUR, SUCCESS Éléazar fils d'Honiah, mort En

Suivant la traduction des Septante, l’épitaphe du tombeau de saint Jacques est donc de. l’an 277 avant Jésus-Christ; et le tombeau lui-même de soixante-six ans, à tout le moins, avant cette année, c'est-à-dire de 343.

Et comme j'ai démontré que le tombeau est postérieur à celui que lPon appelle tombeau de Zacharie, ce dernier remonte

au commencement du iv° siècle avant notre ère.

Page 1