‹ JérusalemChapitre 74 sur 81 · ÉGLISE CDE L?ASCENSION · texte numérisé non relu

ÉGLISE CDE L?ASCENSION

A trente pas au nord-ouest du Pater est le lieu où la tradition place la rédaction du Credo, faite par les apôtres. Ce lieu a été acquis également par M" de la Tour-d'Auvergne; mais le Pater et le -Gredo sont devenus la propriété de la France, grâce à la générosité avec laquelle la princesse en a fait don à son pays.

À l’ouest du Credo, et à une distance d’environ deux cents pas, contre le sentier le plus raide qui descend au Cédron, la tradition montre l'endroit où Jésus-Christ pleura sur Jérusalem. Là fut jadis une église nommée Dominus flevit. Elle a fait place à un oratoire musulman qui n’offre plus que des ruines.

Géstrcerendro meme shlantradiionmestéeticte. que. se rapporte le fait raconté dans l'Évangile de saint Luc .__. « Et comme Jésus approchait de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, disant : « Si tu savais, toi aussi, au moins «envcc Jourades tonMexistence, Lcerquilifaudrait pour que tu « eusses ta paix! Mais maintenant cela est caché à tes yeux. « Des jours viendront sur toi, où tes ennemis construiront des « retranchements autour de toi, et t’envelopperont, et t’enserrehonte TOUS les tcotés MECViISMreMrenveérsérontihtonper tes « enfants dans toi, et ils ne laisseront pas pierre sur pierre « dans toi, parce que tu n’as pas connu le temps de ta visita-

« tion. »

Es

L'AIR MD CPC ESTONIE

au Bab-Setty-Märyam, improprement appelé Porte de Saint-Étienne, est connue sous le nom de Voie Douloureuse. À 340 mètres, ou peu s’en faut, en avant de la porte, la rue ést traversée par une arcade antique qu'on appelle lPArc de l'Ecce-Homo.

Lorsque je le vis pour la première fois, cet arc était empâté dans un épais revêtement de crépi moderne qui en masquait entièrement la forme et le caractère, et cela d’une façon si fâcheuse que l’arcade semblait ogivale. Cette première constatation me serra le cœur et me mit aussitôt en une défiance très grande contre les traditions que je recueillais en parcourant la ville sainte. Du moment que, dans un arc en ogive, on prétendait me faire reconnaître un arc antique, au sommet duquel se serait passée la scène affreuse de la présentation de Jésus- Christ couronné d’épines et ensanglanté par la flagellation, je me

mis en garde contre tout ce que l’on me raconterait désormais

LANRCLDEMBCCL HOMO 305

relativement à la Passion, et je sentis l’incrédulité, la négation même, s'impatroniser dans mon esprit. Heureusement, les pluies hivernales qui survinrent y mirent bon ordre.

Sous l’action de ces pluies diluviennes, il s'écroule, bon an mal an, une douzaine au moins des maisons de Jérusalem, maisons que l’on s’empresse de ne pas relever. De là, ces amas de décombres que lon heurte à chaque pas quand on parcourt les rues de la ville. Un soir que j'avais tranquillement passé mon temps à deviser avec notre savant consul, feu Botta, j’entendis, au moment de regagner la casa nuoya, le roulement sinistre qui signale la chute d’un édifice.

Le lendemain matin, je ne sais par quelle fantaisie, je demandai quelle était la maison qui s'était écroulée la veille dans le voisinage du consulat de France. « C’est l'Arc de l’Ecce- Homo, » me fut-il répondu. « Bravo! » fis-je; « c’est fort heureux. » On voit que je m'étais pris à le détester, ce pauvre arc.

Dans la journée, en retournant travailler aux tombeaux de la vallée du Cédron, je”Suivis naturellement la Voie Douloureuse; elle était barrée sur une vingtaine de mètres par une avalanche de moellons qui composaient hier la maison appuyée contre l’arc et à gauche de la rue. La muraille de la façade, en s’effondrant, avait entrainé tout le revêtement de plâtras et de crépi, qui constituait la cuirasse moderne de l'arc, et sa face antérieure, entièrement dégagée, au moins dans la partie qui dominait la voie, présentait une belle arcade romaine en pierres de taille. À gauche, émergeait des décombres en talus une petite niche latérale. Et me voilà du coup raccommodé avec l'arc de l’Ecco-Homo.

Mais commençons par le décrire.

Voici ce qu'il était avant l’heureux écroulement de la maison voisine. Une porte, blanchie à la chaux et rendue sen-

siblement ogivale par un plâtrage turc, était à cheval au-dessus

de la rue. Elle était surmontée d’une petite construction percée de deux fenêtres carrées, mais de structure récente.

Après l'accident, la porte débarrassée de son revêtement moderne reprit son véritable caractère, caractère auquel il n’était plus possible de se méprendre. Je me voyais en face d’une belle porte en plein-cintre, datant certainement de l'empire romain, et construite en belles pierres antiques.

L'arc a 6 mètres d'ouverture; une archivolte simple dont la moulure est formée d’un listel étroit, d’une large doucine et d’une plate-bande de la même largeur que la doucine, orne l’arcade et vient retomber sur une petite corniche composée de deux plates-bandes. La niche cintrée pratiquée dans le pieddroit de gauche a une hauteur de r mètre 40 environ, sur une largeur de 40 centimètres. Le cintre de cette niche retombe sur deux amorces de corniche en console, du même profil que celle qui recoit les retombées du grand arc. Enfin, l’épaisseur de l’arcade-Mparallèlemente mare (der rue Mestrder =rnetresss0 L’arc de l’Ecce- Homo était, je l’ai dit tout à l'heure, couronné d’une ignoble construction turque, et toute sa partie de droite se trouvait englobée dans les murs d’une église abandonnée.

Malheureusement, l'écroulement n'avait pas étendu ses effets salutaires jusqu’à la face postérieure de l’arcade. Celle-ci était tout à fait voisine de la muraille antique derrière laquelle j'ai pensé plus tard qu'il fallait retrouver les restes du tombeau d'Alexandre Jannée. Je recueillis la tradition courante qui prétend que cette muraille faisait partie du prétoire de Pilate, et que la petite tour se rattachait à la tour Antonia. Ne me donnant pas la peine alors de discuter la possibilité de ces identifications, J'en conclus que tour Antonia, prétoire et arc étaient si bien en contact, que la tradition devait avoir raison. Tout bien considéré, et à tête reposée, j'ai dû reconnaitre que la tra-

dition a parfaitement tort.

É'ARCADENL'LCCE- HOMO 307

Dans son ouvrage sur les églises de la Terre sainte, M. de Vogüé a inséré la note suivante : « L’arc et les terrains qui l’avoisinent au sud appartiennent aujourd’hui à la communauté des Dames de Sion. Dans les travaux d’appropriation qui ont été exécutés, on a dégagé les bases de l’arc et vérifié leur antiquité. On a trouvé, de plus, un second arc romain qui continuait le premier. Ce second arc est plus petit. Tout fait supposer qu'il en existe un semblable de l’autre côté du grand, et que l’ensemble forme une porte romaine. »

Dans son livre sur le Temple de Jérusalem, le même auteur donne une excellente description de l'arc de l’Ecce-Homo. Cette fois 1] y voit un arc de triomphe à triple porte, mais d’une assez basse époque.

M. de Vogüé a retrouvé, parmi les voussoirs, deux pierres taillées dans les ruines d’un monument plus ancien, et qui portent des fragments d’inscriptions grecques, d’une époque postérieure à la fondation d’Aelia-Capitolina. « La tradition qui s'attache à Crimes, ditletesty rai Mennce-scnsique la tour Arntonia étant la demeure du procurateur romain, les scènes de la flagellation et de l’Æcce Homo ont dû se passer à proximité de la tour et probablement aux endroits désignis par la tradition; mais l’arc en lui-même est bien postérieur à la mort du Christ, et n’a pu jouer aucun rôle dans les sanglants épisodes de la Passion. Aussi la pieuse croyance qui place au sommet de l’arcade centrale l’exposition du Sauveur est-elle relativement moderne; on n’en trouve pas trace dans les pèlerinages antérieutsrau xyr” siècles»

Maintenant que les travaux ont fait du couvent des Dames de Sion un des plus beaux et des plus intéressants édifices de Jérusalem, le père Ratisbonne a tiré un excellent parti de cette construction. Une chapelle attenante au couvent, et ouverte sur la Voie Douloureuse, a son autel adossé à la petite

porte de gauche. Les pierres en ont été respectueusement net-

toyées, mais laissées dans l’état où les ont mises les siècles qui ont passé sur elles. Toute la paroi de gauche de la chapelle est constituée par une face de rocher taillée à pic, qui n'est et ne peut être que la contrescarpe de la coupure dont parle

Josèphe. et qui séparait de Bezetha l’enceinte du temple. pne, P P

LELCÉNAGLE

DoMmE pour l'emplacement du Saint-Sépulcre, la tradition n’a jamais varié sur celui du Cénacle. Toujours elle la placé au premier étage d’une maison bâtie sur le mont Sion, maison transformée en église, et finalement

remplacée de nos jours par la mosquée

d’'En-Naby-Daoud, où les musulmans vénèrent le tombeau imaginaire du roi David.

Dès le 1v° siècle, saint Épiphane affirmait que cette église, qu’il qualifie de petite, existait déjà antérieurement au règne d’Adrien. C’est à l’étage supérieur de l’église que les apôtres se réunissaient d'habitude, et où ils se rendirent après avoir été témoins de l’ascension du Sauveur. À cause de cela, l’édifice était nommé au moyen âge, par Guillaume de Tyr, « la Sté Sion. la, premiere .ettlanmère deroutes les églises »°5et ce nom justifie pleinement l’opinion qui lui attribue la propriété des tombes antiques de la vallée de Hinnom, affectées à l’inhumation des chrétiens, tombes qui portent l'inscription # THC ATIAC CIGN, de la sainte Sion.

C’est donc là qu’eut lieu la sainte Cène et la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, le cinquantième jour après la Passion. On comprend facilement la vénération qui dut s'attacher à un tel sanctuaire dès les premiers temps du christianisme.

L'église du Cénacle, ou mosquée de Naby-Daoud, est à une centaine de mêtres au sud de la porte de Sion, en un point qui dut se trouver dans l'intérieur de la ville jébusite, mais qui, depuis David très vraisemblablement, fut laissé en dehors de l'enceinte, parce que cette partie de la ville aurait formé un saillant dépourvu, en cas d'attaque, de toute défense latérale. Au reste, il ne faut pas s'étonner que les apôtres, en butte à la haine de la populace et à la persécution redoutable des grands, aient choisi pour le lieu de leurs réunions une maison située hors des murs.

Lorsque le premier empereur chrétien vint sur le trône, une église plus digne de la sainteté du lieu fut élevée. Elle avait aussi un étage supérieur qui recut le nom d’Église supérieure des Apôtres. Une des colonnes qui s’y voyaient passait pour être la même à laquelle avait été attaché Jésus-Christ pour subir le supplice de la flagellation.

Aujourd'hui, c’est au Saint-Sépulcre qu’on retrouve cette colonne; elle est en porphyre et n’a que 65 centimètres de hauteur. Ce tronçon est enfermé dans la chapelle de l’Apparition, derrière une grille de fer qui ne s’ouvre que le mercredi saint dans la matinée, pour permettre aux assistants de baiser Îla relique.

Est-ce la même pierre que celle du Cénacle, et les premiers chrétiens l’auraient-ils, comme on l’a supposé, enlevée du lieu de la flagellation pour la transporter à l’église du mont Sion: Je l’ignore. Mais ce que je n’ignore pas, c’est qu'à Rome, à l’église de Sainte-Praxède, on offre à la vénération des fidèles le tronçon d’une autre colonne de la flagellation, celui-là en

marbre veiné de bleu et de blanc, avec sa base,.et d’environ

DELCENACLE 311 75 centimètres de hauteur. Il fut apporté, au x siècle, par un cardinal Colonna qui l'avait pris sur le mont Sion.

Laquellerrdes deux pierres lhést apocryphémcar elles ne peuvent être vraies toutes les deux.

Au vi° siècle, Antonin de Plaisance visitait la sainte basilique du mont Sion. Puis vint l'invasion de Chosroès, et sans doute l’église des apôtres fut détruite. Rebâtie de nouveau, elle dut retomber encore sous la proscription d'El-Hakem, et se releva peut-être encore une fois. A l’arrivée des croisés, elle était en ruines, « détruite par les perfides Sarrasins »; les rois latins la réédifièrent, et leur église aussi n'existe plus! Dans le courant du xrrr° siècle, elle s’écroula avec le couvent qui Îa desservait.

Lana Munembullé düumpapenCment NMiHaul, confait la garde du Saint-Sépulcre aux franciscains, en vertu d’un traité récent passé avec les musulmans, donnait en toute propriété à la pieuse corporation les bâtiments ruinés du couvent, le Cénacle, la chapelle de la Descente-du-Saint-Esprit et celle de l’Incrédulité-de-Saint-Thomas. Les pères en prirent possession, et, grâce à la magnificence de la reine Sanche, femme de Robert d'Anjou. purent reconstruire l'éghée telle! qu'elle existe de nos jours. Un vaste hospice pour les pèlerins y fut adjoint, et servit pendant deux siècles à héberger les visiteurs des lieux saints: C'est là lque résidait le: père, gardien: de! la Terre sainte.

Les musulmans qui s'étaient figuré, on ne sait pourquoi, que le tombeau de David devait exister dans un des caveaux de l’église, ‘résolurent de l'enlever aux chrétiens: Dès 1542, ils possédaient la salle basse, dans laquelle on place la scène du lavement des pieds; et vingt ans plus tard, par ordre du sultan, les franciscains furent définitivement dépouillés de ce qui leur appartenait. Ils vinrent alors s'établir dans l’intérieur de Jéru-

salem, au couvent de Saint-Sauveur. qui n’a plus, depuis lors,

cessé d'être leur résidence:- Quant: à l'église, elle fut transformée en mosquée, et prit le nom de Naby-Daoud.

Il n’est pas très facile de visiter l’ancienne église haute du Cénacle “quant à 1as231le Passe, Mmulchrétienmnmépénemencun là se trouve le prétendu tombeau de David, grossier cénotaphe de maçonnerie et de plâtre, recouvert de riches tapis, et dans lequel, “au ‘dire "des "musulmans;"reposent Mes ares mlumoE Étrange tombeau de David, bâti au beau milieu d’une salle du x11 siècle !

La seule partie de l’église supérieure qu’il soit permis aux chrétiens de visiter se nomme spécialement le Cénacle. C’est une pièce. de 15 metres de longueur Sur 0'de Harseur, divisée en deux nefs par deux colonnes qui supportent, avec des colonnes engagées, les arcs-doubleaux des voûtes. Tout cela est manifestement du moyen âge, œuvre des franciscains, après la donation de 1342.

Quant à la prétendue maison de Caïphe, elle est remplacée par une petite église qui porte le nom de Saint-Sauveur, et qui se trouxe au milieu de ‘la cour d’un ‘couvént'armémien, voisin du Cénacle.

La tradition qui place en cet endroit la demeure du grand prêtre est fort respectable par son ancienneté, puisqu'elle existait déjà en 333, lorsque le pèlerin de Bordeaux visita Jérusalem; mais on peut se demander comment le grand prêtre habitait hors de l’enceinte.

Quoi qu'il en soit, à cette église de Saint-Sauveur une chapelle est attenante, du côté du midi; la tradition y place l’endroit où Notre-Seigneur fut détenu pendant la nuit qui suivit son arrestation.

Quant à la maison du grand prêtre Hanan, on la place dans l’intérieur de Jérusalem, à l’église des sœurs de charité

arméniennes non unies.

Lorsqu’en quittant le .Cénacle on veut descendre vers la

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