PRÉFACE
Le 14 novembre 1908.
L'histoire de ce livre est simple. Son auteur a lu de bonne heure les récits de ï Évangile . Elle les a aimés avec une pieuse passion. Ils se sont mêlés à ses impressions d'enfance, aux rêves de jeunesse, au vol de son imagination, aux premières émotions et aux premières pensées de sa vie. De là, vis-à-vis de Jésus-
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Christ, un amour naïf et profond, et cette conviction qu'il n'y a pas, en ce monde, de bonheur réel et durable, si ce n'est pour ceux qui connaissent et qui aiment le Christ et l'associent à toute leur existence, en lui rapportant, comme au plus fidèle des amis, leurs joies et leurs tristesses, pour qu'il les partage et les console.
Dès que, soutenue par les conseils des ! siens, M.-R. Monlaur consentit à ouvrir ' ses cahiers et à les remettre entre les mains des imprimeurs, elle ne s'arrêta pas longtemps à ce qu'elle avait écrit sur l'histoire de deux femmes, bien différentes par la condition, par le caractère et le cadre extérieur de leur vie, mais dignes toutes deux, par leurs grandes qualités, de fixer l' attention et d'attirer l'intérêt: la duchesse de Montmorency et Angélique Arnauld.
Sans dédaigner les suffrages flatteurs
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qui avaient accueilli et loué ces deux essais, le jeune écrivain se reprocha presque de 7Ï avoir pas employé sa plume à d'autrès œuvres.
Et d'une main délicate, avec une plume rivale des pinceaux de Fra Angelico, elle fixa sur des pages, mille fois réimprimées, le rayon victorieux dont l'irrésistible pouvoir atteste, après tant de siècles, qu'il n'émanait pas du génie d'un philosophe, mais du cœur de ls Homme-Dieu!
Combien ce livre a été discuté, entre ceux qui le louaient sans réserve et ceux qui V écartaient sans pitié des mains auxquelles il semblait destiné naturellement!
Pour ceux-ci c'était une profanation que de mêler les pensées d une intelligence humaine, les sentiments d'une âme humaine avec les pensées et les sentiments du Fils de Dieu : ils oubliaient que , sans avoir
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offensé la divine majesté du Rédempteur, depuis vingt siècles, les peintres, les sculpteurs, les artistes, les poètes ont rivalisé à qui rendrait plus populaire, par les ressources de son art, la beauté sereine des miracles, des paraboles, des leçons de sa vie et de sa mort!
Che\ nous, en particulier , — Provençaux et Languedociens, compatriotes de Roumanille et de Saboles, — avons-nous le droit de blâmer ce que nos pères n'ont pas cessé de faire, en composant leurs gracieuses Pastorales et leurs Noëls si charmants, que tant de peuples ont imités?
L'inconvenance, le blasphème, le crime, ce serait de prétendre ajouter aux paroles sacrées par des légendes imaginaires, ne serait-ce que la valeur d'une virgule ou d'un accent ! mais méditer ces saintes paroles, s'en nourrir, et puis, selon Vheu-
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reuse expression d'un savant archéologue, doublé d'un exégète, attacher au tissu divin la broderie légère, tracée par une imagination respectueuse, — il n'y a là, ce semble, rien que de légitime. Dans la prière elle-même, nous faisons quelquefois ainsi; et qui songerait à se reprocher d'avoir tenté de se représenter à soi-même, par exemple, les incidents du voyage de la Sainte Famille en Egypte, ou les entretiens du soir, à Nazareth, entre Jésus et sa Sainte Mère, pendant leur intimité de trente ans? Serait-ce déflorer l'Évangile, ou lui insulter, que d'essayer de composer en les imaginant, d'après ce que la tradition nous a raconté, les discours que se tenaient le Fils de l'homme et celle qui devait, au cours des siècles, être la dispensatrice de ses grâces et l'écho fidèle de ses pensées?
Marie « conservait, en son cœur, toutes ces paroles et les rapprochait les unes des autres », sans doute pour en mieux voir le sens. Serait-ce de la présomption que d'essayer timidement de rêver à ces choses et de les écrire?
Ainsi a pensé M.-R. Monlaur; et à la clarté de sa première œuvre, si bien accueillie du public : le Rayon, elle a donné encore Après la neuvième heure et Ils regarderont vers Lui.
Et voici que, maintenant, un autre ouvrage sort de sa plume, qui prouvera que, sous le voile de ses premières légendes, un fond sérieux d'études et de lectures s' affermissait che\ elle en silence. Elle s'est appliquée sans doute avec une constante ardeur à lire et à comprendre le Nouveau Testament; mais elle y a joint ce que l'histoire la plus authentique nous
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apprend sur Jérusalem au temps de Jésus, aussi bien que sur les croyances et les mœurs de ceux dont les yeux virent le Christ, et dont les oreilles entendirent sa voix.
Non contente d'avoir étudié très attentivement ce que les meilleurs auteurs, français ou étrangers, ont écrit sur la vie du Seigneur, elle a voulu en parcourir le théâtre, et reconstituer ainsi, sous son propre regard, les scènes principales de cette existence si riche de faits, et qui ouvre à l'esprit des perspectives si étendues et si profondes.
Si puissants que soient sur une intelligence développée les grands noms de l'antiquité, auxquels un intérêt très vivant demeure toujours attaché, il semble qu'Athènes, Constantinople , le mont Athos, Damas même et Jaffa n'aient fait
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qu'irriter, che\ M.-R. Monlaur, le désir de toucher enfin à la Terre Sainte et d'en raviver, pour son âme, les immortels souvenirs.
Seul, le lac de Tibériade Va retenue et charmée par la beauté claire de son ciel, la paix de son rivage et la tranquillité limpide de ses eaux. C'est là quelle a senti tout d'abord qu'elle accomplissait vraiment un pèlerinage, et non pas seulement vers les lieux où Jésus est passé, mais vers la personne même du Sauveur.
Ailleurs, on va ressusciter le passé, on va rappeler des faits lointains; ici, en Palestine, en Galilée, en Judée, c'est le Christ qui remplit tout de sa présence invisible, et presque sensible : Il ne meurt plus, Il vit.
Et voilà l'originalité du livre nouveau que nous donne le jeune auteur. Ce n'est
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pas l 'exposition suivie et méthodique de la vie terrestre du Sauveur ; mais une suite de récits animés et très vivants, qui accompagnent Jésus-Christ depuis sa première apparition à Jérusalem, jusqu'à la semaine avant sa mort.
Le Seigneur, même alors que son nom n'est pas prononcé, demeure comme le centre autour duquel on rassemble, par un mouvement de cœur instinctif, tout ce qu'on entend, tout ce qu'on voit, tout ce qu'on éprouve. Et, dans la cité de David, n'est-il pas juste en effet que, durant la période solennelle du passage du Christ ici-bas, tout converge vers le descendant et l'héritier du Roi-Prophète?
C'est ainsi que, dans l'œuvre nouvelle de M.-R. Monlaur, un chapitre aura pour titre : « Jérusalem comme Jésus la voyait » , un autre s'appellera : « Dans les rues et
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parmi le peuple, il y a deux mille ans. » Tous auront ce caractère commun qu'ils touchent à la personne sacrée du Maître, ou par une allusion voilée, ou par un développement exprès, quelquefois par un simple mot, aussi court, aussi rapide qu'une pensée.
Ici sont les portes par lesquelles II est passé, les marches qu'il a franchies, les blocs de pierre contre lesquels II a pu appuyer la main ou que son vêtement a frôlés! Là, dans une synagogue, un vieux rabbin lit en hébreu le texte dlsaïe, qui parle du Messie — et que lésus lui-même a prononcé dans la même langue: il semble qu'on l'entende parler lui-même!
L'auteur jette d'abord une vue d'ensemble sur la contrée qui avoisine lérusalem, et cette vue lui parait désolée. Mais cette première impression changera; et d'une
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sorte de pénible déception, elle arrivera en quelques semaines à s'attacher si intimement à cette terre bénie qu'elle lui donnera des larmes en la quittant.
Viennent alors des portraits ou des tableaux qui se succèdent avec une extrême variété, et dans lesquels l'art du peintre est de faire valoir les moindres détails : portraits d'hommes et de femmes, colorés avec un puissant relief; récits de fêtes, semés de remarques rapides sur les races diverses qui y prennent part, et dont les attitudes, les prières, les chants ont des expressions si différentes ; sombre et terrible paysage du désert, où « Jésus fut poussé par l'Esprit de Dieu », esquisse de la mer Morte, avec l'azur décevant de ses flots, sur lesquels on dirait que passe encore un souffle de malédiction.
Et, par contraste, l'image tranquille du
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cours du Jourdain, et celle de l'heureuse Béthanie, où habitait ensemble la famille aimée par Jésus.
Il est presque indiscret de signaler le mérite littéraire de cet ouvrage : chacun de ses lecteurs s'en apercevra. Mais pourtant, à cause de l'étroite union qui s' est faite entre la peinture de quelques sanctuaires plus vénérables et la vive émotion de l'auteur, il sera bon peut-être d'indiquer « la nuit au sépulcre », « le désert », « l'appel des apôtres auprès du Jourdain », « les paroles dans la nuit », et les deux passages où, en parlant du « Temple » et de la maison de « la Dormition de Marie », l'auteur a trouvé une inspiration si gracieuse et si vraiment digne de la Vierge- Mère.
Des établissements qui donnent aujourd'hui à Jérusalem un peu de vie, aucun
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n'est omis; et V auteur y trouve V occasion de raconter le bien qui s'y fait, soit par la culture des Saintes Lettres, soit par des études approfondies de défense religieuse, soit enfin par les œuvres de prière, de charité ou de pénitence. Les chers Franciscains ont une place d'honneur sur ce long catalogue, dicté par la reconnaissance. N'est-il pas bon qu'on leur sache gré de l'hospitalité reçue à Casanova?
Il est à souhaiter que ce livre, vraiment chrétien et vraiment beau, soit lu tout entier, et que, sans puérile précipitation, on n'en passe aucune page . On y verra ce que le saint Évangile, étudié avec patience, avec amour, et constamment rapproché de notre cœur faible et inconstant, mais capable de répondre aux impressions qui lui viennent de la beauté et de la bonté di-
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vines, peut offrir de soutien aux âmes de droiture, de bonne volonté.
Et maintenant qu'ils prennent euxmêmes « le Saint Livre » , qu'ils prennent l'Évangile, ceux qui ont suivi tous les chapitres que leur offre M.-R. Monlaur ; ils verront qu'une imagination vive, une sensibilité profonde, un grand art de style peuvent beaucoup gagner à s'appliquer aux pages divines, que le Saint-Esprit a dictées . Par elle-même la Vérité a de tels attraits que, même sans le secours des faibles charmes de la littérature, elle s'attache les âmes qui la cherchent avec sincérité. Mais quelles sources de poésie elle contient! Quelles convenances intimes elle a avec notre nature, créée par le Dieu vrai et vivant! Et combien V éloquence est facile, — une éloquence spontanée et très personnelle — quand on a le bonheur de s'asseoir,
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comme Madeleine, aux pieds du Christ, et que Von puise dans son regard, dans son grave et doux sourire, dans l'aspect de sa noble et sérieuse physionomie, la joie de le comprendre et celle de l'aimer!
Ainsi a fait l'auteur de Jérusalem. Et ce sera la grande cause du succès de son œuvre.
•f* Fr, M. A. de Cabrières,
Évêque de Montpellier.