‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 116 sur 179 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Jusqu'à nos jours. l’authenticité du Golgothaet du Saint Sépulcre n’avait rencontré aucun contradicteur, et Les chrétiens de tous les rites, les musulmans eux-mêmes. n'avaient jamais soulevé la moindre objection à ce sujet; tous s’accordaient, d’une manière unanime, à reconnaître le Golgotha dans la chapelle supérieure qui setrouve à droite de l’entrée actuelle de la basilique du Saint-Sépulcre, et le Tombeau du Christ dans l’édicule situé au centre de la grande rotonde de ce monument. Mais depuis une quarantaine d’années, on a cherché à battre en brèche la croyance universelle relative à ces deux sanctuaires. Sans discuter ici les théories plus ou moins spécieuses par lesquelles on a cru devoir remplacer la tradition non interrompue des nombreux siècles qui avaient précédé, je vais me borner, pour le moment, à résumer et à réfuter en peu de mots les principales objections que l’on a formulées sur ce point. Elles se réduisent, en définitive, aux deux suivantes.

L° La tradition, dit-on, ne prouve rien; elle a pu s’altérer depuis J.-C. jusqu’à Constantin, et, en admettant même qu’elle se soit conservée intactejusqu’à cet empereur, elle a pu se corrompre depuis lors, comme le prétend le savant anglais Fergusson ;

20 Ces deux sanctuaires sont situés beaucoup trop au

cœur de la ville, pour que l’on puisse croire qu’à lépoque de Notre-Seigneur, époque où la ville devait être, sans doute, bien plus grande qu’elle ne l’est maintenant, l'endroit où ils s’élèvent fût en dehors des remparts. Or, nous savons que Notre-Seigneur fut crucilié et mis dans le tombeau en dehors et près de l’une des portes de la ville; donc il faut chercher ailleurs et dans une position moins centrale et plus éloignée du Prétoire l'emplacement de ces deux sanctuaires.

Il est facile de répondre à la première objection, et plusieurs doctes critiques l’ont déjà fait avant moi. Après eux et à leur exemple, j’mvoquerai les témoignages de l’histoire ecclésiastique. Elle nous apprend qu'après la mort de J.-C., saint Jacques le Mineur, dit le Juste, fut établi le premier évêque de Jérusalem. C'était lui qu’on appelait le frère du Seigneur; en réalité, il était seulement son cousin. L'église de Sion devint dès lors le lieu de réunion des fidèles, et les traditions toutes récentes encore de la Passion et de la mort du Christ, ainsi que la connaissance exacte et la vénération des lieux où s’étaient accomplis de si grands événements, durent tout d’abord s’enraciner profondément dans les esprits et dans les cœurs. Comment croire, en effet, que les premiers chrétiens, surtout après la descente du Saint-Esprit, et dans toute la ferveur de leur foi naissante, n'aient pas honoré d'un culte particulier et appris de bonne heure à leurs enfants à honorer, à leur tour, les endroits qui avaient été sanctifiés par la présence du Christ, et principälement ceux qui, sous leurs propres yeux, avaient été inondés de son sang ou avaient reçu, après sa mort, la dépouille du divin Martyr?

Lorsque saint Jacques éut lui-même succombé, victime de la haine des Juifs, 1l eut pour successeur saint Siméon qui, à l'approche des armées romaines commandées par Vespasien et par Titus et de la vengeance divine quis’avançait avec elles, et se rappelant les con-

seils du Christ qu’il avait connu personnellement, puisqu'il était lui-même fils de Cléophas, frère de Joseph, émigra à Pella, avec toute la communauté chrétienne. Notre-Seigneur, en effet, peu de temps avant sa Passion, avait dit à ses disciples :

« Quand vous verrez que l’abomination de la désolation, qui a été prédite par le prophète Daniel, sera dans le lieu saint, que celui qui lit entende bien ce qu’il Hit. »

« Alors, que ceux qui seront dans la Judée s’enfuient sur les montagnes. » (Saint Mathieu, ch. xxiv, va tell)

Les chrétiens, emportant avec eux tous leurs souvenirs et toutes leurs traditions, se réfugièrent donc à Pella, afin de laisser passer la colère céleste, qui ne devait ainsi s’appesantir que sur la nation juive, rebelle aux enseignements du Christ et seule responsable de sa mort.

Nous savons par Eusèbe (Histoire ecclésiastique, 1. III, ch. xxxn) que saint Siméon, le second évèque de Jérusalem, subit le martyre sous le principat de Trajan et fut mis en croix, dénoncé aux Romains par les hérétiques, comme appartenant à la race de David. Il montra un héroïque courage, malgréson âge très avancé, car il avait plus de cent ans.

Depuis la mort de saint Siméon jusqu’au règne d’Adrien, treize évêques se succédèrent tour à tour et très rapidement sur le siège épiscopal de Jérusalem, emportés par la persécution et par le martyre. Comme ils étaient tous, ainsi que le déclare Eusèbe, des Juifs indigènes, convertis au christianisme, 1l est absolument impossible d'admettre qu'ils aient laissé s’oblitérer dans leur mémoire ou dans celle des fidèles dont les pères ou tout au moins les grands-pères avaient été témoins de la Passion, les lieux où ces scènes mémorables s'étaient accomplies, et notamment le Golgotha et le Saint Sépulcre. Ils durent certainement se transmettre

religieusement, ainsi qu'au troupeau confié à leurs soins, les traditions relatives à l'emplacement des divers sanctuaires dont ils avaient la garde.

Si quelques auteurs ecclésiastiques, comme, par exemple, saint Épiphane (Hérésie des Nazaréens, ch. vu), semblent nous dire que les chrétiens avec leurs évêques restèrent à Pella jusqu’à la reconstruction de la ville de Jérusalem par Adrien, en 136, 1l n’en est pas moins très probable, pour ne pas dire certain, qu'après la prise de Jérusalem, qui arriva l’an 70 de notre ère et qui n’est, par conséquent, séparée de la reconstruction de la ville par Adrien que par un intervalle de 66 ans, et quand les vainqueurs se furent retirés des ruines qu'ils avaient faites, bien des habitants qui avaient échappé à la mort ou à l’esclavage en se réfugiant dans les montagnes ou dans la Pérée, au delà du Jourdain, avec leur évêque Siméon, durent s’empresser de revenir interroger ces débris fumants encore et de relever une partie des maisons renversées. Ils durent aussi s'incliner avec plus de respect que jamais sur l’emplacement des lieux sacrés d’où les avaient chassés la guerre et l'approche de lennemi, surtout de ceux qu'avaient sanctifiés les souffrances etla mortdu Messie, de ce Messie dont la cité coupable venait dexpier le supplice d’une manière si terrible et par un châtiment qui, prédit par lui-même, était une nouvelle preuve de sa divine mission.

Ce qui achève de démontrer que les pieux pèlerinages à ces endroits vénérés n’avaient jamais cessé, c’est que, en rebàätissant Jérusalem sous le nom d Ælia Capitolina et pour essayer d’en faire une ville purement païenne, Adrien voulut anéantir, s’il était possible, et les traditions judaïques et les traditions chrétiennes. Afin d'atteindre son premier but, iléleva un temple en honneur de Jupiter Capitolin sur l'emplacement de celui des Juifs, et, dans ce temple, il plaça sa propre statue. Pour rompre également la continuité des tradi-

tions chrétiennes et pour détourner les adeptes de cette nouvelle religion d'apporter leurs hommages à la roche du Calvaire et au tombeau de leur Dieu crucifié. il érigea une statue à Vénus sur le Golgotha et une autre à Jupiter sur le Saint Sépulcre, comme nous le savons par des témoignages irrécusables, et notamment par ceux d'Eusèbe et de saint Jérôme. Voici celui de ce dernier Père de l’Église :

€ Ab Hadriani temporibus usque ad imperium Constantini, per annos circiter centum octoginta, in loco Resurrectionis simulacrum Jovis, in crucis rupe statua ex marmore Veneris a gentibus posita colebatur, existimantibus persecutionis auctoribus quod tollerent nobis fidem Resurrectionis et Crucis, si hæc loca sancta per idola polluissent. » (Fpistola ad Paulinum.)

Mais cette mesure et l'érection de ces idoles et des petits sanctuaires qui les renfermaient, loir d’abolir, comme lespérait cet empereur, le souvenir toujours persistant parmi les fidèles de l'emplacement précis du Golgotha et du Saint Tombeau, ne firent, au contraire, que le consacrer par les moyens mêmes employés pour le détruire; car, lorsque sainte Hélène entreprit de faire reparaître à la lumière ces deux sanctuaires qu'Adrien avait ensevelis sous un amas énorme de terre et de débris sur lequel il avait élevéles deux temples de Jupiter et de Vénus, elle n’eut qu’à donner l’ordre de renverser ces monuments du paganisme, d'en arracher les fondations et de déblayer le sol factice qu’ils recouvraient, et sous l’endroit qu'ils occupaient apparurent soudain, aux yeux attendris des assistants, et la roche du Golgotha et celle du Saint Sépulcre.

On dira peut-être : mais comment put-on s’assurer que le tombeau que l’on découvrit était bien celui du Christ, attendu qu’à quelques pas à l’ouest se trouvait un autre tombeau, également creusé dans le roc, et appelé vulgairement tombeau de Joseph d’Arimathie ? A cette demande, la réponse est aisée. Le Tombeau de

Notre-Seigneur était un tombeau neuf, comme nous l’apprennent les Saints Évangiles.

Nous lisons à ce sujet dans saint Mathieu :

« Joseph, ayant donc pris Le corps, l’enveloppa dans un linceul blanc,

€ Le mit dans son sépulcre qui n'avait point encore servi et qu’il avait fait tailler dans le roc, et puis ayant roulé une grande pierre à l'entrée du sépulcre, il se retira. » (Saint Mathieu, ch. xxvu, v. 59 et 60.)

SaintJean ajoute que ce tombeau appartenant àJoseph d’Arimathie, et dans lequel personne avant Notre-Seigneur n'avait été mis, était dans un jardin :

« Or, il y avait au lieu où Il avait été crucifié un jardin, et dans ce jardin un sépulere tout neuf, où personne n'avait encore été mis. » (Saint Jean, ch. xix, v. 41.)

Ces, renseignements sont formels et d’une précision indiscutable. Il en résulte que le Sépulcre de Notre- Seigneur ne contenait qu’une tombe, puisqu'il n'avait encore servi à personne, qu'il avoisinait le Golgotha, qu'il avait été creusé dans un massif rocheux, au milieu d’un jardin, et qu’il avait été très probablement pratiqué, parce que le tombeau de famille que possédait le propriétaire de ce jardin, riche décurion, originaire d’Arimathie, était entièrement rempli. Ce tombeau, effectivement, qui est voisin du précédent et qui avait été pareillement taillé dans le roc, renferme dans ses parois plusieurs fours à cadavres, exactement semblables à ceux que l’on voit à Jérusalem, dans de nombreuses grottes funéraires. Il se composait, selon toute apparence, comme la plupart des tombeaux juifs, d'un vestibule et d’une chambre sépulcrale. Le vestibule a disparu, emporté sans doute par les travaux de nivellement qui furent entrepris à l’époque de sainte Hélène, lorsqu'il s’agit d'isoler le Saint Sépulcre au centre d’une rotonde, et la chambre sépulcrale elle-même, qui devait

être primitivement carrée, avec trois fours funéraires sur chaque face, a été à moitié détruite, quand on a jeté les fondations de la grande coupole. Deux autres fosses avaient été creusées dans le sol rocheux de la chambre, après que les premiers loculi avaient reçu chacun un cadavre.

Le tombeau neuf de Joseph d’Arimathie, qui, par une faveur insigne accordée à ce décurion, devint pendant trois jours l'asile mortuaire d’un Dieu, se composait également d’un vestibule taillé dans le roc et ouvrant vers l’orient. De ce vestibule, on passait, en s’inclinant, par une baie basse et étroite, dans une autre chambre réservée à un seul mort et le long des parois septentrionales de laquelle avait été pratiquée, non une niche oblongue ou four à cadavre, creusé perpendiculairement dans le roc, mais une espèce d’auge, ménagée parallèlement à ses parois dans l’épaisseur de la roche évidée. L'entrée de la chambre se fermait au moyen d’une grosse pierre que l’on roulait audevant.

De même que, sous le temple de Jupiter, Hélène découvrit sans peine le Saint Sépulcre, ainsi, sous le temple de Vénus, elle retrouva la plate-forme rocheuse du Golgotha, et le doute n’est pas non plus possible à cet égard ; car, en déblayant à l’est de ce monticule une ancienne citerne abandonnée, on en exhuma les trois croix de Notre-Seigneur et des deux larrons, et plusieurs miracles, attestés par de graves témoins contemporains, révélèrent quelle était celle sur laquelle le Christ avait été attaché. Il est donc impossible d’admettre que la tradition chrétienne sur le véritable emplacement du Golgotha et du Saint Sépulcre ait pu s’altérer avant Constantin. Transmise d'âge en âge, non seulement par les évêques et par les prêtres de l’Église naissante de Jérusalem, non seulement par les fidèles, anciens juifs convertis, dont les pères, oncles et grands-pères avaient été témoins de la Passion, mais encore par les Juifs

eux-mêmes qui n'avaient pas voulu reconnaître le Messie, et n’avaient pu oublier l’endroit où leurs aïeux l'avaient crucifié; elle était pareillement confirmée par les païens et par les empereurs, qui, voyant avec terreur les progrès toujours croissants de la Religion nouvelle, cherchaient en vain, par des sanctuaires élevés à leurs idoles, à effacer dans la mémoire des chrétiens les traditions les plus chères; ce qui, en dépit de leurs 1ntentions, tournait, au contraire, à la glorification de ces souvenirs sacrés, en ajoutant le poids de leur propre témoignage à celui de leurs adversaires. En outre, l’époque de Constantin était trop voisine de la mort du Messie et touchait de trop près à ce mémorable événement, le plus important qui se soit jamais accompli dans le monde, pour que l’on puisse raisonnablement supposer que, l’an 326 de notre ère, quand trois siècles ne s'étaient pas écoulés encore, quand il suffisait de quelques générations pour remonter aux témoignages formels, indiscutables, émanés de la bouche d’une foule de témoins oculaires, sainte Hélène ait pu être induite en erreur et par les chrétiens, et par les juifs, et par les monuments païens eux-mêmes, qui proclamaient, à leur manière, la vérité des traditions qu'ils profanaient, et qu'en ordonnant les fouilles dont j'ai parlé, cette pieuse impératrice ne soit arrivée qu’à la découverte d’un Golgotha et d’un Tombeau apocryphes. Non, la chose n’est pas possible.

Dira-t-on maintenant que jusqu’à Constantin, ilest vrai, la tradition relative à l'emplacement du Saint Sépulcre est demeurée intacte, mais qu’elle s’est corrompue ensuite ? Telle est, en effet, l'opinion soutenue par M. Fergusson, dans son ouvrage intitulé : An Essay on the topography of Jerusalem. Ce savant anglais prétend que ce changement dans la tradition aurait eu lieu, vers le ix° siècle, à l’aide de l'ignorance et de la barbarie de ce temps, et qu'auparavant les chrétiens vénéraient le Tombeau de Notre-Seigneur dans

l'intérieur du monument, qui passe, à tort, pour être la mosquée d’Omar, et qui, d’après lui, ne serait que la basilique de Constantin; en un mot, le caveau de la Sakhrah serait, conformément à cette hypothèse, le véritable et authentique tombeau du Christ. Mais, chose étrange, d’un fait aussi important que le transfert du Saint Sépulcre dans l'église actuelle où on le vénère, il n’est question nulle part. M. Fergusson est le premier et le seul à le signaler en plein dix-neuvième siècle. Avant lui, personne n’y avait songé, même de loin, et.cette théorie purement imaginaire devrait l’emporter sur une tradition vieille de tant de siècles, et qui n'a jamais varié jusqu’à nos jours, comme le prouvent les témoignages successifs et non interrompus d’une foule de pèlerins de toutes races et de toutes nations ! La chose n’est pas non plus possible, Quedisje ? De la basilique Constantinienne, il subsiste encore quelques fragments notables qui n’offrent absolument aucune ressemblance avec la mosquée d’Omar et qui l’ont précédée. De plus, siles musulmans, qui reconnais- . sent, eux aussi, Jésus de Nazareth comme un de leurs prophètes, se fussent un beau jour emparés de l’église de Constantin pour la changer en mosquée, ils n’eussent pas manqué de le dire et d'affirmer que ce sonteux qui possèdent le véritable et authentique tombeau de ce prophète, tandis que les chrétiens ne montrent à la vénération des fidèles qu’un faux cénotaphe dans la basilique mensongère du Saint-Sépulcre. Or, l’ont-ils fait . jamais ? Non; car eux-mêmes reconnaissent que le tombeau de Jésus est bien là où les chrétiens le vénèrent encore de nos jours. La première objection par laquelle on essaye de renverser la tradition, comme ayant pu être altérée, soit avant, soit depuis Constantin, est donc de nulle valeur, quand on examine les faits sans parti pris et en ne cherchant que la vérité avec une calme et impartiale raison.

Quant à la seconde objection, elle tombe en quelque

sorte d'elle-même, pour peu qu'on étudie avec soin le tracé du second mur d'enceinte. Elle pouvait paraître plausible, au contraire, quand on reculait, par erreur, si fort au delà des limites de la ville actuelle, le tracé de la troisième enceinte. Mais depuis qu'il à été reconnu, d’une manière inattaquable à toute critique, que la troisième enceinte, celle d’'Hérode Agrippa, se confondait avec la muraille actuelle, force a été de chercher la seconde enceinte en deçà de la précédente, et les deux tronçons de mur que l’on a retrouvés de nos jours, il y a peu d'années, à l’est de la basilique du Saint-Sépulcre, tronçons qui sont regardés par les uns comme des restes de l’atrium de Constantin, mais qui me paraissent avoir aussi appartenuantérieurement à la deuxième enceinte de la ville, ces tronçons, dis-je, suffisent, à mon avis, pour démontrer topographiquement l’authenticité du Saint Tombeau etdu (rolgotha, qui étaient à la fois en dehors et très près de la seconde muraille de la cité.

La ville de Jérusalem, à l’époque de Notre-Seigneur et même lorsqu'elle fut assiégée par Titus, et que la troisième enceinte, construite par Agrippa, avait compris dans son périmètre la colline de Bézétha et une partie de celle de Gareb, n’a jamais eu l’étendue immense qu'on lui prête ordinairement, et si, quand elle fut entourée par les armées romaines, une population extraordinaire se pressait alors au dedans de ses rempart, elle y était entassée par suite d’une permission particulière de la Providence, qui, voulant châtier la nation juive tout entière du déïcide qu'elle avait commis à la fête de Pâques de lan 33 de notre ère, fit coïncider les commencements du siège de Titus avec la fête de Pâques de l’année 70, fête qui, selon les habitudes du peuple juif, amena à Jérusalem de tous les points de la Palestine une multitude prodigieuse qui y fut renfermée par l'ennemi, comme une proie destinée aux plus affreuses calamités de la guerre. Il ne fau-

drait donc pas s’imaginer, ainsi que l’on a fait souvent de très bonne foi, que pour contenir tant de centaines de mille d'habitants, la ville eût été alors beaucoup plus grande que maintenant ; car, partant de cette fausse hypothèse, on est tout d’abord naturellement porté à supposer que le troisième mur d'enceinte du côté du nord, c’est-à-dire du seul côté par où la ville ait pu s’agrandir, débordait bien au delà du mur actuel. Dans ce cas, on semble admettre, qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, que le second mur d'enceinte était lui-même bien au delà du tracé qu’on doit lui assigner : mais alors on compromet ou, pour mieux dire, on détruit, sans qu'on s’en doute, l’authenticité du Saint Sépulcre et du Golgotha, en les enclavant dans cette seconde enceinte, ainsi agrandie témérairement. Heureusement pour ces deux augustes sanctuaires, ils n’ont absolument rien à redouter de l’étude topographique de Jérusalem. Bien au contraire, plus on approfondit cette étude, plus aussi on réconcilie avec les traditions chrétiennes ceux qu'en avaient éloignés des considérations topographiques trop hâtives et un ‘examen trop superficiel du sol. Que si, à Jérusalem, il y a trois catégories différentes de sanctuaires, les uns vrais, les autres douteux, les troisièmes évidemment apocryphes, et si cette distinction délicate doit être faite avec une respectueuse indépendance d'esprit qui ne se laisse aveugler ni par les illusions d’une foi peu éclairée, ni par le scepticisme d’une raison superbe, cette ville contient dans son sein deux sanctuaires principaux, qui, maintenant plus que jamais, par suite de la découverte des véritables Cavernes Royales qui fixent l'emplacement du troisième mur d'enceinte et de celle des deux tronçons de muraille que j'ai signalés en deçà du Saint Sépulcre et qui paraissent déterminer le tracé de la deuxième enceinte, s'élèvent, topographiquement aussi bien que traditionnellement parlant, au-dessus de toüte critique, ce sont le Golgotha et le Saint-Sépulcre. Là, tous les

esprits impartiaux, qui ne cherchent que la vérité, doivent se réunir dans une même affirmation; là. bientôt, je l’espère, s’embrasseront fraternellement lascience et la religion.

Page 1