CHAPITRE X
Lorsque Constantin eut appris de sa pieuse mère qu’elle avait retrouvé sous les temples païens renversés les sanctuaires chrétiens qu’ils recouvraient, il s’empressa d'écrire à saint Macaire, alors évêque de Jérusalem, pour [ui ordonner de bâtir une basilique su” l'emplacement qu'ils occupaient, et de ne rien épargne: afin d’en faire l’une des plus belles du monde. La sur: veillance des travaux fut confiée au préfet du prétoire Drucilianus, et ce futun prêtre de Constantinople, nommé Eustathe, qui fut chargé de diriger les ouvriers et de réaliser les grands projets de l’empereur. Une description détaillée de cet édifice nous a été laissée par Eusèbe. (Vie de Constantin, 1. IT, ch. xxxiv et suivants.) Cet écrivain nous en annonce une seconde, plus développée encore, dans un autre ouvrage qui, malheureusement, n'est pas venu jusqu’à nous. C’est donc cette première description qui a servi de base à tous ceux qui ont essayé de restaurer par la pensée cette basilique depuis longtemps détruite, et parmi lesquels je dois citer particulièrement le professeur anglais Willis qui a inséré dans le savant ouvrage de Williams intitulé : The holy Cily, un excellent Mémoire sur l'histoire architecturale de l’église du Saint-Sépulcre, et M. de Vogüé, qui nous a donné sur ce même monument des renseignements si précieux, accompagnés de
planches exécutées avec le plus grand soin, dans ses Eolises de la Terre Sainte.
La basilique Constantinienne, commencée en 326, fut achevée en 335. Elle se composait d’un vaste atrium, précédé de propylées et orné de portiques soutenus par des colonnes, et d’une basilique à cinq nefs, dont l’entrée était vers lorient, ce qui était nécessité par les exigences du terrain. L'abside renfermait, sous une superbe rotonde, le tombeau du Christ ; une des nefs latérales du sud contenait le Golgotha; la chapelle souterraine de l'Invention de la Sainte Croix s’étendait sous l'atrium. Conformément à la volonté de l’empereur et aux désirs de sa mère, l’art avait épuisé toutes ses ressources, et les métaux les plus riches avaient été employés avec les marbres les plus rares, pour rendre ce monument digne de la majesté des augustes souvenirs qu'il rappelait. Le Saint Sépulcre surtout, qui s'élevait au centre de la rotonde et qui était le point capital de lédifice, avait été décoré avec une magnificence inouïe. Malheureusement, pour en faire un oratoire distinct et le séparer des rochers auxquels il adhérait, il fallut creuser et niveler le sol alentour. On crut aussi, afin de lui donner une forme circulaire ou polygonale, devoir raser la première grotte qui servait de vestibule au tombeau, comme nous le savons par saint Cyrille, évêque de Jérusalem.
« L'entrée du Saint Sépulcre, dit-il, était taillée dans le“ rocher comme celle des tombeaux du pays; elle n’est plus visible depuis que la première grotte a été détruite pour les besoins de l’ornementation actuelle. Mais avant que le Saint Sépulcre eût été embelli par une ma-« gnilicence royale, il y avait un vestibule devant la porte de pierre. » (Catéchèses, XIV.) Le roc de la chambres sépulcrale conservée et ainsi isolée disparut lui-même sous un revêtement de marbre et de métaux précieux et fut décoré extérieurement de colonnes. On faconna pareillement le rocher du Calvaire, et l’on en aplanit
les aspérités naturelles pour en convertir le sommet en
une petite plate-forme destinée à supporter une chapelle supérieure, qui fut de même ornée avec un soin infini, tandis que, dans ses flancs, s’ouvrait une grotte qui devint un autre oratoire. Ah! combien il eût été
préférable que l'architecte chargé d’ériger la basilique
n'eût en rien altéré la disposition primitive des lieux, et qu'il se fût contenté de comprendre dans une enceinte sacrée, à laquelle il aurait donné toute la splendeur qu’il
aurait voulu, les roches nues et austères du Saint Sé-
pulcre et du Golgotha! Rendues à la lumière du jour, telles qu’elles avaient été exhumées à la suite des déblayements qu’on avait exécutés, et protégées seulement par des grilles ou par des balustrades contre l’indiserète piété des fidèles ou les outrages des profanateurs, elles nous permettraient encore aujourd’hui, après tant de siècles révolus, de retrouver la physionomie qu'elles ofiraient, lorsqu'elles furent témoins des dernières ‘cènes d la Passion. Avec quel respect, avec quel saisissement profond les aurions-nous contemplées, montrant encore les traces visibles du sang divin dont elles furent teintes!
L'an 335, on fit la dédicace de la basilique, qui prit le nom de Martyrion ou de Témoignage, parce qu'elle renfermait les témoins sacrés des suprêmes souffrances et de la mort du Christ. Une foule immense de fidèles, de prêtres et d’évêques assista à cette imposante cérémonie, qui fut célébrée avec une pompe extraordi-
naire.
Ce superbe monument, l’une des gloires de la chré-
tenté, avec ses portiques, sa forêt de colonnes, ses
marbres et ses métaux de grand prix, ses peintures et ses mosaïques, son merveilleux plafond formé de caissons dorés, fut presque totalement détruit, l’an 614 de notre ère. Cette année-là, en effet, Chosroëès IL, roi des Perses, à la tête d’une armée formidable, grossie de 26.000 Juifs, s'empara de Jérusalem, mit tout à feu et
à sang, rasa la basilique du Saint-Sépulere et emporta avec qui la Vraie Croix. De retour dans ses États, il
succomba bientôt lui-même sous les coups de Siroës,
son fils, qui, vaincu à son tour par Héraclius, fut contraint de lui rendre la Vraie Croix. Ce fut cet empereur, comme on le sait, qui eut l’honneur de rapporter triomphalement à Jérusalem cette précieuse relique et de Ia replacer, le 14 septembre 629, dans la nouvelle église du Saint-Sépulcre.
Celle-ci venait d’être relevée de ses ruines par un simple moine, abbé du couvent de Saint-Théodose, qui devint plus tard patriarche de Jérusalem. Modeste, c’était le nom de ce religieux, ne disposant pas des richesses et des ressources qu'avait eues Constantin, ne put, comme cet empereur, embrasser dans un seul et immense édifice tous les sanctuaires que la basilique primitive avait abrités ; mais, obligé de se réduire à un plan moins grandiose, il se contenta de construire quatre petites églises, rapprochées les unes des autres,
unies par des murs et attenantes à une cour pavée de
marbre. (étaient : 1° l’église de la Résurrection, ou Anastasis, qui renfermait Le Saint Sépulcre ; 2° l’église du Golgotha, bâtie sur le lieu du Crucifiement; 3° l’église de l’Invention de la Sainte Croix,qui recouvrait l'endroit où elle fut trouvée et appelée souvent par les pèlerins
Martyrion, ou basilique de Constantin, bien qu’elle
ne fût qu’une simple chapelle souterraine du grand édifice érigé par cet empereur; 4° l’église dédiée à la Vierge, dont l'emplacement n’est pas déterminé d’une manière certaine, mais qui, d’après l’opinion de M. de Vogüé, contenait la pierre de l’Onction. La basilique Constantinienne n’avait pu être arrachée de ses fondations par les hordes barbares de Chosroès, qui avaient passé comme un torrent dévastateur, renversant tout,
mais n'ayant pas le temps de tout anéantir. Il devait
donc subsister de cette puissante construction des fragments considérables que Modeste ne manqua pas, sans
LA BASILIQUE DU SAINT-SÉPULCRE s21
doute, d'utiliser dans sa restauration. Aujourd’hui encore, en effet, après les nouvelles destructions suivies d’autres réédifications que ce monument a subies, on retrouve çà et là, en étudiant l’église actuelle, des portions de murs, notamment dans la partie inférieure de la rotonde, qui paraissent remonter jusqu'à Constantin. Cependant, en 636, Jérusalem, à peine reconquise sur les Perses, tombe entre les mains des musulmans, après une vigoureuse résistance. Omar, plus généreux qu’on ne pouvait s’y attendre, respecte, en entrant dans la ville, les personnes, les propriétés et les églises des chrétiens et retourne dans son désert, après avoir jeté les fondements d’une mosquée sur les ruines du temple de Salomon.
Vers l’an 800, Charlemagne envoie à Jérusalem d’abondantes aumônes pour la réparation des églises et la fondation d’un couvent destiné à héberger les pèlerins latins. Il reçoit, à son tour, en signe d'alliance, d'Haroun-er-Raschid, les clefs du Saint Sépulcre. Par la remise de ces clefs, le khalife de Bagdad conférait à l’empereur d'Occident le droit officiel de posséder et de protéger les Lieux Saints, et à partir de ce moment, la France, dans la personne de son tout-puissant souverair, inaugure son glorieux patronage des sanctuaires chrétiens de la Palestine.
Les quatre églises construites par Modeste sur l’emplacement de la basilique de Constantin sont ellesmèmes démolies, l'an 1010, par l’ordre du féroce et insensé Hakem. Trent-sept ans plus tard, elles sont relevées par l’empereur grec Constantin IX, surnommé Monomaque.
Maîtres de Jérusalem, le 15 juillet 1099, les croisés n’ont d’abord pas le temps pendant les première années de leur occupation, absorbés qu'ils sont par des guerres continuelles, de restaurer les quatre églises dont nous parlons; mais ensuite ils réunissent dans un seul
monument ces quatre sanctuaires, isolés auparavant,
et les reconstruisent eux-mêmes en partie, sauf celui de Sainte-Marie, qui recouvrait, selon toute apparence, Ja pierre de l’Onction etqu’ils suppriment. Ils n’ont que peu de changements à faire à l’église de l’Invention de la Sainte Croix qui, grâce à sa position souterraine, avait échappé plus que les autres aux dévastations des. âges précédents, et dont toute la partie inférieure, ainsi queles lourdescolonnesbyzantines, semblent dater de l’époque de Modeste Les constructions du xs siècle se composaient, comme celles du vn®, d’une rotonde renfermant le Saint Sépulcre et de trois autres églises séparées et peu considérables.
« Après que, avec l’aide de Dieu, dit Guillaume de Tyr, les croisés eurent pris Jérusalem, les édifices susdits leur parurent trop petits. Ils ajoutèrent à l’église primitive une construction solide et très élevée qui, continuant et enserrant les parties anciennes, comprit tous ces sanctuaires dans un même édifice. » (L. VII, ch. m1.)
C’est aux croisés probablement qu’il faut attribuer le transept avec sa coupole, le chœur qui forme l’église actuelle des Grecs, la grande façade méridionale avec son élégante corniche, ses fenêtres ogivales, ses deux belles portes jumelles et enfin son clocher, découronné aujourd’hui de ses étages supérieurs. Tous ces travaux, attribués à l’époque des croisades par M. de Vogüé, ont été supérieurement analysés par ce savant dans son ouvrage des Eglises de la Terre Sainte, et je prie le te de vouloir bien Île consulter, s’il désire approfondir ce sujet.
Lorsque, en 1187, Jérusalem, après la funeste bataille de Haitin, retomba sous le joug des musulmans, l’église du Saint-Sépulcre faillit être rasée complètement.
« Quelques zélés musulmans, dit Emad-Eddin, avaient conseillé à Saladin de détruire ce monument, prétendant qu’une fois que le tombeau du Messie serait comblé et que la charrue aurait passé sur le sol de l’église,
il n’y aurait plus de motif pour les chrétiens d’y venir en pèlerinage ; mais d’autres jugèrent plus convenable d’épargner ce monument religieux, parce que ce n'était pas l’église, mais le Calvaire et le tombeau du Christ, qui excitaient la dévotion des chrétiens, et que. lors même que la terre serait jointe au ciel, les nations chrétiennes ne cesseraient point d’affluer à Jérusalem. Us firent observer que lorsque le khalife Omar, dans le premier siècle de l’islamisme,se rendit maître de la Ville Sainte, il permit aux chrétiens d'y demeurer, et respecta l’église du Saint-Sépulcre. » (Bibliothèque des Croisades, IV° partie, p. 214.)
Celle-ci fut d’abord desservie par quelques prêtres latins, puis par des prêtres syriens. Concédée, en 1230, par le pape Grégoire IX, aux Franciscains, elle fut, en 1244, ravagée par les Karesmiens. Ces hordes sauvages y passèrent au fil de l’épée tous les malheureux qui y avaient cherché un asile, en commençant par les religieux qui en étaient les gardiens. En 1342, à la demande de Robert d'Anjou, la possession de cette basilique fut de nouveau confirmée aux Franciscains par une bulle célèbre de Clément VI. Vers la fin du xv° siècle, Philippe, duc de Bourgogne, obtint du sultan la permission d'y faire des restaurations. En 1555, le Révérend Père Boniface de Raguse, alors gardien du couvent du Mont-Sion, reconstruisit l’édicule sacré avec les dons de plusieurs souverains catholiques. Dans les premières années du xvn° siècle, quelques réparations furent exécutées dans l’église ellemème. En 1719, la grande coupole et plusieurs chapelles furent encore restaurées par les Latins, à la demande du marquis de Bonnac, alors ambassadeur de France à Constantinople, qui leur obtint, à cet effet, un firman très explicite. En 1808, dans la nuit du 12 au 13 octobre, un violent incendie éclata tout à coup dans la chapelle des Arméniens, sur une des galeries supérieures de l’église. Allumé, dit-on, par les Grecs,
qui, de leur côté, imputent ce crime aux Arméniens, ou peut-être seulement causé par une simple imprudence, il se propagea bientôt avec une force irrésistible, dévorant la grande coupole qui finit par s’écrouler avec un bruit effroyable, en écrasant les colonnes qui la supportaient et le saint édicule qu’elle couronnait ; de nombreuses chapelles furent également atteintes et très dégradées par les flammes.
Si les Grecs ne furent point les auteurs de cet incendie, du moins ils en profitèrent grandement ; car les Franciscains, alors peu soutenus par la France, furent dans l'impossibilité derelever, abandonnés à eux-mêmes, l’église du Saint-Sépulere, et les Grecs solhcitèrent et obtinrent un firman qui les autorisa à reconstruire ou àréparer toutes les parties qui avaient été détruites ou endommagées. Ces reconstructions et ces réparations furent exécutées à la hâte et assez grossièrement. Alors furent brisés à dessein les tombeaux, déjà violés autrefois par les Karesmiens, de Godefroy de Bouillon et des autres rois latins. situés les uns dans la chapelle d'Adam, et les autres, à côté, le long du chœur des Grecs; alors aussi des inscriptions grecques remplacèrent sur diverspoints, et notamment dans l’intérieur de l’édicule sacré, les inscriptions latines qui attestaient auparavant les droits séculaires des Latins à la légitime possession de ces sanctuaires.
En 1852, la grande coupole, bien que refaite depuis quarante ans à peine, était déjà très détériorée ; dix ans après, elle menaçait ruine. À la suite de longues négociations, on commença à la reconstruire, en 1863. Ce travail fut achevé en 1868, aux frais communs de la France, de la Russie et de la Turquie, qui envoyèrent chacune un architecte choisi par elles pour mener à bonne fin cette importante entreprise. La coupole que l’on voit maintenant est élégante, savamment conçue, et fait honneur à l’architecte français, M. Mauss, qui en a dressé le plan. Les peintures qui l’ornent intérieure-
ment sont gracieuses et dues à un autre Français, M. Salzmann. MaiHénreusement. je ne puis m'empêcher de regretter et de dire qu ‘elles n’offrent aucun caractère rohieux. Les trois gouvernements qui s'étaient associés pour celte œuvre voulaient, sans doute, par cette absence d’emblèmes religieux, imposée aux architectes et aux artistes, neutraliser, en quelque sorte, la coupole ainsi que le saint édicule qu’elle recouvrait ; mais, d’un autre côté, 1l en résulte que la voûte qui surmonte le sanctuaire le plus auguste de la chrétienté a une ornementation tout à fait profane. Ce sont des vases de fleurs et des décorations purement de fantaisie, mais rien qui rappelle les grands mystères qui se sont accomplis en ce lieu. Pour mon compte, j'aurais préféré une solution différente de cette question que j'ai suivie autrefois avec un vif intérêt. Je crois qu'après la prise de Sébastopol, la France aurait pu mieux profiter qu’elle ne l’a fait du puissant ascendant qu’elle avait conquis alors et revendiquer hautement les droits séculaires que les Latins possédaient avant le fatal incendie de 1808. Seule, elle pouvait, au nom et avec le secours du monde catholique qu'elle représentait, reconstruire la coupole du Saint- Sépulcre et la décorer de tous les emblèmes religieux dont on s’attend naturellement à la voir ornée. Que si, au contraire, par esprit de conciliation, elle voulait admettre à coopérer avec elle à cette entreprise le monde grec, personnifié alors par la Russie, qui, néanmoins, jusqu'à la guerre de Crimée, n'avait jamais figuré comme la patronne officielle des intérêts de la religion grecque dont le patriarche de Constantinople était le véritable représentant, elle devait plutôt, à mon avis, appeler à elle le concours des artistes grecs aussi bien que celui des latins mêlés ensemble, afin d'élever, de concert, au-dessus du Saint Tombeau déclaré neutre, et comme tel appartenant à toutes les communautés chrétiennes, une coupole en quelque sorte triomphale , où yes arts de la mosaïque, de la peinture et de la sculp-
ture se seraient tous associés pour célébrer dans tous les rites une espèce d’hymne de reconnaissance, de vénération et d'amour, envers le Rédempteur du genre humain.
Tout le monde a entendu parler de la cérémonie du feu sacré que les Grecs célèbrent chaque année à Jérusalem, le Samedi Saint, dans la basilique du Saint- Sépulcre, Témoin moi-même deux fois, en 1854 et en 1863, de ce prétendu miracle qui attire une foule énorme de pèlerins de la Grèce, de l'Asie Mineure, de l'Égypte, de l'Arménie et de la Russie, je pourrais en décrire ici toutes les phases, et dire à quels scandales, quelquefois mème à quelles luttes acharnées et sanglantes, il donne Heu; mais j’aime mieux transporter mon lecteur loin du bruit et du tumulte et parcourir avec lui, à la suite des R. P. Franciscains, les différentes stations de la procession solennelle qu’ils accomplissent chaque jour autour de la basilique, ce qui nous permettra d’en connaître les principaux sanctuaires.
La chapelle de PApparition, d’où nous allons partir, appartient aux Latins, ainsi que celle de Sainte-Marie- Madeleine, qui la précède. Restaurée en 1882, elle est située à l'extrémité du transept septentrional.'Le maîtreautel y marque l'endroit où, d’après une tradition, Notre- Seigneur aurait apparu à sa sainte Mère après sa Résurrection.
A ‘droite de l'autel principal, se trouve l’autel des Reliques, ainsi nommé à cause d’un morceau considérable de la Vraie Croix qu’on y vénéra jusqu’en 1537 et qui, à cette époque, fut dérobé, dit-on, par les Arméniens non unis.
À gauche, un autre autel porte le nom de la Sainte- Colonne de la Flagellation. On y conserve, en eflet, une partie de la colonne à laquelle Notre-Seigneur fut attaché dans le Prétoire lors de sa cruelle Flagellation. Transportée d’abord par les premiers chrétiens dans l’église du Cénacle, où elle fut longtemps vénérée par
les pèlerins, elle fut brisée par les musulmans durant les dernières années que les Pères Franciscains furent en possession du Cénacle. Un tronçon considérable de cette colonne fut recueilli par ces religieux et placé par eux dans la basilique du Saint-Sépulcre. Le fragment qui est exposé dans la chapelle de lApparition à la vénération des fidèles, principalement le Mercredi de la Semaine Sainte, est en porphyre et a environ suixantequinze centimètres de long. Quant à la colonne de Sainte- Praxède, que l’on visite pieusement a Rome, elle est en marbre, tacheté de blanc, et, d’après une ancienne tradition, elle serait celle à laquelle Notre-Seigneur aurait été attaché dans la maison de Caïphe, la nuit du Jeudi au Vendredi Saint.
La chapelle de l’Apparition sert d'église aux religieux franciscains qui habitent le Saint-Sépulcre. De là, en nous dirigeant vers l’est, le long des sept Arceaux de la Vierge, et en suivant la nef septentrionale de la basilique, nous arrivons àla Prisonde Notre-Seigneur. C’est probablement une vieille citerne voütée où lon croit que le Christ à été retenu quelque temps, pendant que l’on faisait, sur le Calvaire, les apprèts de son supplice. Cette chapelle, divisée en trois compartiments qui communiquent ensemble, est la propriété des Grecs. On y montre, sous la table de l’autel, une pierre percée de deux trous, dans chacun desquels un pied de lauguste Victime aurait été engagé.
Plus loin, nous passons devant la chapelle consacrée à la mémoire de saint Longin, de ce soldat qui perça de sa lance le côté du Sauveur et qui se convertit ensuite, à la vue des miracles qui s'opérèrent à sa mort. Elle appartient également aux Grecs.
À quelques pas de là, vers le sud, la chapelle de la Division des vêtements, qui est entre les mains des Arméniens, indique l’endroit où les soldats, après avoir crucifié Jésus, firent quatre parts de ses vêtements ef
tirèrent sa tunique au sort, parce qu'elle était sans couture et d’un seul tissu.
A ‘une faible distance au sud de cette chapelle, en contournant le chevet de l’église des Grecs, l’ancien chœur des chanoines latins, nousrencontrons unescalier de vingt-neuf marches qui nous conduit à la chapelle souterraine de Sainte-Hélène. Klle peut avoir vingt mètres de long sur treize de large: deux absides la terminent vers l’orient; sa partie centrale est éclairée par une petite coupole qui repose sur quatre lourdes colonnes couronnées de chapiteaux différents et d'apparence byzantine. Cette chapelle, dont la voûte seule est de l’époque des Croisades et qui date elle-même probablement de la restauration entreprise par le moine Modeste,appartient, depuis 1879, aux Arméniens ; auparavant, elle étaitla propriété des Abyssins. Elle est dédiée à la pieuse impératrice qui aurait de là assisté aux fouilles que l’on pratiquait au pied oriental du Golgotha pour y retrouver la Croix du Sauveur.
En descendant encore treize autres marches, dont quelques-unes sont très dégradées, nous parvenons à la chapelle de l’Znvention de la Sainte Croix, oratoire très irrégulier, long d'environ sept mètres, et que possèdent les Pères Franciscains. C'était, à l’époque de Notre-Seigneur, une ancienne citerne abandonnée, creusée dans le roc, et où l’on découvrit, en 326, les trois Croix, le titre de celle de Notre-Seigneur, les clous et l'éponge. On y remarque un autel dû à la piété et à la munificence de l’infortuné prince Maximilien d’Autriche.
Après avoir remonté ces deux escaliers, et en suivant maintenant de l’est à l’ouest la nef collatérale du sud, nous laissons à notre gauche la chapelte des Zmproperes ou des Outrages, ainsi appelée, parce que lon y vénère un tronçon de colonne de granit gris, haut de cinquante centimètres, sur lequel on croit que Jésus était assis au Prétoire, lorsqu'il fut couronné d’épines
et couvert d’opprobres. Cette chapelle appartient aux Grecs, qui l'ont restaurée en 1882.
Nous arrivons ensuite au Calvaire. Si plusieurs des chapelles dont je viens deparler, justement parce qu’elles localisent d’une manière si précise certaines particularités relatives aux dernières scènes de la Passion, peuvent inspirer, sous ce rapport, quelques doutes à une critique sévère (j'en excepte, bien entendu, la chapelle de lInvention dela Sainte Croix, qui paraît réunir en sa faveur des probabilités approchant de la certitude), il ven est plus de même du Calvaire. Ici, tout atteste, tout proclame lauthenticité de ce sanctuaire. Et d’abord, que l’on ne s’imagine pas que le Golgotha était une montagne. Saint Mathieu dit simplement :
« Et venerunt in locum, qui dicitur Golgotha, quod est Calvariæ locus. » (Saint Mathieu, ch. xxvir, v. 33.)
« Et ils vinrent en un lieu appelé Golgotha, c’est-à-dire lieu du Calvaire. »
Les trois autres évangélistes désignent ce mème endroit sous le terme deZocus Calvariæ (lieu du Calvaire), et non de mons Calvariæ (montagne du Calvaire). Ce n’est que plus tard que l’on a supposé et répété à tort que Notre-Seigneur avait été mis en Croix sur un som-
. met élevé qui pouvait être aperçu de fort loin. En réahté, le Golgotha ou le Calvaire était un simple petit monticule rocheux qui dominait de quelques mètres seulement le jardin de Joseph d'Arimathie, situé en contre-bas, à l’ouest, et qui avoisinait l’une des portes de la ville appartenant à la seconde enceinte. Ce rocher, à l’époque de Notre-Seigneur, renfermait à sa partie inférieure une grotte qui a été depuis transformée en une chapelle consacrée à Adam, parce qu'une ancienne tradition y place la sépulture du premier homme. Cette tradition, sans doute, est loin de commander de notre part une créance absolue et de s'imposer à notre esprit comme une histoire parfaitement authentique. Néanmoins, plusieurs Pères de l’Église l’ont adoptée.
Nous lisons, par exemple, dans saint Basile :
« On conserve dans l’Église une tradition qui nous apprend que l’ancienne Judée fut habitée par Adam, qu'il s’y réfugia aussitôt qu’il fut chassé du Paradis terrestre..., que ce fut aussi la Judée qui reçut la dépouille mortelle du premier homme... Sa tête fut enterrée en un lieu qu’on appela tout naturellement Cranion, ou Calvaire (le lieu du Crâne), parce qu'un tel objet devait nécessairement frapper les hommes de cette époque. Il est probable que Noé n’ignorait pas où était le tombeau du chef et du père du genre humain, puisque, aussitôt après le déluge, et de la bouche même de Noé, cette tradition se répandit partout. Ce fut là, plus tard, sur le lieu du Calvaire, que Notre-Seigneur souffrit, pour frapper la mort dans son origine même. » (Commentaires sur Isaïe, ch. xv.)
Origène, saint Ambroise, saint Augustin et d’autres encore émettent en des termes différents la même opinion. C’est à cause de cette tradition que l’on a coutume depeindre ou de sculpter une tète de mort aux pieds du Crucifix, image touchante dela miséricorde du Christ, dont le sang aurait coulé du Golgotha sur la poussière de l’auteur “de notre race, pour le racheter, et,.en'lux l’humanité tout entière. Quoi qu'il en soit, l'absidiole qui passe pour être l’ancien tombeau d'Adam se trouve juste au-dessous de la cavité dans laquelle fut dressée la Croix du Sauveur, et le sang de la divine victime aurait pu, par conséquent, distiller, par la fissure du rocher entr'ouvert, sur la tête du premier homme, si elle avait été déposée en cet endroit.
On montre également dans cette chapelle, qui appartient aux Grecs, l'emplacement du tombeau de Melchisédech. C’est là aussi qu'à l’époque des croisades et près de l’entrée furent enterrés les deux premiers rois
latins de Jérusalem, Godefroy de Bouillon et Bau-« doin [%. Leurs tombeaux, qui avaient subsisté jusqu’en
1808, disparurent alors, détruits ou enlevés par les Grecs,
quand ils rebâtirent la coupole que l'incendie de cette année-là avait dévorée. Il en fut de même des autres tombeaux des rois latins, leurs successeurs, qui avoisinaient cette chapelle, le long du chœur des Grecs.
Deux escaliers différents conduisent à la chapelle supérieure du Calvaire. Celle-ci, qui domine le sol environnant de 4 mètres 70 centimètres, repose en partie sur des voûtes artificielles. Elle se divise elle-même en deux compartiments parallèles, séparés par de larges pibers : l’un, ditdu Crucifiement, appartient aux Latins et marque l’endroit où le Christ fut cloué sur la Croix, pendant que l’instrument de son supplice était étendu à terre ; 1l avoisine, vers le sud, un petit oratoire dont on est séparé par une grille, et appelé la chapelle de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Cest là, dit-on, où se tenait la Sainte Vierge avec saint Jean, lorsque les bourreaux attachaient Notre-Seigneur à la Croix. Cet oratoire, attenant au Calvaire et qui autrefois servait à le mettre en communication avec le dehors, est également la propriété des Latins.
Les Grecs, au contraire, possèdent le second compartiment de la chapelle du Calvaire, celui où la Croix de Notre-Seigneur fut plantée. Non loin du trou où elle fut dressée, on remarque, en soulevant une plaque et un grillage d'argent, une fente considérable qui s’est produite dans le rocher, et qui, traversant de haut en bas le Golgotha, va aboutir à l’absidiole de la chapelle inférieure d'Adam, comme je lai dit tout à l’heure. Cette fente est celle qu’une tradition constante et invariable attribue à la violente commotion qu’éprouva la nature entière, lorsque le Fils de Dieu, son maître et son souverain, exhala son dernier soupir.
Nous lisons à ce sujet dans saint Mathieu :
« Jésus, jetant un grand cri pour la seconde fois, rendit l’esprit. »
« En même temps le voile du temple se déchira en
deux depuis le haut jusqu’en bas; la terre trembla, les rochers se fendirent. »
« Les sépulcres s’ouvrirent, et plusieurs corps de saints qui étaient dans le sommeil de la mort ressuscitèrent. » (Saint Mathieu, ch. xxvir, v. 50-52.)
Cette fente est-elle artificielle, comme on pourrait d’abord le croire ? Non, répondent plusieurs naturalistes qui l’ont étudiée. Les deux côtés de la fissure, en effet, tout en s’adaptant parfaitement l’un à l’autre, font néanmoins des circuits tellement compliqués qu'il aurait été impossible à l’art de les contrefaire, n1 dy par-
venir par le moyen d’aucun instrument. Sans citer 101.
les témoignages de ces divers savants, je me bornerai à emprunter au célèbre Anglais Addison le fait suivant, déjà rapporté par monseigneur Mislin, dans son bel ouvrage sur les Saints Lieux (t. II, p. 327) :
« Un gentilhomme anglais, homme très estimable, qui avait voyagé en Palestine, m'a assuré que son compagnon de voyage, déiste plein d'esprit, cherchait, chemin faisant, à tourner en ridicule les récits que les prêtres catholiques leur faisaient sur les Lieux Sacrés. Ce fut dans ces dispositions qu’il alla visiter les fentes du rocher que l’on montre surle mont Calvaire comme l'effet du tremblement de terre arrivé à la mort de Jésus-Christ. Mais lorsqu'il vint à examiner ces ouvertures avec l’exactitude et l'attention d’un naturaliste , il dit à son ami: « Je commence à être chrétien. J'ai fait, continua-t-il, une longue étude de la physique et des mathématiques, et je suis assuré que les ruptures du rocher n’ont jamais été produites par un tremblement de terre ordinaire et naturel. Un ébranlement
pareil eût, à la vérité, séparé les divers lits dont la
masse est composée, mais c’eût été en suivant les velnes qui les distinguent et en rompant leur liaison par les endroits les plus faibles. J’ai observé qu'il en est ainsi dans les rochers que les tremblements de terre ont soulevés, et la raison ne nous apprend rien quin' y
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