L'HOSPICE DE SAINTE-MARIE
les musulmans, travaillé quelquefois par des discordes intestines, peu secouru de l’Europe, dont il était trop éloigné, commençait à menacer ruine et finit par s’écrouler sur ses héroïques défenseurs.
Parmi ces établissements créés par les croisés, quel-
ques-uns ont été détruits de fond en comble ; d’autres ont été tellement dénaturés qu'ils ne sont plus guère reconnaissables. Ainsi en est-il, par exemple, du palais royal et du patriarchat latin. Du couvent des Templiers il ne subsiste plus qu’une grande salle d'armes, les débris d’une chapelle, dans l’un des bras du transept de la mosquée d'El-Aksa et les vestiges de quelques bâtiments très dégradés. Quant au couvent de Saint-Jean, il offre aux regards un immense amas de décombres et un certain nombre de magasins voûtés assez bien conservés. Les chevaliers de Saint-Jean, qui devinrent ensuite les chevaliers de Rhodes, puis les chevaliers de Malte, avaient succédé, sur le même emplacement, aux anciens religieux bénédictins envoyés par Charlemagne, aucommencement du ix°siècle, pour fonder près du Saint Sépulcre un hospice où devaient être recueillis tous les pèlerins latins qui venaient visiter les Lieux Saints. C’est dans cet hospice, attenant à une église dédiée à Sainte-Marie et pourvu d’une riche bibliothèque, grâce à la munificence éclairée de ce puissant empereur, que Bernard le Sage trouva un asile, lors de son voyage à Jérusalem, en 870.
Nous lisons, en effet, dans l’Zfinéraire de ce pèlerin : « De Emmaus pervenimus ad sanctam civitatem Jerusalem, et recepti sumus in hospitale gloriosissimi imperatoris Karoli, in qua suscipiuntur omnes qui, causa devotionis, illum adeunt locum, lingua loquentes romana. Cui adjacet ecclesia in honore Sanctæ Mariæ, nobilissimam habens bibliothecam, studio prædicti imperatoris, cum duodecim mansionibus, agris, vineis et hortis in valle Josaphat. » (Bernardi monachui Itinerarium, ch. x.)