‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 143 sur 179 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

M. le chanoine Alleau, dans sa brochure intitulée : Patriarcat de Jérusalem, divise en six époques différentes le temps qui s’est écoulé depuis saint Jacques le Mineur jusqu’à nos jours.

La première époque s’étend de saint Jacques le Mineur, premier évêque de Jérusalem, à Juvénal, premier patriarche, de l’an 35 à l’an 418.

La deuxième époque, de Juvénal à la prise de Jérusalem par les croisés, de 418 à 1099.

La troisième époque, de la prise de Jérusalem par les croisés à la ruine de Ptolémaïs, de 1099 à 1291.

La quatrième époque, de 1291 à 1369. Pendant cette période comme pendant la précédente, les patriarches ne résident plus à Jérusalem.

La cinquième époque, de 1369 à 1847. Durant cette époque, les Franciscains seuls, en Terre Sainte, exercent la juridiction ordinaire.

La sixième époque enfin commence à l’année 1847, c’est-à-dire au rétablissement du patriarcat latin à Jérusalem.

La première époque comprend 43 évèques, dont les 15 premiers étaient des Juifs appelés par Notre-Seigneur ou convertis par les apôtres; les autres appartenaient à la race des Gentils.

Dans la deuxième période, on compte #5 patriarches, à partir de Juvénal, premier fondateur du patriarcat à

Jérusalem. Le siège patriarcal de cette ville, occupé depuis Constantin par des évêques presque tous d’origine grecque, devint vacant lors de la conquête des croisés, par suite de la mort, dans l’île de Chypre, de Siméon [l, qui avait provoqué la première croisade.

La troisième époque comprend 22 patriarches latins qui résidèrent à Jérusalem jusqu’en 1187 et qui, après la prise de cette ville, transférèrent leur siège, soit dans l’île de Chypre, soit à Ptolémaïs.

Après la ruine définitive du royaume latin de Jérusalem commence la quatrième époque, pendant laquelle dix patriarches portèrent encore ce titre, bien plus honorifique qu’effectif.

À partir de 1369 jusqu’en 1847, s'étend la cinquième époque, pendant laquelle le titre de patriarche de Jérusalem a été purement honorifique.

Les Révérends Pères Franciscains, établis dans la Viile Sainte, après la prise de Saint-Jean-d’Acre, ont ainsi seuls comblé labîime qui sépare le patriarche Nicolas de Anapiis, dernier patriarche du royaume latin de Jérusalem, du nouveau patriarche, M# Valerga, à partir duquel commence la sixième époque, dont nous allons rapidement esquisser les glorieux débuts.

Les renseignements qui vont suivre seront empruntés soit à l’excellente brochure de M. le chanoine Alleau, soit à des renseignements que m'ont fournis Mer Poyet, protonotaire apostolique et chanoine de Jérusalem, l’un des hommes les plus savants de cette ville, et surtout M. le chanoine Coderc, depuis longtemps secrétaire du patriarcat latin, qui a bien voulu me remettre une note détaillée à ce sujet.

Déjà, en 1620, Quaresmius, dans son grand ouvrage intitulé: Elucidatio Terræ Sanctæ,avait émis lapensée qu'il conviendrait, pour l’honneur des Saints Lieux, que le Souverain Pontife élevät à la dignité patriarcale celui qui exerçait la juridiction sur l’ancien patriarcat de Jérusalem. L'Église catholique romaine prouverait,

en agissant ainsi, qu'elle n’estimait pas moinsles Lieux Saints que les hérétiques et les schismatiques orientaux qui ont fondé dans les mêmes lieux des patriarcats et des évêechés. Un plus grand lustre pour les sanctuaires de la Palestine serait la conséquence d’une pareille mesure. Tous les catholiques qui demeurent dans ces contrées ou qui y viennent en pèlerinage en éprouveraient une grande consolation. Il arrive, en outre, très souvent des difficultés qui ne peuvent être tranchées que par des évêques. Avec un patriarcat catholique, les Lieux Saints seraient de la sorte mieux administrés et le culte extérieur serait plus digne de l’auguste majesté des sanctuaires qu'il s’agit d'honorer.

Mais Quaresmius, Révérendissime Custode qu’il était de Terre Sainte, ne pouvait imaginer qu’il fût possible de donner à la Palestine un patriarche pris hors des couvents et de l’ordre de Saint-François.

À peine monté sur le trône pontifical, Pie 1X songea enfin à rétablir, après tant de siècles d'interruption, l’ancien patriarcat latin de Jérusalem. Le but de ce grand pontife, conformément aux vœux de Quaresmius, était de relever, par cette éminente dignité, l’Église catholique de cette ville et de lui donner un chef égal en autorité et en prestige à ceux des autres communions dissidentes. Il voulait aussi, tout en combattant d’une manière plus énergique, au berceau même du catholicisme, l'influence schismatique, sans cesse croissante; sous le patronage de la Russie, opposer également une barrière plus forte à l’influence protestante qui commençait à naître, grâce à l’appui de l'Angleterre et de la Prusse.

Quant au prélat qui fut choisi, ée fut non un religleux franciscain, malgré les vertus singulières et la science ecclésiastique approfondie de beaucoup de membres de cet ordre, mais un prêtre, natif de Loano, près de Gênes, rachetant sa grande jeunesse parun esprittrès distingué, possédant parfaitement la plupart deslangues

de l'Orient et ayant déjà parcouru comme missionnaire apostolique plusieurs provinces de l'Asie, principalement la Syrie, la Mésopotamie et la Perse. Il avait, en outre, une physionomie imposante, un grand air de majesté, malgré ses 34 ans, un regard pénétrant et ferme et, dans le caractère, une rare énergie dont il avait déjà donné plusieurs preuves dansses difficiles et périlleuses missions. Le décret qui rétablit le patriarcat latin de Jérusalem porte la date du 23 juillet 1847. Le 4 octobre suivant, le titulaire est nommé: c’est Joseph Valerga, missionnaire apostolique à Mossoul. Le pape le consacre de ses propres mains, le 10 du même mois.

Le 16 janvier 1848, Ms Valerga fait son entrée à Jérusalem. Cette entrée est saluée, comme celle d’un souverain, par les canons de la tour de David, et il est escorté jusqu’à la petite maison qui doit lui servir de résidence provisoire, non seulement par les consuls et par la population latine accourue à sa rencontre, mais par une foule considérable de Turcs, d’Arabes, d’hétérodoxes et même de Juifs.

Il n'entre pas dans mon sujet de raconter ici en détails les vingt-cinq années de son fécond et illustre patriarcat, les nombreuses difficultés qu'il eut à briser et la manière dont il en triompha pour asseoir définitivement son autorité; qu'il me suffise de me borner à quelques faits principaux.

Le pasteur est arrivé; mais l’Église, où est-elle ? Elle se trouve toute groupée sous la houlette des RR. PP. Franciscains et Carmes autour des Sanctuaires commis à la garde de ces pieux religieux et si fidèlement conservés par eux. Elle compte 4000 catholiques distribués en huit paroisses dont sept sont régies par les fils de saint François et une seule, Caïffa, par les Carmes.

Ces paroisses sont : Jérusalem, Bethléhem, Saint-Jean dit in Montana, Ramleh, Jaffa, Nazareth, Acre et

Caïffa.

A côté des Franciscains, une seule communauté des

Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition complète l'Église de Jérusalem.

L'île de Chypre, qui relève parecillement de la juridietion patriarcale, possède aussi deux paroisses administrées par les Franciscains ; mais la population catholique n’y monte pas à 400 âmes. Telle était la situation du patriarcat lorsque Me Valerga prit possession du siège où la confiance du Saint Père l'avait placé. Dans l’humble demeure où il trouva d’abord un asile, il installa quelques prêtres, venus de France et d'Italie pour lui prêter leur concours. Puis, en 1852, il en fit le berceau d’un séminaire, où les élèves et les professeurs fort à l’étroit restèrent péniblement entassés jusqu’en 1857, époque où ils furent transférés à Beit-Djallah.

Ce village, situé à une faible distance de Bethléhem, était occupé, en 1852, par 3.000 Grecs, la plupart schismatiques. C’est là, néanmoins, que Ms Valerga, en 1853, entreprit d'établir une mission, puis un séminaire. Les débuts de cette mission, comme on devait s’y attendre dans une pareille localité, furent difficiles et même dangereux. Les Grecs, en effet, s’opposèrent à l'installation des trois prêtres envoyés par le patriarche. L'abbé Morétain, l’un d’entre eux, faillit même être tué d’un coup de fusil, au moment où il achevait de célébrer la sainte messe. Dans de si critiques circonstances, MS Valerga montra une fermeté à toute épreuve et accourut en toute hâte de Jérusalem à Beit-Djallah, pour soutenir par sa présence le courage de ses vaillants missionnaires ; mais, dans l’'impossibilité où 1l était de bâtir dans cette localité une église et un séminaire, tant que la population lui serait si hostile, il se retira à Jaffa pendant quelques mois, en attendant l’arrivée du firman que M. Botta, consul de France, avait demandé pour lui à Constantinople. M. Botta l’accompagna même dans sa retraite et protesta ainsi hautement contre la connivence du pacha de Jérusalem, dont le mauvais vouloir dans cette affaire

n'était que trop évident, les Grecs l'ayant gagné à leur cause.

En 1854 enfin, le firman arriva, et l’abbé Morétain, à Ja fois prêtre et architecte, commença à construire, sur les plans de ME# Valerga, une grande église et le séminaire qui, en 1857, fut occupé par les élèves. C’est en même temps un petit et un grand séminaire, c’est-à-dire qu’on y prend l’enfant sachant à peine lire et écrire et qu’on le pousse jusqu’à la fin de la théologie. Dans les basses classes, on enseigne l’arabe, l'italien, le français et le latin. Ces cours durent ordinairement cinq ou six ans. On fait ensuite deux ans de philosophie et cinq de théologie ; le texte est la Somme de saint Thomas. Les jeunes Arabes qui suivent ces différents cours paraissent très intelligents et sont doués d’une grande mémoire. Depuis sa fondation, cet établissement n’a fourni que 26 prêtres. Un pareil résultat peut sembler médiocre à quelques-uns ; mais si l’on considère que le nombre des élèves n’est ordinairement que de 25 depuis la huitième jusqu’à la théologieinclusivement, on conviendra que ce séminaire est loin d’avoir été stérile.

Pour sortir de l’obscurité au milieu de laquelle il vivait à Jérusalem et relever, par une résidence plus en rapport avec sa haute dignité, l'éclat du siège où il était assis, ME Valerga commença, en 1860, la construction d’un palais patriarcal et d’une cathédrale attenante, vers l’angle nord-ouest de la ville.

En même temps, 1l fondait en Palestine plusieurs missions avec écoles : celle de Djifneh, en 1855 ; celle de Ramallah, en 1857; celle de Bir-Zeit, en 1858 ; celle de Bethsahour, ou village des Pasteurs, en 1859; celle de Thaïbeh, en 1860; celle de Naplouse, en 1862 ; celle de Jaffa de Galilée, l’ancienne Japhia, près de Nazareth, en 1866; celle du Salt, en 1867. Les néo-catholiques de ces localités portaient déjà à 7.500 le nombre des Latins de son patriarcat. Il en avait trouvé 4.000 seulement, comme je lait dit plus haut, lorsqu'il arriva à Jérusalem.

Le 11 février 1872, la nouvelle cathédrale catholique, dédiée au Saint Nom de Jésus et remarquable, tant par l'harmonie de toutes les parties, que par la beauté des détails, fut consacrée par M5 Valerga qui, avec Pabbé Morétain, en avait été le principal architecte ; mais hélas! dans cette même année, après un voyage à Damas et à travers le Hauran, il fut atteint d’une grave maladie et succomba à Jérusalem, le 2 décembre. Une crise courte, mais foudroyante, avait soudain abattu ce tempérament robuste et enlevé à l’Église de Jérusalem, aux différentes missions qu'ilavait fondées dans la Terre Sainte et à toutes les maisons religieuses, anciennes et nouvelles, qu’il dirigeait dans la vaste étendue de sa juridiction, le chef vénéré qui en était l’âme et la vie. Ses derniers moments et sa mort ont été racontés d’une manière touchante par M. le chanoine Coderc, et je renvoie le lecteur à cet opuscule intitulé: M: Valerga, premier patriarche de Jérusalem, ses derniers jours et sa mort. (Paris, Henri Plon, éditeur.)

Ce pontife repose, depuis lors, au milieu de la cathédrale qu'il avait lui-même bâtie et consacrée, dans la chapelle du bienheureux saint Joseph, son patron.

Il à eu pour successeur M5 Bracco, né en Italie, à Torrazza, en 1835, et qui, depuis 1860, habitait la Palestine où il avait professé la philosophie au séminaire de Beit-Djallah, dont il était devenu bientôt le supérieur. En 1866, nommé évêque 2n parlibus de Magida, il était resté attaché au patriarche en qualité de vicaire général. Très instruit dans les Saintes Écritures, simple et modeste dans ses goûts. très conciliant dans les manières, étant en outre fort au courant, depuis douze ans qu'il était en Palestine, de toutes les questions relatives aux Saints Lieux et de toutes les œuvres qu'avait crées son glorieux prédécesseur, M£ Bracco était naturellement désigné au choix de Pie IX, qui s’empressa de le faire monter, malgré son humilité et sa jeunesse, car il avait à peine 38 ans, sur le siège pa-

triarcal de Jérusalem. Élu en 1873, ce vertueux prélat ne démentit pas le choix et les espérances du Saint Père, et avec l’aide des divers membres si dévoués de son chapitre, il songea aussitôt, non seulement à continuer les œuvres de Ms Valerga, mais encore à en fonder de nouvelles. C’est ainsi qu'en quinze ans, nonobstant l’exiguité de ses ressources, il a créé les douze missions suivantes : celle de Rémémim, en 1873; celle de - Faheis, en 1874 ; celle de Kérac, transférée depuis à Médaba, en 1875 ; celle de Reyneh, en 1878; celle de Chefa-Amar, en 1879 ; celles de Raphidia et de Gaza, en 1881 ; celle de Aïn-Aric, succursale deRamallah, en 1881 ; celle de Kefer-Malek, succursale de Thaïbeh, en 1882 ; celle de Zébabdeh, en 1883. Ces différentes missions ont porté le nombre des catholiques, en Palestine, à 13.500. Plusieurs autres villages ont demandé et sollicitent encore l’envoi d’un missionnaire latin ; mais Île défaut d'ouvriers évangéliques et de ressources pécuniaires met Me Bracco dans la triste nécessité de remettre à des temps meilleurs la douce satisfaction d’exaucer les vœux de ces populations.

En résumé, voici l’état actuel des œuvres patriarcales en Palestine:

1° Un séminaire, avec 25 élèves et six professeurs, fondé en 1852 ;

2° Un hôpital, qui date également de 1852; j'en parlerai ailleurs, en donnant quelques détails sur les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition ; . 3° Un palais patriarcal, avec cathédrale attenante;

4° Trois aumôneries en dehors de Jérusalem, exigeant la résidence d’un prêtre;

5° 20 missions avec résidence et 3 missions moins importantes, sans résidence de missionnaire ;

6° 23 écoles de garçons ;

1° 19 écoles de filles, dont 9 tenues par des Sœurs de Saint-Joseph ou du Rosaire, toutes aux frais du patriarche.

Pour la fondation et l’entretien de toutes ces missions et de ces œuvres diverses, le patriarche latin ne reçoit des aumônes de toute la catholicité, envoyées en Terre Sainte, que la modique somme de 37.000 francs. La Propagation de la Foi lui alloue une somme à peu près pareille. Ceci, et les quelques dons éventuels dont le gratifie parfois la Providence, sont des ressources tout à fait insuffisantes pour faire face à tant de frais. Les missionnaires sont mal logés et mal nourris; la plupart n’ont pour chapelle qu’une misérable chambre, trop petite pour contenir tous les fidèles et peu décente pour le culte. Plusieurs écoles sont en souffrance, parce qu’elles sont trop nombreuses pour un seul maître, ou parce que le maître n’est pas à la hauteur de ses fonctions comme capacité et qu’on est obligé de le garder par économie. Ces écoles sont, sous ce rapport, inférieures à celles des protestants qui, avec des ressources beaucoup plus considérables, peuvent se procurer des maîtres plus instruits. Tout cela jette sur la plupart de ces missions un vernis de misère qui diminue singulièrement l'influence du missionnaire et leflicacité de son action sur des populations qui sont portées à juger de la vérité d’une religion par la pompe extérieure du culte et par la richesse de ses ministres.

Je suis heureux de pouvoir dire que les nuages qui, dans le commencement, s'étaient élevés entre la custodie de Terre Sainte, dépossédée de ses privilèges plusieurs fois séculaires, et le patriarchat renaissant, avec les droits nouveaux qui lui étaient conférés par Pie IX, se sont depuis longtemps dissipés, et que la plus complète harmonie règne entre le patriarche latin et les religieux de Saint-François. Lorsque M£° Valerga eut rendu le dernier soupir, la désolation la plus profonde envahit les divers couvents des pères. Tous les Franciscains de Jérusalem, tous ceux de Bethléhem et de Saint-Jean-in-Montana, ayant à leur tête le Révérendissime Père Custode Serafino Milani, vinrent prier

et pleurer autour du corps vénéré du pontife ; la tristesse la plus vive était peinte sur leurs visages. Le jour des funérailles, ce fut l’un des pères qui prononça une belle oraison funèbre où les vertus et les éminentes qualités du défunt furent éloquemment retracées.

Quant à M°° Bracco, 1l était déjà très aimé de tous, avant de monter sur le trône patriarcal, à cause de sa srande piété et de son inaltérable douceur de caractère. Aussi, à peine eut-il été choisi pour remplacer son illustre prédécesseur, qu’il captiva immédiatement tous les cœurs, animé qu'il était d’un profond esprit de paix. Quoique Italien de naissance, il sait rendre justice à la France pour la protection dont elle l’entoure, il l’aime comme l’aimait M°° Valerga, qu'on a quelque fois accusé jadis, mais à tort, d’être anti-Français. Tous les actes de la vie du pontife prouvent, en effet, que cette accusation n’était pas fondée. M Valerga était réellement Français de cœur, ainsi qu'il la plusieurs fois affirmé lui-même. C’est lui qui a introduit et popularisé notre langue française à Jérusalem, où presque personne ne la parlait avant son arrivée. L'une de ses premières pensées a été de s’entourer de prêtres français, et ces derniers ont toujours eu son estime et ses préférences en toutes sortes de circonstances. Quand il est mort, son chapitre, créé depuis dix ans, comptait quatre chanoines français sur dix, tandis que deux Italiens seulement en faisaient partie. Aujourd’hui, sur 48 chanoines honoraires, 25 sontfrançais. Mf'Bracco, en cela comme en tout, suit les traditions de son pré- “décesseur. Comme lui, il apprécie la France et les Français, et c’est sur eux qu'il fonde ses plus solides espérances pour le développement de ses œuvres. N’estce pas lui qui à appelé les frères des Écoles chrétiennes en Palestine, et fait le meilleur accueil aux autres concrégations françaises, qui s’y sont multipliées pendant son pontificat, et dont je parlerai plus bas ?

Avant de terminer ce chapitre, 1l ne sera pas hors

de propos de dire un mot de l’ordre du Saint-Sépulcre, puisqu'il est rattaché maintenant au patriarcat.

Cet ordre célèbre, d’après l’opinion la plus répandue, a été fondé par Godefroy de Bouillon ou par ses premiers successeurs. Après les croisades, il continua à se maintenir... En 1496, le pape Alexandre VI lentoura de sages règlements et en confia la collation au Révérend Père Custode de Terre Sainte qui, en l’absence du Patriarche, gouvernait le diocèse de Jérusalem.

En 1847, époque du rétablissement du patriarcat, en la personne de Mf Valerga, le pape Pie IX rendit au patriarche, qui Pavait possédé sous les rois francs, le droit exclusif de nommer les chevaliers. Ce droit fut de nouveau affirmé par le bref du même pontife, en 1868, qui commence par ces mots : Cum multa..…. A partir de cette époque, et par la teneur de ce bref, l'ordre du Saint-Sépulcre, qui, jusqu'à ce jour, n avait eu qu’une seule classe, en eut désormais trois : chevalier, commandeur et grand’croix. De plus, pour affirmer plus explicitement que cet ordre était pontifical et, partant, souverain, la formule du diplôme fut changée; ce ne fut plus le patriarche qui parlait en son nom, mais le patriarche au nom du Souverain Pontife.

L'ordre, ainsi réorganisé, a été reconnu par toutes les puissances européennes, même par des puissances non catholiques, telles que l'Allemagne, la Hollande et la Turquie. Il est à espérer que la France, qui, dans ce cas, fait exception, finira bientôt par le reconnaître ellemême. Protectrice du catholicisme en Orient, patronne des Lieux Saints et de leur premier gardien naturel, Le patriarche de Jérusalem, est-il admissible qu’elle lui soit hostile dans l’exercice d’une prérogative accordée à ce prélat par le Saint-Siège et dans la collation d’un ordre, dont le pontife de Rome s’est déclaré le véritable grand-maïitré; par conséquent, en le décernant, le patriarche de Jérusalem agit, depuis lors, comme le

délégué du pape et non plus en son nom personnel. C’est donc, je le répète, un ordre réellement souverain. La décoration consiste dans la croix de Godefroy de Bouillon, formée de cinq croix émaillées de rouge-sang, la grande croix du milieu, à l’exclusion des quatre petites croix collatérales, doit être potencée. (1)

(1) Ce chapitre était déjà depuis quelque temps rédigé, lorsqu’au moment de le livrer à l’impression, j'ai appris tout à coup avec douleur -la mort de M: Bracco, décédé à Jérusalem, le 19 juin dernier, à l’âge de 54 ans, et la 23e année de son épiscopat. L'Eglise catholique de Palestine est donc maintenant veuve de son saint pontife qui l'avait constamment édifiée par l’exemple de ses rares vertus et qui, tout en la développant, avait toujours fait régner dans son sein la paix et l’harmonie. Dieu veuille que le prélat, qui va être appelé à l'honneur de lui succéder sur le trône patriarcal de Jérusalem, y fasse monter en AIDE le même esprit de piété, de mansuétude et de conciation !

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