CHAPITRE II
Le règne de Salomon, de 1015 à 975 avant J.-C., fut l’époque la plus brillante etla plus fortunée de la nation juive. Celui de David avait été troublé par des guerres continuelles ; mais sous Salomon, chacun, selon la poétique expression de l’Écriture Sainte, put se reposer en paix, pendant quarante ans, sous sa vigne et sous son figuier.
Je n’ai point 1c1 à raconter en détails ce règne fameux qui a laissé une si longue trace dans la mémoire des hommes, surtout en Orient. Jamais roi ne poussa plus loin la sagesse, la science, la fermeté. Son esprit universel embrassait, dit l'écrivain sacré, tout l’ensemble des connaissances humaines, depuis le cèdre de Liban jusqu’à l’hysope qui croit le long des murailles. Jamais roi aussi, vers la fin de sa vie, ne se laissa plus corrompre par l’amour des femmes, passion quia perdu tant d’autres rois. C’est pourquoi, après avoir obtenu dans sa jeunesse le don d’une sagesse plus qu’humaine, tomba-t-1l ensuite de chute en chute. et lui, le fondateur du temple consacré à Jéhovah, c'est-à-dire au Dieu unique et seul véritable, il éleva, pour plaire aux femmes idolâtres qui remplissaient son harem, des autels et des sanctuaires à Astarté, déesse des Sidoniens, à Moloch, dieu d’Ammon, et à Chamos, idole des Moabites.
Sans parler de la visite de la reine de Saba qui, du
fond de l’AÂrabie, arriva pour contempler dans ce souverain le type même de la sagesse personnifiée eten même temps l’image la plus vive de la splendeur royale ; sans mentionner la flotte qu'il fit construire à Asiongaber et qui, de concert avec celle de Hiram, roi de Tyr, lui rapportait d’Ophir et de Tarsis de l’or, de l'argent, de l’encens et une foule d'objets rares et précieux; sans citer, non plus, les villes qu'il répara, qu’il embellit ou qu’il fonda, comme, par exemple, Tadmor ou Palmyre, dans le désert, je me borneraï, pour m’en tenir uniquement à ce qui concerne d’une manière plus spéciale l’histoire de Jérusalem, à rappeler qu'ayantles mains pures de sang humain il fut jugé digne par Dieu d'élever en son honneur un temple dont son père lui avait montré le plan et avait préparé de longue date les matériaux en bois et en pierres taillées.
L’an 1012 avant J.-C.,1l s'adressa pour cela à Hiram, roi de Tyr, le même souverain ou le fils de celui avec lequel son père avait noué des rapports d'alliance ou d'amitié, et il lui écrivit pour lui demanderdes ouvriers capables, ainsi que des bois de cèdre et de cyprès. Puis il commença à bâtir ce monument et à préparer d’abord le mont Moriah à en recevoir les fondations. Il se mit à l’œuvre le second mois de la quatrième année de son règne, et la onzième année, après plus de sept ans de travaux continuels, il acheva cet édifice quipassait pour lune des merveilles du monde. J’en dirai quelques mots plus tard, quand je décrirai le mont Moriah.
L'an 1003 avant J.-C., il fit la dédicace de ce temple avec une pompe et une magnificence extraordinaires. Il convoqua à cette imposante cérémonie touslesanciens d'Israël, tous les princes de tribus, tous les chefs de familles et, comme la fète des Tabernacles tomba à la même époque, une foule immense accourut à Jérusalem de tous les points de la Palestine, afin d’être témoin d’un pareil spectacle. Jamais rien de si splendide ne s'était vu sous le soleil. L’arche d'alliance, qui avait été
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18 u HISTOIRE DE JÉRUSALEM
déposée sur le montSion, dans un tabernacle provisoire, fut transportée par la main des prêtres dans le Saint des Saints, c'est-à-dire dans la partie la plus inviolable du temple. Quand les prêtres l’eurent placée sous l'aile des chérubins, une nuée épaisse et mystérieuse remplit le temple ; puis Salomon, du haut d’une estrade, adressa au Seigneur devant tout le peuple une magnifique prière que les Livres Saints nous ont conservée. Les fêtes durèrent quatorze jours, et l’autel des holocaustes ne cessa point derecevoir de nouvelles victimes. 22.000 bœufs et 128,000 brebis y furent immolés. Après qu'il eut élevé au Seigneur le temple qui devait être le lien religieux et politique de la nation, Salomon se bâtit à lui-même un palais superbe, dont la , construction ne dura pas moins de treize années et qui réunissait intérieurement tout ce que Fart oriental de cette époque avait pu rassembler de plus rare et de plus précieux. Jusque-là, il avait habité probablement le palais plus simple et moins luxueux qui avait été la résidence du roi David, dans la citadelle de Sion. A son palais, il en ajouta un autre attenant et qui était réservé à sa principale femme, la fille du roi d'Egypte. D’immenses écuries contenaient les milliers de chevaux qu’il entretenait. Mais de si grands travaux coùtèrent des sommes énormes; aussi, lisons-nous dans la Bible (Roës, 1. IIE, ch. 1x) : 15. «La raison qu’eut leroi Salomon de mettreun tribut sur son peuple fut la grande dépense qu’il dut faire pour la maison du Seigneur et la sienne, ainsi que pour bâtir Mello, les murailles de Jérusalem, Héser, Mageddo et Gazer.
16. « Le roi d'Égypte était venu prendre Gazer et l'avait brûlée ; 1l avait défaitles Chananéens, qui habitaient dans cette ville, et il l'avait donnée comme dot à sa fille que Salomon avait épousée.