HYRCAN II
Des députés juifs se rendent auprès de lui pour accuser Hérode et Phasaël comme jouissant du véritable pouvoir etne laissant plus à Hyrean Ilqu’une ombre vaine de principauté. Mais Antoine, gagné par les largesses d'Hérode, ne prête pas même l'oreille à ses accusateurs. Il se dirige ensuite vers Ephèse. Là, Hyrcan lui envoie une députation nouvelle pour lui offrir une couronne d’or et le prier d'écrire aux gouverneurs de provinces, afin qu'ils affranchissent Les captifs faits par Cassius contrarement à toute justice. Il réclama en même temps le territoire qui avait été enlevé par lui aux Juifs. Antoine fait à ses députés une réponse favorable. Bientôt il s’achemine lui-même vers la Syrie. Cléopâtre accourt à sa rencontre et captive immédiatement son cœur. Une nouvelle accusation est portée devant lui centre Hérode, en présence d'Hyrcan; mais Antoine, ami autretrefois d’Antipater, nomme tétrarques Hérode et son frère Phasaël et fait jeter dans les fers quinze de ses adversaires. Une troisième accusation échoue de la même manière et se termine par la mort ce la plupart des accusateurs.
L'an 40 avant J.-C., le jeune Antigone, dont nous avons parlé plus haut, conclut une alliance avec les Parthes. Ceux-ci envahissent la Judée. Le roi Pacorus, le long de la côte, et Barzaphanes, son général, dans l'intérieur des terres, ravagent le pays et forcent Hérode à s'enfuir de Jérusalem ;il se réfugie dans la forteresse de Massada, pendant que Phasaël tombe entre leurs mans.
Antigone, une fois devenu maître deJérusalem, gràce au concours quelui ont prêté les Parthes, et Lenant en son pouvoir Phasaël et Hyrcan, commence par faire couper les oreilles à ce dernier, qui était son oncle, pour l'empêcher de gérer à l’avenir le souverain pontificat, la loi interdisant à tout homme mutiléle droit de remplir cet auguste ministère. Phasaël, qui savait que la mort lui était réservée, s'empresse de ravir à ses er-
nemis la liberté de lui faire subir tel trépas qu'ils voudraient, en se fracassant lui-même la tête contre les parois de sa prison. Comme il était grièvement blessé, Antigone, sous prétexte de vouloir le guérir, envoie son médecin, qui verse du poison dans ses plaies. |
Hérode se rend alors à Rome auprès d'Antoine qui s'y trouvait en ce moment, et 1l lui fait part de ce qui lui estarrivé ainsi qu’à son frère Phasaël. Antoine, pour le dédommager, le fait proclamer roi par un décret du Sénat romain.
Pendant ce temps-là, Antigone assiège les partisans d'Hérode retranchés dans la forteresse de Massada.
Hérode débarque d'Italie à Ptolémaïs (39 avant J.-C.); il rassemble des troupes en Galilée, sauve le général romain Silon, que les Juifs étaient sur le point d’envelopper, s'empare de Joppé, délivre les défenseurs de Massada et marche vers Jérusalem, où les Romains, sous la conduite de Silon, le secondent faiblement dans ce siège, parce que ce général avait été secrètement corrompu par l’argent d’Antigone.
Dans de pareilles circonstances, Hérode envoie son frère Joseph avec deux mille fantassins et quatre cents cavaliers en Idumée. Lui-même, abandonnant, à cause de l'hiver, le siège de Jérusalem, met en heu sûr, dans Ja Samarie, sa mère et plusieurs de ses parents retirés par lui de Massada et se dirige vers la Galilée. Il s’empare de Sepphoris et réprime les brigandages des bandes de voleurs qui s'étaient retranchés dans les grottes voisines d'Arbel. Bientôt, la Galilée tout entière tombe en Son pouvoir.
L'an 38 avant J.-C., il amène un renfort de troupes à Antoine, occupé alors au siège de Samosate. Pendant son absence, son frère Joseph se laisse surprendre dans une embuscade près de Jéricho, et y perd la vie.
L'an 37 avant J.-C., Hérode s’avance de nouveau vers Jérusalem, dont il veut à tout prix s'emparer.
Josèphe nous donne sur ce siège mémorable les dé-
tails suivants dans ses Antiquilés judaïques (1. XIV, ch. xv, $ 14) :
L'hiver fini, Hérode marche contreJérusalem et campe près de la ville. C'était la troisième année depuis que, à Rome, il avait été créé roi. S’approchant des murs de la place, là où elle était le plus facilement attaquable, c'est-à-dire vers le Nord, il procède au siège de la même manière que Pompée. Il donne l’ordre d'élever trois aggeres, sur lesquels on construira des tours. Puis, après avoir préposé à cet ouvrage des hommes capables de le mener à bonne fin, et pendant que l’ennemi reste encore dans ses lignes, ilva à Samarie, célèbre ses noces avec Mariamne, fille d'Alexandre, qui, lui-même, était fils d'Aristobule. Ses noces une fois terminées, 1l se hâte de revenir avec de nouvelles troupes. Le général romain Sosius lui amène, de son côté, plusieurs légions. Cette nombreuse armée établit son camp devant la partie septentrionale des remparts. Les trois aggeres achevés, avec leurs tours, Hérode fait approcher les machines et battre les murs. Les Juifs réparent aussitôt les brèches et s’efforcent, par des contre-mines, de neutraliser les progrès de leurs adversaires. Le premier mur néanmoins est emporté, et le deuxième Pest à son tour. Plusieurs portiques sont livrés aux flammes autour du Temple. Le parvis extérieur du Hiéron et la ville basse tombent alors au pouvoir des assiégeants. Les Juifs repoussés se réfugientdans leparvis intérieur et dansla ville haute, et, craignant que les Romains ne les empêchent de célébrer leurs sacrifices journaliers, ils leur envoient des députés pour les prier de leur permettre d'introduire des victimes dans l'enceinte du Temple. Hérode acquiesce à leur demande, espérant qu'ils allaient se rendre. Mais voyant qu’ils ne songeaientnullement à livrer la ville et qu’ils combattaient toujours avec une extrème opiniètreté pour Antigone, il redouble d’efforts et finit par s'emparer de la ville.
Les Romains et les Hérodiens, exaspérés, à cause de
la longueur du siège qui durait depuis cinq mois, mettent tout à feu et à sang et immolent sans pitié les hommes, les femmes, les enfants. Hérode cherche en vain à arrêter le massacre. Alors Antigone, oubliant sa grandeur passée et sa dignité présente, descend de la tour Baris et se jette aux pieds de Sosius. Celui-ci, sans se laisser apitoyer par le grand changement de fortune que ce prince venait d’éprouver, l'appelle dédaigneusement Antigona et le garde enchainé. Hérode, impuissant à mettre un terme au pillage et à l’effusion du sang, supplie instamment le général romain de ne pas l'établir roi d'une solitude, et ce n’est qu'à force de promesses, etsurtout d'argent, qu'il parvient à affranchir la malheureuse cité de la rapacité et de la fureur sanguinaire des alliés qu'il s'était donnés. C’est ainsi que Jérusalem tomba sous sa domination vingt-sept ans, jour pour jour, après qu’elle avait été prise par Pompée. Sosius quitte cette ville, emmenant avec lui son prisonnier Antigone qu'il conduit vers Antoine. Celui-ci, à la demande d’'Hérode, ordonne de décapiter le dernier rejeton de la race des Asmonéens. Le principat de cette illustre maïson avait duré cent vingt-six ans, à partir de la mort d’Antiochus Epiphanes. Cette famille est célèbre entre toutes, nous dit Josèphe (A4xliquites judaiques, 1. XIV, ch. xvi, $ #), tant par la noblesse de son origine que par la dignité du pontificat suprème dont elle fut revèêtue et par la grandeur des actions que ses anciens membres accomplirent dans l'intérêt de la nation ; mais, par suite de ses dissensiors intestines, elle perdit le pouvoir, qui passa entre les mans d'Hérode, fils d'Antipater, lequel était d’une naissance obscure et simple particulier.
À peine installé sur le trône de Jérusalem, Hérode enrichit et élève ses partisans, tandis qu'au contraire il accable d’extorsions et immole même à sa vengeance tous ses ennemis. Ainsi, cédant à ses instances, Antoine, comme nous venons de le voir, fait frapper de la hache,
à Antioche, Antigone, dans la crainte qu’il ne songeàt à reconquérir son royaume. Hyrcan, qui avait été prisonnier chez les Parthes et qui ensuite, délivré de ses chaines, vivait à Babylone, entouré, de la part des Juifs, d’une grande considération, est attiré à Jérusalem par Hérode, qui désire surveiller de près ses démarches et qui lui prodigue, en apparence, les marques du plusprofond respect. Quant au souverain pontificat, il le donne à un prêtre inconnu, nommé Ananel, qu'il fait venir de Babylone et qui devient son humble instrument.
Il faut lire dans Josèphe les détails de la vie de ce monarque, tyran cruel et astucieux qui, dévoré d’une insatiable ambition et poursuivi par des soupçons conünuels, fit mourir tour à tour les principaux membres de sa propre famille. De nombreuses tragédies domestiques remplirent sans cesse de trouble et de sang le règne tourmenté de ce prince, qui croyait cimenter de la sorte et affermir pour toujours sa domination usurpée.
L'an 34 av. J.-C., Jérusalem reçoit la visite de la trop fameuse Cléopâtre, reine d'Égypte; elle est accueillie avec une pompe inouïe par Hérode, qui rachète d’elle la partie de l'Arabie qui lui avait été concédée par Antoine, ainsi que la récolte de la plaine de Jéricho. Pendant qu’elle essaye de le séduire lui-même par ses charmes perlides, il roule un instant la pensée de la tuer; mais ses amis le détournent d’un pareil projet qui lui aurait attiré la vengeance d'Antoine. I la comble de bienfaits et la reconduit ; jusqu'en Égvpte.
Vers le printemps de l’an 31 avant de C., la Judée et Jérusalem probablement sont ébranlées par un violent tremblement de terre qui fait périr trente mille habitants, écrasés sous la chute des maisons.
L'année suivante, Hérode se défait par la mort du vieil Hyrcan qui, rappelé par lui de Babylone, vivait à Jérusalem comme un simple particulier. Comme il venait de perdre, par suite de la bataille d’Actium.
dans la personne d'Antoine, son soutien et son protecteur, et qu'il redoutait qu'Hyrcan ne réclamat ses anciens droits, il se hâta de le faire condamner à mort, malgré ses quatre-vingts ans, en l’accusant faussement devant le sanhédrin.
Il se rend ensuite à Rhodes, auprès de César Auguste, à qui il confesse ouvertement son ancienne amitié pour Antoine. Octave lui fait néanmoins un accueil des plus bienveillants. Deretouren Palestine, Hérode reçcoitavec un luxe royal le nouveau maître du monde, au moment où il débarque à Ptolémaïs, et lui donne huit cents talents.
L'an 29 avant J.-C., égaré par d’injustes soupçons, il fait condamner et mettre à mort Mariamne, sa femme, qu'il aimait auparavant éperdument; ensuite 1l se livre aux plus cuisants regrets. |
La peste bientôt Leur dans ses États; il tombe luimème malade à Sébaste. Pendant son ahébhenl Alexandra, fille d’Hyrcan et belle-mère d’'Hérode, profondément irritée contre lui, à cause du trépas de son fils Aristobule qu'il avait faitnoyer dans un bassin, près de Jéricho, et de ceux aussi de son père Hyrcan et de sa fille Mariamne, dont ilavait à tort soupçonné la vertu, veut s’emparer des deux forteresses de Jérusalem, lune qui défendait la ville et l’autre qui protégeait le Temple ou tour de Baris; mais, averti de ce complot, Hcrode fait condamner à mort Alexandra par un tribunal composé de ses propres amis,
établit ensuite, en l’honneurde l’empereur, des jeux d’athlètes quinquennaux et bàtit un théâtre à Jérusalem et un amphithéâtre en dehors de la ville. Le théâtre
était orné tout alentour d'inscriptions rappelant les victoires d'Octave et de trophées d'armes conquis sur les nations qu'il avait combattues. Par ces innovations sacrilèges et contraires aux coutumes judaïques, 1l s’aliène de plus en plus ses sujets eture conspiration est ourdie contre lui. |
Les conjurés voient leur complot éventé et subissent Ja mort la plus cruelle.
L'an 25 avant J.-C., une grande disette désole la contrée. Hérode achète du blé en Egypte et pourvoit aux besoins de ses sujets, ce qui lui rend leur affection que ses cruautés, ses crimes et les violations qu'il avait si souvent commises de la loi de Moïse lui avaient enlevée. Jusque-là, 1l habitait l’ancien palais des Asmonéens qui avoisinait le Xystus. Il se bâtit alors dans la haute ville un nouveau palais, dont rien ne pouvait surpasser la splendeur et la richesse. Environné d’un mur haut de trente coudées et flanqué de tours à des distances égales, ce vaste édifice contenait un grand nombre de salles de festins pouvant chacune renfermer cent lits de convives. Tout ce qu'il y avait de plus rare y était réuni. Une multitude de chambres à coucher étaient munies de meubles et de vases précieux en or et en argent. Les galeries qui les environnaient reposaient sur des colonnes variées. Les espaces découverts étaient ornés de verdure. Différents bosquets y avaientété ménagés, ainsi que de longues allées ombragées pour la
romenade. À cette même époque, Hérode épouse une jeune fille d’une éclatante beauté, appelée Mariamne, comme la première femme de ce nom qu'il avait fait mourir, etlille d'un prêtre, nommé Simon, qu'il élève au souverain pontificat, en Île prenant pour beaupère.
L'an 18 de son règne, il entreprend un travail plus gigantesque encore que les précédents, en voulant rebâtir les parvis et le Temple. Il annonce d'abord son intention au peuple ; mais, Comme ce projet inspire beaucoup de défiance à la multitude, qui craignait que le Temple une fois détruit ne füt plus rebàti, 1l s'engage, avant de toucher aux constructions déjà existantes, ‘do préparer préalablement et d’amasser les matériaux nécessaires à celles qu'il médite. Deux années entières sont employées à cela. Le sanctuaire et les portiques furent
rebâtis dès les fondations mêmes. Le Temple proprement dit, c’est-à-dire le vestibule, le Saint et le Saint des Saints furent achevés en un an et demi; mais les portiques et les parvis demandèrent encore de longues années de travail.
L'an 15 avantJ.-C., après avoir inauguréle sanctuaire par des fêtes pompeuses, il va à Rome et en ramène avec lui ses deux fils, Aristobule et Alexandre, qui avaient étéenvoyés dans cette grande capitale, quelques années auparavant, pour y être élevés sous les regards de l’empereur.
Dans l'automne de cette même année, son ami Marcus Acrippa, favori d'Auguste, se rend à Jérusalem, où il est reçu avec beaucoup de pompe et d'honneur. Le roi va ensuite le rejoindre dans le Pont et l’accompagne dans une expéditiou autour de la mer Noire.
L'an 9 avant J.-C., les principaux travaux des parvis et des portiques sont terminés. Vers le même temps, Hérode fait construire, à l’angle nord-ouest de l’ancien mur, les trois tours fameuses, dites Phasaël, Mariamne et Hippicus. C’est dans cette circonstance, qu’au dire de Josèphe, 1l pénètre dans le tombeau de David, déjà violé une première fois par Hyrcan, et qu’il en retire des ornements d’or et des objets précieux. Au moment où 1l essaie de pousser plus avant, jusqu'aux réduits cachés qui renfermaient les corps de David et de Salomon, des flammes jaillissent du fond de cet asile et dévorent deux de ses doryphores. Le roi s’enfuit épouvanté et, pour apaiser la divinité, 1l construit, à grands frais, à l'entrée du tombeau, un monument expiatoire.
Cependant, les dissensions intestines de sa maison se renouvellent et deviennent de plus en plus graves. Hérode fait mettre en prison son fils Antipater, qu'il avait eu, avant d'être roi, de sa première femme, nommée Doris. Il se brouille également avec son frère Phéroras et sa sœur Salomé,
Ses fils, Alexandre et Aristobule, déjà en proie à ses soupçons, sont de nouveau accusés faussement par lui
de vouloir attenter à ses jours. Il les fait juger à Béryte et étrangler à Sébaste.