Robertson, Hitt. d'Amérique, t. X, p
Portugal qui de 1S51 à 1623, en 72 ans, avaient envoyé 662 missionnaires aux Indes, 222 au Brésil, soit en moyenne 12 par an, étaient, en 1616, 280 dans la province de Goa, 180 dans celle du Brésil, qui plus tard (1759) en posséda 445.
La mission du Japon comptait, en 1581, 150,000 chrétiens, 200 églises, 59 missionnaires. En Chine, vers 1680, la seule province de Nankin renfermait plus de 100,000 chrétiens. Aux Indes, dans le Maduré, le P. Laynez baptisa en six mois (1699) 15,000 idolâtres.
L'Amérique, en 1763, comptait au Pérou 526 Jésuites ; au Mexique, 672 ; au Nouveau-Royaume (Carthagena la nuova), 195; à Quito, 209; au Paraguay, 269 (564 en 1767); au Chili, 242. AuMaragnon, le P. Vieyra da Silva, en 1667, organisa 50 villages chrétiens sur plus de 400 lieues de côte.
Les missions du Levant, fondées par Henri IV, relevées par Louis XIV, propageaient avec la foi catholique l'influence française, en Grèce, à Constantinople, en Perse, h Smyrne, dans tout l'Archipel, en Arménie, en Crimée, en Chaldée, en Syrie, en Egypte.
Telle était la situation prospère et tendant sans cesse à s'accroître des missions de la Compagnie au moment où la tyrannie cauteleuse et violente à la foi des Pombal, des d'Aranda et des Ghoiseul détruisit en un moment l'œuvre de tant d'efforts et de tant d'années, ces fondations qui embrassaient l'univers, et qui avaient la valeur d'un grand empire I L'esprit s'étonne à la pensée que de si petits hommes qui se montrèrent si désastreusement impuissants à rien produire ou même à rien conserver, aient su anéantir ces gigantesques choses!
Nous ne dirons rien ici ni du Portugais, ni de l'Espagnol, ni du Français, parce qu'ils seront tout à l'heure pour nous l'objet d'une étude à part. Ils en valent la peines non point pour ce qu'ils ont produit, car leur œuvre est nulle, mais pour l'immense richesse morale et matérielle anéantie par l'aveuglement de leur haine.
JE s U I T E s ! «9
Pendant que parmi les Jésuites, les uns étendaient de plus en plus chez les peuples païens et barbares les bornes de la catholicité, d'autres s'efforçaient de ramener à l'obéissance les hérétiques et les schismatiques d'Europe, révoltés contre l'Eglise. Nous avons vu Lefèvre, Le Jay, Bobadilla, trois Jésuites de la fondation, affronter les premiers cette innombrable armée d'apostats et de rebelles qui remplissaient l'Allemagne de meurtres et de sacrilèges. Ils sont bientôt suivis dans l'arène par le bienheureux Pierre Canisius 1, une des plus nobles figures de l'Ordre, éloquence entraînante, science profonde, ressources inépuisables comme polémiste. Les Luthériens eux-mêmes disaient de lui : « Il n'y a pas moyen de résister à la vérité que cet homme nous ani\oncc! »
Mais sa charité était au-dessus de tout le reste. A Ingolstadt, on vit Ganisius et Salmeron, tous
1. Né le 8 mai 1521 à Nimègue, mort 16 21 décembre 1597 à Fribûurg en Suisse, béatifié le 2 août 1864 par le Pane Piô IX.
les deux professeurs éminents de l'Université, quitter chaque jour leurs chaires pour soigner les malades à l'hôpital ou instruire les petits enfants à l'école et jusque sur la place publique.
Pour récompense, ils eurent naturellement la persécution. Canisius écrivait au Père Laynez, devenu général de la Compagnie de Jésus, après la mort de Loyola : « Nos ennemis, par les calomnies qu'ils répandent contre moi, s'efforcent de m'ôter une réputation que je ne prétends pas défendre. Ils font le même honneur à tous les autres Pères. Bientôt peut-être ils passeront des menaces aux coups et aux traitements les plus cruels. Fasse le ciel que plus ils tâchent de nous décrier, plus nous nous empressions de leur marquer de la charité 1 Ils sont nos persécuteurs, mais ils sont nos frères. Nous devons les aimer, et à cause de l'amour de Jésus-Christ qui a donné son sang pour eux, et parce qu'ils ne pèchent peut-être que par ignorance. »
Je ne puis m'empêcher de faire remarquer ici que ces pensées si belles et la façon discrète dont elles sont exprimées constituent ce qui s'appelle
par excellence : le Jésuitisme, c'est-à-dire, apparemment l'hypocrisie. Quel aveu laissent échapper ceux qui ne veulent ou ne peuvent croire à l'honnêteté ni à la bonté du cœur de l'homme! Autant vaudrait écrire sur leurs fronts : « Nous nions cela parce que nous ne sommes pas capables de cela. »
Le Jésuitisme est la charité, honnie par ceux qui vivent assez loin d'elle pour ne l'avoir jamais eue ni même vue.
Cependant bien des esprits furent convaincus, surtout bien des âmes touchées. « Les Jésuites », dit un autre écrivain protestant, le docteur Léopold Ranke i, parlant de leurs travaux en Allemagne, « ne manquèrent ni de zèle ni de prudence. Vous les voyez s'étendre successivement dans tous les lieux qui les environnent, et entraîner les masses. Leurs églises sont les plus fréquentées. Se trouve-t-il quelque part un luthérien versé dans la Bible, dont l'enseignement exerce de l'empire sur son entourage; ils emploient tous