‹ Jésus-ChristChapitre 13 sur 16 · VRAIE IMAGE DE LA VIE DU CHRIST · texte numérisé non relu

VRAIE IMAGE DE LA VIE DU CHRIST

Plaçons maintenant a côté de ce scandaleux portrait de Jésus, faux, impossible, contradictoire, odieux par les outrages qu'il prodigue à celui qui du moins est le plus grand des hommes, plaçons la noble image qu'un esprit droit, éclairé par la science la plus profonde et la plus riche, a tracée de notre divin modèle.

Je me borne k traduire et k rapprocher des passages du livre intitulé : Histoire du Christ.

« Voici toute la question : Est-il vrai » qu'en Jésus de Nazareth ' , a paru réelle-

* P. xj.

» ment sur la terre, la vie divine et humaine » la plus haute, la plus pure qui jamais y » puisse apparaître?

» Cette vie a-t-elle été constamment vic- » torieuse de Terreur et du mal , quoique » entièrement soumise aux lois de notre » terre, et de l'histoire de notre huma- » ni té?

» Cette vie, quoique sans cesse en lutte » contre les flots montants et redoutables de » la perversité humaine, n'en a-t-elle pas » toujours été parfaitement dégagée?

» Cette vie, puisée au sein de Dieu, a-t- » elle fondé le royaume de Dieu, pour Israël, » et pour toutes les nations, pour tous les » hommes, et pour toujours?

» Eh bien , voici précisément le fruit des » recherches les plus exactes, et de la science » la plus profonde :

» Cetfe vie du Christ, qu'en peuvent dire » aujourd'hui ceux qui doutent? N'est-elle » pas toute réelle sous nos yeux? Est-ce que » toute recherche nouvelle, et tout nouvel » effort de science , n'en met pas la réalité » dans une plus éclatante lumière? N'en

DE LA VIE DE JÉSUS. m

» trouve-t-on pas la sublimité toujours plus » saisissante qu'on ne lavait pensé?

» Oui, cette vie est, jusqu'à la fin, pour » tous les siècles, la lumière qui éclaire tout » le genre humain. Et qui peut donc aimer » encore Terreur, qui peut être abattu, » découragé , s'il a une fois aperçu cette » lumière? Et dans quel temps, en quel lieu, » dans quel cœur cette lumière ne brille- » t-elle pas? »

« Lorsque le Christ paraît ' et commence » son œuvre, tout par lui, et autour de lui, » se transforme en un vivant foyer, d'où » sortent des actes et des expériences de » divine régénération. Salut des âmes, vi- » gueur des âmes absolument nouvelle , » puissance de guérison s'étendant de l'âme » jusqu'au corps , et guérissant l'âme et le » corps de leurs plus ténébreuses et de leurs » plus incurables plaies.

» Pour lui, ce qu'il y a de plus humble se

1 P. xiv.

m VRAI TABLEAU

» transfigure, et les faits passagers de notre » humanité deviennent renseignement de la » vérité permanente. Dans sa lumière, toute » l'histoire humaine se transforme en his- » toire de la religion, de la vraie et suprême » religion. Mais ce que tous les siècles où » il n'est pas n'enseignent qu'obscurément, » avec incertitude , les quelques jours et » années où il est, renseignent d'une ma- » nière saisissante par leurs moindres évé- » nements. »

Mais revenons k sa puissance de guérison.

« Dans tous ces faits de guérison ', il » opérait par son esprit-, tout était pénétré » de ce sublime esprit qui le conduisait en » toute chose, qui jaillissait de lui comme » une eau vive, par tous ses actes, toutes » ses démarches, toutes ses paroles, tous » ses enseignements.

» L'esprit du Christ alors entrait en acte » tout entier-, puis, de toute sa puissance, » il agissait sur l'esprit des hommes qui » venaient pour être guéris. Lui-même,

» toujours pleinement conscient de sa force » vivificatrice, et en même temps tout rem- » pli de la foi la plus pure et la plus aimante » pour le suprême et le céleste Père de tout » salut-, lui-même, avant chaque œuvre, » levait au ciel son lumineux regard pour y » puiser la force. Puis, lui aussi, demandait » avant tout à ceux qu'il allait secourir la » foi dans la présence réelle du royaume de » Dieu , et dans la force et la vertu de Dieu. » Il ne voulait et ne pouvait guérir que lors- » qu'il trouvait une telle foi.

» Voilà ce qu'il faut admettre pour com- » prendre les effets si extraordinaires de son » action. Et quels effets ne devenaient pos- » sibles lorsque sa haute et puissante foi )> rencontrait celle des âmes qui voyaient en » lui le Messie?... Son action était créatrice, » radicale, prodigieuse d'efficacité 1 , comme » d'ailleurs sa vie de chaque jour, vie qu'avant » lui aucun homme n'avait jamais su vivre. . . » Nous ne pouvons avoir de toute cette partie » de son œuvre une assez haute idée, et

» nous devons tenir toute la race humaine » comme relevée par lui, depuis qu'il a voulu » descendre dans le profond abîme de ses » souffrances.

» Mais, outre ces guérisons qui, d'après » tous les documents, étaient son œuvre de » tous les jours, et dont le nombre immense » n'est qu'indiqué dans l'Évangile, il faut » particulièrement distinguer d'autres faits » plus éclatants encore, comme les résur- » rections de morts, les milliers d'hommes » nourris de quelques pains et de quelques » poissons, le changement de l'eau en vin, » l'apaisement de la tempête, la marche sur » les eaux, et les guérisons à distance et » par le simple rayonnement de son esprit.

» Tous ces faits appartiennent certainement » aux primitives données évangéliques... Ce » sont la les plus hauts moments de sa puis- » sance sur le monde extérieur... En Jésus- » Christ, l'œuvre de tous les jours n'était » qu'une série d'actes de sublime puissance.

» Dès lors , que devaient être en certains » moments les élans de cette force déjà si » haute dans son repos? Nous n'avons au-

» cune raison de poser la moindre limite » aux pouvoirs de l'Esprit, ni de déterminer » arbitrairement jusqu'où pouvait aller sa » force en Jésus-Christ.

» De telles époques de puissant enihou- » si asm e, de force triomphante et de sublime » et salutaire exaltation se montrent déjà, » mais disséminées, dans l'Ancien Testa- » ment. Partout où la vraie religion se dé- » ploie , elle apporte la sublime joie qui » ranime tout, la vigueur merveilleuse qui » peut tout, et les plus touchantes expé- » riences de divine force et de divin secours. » Mais jamais le fondement même des œuvres » de salut n'avait été ainsi posé; jamais de » pareilles espérances de divine régénéra- » tion , jamais la joie céleste dans sa pléni- » lude, n'avaient à ce degré rempli le cœur » des hommes. » (P. xiv.)

« 11 avait donc paru celui qui ' , dans ce » temps et dans ce peuple du royaume de

» Dieu, était le Messie attendu ; et il n'avait » pas seulement accompli ce qu'exigeait de » lui le sens le plus profond des prophéties*, » son travail et son opération, ses souf- » frances et sa mort, avaient beaucoup plus » fait que ce que les prophètes avaient pu » annoncer et prévoir.

» C'est lui qu'avait en vue ce prophétique » espoir répandu de toute antiquité chez » tous les peuples, mais avec plus de force » et de clarté dans Israël, espoir devenu, » dans les derniers temps, manifeste comme » la lumière : qui annonçait qu'un homme » viendrait, immaculé de toute erreur et de » tout péché • , qui, dominant la masse » d'erreurs et de perversités accumulées » depuis l'enfance du genre humain, triom- » pherait de tout, et saurait accomplir par- » faitement la volonté de Dieu. Or, voici » que la vie du Christ tout entière n'est » que l'accomplissement de cette universelle » attente.

» Mais les prophètes n'appelaient pas seu-

» lement en lui l'homme isolé, qui n'eût eu » à remplir qu'une œuvre personnelle. Ils » appelaient, avec toute l'histoire primitive *> d'Israël, celui qui, k travers tous les pé- »chés du monde, inflexible k tout mal, » suivrait en tout la plus pure volonté de »Dieu, et deviendrait par lk le maître de » tous les hommes, pour leur apprendre k » faire a son exemple la volonté de Dieu , » et pour fonder l'assemblée des hommes » soumis k l'absolue vérité religieuse.

» Et voici qu'en effet le Christ accomplit » cette double mission avec une si haute » perfection , qu'il est impossible de dire » s'il est plus grand comme homme en face » de Dieu, ou comme fondateur et comme » chef de l'assemblée des hommes unis k » Dieu. »

« En lui se renouvelle et se concentre ! , » en cette fin de la vie d'Israël , la vertu » prophétique primitive, cette force radicale

» et fondatrice de l'assemblée de la vraie » religion... Cette force éclate en lui comme » elle n'avait pas fait depuis Moïse. Avec » une certitude divine immédiate, sa pro- » phétique puissance annonce les vérités » nouvelles, et elle les fait régner. Mais ici )> plus aucune des violences qui se mêlaient » à l'ancienne action prophétique. Les der- » nières traces de la vieille forme ont dis- » paru -, lui seul sait présenter aux hommes » chaque vérité, enveloppée de sa seule » lumière , aimable du seul attrait de son » excellence propre. Sa parole n'est plus » autre chose que la plus simple parole de » l'homme, transfigurée par la plus divine » certitude et le plus calme éclat du vrai.

» Et c'est ainsi qu'il fonde l'éternel royaume » de la vraie et parfaite religion 1 qui devait » sortir d'Israël, et embrasser bientôt et tous » les peuples et tous les hommes .

» En lui se rajeunit aussi l'antique vertu » sacerdotale , médiatrice entre l'homme et » Dieu, ramenant k son Dieu l'homme puri-

» fié , mais non plus arrêté dans la vétusté » de la loi extérieure et formelle...

» Et toutes ces sublimes forces de l'es- » prit, qui n'avaient apparu dans le monde » que dispersées, sont rassemblées en lui et » concentrées en un solide ensemble, qui » ne pouvait exister avant lui-, car la force » et l'attrait de la vraie et parfaite religion, »qui implique toutes ces forces, ne s'est » enfin réellement déployée qu'en lui seul.

» Et elle s'est déployée telle que , dès l'ori- » ginedela création, l'avait conçue la volonté » de Dieu , telle qu'elle devait paraître , et »ne pouvait paraître qu'en ce point de «l'espace et du temps, en ce seul peuple, » et en cet homme unique. »

» C'est qu'il apporte précisément k la » vieille religion déjà vraie, mais encore » imparfaite , ce qui manque au groupe » d'hommes qui en sont les dépositaires , et » ce vers quoi tendaient depuis longtemps »tous leurs désirs, savoir : l'indomptable » sérénité, la force et l'activité triomphante » de l'amour divin le plus pur ^ amour péné- » trant toute pensée, pénétrant toute action,

» accomplissant toute loi , bonne mais inac- » complie , du nasse ; amour toujours vivant » et toujours éveillé k toute nouvelle lumière, » k tout nouveau devoir divin -, amour se » déclarant au monde par le gouvernement » du monde , le travail secourable , la sagesse » directrice, mais avant tout par l'humble » obéissance, l'austère renoncement etl'hé- » roïque sacrifice de soi-même. C'est ainsi » qu'il est fils de Dieu , comme nul ne l'a » été, et qu'il fut, dans ce corps mortel et » dans une vie bornée , la pure splendeur et » la glorieuse image de l'Éternel lui-même.

» C'est ainsi que le Christ est le Verbe de )> Dien \ sachant par la parole humaine, par » tout son être et par toute son action, par- * 1er et opérer k partir de Dieu même ; sa- » chant mettre en lumière les profondeurs » de Dieu , et révéler au monde , d'une éter- » nelle , impérissable et toute-puissante ré- » vélation , l'esprit même de l'œuvre de » Dieu....

» C'est ainsi qu'il est l'unique vrai Messie,

» l'étemel roi du royaume de Dieu , que le «premier il introduit tout entier dans le » monde. C'est ainsi qu'il est l'être unique , » le Guide et le Seigneur, que doit suivre » tout homme poussé de l'esprit de Dieu , » tout homme dont les pensées , les travaux, . » les souffrances, sont la recherche pure et » parfaite de Dieu.

» Mais est-ce que le parfait est possible » dans notre imperfection humaine ? Est-ce » que l'éternel est possible dans cette morcelle caducité?

» Jésus le montre comme rien ne fut jamais » montré , et il l'enseignera éternellement à » tout esprit et à tout cœur qui ne fuiront » pas sa lumière.

» Mais pendant qu'il apporte au monde la » pure lumière ! et les béatitudes du bien , » la haine du monde entier l'accable, et » semble vouloir éprouver s'il est bien le » héros et le saint assez grand , assez fort » pour souffrir ce que nul n'eût jamais souf- » fert. Sous cet épouvantable choc il ne

» chancelle pas un instant. 11 est venu pour » tout vaincre dans la patience, pour souffrir » et mourir, aussi grand et puissant dans la » souffrance que dans l'œuvre et l'enseigne- » ment...

» Mais s'il supporte les dernières souf* » frances ', abandonné de tous, il n'est pas » délaissé de Dieu $ et c'est par la force de » Dieu qu'il opère tout , qu'il porte tout ; et » c'est par la force de Dieu que, du fond du » plus extrême anéantissement , il remporte » la plus haute victoire.

» Le voici donc écrasé comme un malfai- » teur *, autant que la perverse volonté des » hommes le pouvait écraser, celui auquel » jamais la moindre faute ne put être impu- » tée , soit que l'on voie en lui un homme » égal aux autres, ou que l'on reconnaisse » en lui le vrai Messie plus grand que tous » les hommes.

» Oui, celui que, depuis tant de siècles, » ils attendaient comme leur Sauveur, comme y> la bienheureuse espérance d'Israël, celui-

» Ta, quand il vient en son temps, les chefs » du peuple et la masse du peuple de Dieu » le rejettent et le déshonorent.

» Celui qui vient apporter le salut à ce » peuple et à tous les peuples, celui qui seul » sait enseigner aux hommes comment tout » bien sur notre terre peut germer et mûrir, » celui-là est jugé par les plus hautes jus- » tices d'Israël et du paganisme. Et il se » voit flétri comme le plus dangereux séduc- » teur du genre humain.

» Celui qui seul , en face de tout ce que » le mal, depuis les premiers âges du monde » et pendant tous les siècles, avait accumulé » d'erreurs, de péchés, de désordres et de » féroce perversité, celui, dis-je, qui à cette » masse d'horreurs n'oppose que la plus » haute sagesse , le plus divin amour et la » mansuétude la plus inépuisable, celui-là * se voit renversé par le flot impur, où s'u- » uissent pour l'anéantir le péché d'Israël » endurci, et le péché du sensuel et stupide » paganisme.

» Dans le peuple qui, avant tous les » autres, eût dû être le peuple saint, le peu-

» pie bien-aimé de Dieu, Terreur et le péché » s'étaient accumulés et avaient fermenté » depuis quinze siècles : et voici que la rage » et le venin de toutes ces erreurs et de » tous ces péchés, invétérés, endurcis, ra- » massés en un seul foyer, viennent fondre » sur Jésus-Cbrist. Et ce n'est point par acci- » dent, par colère passagère du peuple qu'il » succombe , comme saint Jean-Baptiste , » mais c'est sur l'essentielle et unique ques- » tion de la vie d'Israël, la question du » royaume de Dieu, de la vraie société reli- » gieuse. C'est au moment le plus critique » de la grande lutte pour l'établissement de » cette société sainte , pour la fondation de » tout son avenir sur la terre-, c'est alors, » dis-je, que toute la rage, toute la perver- » site de l'ancien monde tombe sur ce dé- » laissé, sur ce pauvre, ce désarmé, sans » force humaine, ni gloire humaine. Tout » cela veut anéantir ce fondateur unique » d'une société dépositaire de l'absolue vé- » rite religieuse, pour anéantir du même » coup, dans son germe, la religion k peine » fondée.

» Mais précisément au moment où ce roi » caché du vrai royaume de Dieu vient a » paraître parmi les hommes sans en être » connu , au moment où le divin royaume , » à peine fondé, semble être anéanti avec » son fondateur, c'est en ce moment même » qu'il prouve son invincible force par des » merveilles, et que du tombeau de son roi, » de ce roi mis k mort pour le péché de tout » le genre humain, le beau royaume renaît » pour une vie infinie et pour une splendeur » éternelle.

» La mort et le tombeau de Jésus-Christ » sont, dans l'histoire , deux rapides événe- » ments, mais ils sont le terme précis où » finit l'antiquité, et où commence le monde » nouveau. La fin de l'ancien monde, très- » certainement, n'arrive pas avant Jésus- » Christ, mais elle arrive ici, et cette tombe " ne parait se fermer que pour ensevelir » avec le Christ le vieux monde tout entier. » Le nouveau monde en sortira.

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