‹ Jésus-ChristChapitre 3 sur 16 · LUC · texte numérisé non relu

LUC

Ouvrez saint Luc, chap. xxn , 70. « Tu » es donc le Fils de Dieu? » Il leur répond : « Vous l'avez dit : Je le suis. »

« Qu'avons -nous besoin de témoins?

» dirent-ils, nous venons de l'entendre nous- » mêmes de sa propre bouche. »

Eh bien , lecteur, vous venez de l'entendre vous-même de sa propre bouche, en saint Luc, en saint Marc, en saint Matthieu aussi bien qu'en saint Jean. Jésus lui-même, de sa propre bouche, se déclare Fils de Dieu partout.

Qu'en pensez-vous? Et que pensez-vous d'un auteur qui, dans la plus grave des questions, affirme le faux palpable, visible à tous les yeux, sur des textes que sait par cœur chaque homme un peu lettré dans tout le monde civilisé? L'auteur, assurément, connaît ces textes aussi bien que nous; mais il dit : « C'est seulement dans l'Évangile de » saint Jean que Jésus se sert de l'expres- » sion de Fils de Dieu ou de Fils en parlant » de lui-même. »

Jugez. Que pensez-vous d'un historien qui cite les textes de cette manière? Et s'il

cite ainsi l'Évangile, qu'il sait 'par cœur et qui est sous nos yeux , non point certes par mauvaise foi, mais par incapacité d'attention , comprenez-vous ce que peuvent être ses autres citations?

Sachez en outre que, dans ce livre, et pour cet auteur, il n'y'a pas une assertion qui soit plus vraie que l'assertion contraire; s'il avance une affirmation, regardez comme probable qu'il a dit le contraire quelque part. Cherchez bien et vous trouverez.

Dans l'exemple qui nous occupe, il dit ' :

« Son titre de Fils de Dieu qu'il avouait » ouvertement dans de vives paraboles où » ses ennemis jouaient le rôle de meurtriers » des envoyés célestes, etc.. » Vous croyez que l'auteur va citer saint Jean seul, puisque dans saint Jean seulement, d'après lui, Jésus prend le titre de Fils de Dieu. Non, il cite ici, au bas de la page, saint Jean d'abord, dans lequel cette parabole ne se trouve pas, mais aussi saint Matthieu , où se trouve en effet la parabole dont il s'agit. Il ne cite ni

saint Luc, ni saint Marc, où elle se trouve \

D'où je conclus qu'il suffit d un quart d'heure pour détruire, par cet exemple ou par quelque autre de même nature, dans tout esprit désintéressé, l'autorité de toute affirmation énoncée par M. Renan.

En effet, pour savoir si un homme est aveugle, il suffit de lui montrer trois doigts. S'il soutient qu'il n'y en a qu'un, il est aveugle. Une seule épreuve suffit.

En combien d'Évangiles , sur les quatre , Jésus se dit-il Fils de Dieu? M. Renan dit :

En un seul. Or, c'est dans tous les quatre.

Et c'est de cette manière que, d'un bout à l'autre de son livre, H voit les textes, sur lesquels il prétend s'appuyer.

Mais que faire en présence d'un volume criblé de fautes pareilles? Comment énumérer et discuter toutes les erreurs qui constituent sa trame? Cela est impossible. Qu'on me permette de n'en donner que dix exemples, après lesquels celui qui voudra étudier le livre en saura par lui-même trouver d'autres.

* Matlh., xxi, 33. —Luc, xx, 9. — Marc, xn, 4.

Comme c'est l'Évangile de saint Jean qui parle le plus abondamment de la divinité du Christ, l'auteur ne- cesse de vouloir isoler des autres cet Évangile. Dans ce but, il affirme ceci : « Toute une nouvelle langue » mystique se déploie en saint Jean, langue » dont 1** jiy n oplif]"3f (c'est-à-dire les trois » autres BSuiiglleS; n'ont pas la moindre » idée. Par exemple : Monde, vérité, vie, » lumière, ténèbres, etc. » (P. xxxv.)

Qui ne croirait, en lisant ces mots , « n'ont pas la moindre idée, » que M. Renan a quelque raison d'affirmer cela? 11 n'en a pas la moindre. Tous ces mots se rencontrent dans les trois autres Évangiles comme dans saint Jean. J'ai, vérifié. Les mots monde, vie, lumière, ténèbres, s'y trouvent précisément et clairement dans le même sens mystique. 11 était très-facile a l'auteur de vérifier cela-, ces faits textuels, permanents, sont sous les yeux de tous.

Prenez un index de la Bible, cherchez ces mots et vérifiez leur sens par le contexte.

Qu'on se rappelle ces paroles connues, tirées des synoptiques : « Fils du siècle et enfant de lumière. » (Luc, xvi, 8.) « Mal- » heur au monde à cause de ses scandales. »

(Matth., xviii, 7.) a Si tu veux entrer dans » la vie, pratique les commandements. »

(Matth., xix, 17.) ce Jetez-le dans les ténèbre* » extérieures. » (Matth., xxii, 13.) « Qu'elle » est étroite la porte qui conduit à la vie! » (Matth. , vu, 14.) « Ceux qui étaient couchés » dans les ténèbres et Y ombre de la mort, une » grande lumière s'est levée sur eux. »

(Matth., iv, 16.) « Lumière de révélation » pour les peuples. » (Luc, h , 32.) Dans tous ces passages, les mots ténèbres et lumière, monde, vie et mort, sont pris évidemment dans le même sens mystique que dans saint Jean. Saint Jean, dans son Évangile, n'a même pas le mot mort pris en ce sens. Il l'a dans les épîtres. Il est vrai qu'il a seul celui de vérité. Mais pourquoi calculer ces accidents? c'est visiblement la même langue.

Quoi d'étonnant? Cette langue remonte k Isaïe. C'est la langue des prophètes et des psaumes-, elle constitue l'éternelle et divine

poésie déposée dans le peuple de Dieu.

Mais non , sans rien voir ni savoir sur ce point, mais comme s'il avait tout pesé dans une science consommée des textes , il prononce sans hésitation ce jugement définitif:

« Une nouvelle langue mystique dont les » synoptiques n'ont pas la moindre idée! »

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