‹ Jésus-ChristChapitre 116 sur 158 · Deus enim in mundum advenil non do loco in locum commi · texte numérisé non relu

Deus enim in mundum advenil non do loco in locum commi

Disons toutefois que ces expressions être envoyé^ des^ cendre, si elles ne doivent pas être prises dans une acception physique et sensible, comme il vient d'être expliqué, ont un sens métaphysique et moral qui en justifie parfaitement Tusage. Le Fils, engendré du Père, sort en effet éternellement de son sein sans s'en détacher. Son apparition au milieu de nous a été comme une extension au visible de cette génération mystérieuse et invisible qui fait du Fils l'envoyé diW. Père, comme le rayon est renvoyé du soleil. — Il est vrai pareillement de dire que Dieu est descendu, en ce sens que sa grandeur s'est abaissée à notre misère, exinanivit semetipsum. Mais, dans tout cela, il n'y a rien d'inintelligible comme le serait le déplacement local de Celui qui occupe tout. Il y a môme là un trésor de richesses intellectuelles et morales dont il faut savoir en ce moment nous priver pourpoursuivre notre explication.

La troisième difficulté est plus spécieuse. Gomment l'Immense, celui que les cieux mêmes ne peuvent contenir, qui est comme l'Océan, en qui tout vit, se meut, et subsiste, a-t-il pu se produire en un homme, se réduire à un enfant, dans les bras, dans le sein d'une Vierge? Que cela soit incompréhensible, on doit l'admettre, mais i cela paraît contradictoire et absolument inintelligible.

Que notre débile raison apprenne à être modeste et

grans, sed naluram meam assumens ; et viderî volens qui natura sua est invisibilis... Quid igilur? advenit Deus ut horao, non de loco in locum transmigra us : sed invisibilem naturam visibilem exhibens, et ut homo visus et hominibus cognalus apparens. (Saint Théodole au Concile d'Éphèse, Labbe, t. 111, p. 1012. — TertuUien, adv. Prax,, XXIII. — Origène, in Psalm, XXVII.)

défiante d'ellc-môme dans les jugements auxquels elle se hasarde sur les opérations de Dieu ; car voici que la réponse à cette difficulté peut se tirer encore, non d'un raisonnement, mais d'un fait naturel indiscutable, et dont nous-mêmes sommes les opérateurs : exemple d'autant plus applicable h l'incarnation du Verbe de Dieu, qu'il n'est autre que l'incarnation du verbe de l'homme. Cette belle explication fut ainsi donnée au Concile d'Ephèse par saint Théodote :

« Dans le Christ habite corporellement la plénitude de « /a />îi;mzVe ', et cependant cette Divinité remplit tout « et dépasse de son immensité l'universalité des créatu- « res. Que ce que je dis là ne vous paraisse pas impos- (( sible. Voici, en effet, que moi qui tous parle, je « profère aussi à l'instant un verbe, une parole, et celte « même parole va toute dans un seul auditeur, et toute « en même temps à la généralité de l'auditoire. Un seul « la possède dans sa généralité, et elle déborde dans « la multitude. Bien plus, chacun de vous la contient « toute. Que si donc une chose aussi éphémère et (« contingente que la parole humaine vous offre ce « phénomène d'être en totalité dans un seul , sans « préjudice de sa communication à tous, que peut-il y « avoir de surprenant pour vous à ce que Dieu, tout « entier dans le ciel et dans l'univers, ait été en même « temps tout entier dans l'humanité du Verbe ^ ? »

La quatrième difTiculté devrait nous paraître invincible, si les solutions précédentes n'avaient dû rabattre

1. Saint Paul aux Colossiens, II, 9. — 2. Couc, Ephes.f Labbe, t. III. p. 19iy.

beaucoup de notre présomption, en nous donnant toutefois de l'esprit humain un légitime orgueil, puisque c'est lui-même qui se les fournit, grâce à cette pénétration et cette rectitude d'intelligence qu'il recueille de sa soumission à la foi.

Dieu est éternel : comment a-t-il pu naître ? Dieu est impassible : comment peut-on dire qu'il est mort ? N'est-ce pas là une manière de parler qui ne saurait être prise à la lettre?

Non. Ici on est dans toute la rigueur du vrai. Le Christ est vraiment né, le Christ est vraiment mort. D'autre part le Christ est vraiment Dieu, le grand Dieu notre Sauveur, comme l'appelle saint Paul ' . Donc Dieu est né, jusqu'à devoir dire que la Vierge Marie est Mère de Dieu. Dieu a souffert et il est morfj jusqu'à devoir dire que les Juifs l'ont crucifié . Qu'est-ce dire, en effet, sinon que Dieu s'est fait homme, que le Verbe s*est fait chair ? Or tout le Christianisme consiste précisément en cela.

— Mais cela, dira-l-on, n'est pas incompréhensible seulement: c'est impossible.

— Je réponds :

Il n'est pas déjà très-judicieux de prononcer qu'une chose qui est incompréhensible est impossible; car pour la juger impossible il faudrait précisément la comprendre : la comprendre impossible.

J'ajoute que , pour le Tout-Puissant, tout ce qui est possible est faisable, et que tout est possible qui n'est pas contradictoire. Toute la difficulté se réduit dès lors à savoir s'il y a là quelque chose de contradictoire.

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