PREUVE DE SA DIVINITÉ
'La Divinité de Jésus- Christ est éclatante. 11 ne manque que des yeux éveillés et purs pour la voir.
Ses preuves se déroulent, en se diversifiant, tout le long des siècles, avant, pendant, depuis son apparition sur la terre. Elles sont frappantes : ce sont des prodiges. Elles sont indiscutables : ce sont des faits qui occupent tous les temps. Ce sont comme les gestes de Dieu dans la nature et dans l'histoire désignant Jésus-Christ à notre foi. On ne saurait au moins y voir une surprise à la crédulité. Elles s'étalent dans un assez long espace, elles sont assez livrées à la contradiction pour qu'on sache ta quoi s'en tenir. Or, plus on les éprouve, plus elles résistent; plus on se recule pour les voir dans leur ensemble, et plus elles grandissent ; plus on se rapproche pour les examiner dans le détail, et plus elles se confirment ; plus on y apporte de lumière et de bonne foi, plus on y trouve de vérité; plus on les expérimente, et plus elles retiennent. Elles sont de toutes sortes, comme
il convenait à leur objet : historiques, philosophiques, scientifiques, doctrinales, morales, sociales ; et quand on a épuisé tous leurs sujets extérieurs d'observation, il reste encore tout un champ et tout un monde où elles nous attendent, et où nous ne sommes sourds à leur appel que parce que nous savons bien que nous y serions vaincus : le champ intérieur de notre âme aux prises avec Jésus-Christ môme, et en lui avec Dieu.
Or, de tant de preuves que nous allons chercher autour et au loin de Jésus-Christ, il n'en est aucune qui me paraisse aussi forte, aussi péremptoire et îrréTutable que celle à laquelle on songe le moins et que, pour mon compte, je n'ai encore trouvée nulle part.
Cette preuve est Jésus-Ghrist lui-même.
Je ne parle pas de la preuve morale tirée de sa physionomie, de son caractère, de son incomparable beauté : si enlevante qu'elle soit, celle-ci est une preuve d'impression et jusqu'à un certain point de comparaison qui relève du sens moral, divers en Chacun de nous ; h laquelle cependant l'impiété de nos jours dans sa production la plus hardie a succombé. La preuve dont je parle est logique, rigoureusement logique, mathématique : et d'ailleurs si simple, que c'est à force qu'elle est simple qu'elle a échappé, si je ne me trompe, jusqu'ici.
Chose étrange ! on en est encore à se demander si JésuS'Christ est Dieu. Mais y a-t-on bien réfléchi? Ne voit-on pas que la question même porte en elle l'affirmalive,qu'elle équivaut à celle de savoir si Dieu est Dieu, et qu'elle se réduit à une équation, plus encore à une identité?
En efl'ct :
C'est un rapport à trouver entre deux termes, dont
l'un serait Jésus-Christ, et l'autre Dieu. Il suppose par conséquent que nous avons d'un côté l'idée de Jésus- Christ, et de l'autre l'idée de Dieu : distinctes l'une de l'autre dans leur intégrité.
Mais c'est là une illusion. Ces deux idées sont inséparables dans le fond de notre esprit. Elles rentrent Tune dans l'autre et sortent l'une de l'autre. Nous nous faisons même plutôt l'idée de Dieu sur celle de Jésus-Christ, que l'idée de Jésus-Christ sur celle de Dieu.
D'où nous vient, en effet, dans sa perfection, cette conception de Dieu, dont nous mettons le rapport avec Jésus- Christ en question?
De Jésus-Curisï même, de Jésus-Christ seul.
Qu'on me comprenne bien. Je ne dis pas que, naturellement, la raison ne pufsse atteindre à une certaine idée de Dieu, de son existence, et même de ses perfections autant qu'elles sont connaissables par le témoignage de ses œuvres. Mais je dis que, soit en sublimité, soit en étendue, soit en solidité dans l'esprit humain, cette idée-là est infiniment moindre que celle que nous tenons de Jésus- Christ et que nous tirons de Lui. 11 en est la découverte, que nous appelons pour cela la Révélation. Et c'est par une illusion d'habitude, qu'au lieu de la rapporter à Jésus- Christ à qui seul nous la devons, nous nous l'approprions jusqu'à la lui opposer. La preuve en est tout le monde ancien, où cette grande idée-là faisait complètement défaut, et où même l'idée naturelle de Dieu avait fait naufrage. La seule exception du peuple Juif confirme doublement cette observation : d'abord parce que cette exception tenait à Jésus-Christ devant venir; ensuite parce qu'elle-même a été dépassée par l'idée de Dieu que Jésus-Christ a apportée au monde. « Une haute no-
36i- SCIENCE DOCÏKINALE DE JÉSUS-CURIST.
« lion de la Divinité qu'il ne dut pas au Judaïsme, et « qui semble avoir été de toutes pièces la création de sa « grande âme^ fut en quelque sorte le principe de toute « sa force, » dit justement, à sa manière, M. Renan ^
Or, à quelle idée de Dieu mesurons-nous Jésus-Corist quand nous nous demandons s'il est Dieu? Évidemment à l'idée chrétienne. Que si c'était à la simple idée naturelle de Dieu, Targument serait d'autant plus fort, puisque Jésus-Christ la dépasse.
Nous ne pouvons cependant pas en tirer encore la conclusion absolue que Jésus-Curist est Dieu.
Il se pourrait, en effet, que Jésus-Christ n'eût été que Vinventeur de cette grande idée de Dieu; qu'elle ne fût qu'une création de sa grande âme^ et que, si grand qu'il soit lui-même, il en restât distinct.
Mais, sans parler de la déclaration contraire de Jésus- Christ, devant avoir la même autorité que cette création, cette hypothèse en elle-même est aussitôt détruite que. formée.
La notion de Dieu que nous devons à Jésus-Christ n'est pas une doctrine séparée de sa personne. C'est sa Personne même. Il en fait partie intégrante : il en est luimême la manifestation. Elle repose en effet tout entière sur ce qu'il est Fils de Dieu, égal comme tel à son Père avec lequel il ne fait qu'un par la Divinité ; un dans la Trinité, un dans la Création, un dans la Rédemption : trois principaux mystères dont se compose, pour ainsi parler, l'idée chrétienne de Dieu, et qui réclament Jésus-Christ. Cette idée de Dieu n'est si grande que parce que Jésus- Christ la rehausse, que parce que, étant Dieu lui-même,