‹ Jésus-ChristChapitre 146 sur 158 · DES RÉPROUVÉS DANS L'ÉTERNITÉ · texte numérisé non relu

DES RÉPROUVÉS DANS L'ÉTERNITÉ

La question du bonlieur est la grande question de Tàme humaine, qui s'étend à toute ia vie de ce monde, depuis le berceau jusqu'à la tombe, et dont la préoccupation se dresse encore par delà.

Cette préoccupation est légitime; elle s'impose même à ceux qui voudraient le plus l'étouffer : car l'âme est irrésistiblement portée au bonheur, et s'il y a du bonheur dans ce monde, il n'y a pas le bonheur. Et comme il est inadmissible que la plus violente des aspirations de l'homme soit sans objet, force est de poser ce grand objet au delà, puisqu'il n'est pas en deçà.

Cette vérité se confirme par tout ce qu'on fait pour la contrarier. D'où vient, en effet, que, dans ce monde même, le bonheur relatif qui s'y trouve est si généralement manqué? C'est que l'âme ne s'en contente pas, c'est qu'elle vise au bonheur absolu, c'est qu'elle en transpose l'objet dans des objets qui ne le contiennent pas, et que, pour ne pas placer ce bonheur absolu qu'il

lui faut au delà de ce inonde, elle empoisonne d'amerlume et de déception le bonheur môme relatif qu'elle pourrait avoir ici-bas. De telle sorte qu'à moins de conclure que tout bonheur est une chimère, ce que la conduite humaine dément hautement, il faut faire de tout bonheur une réalité en le distribuant tout autrement : l'absolu au-delà, etpar là même laplus grande somme de relatif ici-bas.

Mais à cet effet il faut se rendre bien compte de l'essence même du bonheur.

Or, dans une matière où la généralité se trompe à ce point que bonheur est presque synonyme de déception, il ne faut pas s'étonner que la vérité, si simple qu'elle soit, paraisse une découverte.

Cette vérité est celle-ci :

Le bonheur et la justice sont liés l'un à l'autre comme par une chaîne de diamant, et tous les efforts des hommes tendant en des sens divers à les disjoindre n'y parviendront jamais. Le bonheur est la consonnance de rame avec la justice, comme le malheur en est la dissonance. C'est la résultante de la justice observée proportionnellement envers tous, devenant la justice envers nous-méme. C'est cette assiette, cette harmonie, cette délectation que l'âme tire en elle-même de l'acquittement de la justice dans tous ses rapports. C'est comme l'ambroisie de la justice satisfaite, faisant notre propre satisfaction. Delà ce mot du Sage : « L'àme en sécurité (( avec la justice est comme un continuel festinS » et cette grande parole de la Sagesse elle-même : « Bien- « heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce

l.Prov.,\V, 15.

« que, eux-mêmes, ipsi, ils en seront rassasiés ^ » Le juste est l'heureux.

Que si maintenant nous ne voulons pas nous payer de généralités sans portée, nous serons forcés de reconnaître que, la justice consistant à rendre à chacun ce qui lui est dû, c'est forfaire à la justice au premier chef que de ne pas s'en acquitter envers Celui à qui tout est dû, que de manquer à ce premier des devoirs que Gicéron appelle très -justement la justice envers Dieu : la Religion.

La vie humaine, en effet, roule sur la justice. Toutes nos relations privées, civiles, commerciales, sociales, internationales, sont régies par des principes, des lois, des décisions, des traités, des actes de justice. C'est Dieu même, en tant que Justice, appliqué à tous nos rapports. Le Droit est ce qîii est conforme à cet idéal. Nous ne faisons rien, nous ne décidons rien, si infime ou si grand qu'en soit Tobjet, qui ne se recommande au moins de cette dérivation. Quand les juges délibèrent, ils mettent en commun les rayons qui leur en ont été départis, pour arriver à interroger et à recueillir cet Oracle qui seul émet le juste, parce qu'il en est le foyer.

Et maintenant, Dieu, par qui nous rendons la justice les uns aux autres, et de qui procède toute celle dont nous vivons entre^nous, ne serait lui-même l'objet d'aucune justice? la Justice même n'aurait pas justice?

La Religion est précisément cette justice retournée de son sujet à son Auteur, de l'homme à Dieu. Comment serions-nous injustes envers cet Être seul par qui non sommes justes envers tous?...

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