‹ Jésus-ChristChapitre 150 sur 158 · I»-* aux Corinthiens, II, 14. — 2. Apoc, III · texte numérisé non relu

I»-* aux Corinthiens, II, 14. — 2. Apoc, III

PLAN DOCTRINAL DE LA RELIGION. W.i

s'y animalise jusqu'à ce positivisme qui voudrait nous river à cette dégradation. -— Laisse-toi toucher do ma grâce, pénétrer de mon onction ; applique-toi ma doctrine, cl tu verras ma doctrine. Fais ma vérité, et elle éclatera pour toi en lumière. Tout un monde nouveau de beautés doctrinales et morales apparaîtra à tes regards, te charmera et te ravira de sa splendide et vivante ordonnance, le monde surnaturel, dont je suis le Soleil transparent et réchauffant à travers le nuage de mes mystères, jusqu'au jour prochain où, toute ombre dissipée, je te transfigurerai dans mon éternel midi. Et non-seulement lu deviendras ainsi, dès ici-bas, l'habitant de ce monde divin de ma doctrine; mais de sa hauteur tu plongeras tes regards plus avant que le génie dans le monde humain , et lu en pénétreras mieux les ressorts , portant en toi la vraie Lumière à la clarté de laquelle on discerne tout.

Tel était le Christianisme avant nos malheureux temps. Il était comme Tair ambiant dans lequel flottaient les sociétés humaines. Le monde surnaturel enveloppait le monde naturel et le pénétrait. Il lui était familier, comme le fonds commun de la vie publique. Aujourd'hui, il ne compte plus. Pourquoi? Est-ce qu'il a subi la moindre diminution? En lui-même, non; mais en nous, oui. Ce n'est pas lui qui n'est plus : c'est nous; et nous l'attestons par cela même. Non-seulement il a gardé la vie. mais il a repris comme témoignage toute celle que nous n'avons plus, el le vide dans lequel nous expirons le proclame. C'est une manifestation par le contraire qui ne le démontre pas moins que son règne d'autrefois.

C'est que, il faut bien le reconnaître, nous sommes ici en présence de la Vérité même, aussi absolue dans

l'ordre des esprits que les mathématiques dans l'ordre des nombres. Il doit y avoir du mystère, puisq u'il y en a dans celles-ci. Le centre doit être impénétrable, non paj. obscurité du sujet en lui-même, mais par Téblouissement que son foyer lumineux produit à la débilité de noire œil. Mais l'irradiation qui en jaillit éclaire toutes choses. Ainsi le Soleil qui fait tout voir ne peut lui-même être regardé. Il veut en quelque sorte la foi à son foyer, sous peine de perdre la vue qu'il éclaire de ses rayons. Mais cette réserve faite, ce centre de la foi chrétienne, si mystérieux, c'est-à-dire si divin qu'il soit, se laisse voir par vue réflexe dans la raison , qui, si elle n'eut pu connaître par elle-même cette Doctrine, au moins lareconnaîtelle toujours; si elle n'eut pu découvrir quelle elle est^ dès qu'elle en est informée s'affirme à elle-même qu'e//e ^doit être, en reçoit la solution des énigmes qui bornent le champ de son propre domaine, et ne se connaît bien elle-même que par elle. Prodige manifeste, miracle sensible, vision par transparence de Dieu. De quelques côtés qu'on l'envisage, le Surnaturel y reluit, le Divin y perce, et ne frappe l'esprit qu'en purifiant et échauffant le cœur. En vérité. Dieu est là.

En voulez-vous une dernière preuve?

Comment expliquer cette économie, ce système doctrinal, ce corps- de vérités si hors de la portée de l'esprit humain et en même temps si ramenées à cette portée, que le génie n'épuise jamais et qu'un enfant sait toutes, si abstraites et si concrètes, si transcendantes et si pratiques, que la Somme ne contient pas et qui tiennent dans le petit catéchisme?

Gomment expliquer qu'aucune dissonance n'ait pu

y pénétrer, aucune variation les atïecter, aucune surprise y être faite?

Les simples vérités naturelles n'avaient pu rallier à elles l'esprit humain : et ici elles s'ordonnent, elles s'élucident, elles s'affermissent; puis, elles viennent se relier à tout un ensemble de vérités surnaturelles, qui ne les couronnent que pour les fonder.

Ne dites pas : Ce sont des dogmes qu'on admet servilement.

Mais d'abord qui les a imaginés, proposés? d'où sortent-ils? puis, d'où vient l'accord sur eux, et celte autorité toute spirituelle, toute morale qui les fait admettre?

Puis encore, d'où vient le don de les définir, de les expliquer, de les sonder dans une si large mesure et k une si grande profondeur, sans que l'investigation solitaire, féconde en tan d'écarts, ni la discussion en assemblée, féconde en tant de divergences, les altère jamais, y opère la moindre fissure par où l'erreur puisse pénétrer?

Certes ce ne sont pas les efforts et les artifices de celleci qui ont manqué à leur épreuve ! Voyez les hérésies depuis le premier jour jusqu'à ce temps. Ont-elles jamais pu les faire dégénérer? Non. Ont-elles jamais pu se constituer elles-mêmes sans dégénérer? Non. Double preuve et double épreuve de l'indéfectibilité divine de cette ^Doctrine que rien d'humain ne peut altérer ni simuler.

Mais voici le comble :

Cette Doctrine si sublime, si prodigieusement liée dans toutes ses parties qu'elle résiste i\ tout et suffit à tout : merveille unique du monde intellectuel et moral, qui se maintient en se développant au sein de toutes les

4G8 SCIENCE DOCTRINALE DE JÉSLS-CHKIST.

fluctuations et de tous les assauts, quel en est l'auteur ? de quel cerveau est-elle issue?

Impossible à quiconque n'admet pas sa Divinité de le dire.

Jésus-Christ l'a prêchée, il est vrai, dans le cours de sa vie humaine, et c'est là l'Évangile. Mais il ne l'y a pas formulée en corps lié de doctrine comme elle a paru depuis. C'est certain, lien a été de cette doctrine comme de ses effets prodigieux dans le monde. Jésus-Christ ne s'est converti personne de son vivant, pas même ceux par lesquels il devait se convertir l'univers. Pareillement, il n'a pas formulé sa doctrine en symbole, mais il en a seulement jeté des éclairs qui n'en découvraient le fond que pour le rendre ensuite plus obscur, et désespérer, ce semble, l'intelligence. Ces vérités célestes de l'Évangile ne nous apparaissent aujourd'hui intelligibles et ne nous sont accessibles que parce que nous les voyons à travers ce corps de doctrine qui en a été tiré depuis. Dans l'Évangile môme elles n'y sont qu'à l'état de membres épars. C'est à la lumière Apostolique que nous voyons la lumière Évangélique. Qu'était-ce donc avant la rédaction de l'Évangile, œuvre Apostolique cllcmônic, alors que la seule mémoire des apôtres, encore si inintelligents de Jêsus-Curist, en avait le dépôt? De telle sorte qu'on peut dire que Jésus-Christ s'en serait allé laissant le monde dans la nuit que sa parole n'aurait traversée que pour s'y perdre en oracles dont nous nous serions disputé le sens, n'était un autre agent survenu, pour donner aux Apôtres et à l'Église la clairvoyance de la Doctrine, et tous les dons d'intelligence, de foi, de zèle, de force, de sagesse et d'infaillible science nécessaires à son émission, à sa défense, et à son déploiement dans

un monde qui lui était si fort ennemi. Cet agent est l'Esprit de vérité , qui n'est autre que l'Esprit de jÉsus-CmusT lui-même et du P6re, l'Esprit de Dieu : le Saint Esprit.

Ceci n'est pas une conjecture apportant la moindre diminution à l'Évangile et à Jésus-Curist. Tout au contraire. C'est l'Évangile même dans sa vertu. C'est la glorification de Jésus-Christ, opérant plus, après avoir disparu, par son seul Esprit, qu'il n'avait voulu le faire de sa Personne ; et cela par les plus infirmes instruments . C'est le témoignage le plus éclatant de sa Divinité. Il l'a déclaré lui-môme à ses Apôtres par qui il allait commencer son Église : « J'aurais à vous dire bien d'autres « choses, mais vous ne les pourriez porter à cette heure. « Mais lorsque Celui-là sera venu qui est VEsprit de « Vérité, il vous donnera l'intelligence de ce que je vous « aurai dit et vous enseignera toute vérité, c'est lui qui « me glorifiera; parce qu'il prendra du mienei vous l'an « noncera^ »Par où on voit, non-seulement que la Doctrine n'était pas clarifiée dans la parole de Jésus-Curist, mais que bien d'autres choses n'ayant pas été dites par lui, multa habeo vobis dicere, étaient réservées à cet Esprit de Dieu, véritable inspirateur de la science sacrée et divulgateur de Jésus-Christ. Aussi voyons-nous l'Eglise dès les-Apôlres, et depuis le Concile de Jérusalem jusqu'à celui du Vatican, promulguer ses décrets en celte formule : Il a été jugé bon au Saint-Esprit et à Nous.

VEsprit de Jésus-Curist plutôt que sa prédication évangélique, voilà donc l'Oracle de la doctrine dont Jésus-Christ est le foyer.

l. Jean, XVI, 13.

Et il faut bien Tadmettre, sans quoi on aurait, je 1 répète, la Doctrine la plus merveilleuse, la plus savante, la plus transcendante, sans auteur immédiat et distinct : auteur, remarquez-le bien, qui, — cette Doctrine s'étant développée, défendue et maintenue dans son inlé- \ grité contre les assauts incessants de l'erreur et des passions, et les faiblesses mêmes de ses dépositaires, — doit nécessairement être immanent dans son œuvre, comme Dieu dans la création.

Il y a même ceci de plus fort encore, et que je recommande à toute Tattention du lecteur :

Ce n'est pas seulement en dépit des assauts qui n'ont cessé de lui être livrés, que celte Doctrine est restée vierge de toute altération, c'est en raison de ces assauts mêmes qu'elle s'est formulée, c'est sous leurs coups qu'elle a pris tout son relief. En ce sens, il faudrait dire que ce sont ses' plus mortels ennemis qui l'ont faite et perfectionnée en se défaisant eux-mêmes. On est ainsi placé entre l'absurde et le divin.

Plutarque compare ingénieusement la religion naturelle à cette statue du dieu Glaucus, placée sur le bord de la mer, qui, à force d'être battue et rongée par les flots, avait fini par perdre toute figure de dieu, et n'être plus qu'une roche informe. C'est la parfaite image du sort inévitable qui attend toute doctrine, pour peu qu'elle ne compose pas elle-même avec nos passions. Qu'en aurait-il donc été de la doctrine chrétienne qui leur est intraitable par sa sainteté, et qui non-seulement ne leur cède jamais, mais les attaque toujours ! Or, il en a été tout le contraire, et il ne se peut concevoir d'expérience plus décisive/le sa Divinité. Posée, non-seulement au bord, mais au sein de la furieuse mer de ce monde, dans son bloc

évangélique , sans personne humainement capable de la sauvegarder et de la définir, ce sonl les hérésies qui, dès l'origine jusqu'à nos jours, ne cessant pendant deux mille ans de la battre en tous sens, en ont fait saillir les traits divins; ce sont ces étranges ouvriers, qui, comme par autant de coups^dc ciseau, l'ont taillée et sculptée à la lumière du monde. Il a même fallu que ces hérésies vinssent,, et cette doctrine les attendait, en les annonçant, pour faire éclater sa divinité par leur confusion ; pour se produire à nos regards dans ce magnifique ensemble où elle nous apparaît, et cela grâce à ses ennemis qui n'auraient travaillé, qui ne travailleraient éternellement que pour elle, si ce n'est grâce à l'Esprit de Jésus-Christ qui, du fond de cette doctrine, non-seulement la préserve de leurs attaques, mais les fait ainsi tourner à sa divine manifestation. — Supprimez le divin, il ne vous reste ne pour explication que l'absurde.

Enfin, la suprême épreuve de la Doctrine de Jésus - CnuisT, c'est son expérience; et elle est double: dans ses disciples et dans ses opposants.

Dans ses disciples, et par eux dans le monde, je ne redirai pas les fruits vraiment surnaturels qu'il produit. Pour eux c'est inutile : ils le savent de reste, et je leur demande pardon de tous ces etîorls de raisoniiemeni, qui, auprès delà vérité vivante et brûlante en eux, pourraicnt.leur être un scandale, n'était leur commisération pour ceux qui lui sont fermés.

Mais pour ceux-ci, les opposants, je n'en appellerai pas seulement à ce dont ils ne peuvent pas être touchés dans ceux-là. Je ne leur demanderai pas ce qu'ils pensent du sort de la famille, de la femme, de renfant, des

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malheureux, et par suite des heureux, de la société, des États, du monde, si le Christianisme venait subitement à disparaître des derniers retranchements où il nous sauve encore de la suprême ruine en se défendant lui-môme contre tous les criminels assauts qui lui sont livrés.

Je les prendrai à partie, et, par un argument ad hominem, je leur demanderai compte, compte sincère, véridique, loyal de leur infidélité.

Voyons : Pourquoi ne croyons-nous pas, pratiquement, à la religion de Jésus-Chiust ?

Parce que. nous n'en voulons pas.

Et pourquoi n'en voulons-nous pas ?

Par la raison même qui fait que nous devrions en vouloir et que nous devrions y croire :

Parce qu'elle nous rendrait meilleurs.

Quel est en effet le propre objet de la Religion véritable et qui en est comme la touche, sinon de nous rendre meilleurs, et pour cela d'exiger un traitement efficace de réformation de nous-même?

Or, nous sommes tellement convaincus que le Christianisme est curatif^ c'est-à-dire décidément vrai^ que nous ne l'évitons ou le contestons que parce que nous ne voulons pas être guéris.

Il est un autre motif de notre éloignement pratique de la foi chrétienne que celui de ne pas vouloir être meilleurs, motif qui n'est pas plus avouable, et qui n'est pas moins probant de la divinité de cette foi.

C'est qu'elle nous humilie; c'est qu'elle fait crever, si j'ose ainsi parler, cette enflure d'orgueil qui nous gonfle ; c'est que, en nous ramenant à notre néant pour nous faire renaître, elle nous met à un même niveau, nous confond avec le vulgaire, et nous fait tous entrer, par

son humble el étroite porte, dans un ordre de grandeurs toutes en sens inverses des nôtres, et où les premiers sont les derniers.

On ne répugne si fort à croire les incompréhensibles abaissements de TAmour infini, en quoi consiste le Christianisme, que parce que ces abaissements du Très-Haut sont la sanglante condamnation de notre orgueil et de la ■fausse grandeur que nous nous faisons à nous-mêmes. Bien qu'il ne nous dépouille de celle-ci que pour nous revêtir de la sienne, nous repoussons cet insigne honneur à cause du sacrifice qu'il entraine. Nous ne croyons pas au Verbe incarné parce qu'il faudrait décroire à nous-mêmes. Nous ne voulons pas échanger notre misère contre sa gloire parce qu'il faudrait commencer par nous quitter. Nous prenons la doctrine de la Crèche et de la Croix pour une insulte — à notre raison, disons-nous — en réalité à notre concupiscence et à notre orgueil.

Ne suffit-il pas de dévoiler cette plaie secrète de Tincroyance à Jésus-Christ pour manifester tout à la fois, et la misère humaine, et la Sagesse vraiment divine qui a su si bien la traiter?

Car enfin, nul n'est grand s'il n'est humble, nul n'est éclairé s'il s'ignore. La superbe est une petitesse, et n'est pas moins une ignorance, et la pire, l'ignorance de soimême, qui de celui qui en est atteint s'étend îi tout.

Et cependant, voilà, au fond, avec la faiblesse de ne pas vouloir devenir meilleur, le fin mot de l'opposition secrète ou déclarée qu'on fait à Jésus-Christ.

C'est une lâcheté et une superbe recouvertes du masque de l'incrédulité.

Que vient-on parler maintenant de l'incompréhen-

sible, da mystère, et de toutes les objections et cavillations derrière lesquelles on se cache à soi-même la misère de sa volonté sous l'orgueil de son esprit ?

L'incompréhensible? mais il n'est pas irrationnel. Môme dans l'ordre naturel, une chose peut être prouvée et rester incompréhensible. Et combien n'en est-il pas? Que s'il s'agit de 'choses surnaturelles et divines, nonseulement l'incompréhensible n'est pas irrationnel, mais il est rationnel. Il est de droit. On ne comprendrait pas qu'on pût comprendre Dieu.

Et puis, cet incompréhensible chrétien, le connaît-on au moins ? s'occupe-t-on de le savoir ou s'abstient-on de le juger, comme il convient à l'humble situation de l'esprit humain en face de cette haute science? Ne met-on pas étourdiment les absurdes idées qu'on s'en fait à la place de ces vérités sublimes qui ne nous passent qu'en nous éclairant, jamais en nous heurtant?

Étrange confiance de la raison en matière de foi ! En toute autre matière, en astronomie, en cosmographie, en une science quelconque qui lui soit étrangère, elle se récusera, se tiendra dans la modestie de l'ignorance, se laissera enseigner, croira à la parole des maîtres : et cependant il s'agit de connaissances purement naturelles et rationnelles, que l'homme peut atteindre. Et en matière de Religion, où il s'agit de l'infini, du surnaturel, de Dieu, qui passe toute raison, où le génie le plus transcendant échoue, que nous ne pouvons apprendre que de Dieu même, la plus faible raison s'érige en juge! et quel juge! Si un mystère lui est proposé, si un texte sacré se rencontre, et, comme cela doit être, qu'elle ne le comprenne pas entièrement ou qu'elle le comprenne mal, mettra-t-elle un instant en question

»<jii insufTisance et son ignorance? Nullement. Ce qui devrait être sa première disposition ne sera pas même sa dernière. Entre son incapacité propre et l'inadmissibilité du sujet, entre sa suffisance et TAntiquilé la plus vénérable, et l'Autorité la plus sainte, et la Tradition perpétuelle et universelle de la Doctrine, et le poids du génie, et le témoignage de la sainteté, elle ne balancera jamais : elle conclura toujours par le rejet de la foi, sans étude, sans réserve, sans scrupule, par haussement d'épaules et hochement de tête. Je le demande : une telle disposition n'est-elle pas la plus flagrante injure qui puisse être faite h la raison? n'accuse-t-elle pas un orgueil insensé? ne justiûe-t-elle pas au plus haut point ces saintes obscurités de la religion, si bien faites pour rabattre cet orgueil s'il est guérissable, ou pour le châtier s'il est obstiné?

Que conclure en fin de compte?

C'est que la doctrine de Jésus-Christ est trop démontrée h la saine raison , et qu'elle ne le sera jamais assez à la volonté mauvaise ou faible; c'est qu'elle est divine, certainement divine, et que, comme elle est divine, elle ne peut être goûtée et pénétrée par le seul sens humain : ce qui n'est d'ailleurs que conséquent avec l'objet même de cette doctrine, qui, étant de redresser ce sens dépravé , doit le trouver rebelle.

Si l'on veut se faire une juste et sensible idée de la Religion véritable et de l'opération de Dieu dans cette Religion, il faut dire qu'elle est à la nature morale de l'humanité ce que l'humanité elle-même est à la nature physique. La nature physique par elle-même, prise sur le globe que nous habitons, est viciée et sauvage. C'est ;i la culture de l'homme qu'elle doit d'être assainie,

fécondée et embellie comme nous la voyons dans les régions civilisées; c'est grâce au défrichement, au labourage, à Tensemencement, à la taille, à la greffe et à tous les procédés de l'industrie humaine qu'elle participe à la civilisation même, et qu'elle est élevée en quelque sorte à Fhonneur humain. Elle est la culture de Thomme, qui en est le colon. Eh bien, l'homme est pareillement la culture de Dieu, dont la charrue est l'Évangile, agricultura Dei^ comme dit saint PauP. Il n'est pas moins vicié, pas moins sauvage par lui-même que la nature physique, par l'altération originelle que lui a apportée sa séparation de son Principe. Il est par cette mauvaise nature ce que sont encore les vrais sauvages par la déviation accidentelle qui les a séparés du tronc du genre humain. 11 n'y a jamais eu de civilisation véritable que dans la mesure où il y a eu de la religion. Et c'estlàce qui a fait l'immense supériorité de l'humanité chrétienne sur l'humanité païenne, et des saints sur les sages. ^G'est V olivier sauvage enté sur loliviei' franc, et fait participant de sa racine et de sa substance ^ Que s'il vient à l'oublier, et à croire follement que c'est lui qui porte la racine et non la racine lui; que s'il pousse ce pernicieux orgueil jusqu'à s'en retrancher croyant la retrancher, il redevient sauvage, il meurt.

Toutes nos erreurs, disait déjà Sénèque, tiennent à ce que nous ignorons que nous sommes malades. C'était déjà beaucoup que le soupçon de cet état. L'Antiquité païenne n'était pas sans l'avoir. Elle ignorait seulement la maladie, et était totalement dépourvue du remède,

1. Alix Corinthiens, III, 9. — De là toutes les images et paraboles tirées de l'agriculture dans l'Évangile. — 2. Aux Romains, XI, 24.

attendant le Médecin. Il est venu et il a dit à riiomme : « Tu dis : Je suis riche et n'ai besoin de rien; et tu ne « sais pas que tu es malheureux, et misérable, et pauvre, « et aveugle, et nu. Achète de moi, je te le conseille, « de l'or éprouvé au feu, afin de t'enrichir, et des vête- « ments blancs qui couvrent ta nudité; oins aussi tes « yeux de mon baume, afin de voir ^ » Cette maladie, que Jésus-Curist est venu ainsi révéler et guérir par le divin remède de son Incarnation et de son Sacrifice , étant maintenant parfaitement connue pour être celle de l'orgueil, qui oblitère la vue, et de la concupiscence, qui l'épaissit, il doit être que nous n'en soyons guéris que par l'application de l'humilité et de l'expiation, qu'il a le premier pratiquées et comme préparées en sa Personne, pour qu'elles nous soient tout à la fois plus efficaces et plus douces, et dont la grâce, imprégnée de son amour, est ce collyre dont il faut oindre nos yeux pour voir,

Jésus-Christ a ainsi rendu la vue au monde, et des plus épaisses ténèbres où il s'enfonçait au rebours de son destin, il l'a élevé de clartés en clartés jusqu'au règne de la lumière, lumière éternelle pour ses 'élus, et lumière temporelle pour les sociétés, accusant tous leurs écarts et les préservant des abîmes.

Mais le monde, dans celte liberté inaliénable qui ne permet pas à Dieu môme de le sauver sans lui, et qui laisse accès, pour les sociétés comme pour les individus, à cet Esprit de ténèbres dont la puissance ne peut tourner qu'à sa propre confusion , semble être entré, depuis un siècle, dans une éclipse totale de Jésus-Christ , et se voit menacé de devenir hi fatale démonstration de

. Apoc, III, 17, 18,

cotte vérité, que comme Jésus-Christ fut la lumière pour le monde, il Test, et il le sera toujours. Et certes, si les ténèbres sont la contre -épreuve de la lumière, quelle démonstration plus éclatante de Jésus-Christ que celle dont nous nous donnons l'effrayant spectacle à nous-mêmes !

Je n'ai pas cru, pour mon faible compte, devoir rester indifférent à cet état public des âmes. C'est pourquoi, me proposant ultérieurement une étude quelque peu approfondie de rÉvangile,j'ai traité d'abord de Jésus-Christ; c'est-à-dire de la lumière, de la vie, du salut du monde, immédiatement et directement.

Tous les moyens humains, qui avaient autrefois leur valeur en s'inspirant de Lui, sont devenus caducs depuis que nous l'avons répudié. Nous marchons dans les ténèbres depuis que nous ne suivons plus Celui qui est la Lumière des nations. Nous sommes devenus contraires à nous-mêmes depuis que nous n'avons plus Dieu avec NOUS. Nous avons fait à sa justice toute la place que nous avons retirée à sa grâce : car de soi il n'est que bon, et c'est de nous qu'il devient sévère. Il est descendu ainsi de son ciel sur la terre par toutes les conséquences de son exclusion, descendu en désastres, en calamités, en fléaux, dont le plus terrible est nous-mêmes, notre impuissance, nos divisions, et cette décomposition générale et totale dans laquelle nous descendons. On ne bannit pas Jésus-Christ, on n'expulse pas Dieu: on le change, de propice on le fait adverse; et il est alors d'autant plus près qu'on a voulu le rejeter plus loin.

Aujourd'hui il est partout, et partout il frappe pour se faire rouvrir les portes.

— « Qui ôles-vous? lui dit-on.

— « Le Roi de gloire.

— « Qui est ce Roi de gloire?

— « Le Seigneur fort et puissant, le Terrible dans les (( combats, Celui qui relève ceux qui penchent et refait « ceux qui sont brisés ^ Ouvrez, je suis la Résurrection « et la Vie^ »

Ouvrez-vous toutes grandes, portes de la Patrie; portes humiliées, élevez-vous h la hauteur de rÉternel, et qu'il fasse son entrée le Roi de gloire, le Seigneur fort et puissant, le Terrible dans les combats, Celui qui relève ceux qui penchent et refait ceux qui sont brisés 1

Qu'il soit le bien venu et le béni Celui qui est la Résurrection et la Vie !

Acclamons-le à l'envi du vieux cri de la France : « Vive LE Christ qui aime les Francs ! Puisse ce Sei- 0 gneur des seigneurs, puisse Jésus-Christ, protéger leur « royaume, remplir de sa grâce ceux qui le gouvernent, « conduire leur armée, les mettre à Tabri derrière le « rempart de la foi, et leur accorder miséricordieuse- « ment et la paix, et la joie, et le bonheur^! »

Halons-nous de le recevoir et de le faire asseoir partout : dans nos demeures alarmées, dans nos rues et sur nos places veuves depuis si longtemps de Lui, dans nos institutions qui croulent, dans nos conseils chancelants, dans nos assemblées divisées, sur les sièges de l'autorité défaillante ou séditieuse à tous les degrés, si nous voulons arrêter la ruine.

Posons enfin sa Royauté, dans la vacance de celle qui

1. Ps. XXIII, 7, 9; Ps. C, 8. — 2. Jean, XI, 25. — 3. Prologue de la Loi Salique.

nous manque, au-dessus de toutes les compétitions, et gravons sur nos monuments cette belle inscription que, sous l'occupation qui suivit la captivité d'un de nos rois, nos pères frappaient en exergue sur leurs monnaies, à la face de l'ennemi :

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