Jean, XIV, 18. — 2. Luc, I
pour le monde entier sous forme humaine, ainsi qu'il nous apparaît dans TÉvangile. C'a été là un fait local et temporel dans son événement. Mais c'est comme le point d'altache du Christ à l'humanité, par où il Ta tirée de tout temps à Lui, et d'où II vient incessamment à elle. L'humanité l'a vu, le voyait avant, et le voit toujours après dans cette apparition, fixe dans son mode historique, mais successive, étendue et renouvelée, dans ses applications spirituelles et morales, à chaque temps et à chaque lieu.
Ainsi venait-il avant pour les Patriarches, pour les Prophètes, pour les Justes de la gentilité fidèles aux inspirations de sa lumière naturelle et à l'attente de sa venue surnaturelle au milieu de nous. Ainsi vient-il après par Tapostolat de son Église, les sacrements de sa grâce, et sa Présence réelle renouvelée tous les jours sur nos autels, avec une appropriation particulière à cliaque siècle, à chaque nation, à chaque àme.
L'Evangile est sans doute le Livre unique de Tunique Révélation dans sa consommation parfaite, et il n'y en aura plus d'autre après lui. Mais il est multiforme dans les développements et les applications de sa Doctrine, et en ce sens il est le livre des révélations. C'est une des mille preuves de la divinité de sa substance, que cette propriété qu'il porte en lui de se prêter, dans sa flexible unité, à l'infinie diversité des états, des mœurs, des besoins des dilTérents peuples et des différents siècles, des différents caractères et tempéraments des races et des individus, comme s'il était fait uniquement pour chacun d'eux : pour lo Juif, comme pour le Grec et le Romain ;
pour le Gafre, comme pour le Parisien ; pour le pâtre, comme pour le roi; pour l'ignorant, comme pour l'homme de génie ; pour le géomètre, comme pour le poëte ; pour le barbare des premiers temps, comme pour celui des derniers, appropriant également la même vérité à la diversité des hommes, et les reliant tous en une même humanité pour les élever à l'unique Divinité.
Il réserve dans son fonds inépuisable des provisions infinies de grâce et de vérité qui s'ouvrent comme à point, en des semences et des fruits de vie, pour se distribuer à chacun.
C'est en ce sens qu'il est absolument vrai de dire, que le Christ vient toujours, que dans tout ce qu'il a dit et ce qu'il a fait il avait en vue, non-seulement ses témoins immédiats et ses Apôtres, mais, comme il Ta dit luimême, tous ceux qui devaient croire en Lui par leur parole, dans la succession des âges\ notre âge par conséquent, nous-mêmes en particulier, comme s'il apparaissait dans nos cités et dans nos demeures, ainsi qu'il le fit à Jérusalem et en Galilée.
Combien cela doit-il être vrai de la France et de notre époque: de la France qui, entre toutes les races nouvelles en qui l'humanité devait être reforgée sur l'Évangile, fut la grande ouvrière du Christ et comme son porte-étendard dans le monde; de notre époque, tellement dégénérée et précipitée de cette sublime vocation, que si le Christ n'était pas venu retirer le monde d'un pareil état, il ne pourrait en choisir une