‹ Jésus-ChristChapitre 153 sur 158 · Jean, XVII · texte numérisé non relu

Jean, XVII

plus conforme h ses vues de salut et de miséricorde 1 Le retour du mal fait l'opportunité du remède. L'Évangile est d'une actualité sa.\s\ssànie. Chacune de ses vérités et de ses scènes divines revit et se passe sous nos yeux par la similitude de situation du monde. Les acteurs de rinfidélité, du mensonge et de la négation : les Juifs, les Pharisiens, les Scribes, les Païens, les contempteurs et les ennemis de la vérité, les faux Sages et les Prudents, les persécuteurs et les bourreaux du Christ, le ramènent au milieu de nous, et donnent à chacune de ses paroles et à chacun de ses exemples une portée directe et contemporaine. Le Christ vient à nouveau. L'Évangile est annoncé comme pour la première fois au monde, du moins à ce monde.

C'est à ce monde, en effet, que ses partisans eux-mêmes se vantent d'avoir fait nouveau, parce qu'ils ont défait tout ce qui était ancien, monde de doute, de négation, d'ignorance, de haine, de fanatisme antireligieux et antisocial, qu'il faut rapporter la foi : cette même foi qui réunissait au pied de la chaire de Bourdaloue et de Bossuet toutes les majestés et toutes les passions du grand siècle, et qui en est restée à ces Méditations sur V Evangile et à ces Elévations sur les mystères où l'ombre même de l'irrévérence ne se laisse pas entrevoir, convenant également, et aux Religieuses de la Visitation de Sainte Marie pour qui Bossuet les avait écrites, et aux hommes de politique, de science, de finance, de législation et de guerre qui s'en nourrissaient. — Comment les mêmes applications de l'Évangile iraient-elles à notre

époque? — Je veux bien que le génie de Bossuet force le respect, et que, par la hauteur de ses vues et la profondeur de sa touche, il atteigne à l'humanité de tous les temps, à rhomme même, pour l'enlever ou le terrasser, détruisant tout raisonnement et réduisant en captivité toute intelligence sous r obéissance du Christ^. Mais pour la généralité de ceux qui flottent dans Tindifférence, il produit plutôt l'admiration que la persuasion. On ne prend de sa foi que pour le temps et le plaisir de sa lecture : comme il en est d'un beau spectacle, dont on n'admet le thème que pour en goûter Texécution; et ses plus fervents admirateurs sont souvent ses plus froids disciples. C'est que s'il parle une belle langue, cette langue nous est étrangère. Nous allons à lui, à son éloquence, à son génie: son Christ ne descend pas à nous, à nos préventions, à nos ignorances, à nos lassitudes, à nos dégoûts, à nos découragements, à nos impuissances et à nos périls. Comme Bossuet le comprendrait lui-même s'il reparaissait de nos jours ! Quelles autres Méditations il nous donnerait !

Loin de nous assurément la prétention de le suppléer ! Mais nous ne croyons pas non plus que la plénitude d'un tel sujet ait été par lui épuisée, ou qu'elle n'admette que des esprits de la trempe du sien. Il s'offenserait lui-môme de cette révérence, comme injurieuse à la simplicité de sa foi autant qu'au caractère de son objet. Il en est de l'Évangile comme de l'Océan : il n'est à personne, étant à tout le monde. Sa pénétration n'est pas affaire de gé-

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