‹ Jésus-ChristChapitre 18 sur 158 · Dtm in Chrislo mundtim reconciliant sibi, 2 Cor. V, t · texte numérisé non relu

Dtm in Chrislo mundtim reconciliant sibi, 2 Cor. V, t

Ici le fait répond sans le secours de la foi, sans le secours du raisonnement même. Il se suffit. Il s'impose. Jésus-Ghrist est Celui qui est.

Je n'ai pas besoin de dire ce qu'est le Christ, à ce moment rapide et déjà écoulé où ma plume trace son nom ; ce qull sera au moment où on lira cet écrit; ce qu'iV sera certainement dans la succession des âges futurs. Il est, Il sera.

Il est et il ser£^ la personnalité la plus vivante, la plus active, la plus décisive de toutes sans exception, dans les préoccupations, dans les déterminations et les destinées de l'humanité, soit pour chacun de nous quel qu'il soit, soit pour les familles, soit pour les cités et les nations, soit pour le monde entier même. On ne peut pas ne pas être pour Lui ou contre Lui ; et on est tout autre, absolument tout autre, selon qu'on est pour Lui ou contre Lui.

Il n'est pas besoin de discourir pour établir cette vérité, comme il serait vain de chercher à la contester. L'incrédulité môme en a pris son parti. Cela est.

Eh bien, cela ne s'est jamais vu et ne se verra jamais d'aucun homme, si grand qu'on l'imagine, je ne dis pas mort d'hier, et encore moins depuis dix-neuf siècles, mais vivant même et dans le fort de son action.

Assurément, Homère a influé sur la poésie, Socrate sur la philosophie. Newton sur la science, Alexandre sur l'équilibre du monde grec, César sur celui du monde romain, Charlemagne, Louis XIV, Napoléon sur les Étals modernes. Mais, je me suppose vivant tour à tour sous ces grands hommes : que ferait à mon sort personnel et intime, à mon bonheur ou à mon malheur propre, à mon âme dans son fond, d'être pour ou contre chacun

a eux? Est-ce que je serais obligé de prendre parti? Est-ce que je ne m'appartiendrais pas ? Est-ce que, à la rigueur, leurs œuvres, leurs systèmes, leurs découvertes, leurs hauts faits, leur élévation ou leur chute ne seraient pas vraiment pour moi chose étrangère ? Je me suppose surtout à un de ces moments inévitables dans la vie de chacun de nous, où toute la personnalité est absorbée dans une de ces grandes épreuves qui l'arrachent k tout ce qui l'entoure pour la mettre en proie à un grand abattement, a une grande déception, à une grande perte, à une grande douleur, à la mort enfin, suprême naufrage: que serait à chacun de nous, dans un <de ces moments, le plus grand des hommes, si ce n'est peut-être un sujet de cuisant regret de lui avoir trop laissé envahir cette place que réclamait à plus juste titre un plus grand que lui? Celui-ci, à ces heures de vérité où toute grandeur s'efface, paraît alors non-seulement le plus grand, non-seulement le seul grand, mais le seul qui soit^ dans l'amoindrissement et la disparition de tout le reste; et on comprend ces paroles de Colbert mourant répondant à un envoyé de Louis XIV : « Je ne veux plus entendre parler du roi ; qu'au moins à présent il me laisse tranquille. Si j'avais fait pour Dieu ce que j'ai fait pour cet homme, je serais sauvé dix fois, et je ne sais ce que je vais devenir. » Et Colbert n'entendait Dieu que par Jésus-Christ et en Jésus-Christ.

Ceci évoque en ma mémoire un souvenir que je suis heureux de consacrer ici, en le rapportant à la grande âme qui me le fournit. Il n'est éloquent que par sa simplicité dans la situation où il se place. Celait h la fia «Tune de ces soirées, qui étaient des fêtes quolidionues (!•' l'esprit et du cœur, chez madame Swotchinr. Tout ce

•àô SCIENCE HISTORIQUE DE JÉSUS-CHRIST.

qu'il y avait de grand et de brillant par l'intelligence, par le goût, par les grâces, par le rang, par. Fimporlance, le meilleur monde sous toutes ses figures, s'était succédé devant ce simple siège, je devrais dire ce trône que l'admiration, le respect et l'amitié faisaient à la plus exquise, à la plus ingénieuse et à la plus riche bienveillance. La conversation, toujours générale et toujours aisée, avait parcouru tous les sujets : science, littérature, art, politique, événements, anecdotes, fleurs et rubans, toutes choses humaines, non-seulement traitées, mais personnifiées dans ce qui les représentait le mieux. A la fin, tout le monde s'étant écoulé, nous restâmes trois (dont je suis le dernier survivant) à jouir du reste, c'està-dire du meilleur, parce que c'était le fond, de madame Swetchine. Tout le bruit de ce qui avait occupé la soirée se calma, s'éteignit. Ce je ne sais quoi d'intime, de noble, de vrai, qui est le caractère de tout ce qui finit, s'établit entre nous, et, par une succession de pensées de cet ordre, madame Swetchine en vint à laisser tomber ces mots, conclusion de tout ce qui avait passé devant nous, et sur lesquels nous nous séparâmes dans un silence ému : « Il n'y a que Jésus-Christ ! »

Combien cela est vrai ! Il n'y a que Jésus-Christ, aimé, haï ou ajourné, mais toujours en question ; question résolue ou pendante, et dans tous les cas décisive des sentiments et des sorts de tous : individus, familles, sociétés, nations. Dans toutes les autres questions, sous toutes les autres questions, il n'y a que celle-là. Et tout est en question ou tout est résolu, selon la négative ou Taftirmative : ce qui témoigne également, non-seulement que Jésus-Christ est, mais que sans lui rien n'est, et que par lui tout est, à proportion qu'on inclinr

dans un sens ou dans un autre. Plus on s'éloigne deLui, plus on perd pied dans la vie , plus tout entre en confusion et en contradiction , on appauvrissement et en impuissance, et quand on rompt absolument avec Lui, en fureur et en destruction. Plus on se rapproche de Lui au contraire, plus on se retrouve, plus on se sent dans l'ordre, dans la vérité, dans la paix, plus on entre en puissance et en indépendance; et quand on se donne à Lui, on reconnaît de plus en plus qu'il n'y a que Lui. Grande vérité ! ainsi également démontrée, et par le semblable et par le contraire.

Ainsi, non-seulement Jésus-Christ est; mais il n'y a au fond de tout que Jésus-Ghrisï. La nature humaine, dans laquelle il est entré, est tellement son domaine, qu'on peut dire que, par la vie ou par la mort, elle relèvera ainsi toujours de Lui. C'est l'accomplissement de cette parole qui fut dite sur le berceau de son humanité : « Celui-ci est posé pour la ruine ou pour la résurrection K »

Quel homme , encore une fois , même de son vivant , et dans le rapide éclair de son passage, a eu cette puissance ? Evidemment, ceci passe l'homme. Et Jésus- Chrisï est tel après dix-neuf siècles, et, on peut l'affirmer sans crainte, à jamais. 11 est le contemporain souverain de tous les instants de la durée. Il tient la parole qu'il a prononcée Lui-môme en disparaissant aux yeux de ses envoyés : « Et voilà, Je suis avec vous ious les jours, jusqu'à la consommation du temps ^. »

Je suîs^ — tous les jours, — paroles que nous retrouverons sur les lèvres de Jésus-Christ parlant du passé,

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