‹ Jésus-Christ avant son ministèreChapitre 10 sur 37 · A AE · texte numérisé non relu

A AE

Le jour vint où sa mère lui expliqua le sens des paroles qu'il répétait. Elle lui paria de Dieu et de la création; elle lui raconta l’histoire glorieuse du passé : Abraham voulant sacrifier Isaac, Jacob et l’échelle de lumière, Moïseetle buisson ardent, la sortie d'Egypte et le passage de la mer Rouge, David et ses victoires, Judas Macchabée et le triomphe del’indépendance nationale. Jésus a connu de bonne heure tous les merveilleux récits de l’Ancien Testament. Les commandements de Jéhovah, ses promesses, ses menaces se sont gravés dans son esprit en traits ineffaçables.

Sa famille était certainement très pieuse, étroitement attachée au Judaïsme le plus strict, car chaque année son père et sa mère faisaient partie de la petite caravane des Nazaréens qui montaient à Jérusalem pour y fêter la Pâque, et

Jacques, le premier des frères de Jésus, sera plus

tard, même après sa conversion au christianisme, un Juif rude et austère. Il restera d’une dévotion étroite et méticuleuse, tenant à ne pas omettre un rite, et à pratiquer toutes les purifi-

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cations. Ce sont certainement là des impressions d'enfance, reçues dans un milieu très orthodoxe et très attaché aux espérances nationales. La piété de Jésus était, sans doute, d’une autre nature; aussi inquiéta-t-elle de bonne heure sa mère et ses frères. [ls essaieront, un jour, de le retenir, de le garder : ils iront jusqu’à le suspecter de folie. Nous pouvons en conclure avec certitude, que l'attachement le plus scrupuleux aux observances pharisaïques et la soumission entière à toutes les prescriptions de la Loi étaient la règle fixe de la vie quotidienne dans la maison du charpentier.

Quand Jésus eut six ans, ses parents l’envoyèrent à l’école. Celle de Nazareth se réunissait dans la synagogue dont la grande salle servait de classe pendant la semaine (1). Le maître était le personnage chargé de garder l'édifice, de prendre soin des manuscrits des Livres Saints,

1) Il en était ainsi dans les villages. Dans les villes et les gros bourgs (et Nazareth était peut être de ce nombre), l’école occupait probablement un bâtiment spécial attenant à la Synagogue.

et de veiller au bon ordre du service, les jours de Sabbat.

Jésus fréquenta cette école jusqu’à dix ou douze ans. À cet âge, il savait lire, écrire, calculer. Il devint alors ce qu’on appelait « fils du commandement », c'est-à-dire qu'il commença à être soumis à la discipline légale. Chaque matin et chaque soir, il récitera désormais le Schema (1) dont il sait quelques versets depuis son enfance. Car chaque matin et chaque soir, sur toute l'étendue du territoire de la Palestine, les Juifs bredouillent à la hâte ces dix-neuf versets, comme on dit un chapelet. Jésus n’a jamais approuvé ces « vaines redites ». Plus tard, il les condamnera formellement. Mais il n’a que douze ans, et il récite le Schema comme tout le monde. Aussi, ces dix-neufs versets furent-ils certainement l’objet de ses premières réflexions religieuses.

Il faut y joindre ce qu’il apprenait le samedi

:) Le Schema se composait des dix-neuf versets suivants : Deutéronome6: 4-9. — 11: 13-21. — Nombres 15: 37-41. Son nom lui venait du premier mot Schema qui signifie Écoute.

(jour du Sabbat), à un service fait à la synagogue, et spécialement destiné aux enfants. C'était une sorte de catéchisation à laquelle il avait été expressément recommandé à Marie de l'envoyer régulièrement. C’est donc le maître d'école qui, après sa mère, l’a initié à la lecture de l’Ancien Testament. |

Ainsi se passèrent les premières années de Jésus. Quelles impressions durent laisser dans son âme ce foyer, ces parents, ces frèrés et ces sœurs, cet intérieur où il avait été heureux ! Combien souvent il dut se rappeler, plus tard, cette maison paternelle, «ce père qui donnait de bonnes choses à ses enfants » (1), et ces petits garçons du bourg avec lesquels il jouait au:

mariage ou à l’enterrement, quand il s’amusait, en leur compagnie, à imiter les danses des noces de village ou à chanter les complaintes des pleureuses payées qui suivaient les services funèbres... paisibles et doux souvenirs du temps où il n’avait qu’à se laisser aimer |

(1) Ev. de Matthieu 7 : 11.

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