CHAPITRE Il
Premières croyances
L'enfant croit d’autorité ; il accepte tout ce que lui enseignent les personnes qui l’instruisent. Il ne s'étonne de rien, et ne songe pas à élever un doute quelconque sur les affirmations qu'on lui donne pour des vérités indiscutables. Plus tard, il examinera ses premières croyances ; il y renoncera peut-être, et, s’il les conserve, il devra les changer en convictions personnelles et réfléchies ; mais il aura commencé par la soumission sans contrôle, et, s’il a été élevé par des
parents croyants, 1l aura accepté tous leurs enseignements religieux, et y aura entièrement adhéré.
Ji en a été certainement ainsi de Jésus. Elevé dans une famille pieuse, il a cru tout ce que croyait un jeune Israëlite de ce temps-là. La foi de son enfance, simple, naïve, confiante, a été celle de Joseph et de Marie, celle des cercles pieux de la Galilée d'alors. Elle nous est connue par les livres juifs de cette époque et par quelques-uns des types dont le souvenir nous a été conservé.
Nous pouvons donc, assez exactement, savoir ce que Jésus a cru dans son enfance, et ce qu'étaient ces croyances reçues d'autorité dont il n’était, à aucun degré, responsable.
Qu’enseignèrent Joseph et Marie à leurs fils, quand ils commencèrent à grandir et à comprendre?
Les deux aînés, Jésus et Jacques, durent recevoir la même éducation religieuse, et ce que Jacques fut plus tard, et est resté jusqu’à la fin de sa vie, peut nous servir de renseignement, car il
eut l’esprit essentiellement conservateur. Nous avons dit que, même devenu chrétien, il garda du Judaïsme de sa jeunesse une impression ineffaçable ; à bien des égards, il resta ce qu'il était.
Or, Jacques a énergiquement défendu, toute sa vie,la Loi et les privilèges juifs. Il a été très fidèle au Temple et à la Synagogue, n’a pas cessé d'attendre le Messie glorieux des Pharisiens et a été, dans sa personne, un ascète à moitié ébionite, à moitié essénien. La légende ajoute à ces traits authentiques qu'il était saint avant sanaissance, qu'ilne but jamais ni vin, nMiqueur fermentée, ne se fit jamais raser la tête et avait renoncé aux onctions d'huile; toujours à genoux, il passaitson temps à prier — tableau de fantaisie dontquelques traits peuvent être historiques — ét il n’y a rien de téméraire à en conclure, comme nous l’avons déjà fait, que la famille du charpentier de Nazareth avait, selon toute probabilité, une profonde et ardente piété.
Mais, pouvons-nous créer de nouveau l’atmosphère au sein de laquelle vécut Jésus enfant dans sa famille, à cet âge où l’on subit tout
sans réagir contrerien ? Pouvons-nous dire quel était le courant d'idées et de faits, de croyances et de pratiques auquel Jacques se laissa docilement entraîner, et contre lequel Jésus devait lutter un jour P
Deux faits dominent ici: l’attente d’un Messie glorieux, et la doctrine del’accomplissement de la Loi, justifiant l’homme devant Dieu. Joseph et Marie apprirent à Jésus qu’il fallait être très scrupuleux dans la pratique des rites et très fidèle à attendre « la Consolation d'Israël ».
Or, ces deux croyances furent précisément celles sur lesquelles Jésus émit plus tard des idées nouvelles, entièrement originales, et qui devinrent le fond même, et la raison d’être de la réaction qu’il provoqua.
Au-dessous d’elles, si l’on peut s'exprimer ainsi, il y avait, au fond de l’âme de l’enfant, un enseignement religieux primitif, et commun à tous les Juifs de son temps, sans exception. Cet enseignement, le voici, tel que Marie dut l’exposer à son fils: Elle lui apprit, tout d’abord, à croire au Dieu unique qui est le seul vrai Dieu, qui a créé le ciel et la terre, qui a fait du peuple
d'Israël son peuple préféré, et qui lui donnera,un jour — et ce jour sera prochain — la suprématie sur toutes les nations.
Ce fut là certainement la première notion religieuse que reçut l’entant.
Que son peuple fût le peuple préféré, il n’y avait pas à en douter, car il avait un livre, la Thorah, dicté par Dieu à Moïse, du premier mot jusqu’au dernier, et qui le disait. De plus, Jérusalem est au centre du monde, et toutes les nations environnent la Palestine ; ce qui indique que la Palestine est la « Terre Sainte », et que les Juifs sont appelés à dominer sur tous les peuples.
La terre est un disque plat très étendu, autour duquel tournent le soleil, la lune, les étoiles, et Dieu est dans le ciel ou dans les cieux, c’est-àdire « là-haut », au-dessus de la surface bleue que nous apercevons sur nos têtes. De là, il dirige le monde et ses habitants.
L'enfant apprit aussi qu’il y a deux parties du monde : la terre d'Israël et ce qui n’est pas terre d'Israël. Les hommes se divisent en deux classes : les Juifs etles Païens, ceux « dudedans »
et ceux «du dehors». Au delà de la terre occupée par les Gentils, avait-on appris à l’enfant, il y a la mer, dont nul ne sait l’immensité.
Dans le ciel, se trouvent tous les justes qui ont autrefois vécu. Abraham est le premier de tous. Un festin éternel y est célébré, et les meilleurs sont à table, « couchés dans le sein d'Abraham ».
I y a aussi, dans le ciel, le trône de Dieu que ses anges entourent par centaines de légions, chacun suivant son rang. Les premiers, qui se tiennent le plus près de l'Eternel, sont les archanges. Tous chantent les louanges de Dieu ; quelques-uns sont aussi ses messagers auprès des hommes; car Dieu, qui habite une lumière inaccessible, et dont la sainteté est parfaite, n'entre en rapports avec un monde pécheur que par des êtres intermédiaires. Les hommes voient parfois des anges leur apparaître, tantôt en songe, tantôt en état de veille. Ils portent leurs prières jusqu’au trône de Dieu, et protègent les fidèles. Ils sont alors de véritables anges gardiens. Chacun a le sien, qui signale à Dieu les