‹ Jésus-Christ avant son ministèreChapitre 13 sur 37 · A PT EN ART RUN À · texte numérisé non relu

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dangers que court celui sur lequel il veille, et qui implore pour lui son assistance. À la mort du fidèle, les anges viennent le chercher, et le portent dans le ciel. Si sa piété a été grande, il est déposédansle sein même d'Abraham, etil célèbre avec lui le banquet éternel. Ceux des anges qui restent au ciel contemplent la gloire de Dieu, ou prient pour les hommes. Dans l’histoire du peuple élu, les anges ont joué un rôle prépondérant ; ce sont eux qui ont construit l’arche, et donné la Loi à Moïse, ce sont eux qui, aujourd’hui, gardent le trésor du Temple. De plus, chaque force de la nature a son ange : la pluie, la rosée, le vent, le brouillard, la grêle, le feu, etc., etc. Tout le monde en est persuadé. Les Sadducéens, seuls, ne croient pas aux anges.

[1 y a aussi un autre monde invisible appelé le Royaume des Ténèbres ou Royaume de Satan.

Ce nom est celui de son prince qui règne avecla

permission de Dieu. Ce Satan, qui reçoit aussi les noms d’Asmodée, Bélial, Beelzébul, Diable, etc., etc., est un personnage très réel et vivant, qui tourmente les hommes et les entraine au

mal. Il a sous ses ordres des armées innombrables de démons, esprits invisibles et malfaisants, dontnous sommes constamment entourés, et qui vivent dans les airs; aussi les appelle-t-on parfois

« les Puissances de l’air ». Ils errent d'ordinaire

dans les déserts et les endroits inhabités, surtout si ces lieux sont arides.

Les démons sont cause de presque toutes les maladies. Ils font aussi tomber dans le péché. Il y a, d’ailleurs, une corrélation étroiteentrele mal moral etle mal physique. Il arrive parfois qu’un démon, ou le chef lui-même, Satan, s'empare entièrement du corps et de l’âme d’une personne. Le malheureux peut être même la proie de plusieurs démons réunis. Leur expulsion est toujours possible. C’est aux hommes pieux, et particulièrement aux Docteurs et aux Rabbis, que Dieu confère le pouvoir de chasser les démons. Eux seuls savent guérir, et ils ont pour cela des procédés spéciaux : attouchements, prières, jeûnes, etc., etc.; chacun a les siens, et il faut, à cause de cela, avoir pour les Rabbis le plus grand respect.

Les guérisons sont ce que l’on appelle des

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« signes », c'est-à-dire des marques de la présence d’une puissance supérieure bienfaisante, ou plutôt de la puissance bienfaisante par excellence, celle de Dieu. Il y a aussi des« signes » qui sont les marques de la présence d’une puissance supérieure malfaisante, ou plutôt de la puissance malfaisante par excellence, c’est-à-dire celle du Diable.

Ces pouvoirs divers, ces « Puissances » invisibles font sans cesse sentir leur présence, et alors, rien d’extraordinaire, d’inusité, d’extravagant n’est impossible. Beaucoup ont vu de ces signes, de ces miracles, et tout le monde désire en voir. « Les Juifs demandent des miracles » (r), et Joseph et Marie croyaient certainement, comme tout le monde, au surnaturel sous sa forme la plus étrange, par exemple à des esprits dont le corps n'avait jamais existé, ou aux anges du feu, de l’eau et du vent, à un monde invisibie, enfin, trahissant partout etsans cesse sa présence et son action. :

(1) Saint Paul r°° Ep. aux Corinthiens r : 22.

Il nous est difficile aujourd’hui de nous représenter l’état d'âme très particulier que supposent de semblables croyances. Si l’on nous parle, par exemple, d’une guérison subite survenue de nos jours, si surprenante qu'elle soit peut-être, nous l’expliquons toujours par l’action d’une force naturelle; connue ou incon-

nue, c'est elle qui a agi, nous n’en doutons pas:

un instant; et sion nous affirmait une résurrection de mort parmi nos contemporains, Si même nous en étions témoins oculaires, nous l’expliquerions immédiatement, soit par un sommeil léthargique, soit autrement; mais, même si nous ne pouvions l'expliquer, nous n’admettrions pas un instant une résurrection véritable se produisant de nos jours, c’est-à-

. « . , fe dire le retour à la vie d’un corps réellement

mort. Bref, aujourd’hui, nous chercherons toujours, et sans hésiter, une explication naturelle à tout ce qui semblera être un miracle, et, si nous ne trouvons pas cette explication, nous n’en affirmerons pas moins avec certitude qu'elle existe.

Au temps où Jésus fut élevé et grandit, il en

était tout autrement. Si on n’admettait pas tout de suite, et si l’on ne trouvait pas tout simple un miracle très surprenant, la résurrection d’un mort, par exemple, et si on demandait des preuves, du moins était-on très peu exigeant sur ces preuves, et ne trouvait-on rien d’impossible au prodige lui-même, car on croyait tout possible, absolument tout, n’importe quoi. Aujourd’hui, nous déclarons a prior: impossible tout ce qui est en dehors du cours naturel des choses. Nous avons tort, peutêtre; nous sommes peut-être trop fascinés par la notion de l’immutabilité des lois de la nature, et il est fort possible que l’avenir apporte un correctif à la rigueur inflexible avec laquelle nous rejetons tout ce qui ne nous paraît pas conforme à l’ordre connu de l'Univers. Mais, pour le moment, il en est ainsi; et alors, nous avons quelque difficulté à nous représenter l’effet que faisait un miracle sur l’esprit d’un habitant de la Palestine au ref siècle. La médecine scientifique n'existait pas; les remèdes empiriques étaient seuls employés, et chacun avait les siens. Une résurrection de mort

passait pour chose fort possible et même fort probable.

La conviction de la prochaine apparition du Messie appartenait à cet ordre de croyances surnaturelles. Les parents de Jésus avaient, sans nul doute, raconté à leur fils qu’il y aurait, dans un avenir fort rapproché, une révolution soudaine qui serait marquée par l'apparition d’un Libérateur. Les malheurs sont grands ; la patrie est humiliée, et les Romains font durement sentir la perte de la liberté, que les Macchabées avaient naguère reconquise.

Les grands faits de cette époque glorieuse furent certainement souvent racontés à l'enfant Jésus et mis en contraste avec la tristesse présente. On n'attend plus rien des hommes ; mais on attend tout de Dieu. On vit aux derniers temps, et ces mots: Maran Athä (1), que saint Paul nous a conservés dansleur forme originale, durent souvent retentir aux oreilles de l'enfant.

(1) « Le Seigneur vient. » Saint Paul, 1 Epître aux

Corinthiens, 16 : 22.

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Peut-être, disait-on, le Messie est-il déjà né?

Car il doit rester caché jusqu’au jour de sa

manifestation. Cependant, il y aura des signes, au dernier moment. Elie se montrera le premier ; puis viendra le Messie qui ne sera qu’un homme, mais un homme supérieur, un être idéal, l’Oint du Seigneur, le roi d'Israël. Il sera prophète, et ne commettra aucun péché. Ses jours seront des jours de consolation. Il faut l’attendre,en

menant une vie pieuse et austère, strictement

attachée aux observances pharisiennes.

Quand le monde à venir commencera, les bons auront un corps nouveau, et les méchants seront éternellement punis. Jérusalem, devenue capitale du monde, sera toute d’or, de cyprès et de cèdre. Dans le Temple, on célèbrera un sabbat perpétuel, et les rois de la terre se pros-

terneront devant les Juifs.

Cette ère de prospérité ne s’établira qu’après d’épouvantables malheurs, qui formeront la

transition entre « ce siècle-ci » et « le siècle à venir ». Aussi, les pauvres gens, les habitants des Villages s’effrayaient-ils beaucoup de la venue

de l’ère messianique. Des prédicateurs pharisiens, à la parole enflammée, venaient leur décrire d’affreuses calamités : la guerre de Gog et de Magog, des famines, des guerres, des tremblements de terre. — Mais, ajoutaient-ils, — et ces paroles réconfortaient les malheureux et les pauvres, — la justice régnera ensuite. Dieu qui a imposé aux petits le fardeau de la vie, ne peut l'avoir fait sans compensation. Qu'ils observent la Loiet les traditions ; ilsacquerront des mérites qui leur confèreront des droits devant Dieu; et alors eux, les derniers, deviendront les premiers. — Et ces humbles reprenaient leur tâche avec douceur, après avoir entrevu les glorieux triomphes et vu surgir le fantôme de la Jérusalem éternelle (1).

(1) Nous n’exposons là que les notions courantes de la classe populaire sur le Messie à venir. Plus loin, dans le chapitre intitulé : Etudes et lectures, nous parlerons plus complètement des croyances messianiques des Juifs de ce temps-là, d’après leurs livres sacrés ; et nous reviendrons encore sur ce sujet dans le chapitre intitulé: L'Idéal messianique de Jésus à trente ans. Ces distinctions sont tout à fait nécessaires à l'intelligence du développement des idées de Jésus sur cet important

sn se

Pour apprendre à pratiquer la Loi, il faut l’étudier. Elle n’est pas, d’ailleurs, le seul livre divin. Tous les écrits légués par le passé le sont aussi, et il faut lire l’histoire du peuple et méditer les prophéties dans le volume intitulé les Prophètes.

Il y a encore d’autres ouvrages extrêmement importants à lire, pour quiconque veut être un

peu au courant de « ce qui doit arriver bien-

tôt ». Enfin, les traditions des pères sont ellesmêmes des inspirations divines. Mais la Loi

- passe avant tout. Attendre le Messie et pratiquer

la Loi, voilà, en deux mots, les devoirs de piété du Juif fidèle.

Cette pratique de la Loi est essentielle à la

-justification devant Dieu. La vie morale consiste

uniquement en prescriptions légales ; aimer son prochain est important sans doute, mais il est tout aussi important de dimer sa récolte, de

sujet. Car il y eut chez lui : 1° Les croyances de l'enfant, les notions naïves répandues dans le peuple; 2° ce que lui apprirent ses lectures personnelles; et enfin, 3° les notions qu'il acquit à trente ans, lorsque lui-même fut convaincu qu'il était le Messie attendu.

s'abstenir de viande de porc, et de ne pas dépasser le nombre de pas réglementaire le jour du sabbat.

Sur ce point, on le comprend, Jésus dut

éprouver immédiatement le besoin de réagir ;«et

le souffle de réaction qui anime, dès le premier jour, son enseignement, a peut-être son origine dans le caractère méticuleux et étroit des prescriptions auxquelles il avait été soumis dans‘ maison paternelle, etauxquelies son frère Jacques s’adonnait avec la plus rigoureuse servilité. Car, ce que Jésus a dû surtout apprendre chez ses parents, c’est à accomplir les rites : réciter Le Schema, ne pas oublier une purification, avoir des franges sacrées à son manteau, et des phylactères à son bras. Il est infiniment probable que Joseph et Marie se soumettaient, avec une piété vraie, d’ailleurs, et un profond sentiment religieux, à toutes les petitesses de la dévotion pharisienne. «D’après elle, tout était réglé, ‘et

chacun savait ce qu’il avait à faire pour marcher,

s'arrêter, travailler, se reposer, manger, dormir, voyager.

Nous nous représentons, en Josephet Marie, deux Galiléens à l’âme simple et confiante, faisant tout ce que les Scribes leur disent, parce qu’ils croient très sincèrement que c’est Dieu Jui-même qui l’ordonne. Ils inculquent à leurs enfants le respect des croyances et des pratiques religieuses, l’assiduité et la régularité dans l’accomplissement des devoirs rituels, la soumission à tout ce qui les dépasse. Ils croient sans discuter.et sans comprendre, fidèles à attendre Celui qui «élèvera les petits et abaissera les superbes». Hs sont de ces petits,et on leur a appris que la pauvreté est un mérite, que dans les basses classes seules se trouvent les vrais patriotes, que le luxe est un péché, et que les riches sont impies parce qu'ils sont riches.

Tel fut le mélange étrange de vérités et d’erreurs dont l’âme de l’enfant Jésus fut d’abord imprégnée.

Rejeta-t-il immédiatement les erreurs, par cette intuition profonde et sûre d'elle-même qu'il eut toute sa vie? Nous n’en doutons pas un instant.

S'il se soumit aux rites, et les pratiqua,

comme il devait le faire, à l’âge où l’enfant doit se soumettre, il obéissait d’abord à son Dieu, à ce Père, dont « les choses » l’occuperont sans cesse ; et l'inquiétude que sa conduite au Temple va jeter dans l’âme de ses parents, ne sera certainement qu’un détail de l’inquiétude que leur causera souvent, à partir de ce jour, l’indépendance d’esprit qu’il montrera de bonne heure en face d’erreurs manifestes. Sans doute, il croira aux anges et aux démons, il croira que la Loi a été dictée par Dieu, et il croira d’abord que le Messie règnera sur la terre; mais il n’admettra jamais que l’accomplissement des rites nous met en règle avec Dieu, et que les purifications légales peuvent remplacer la conversion du cœur. |

Tout cet enseignement religieux qui lui est imposé d’autorité, éveillera dans s£ : âme un désir immense et un impérieux betoin de se rendre compte par lui-même, de se former des convictions personnelles, d'étudier, en un mot, par tous les moyens que Dieu mettra à sa portéé, et de s'occuper lui-même des « affaires de son Père, » tout en restant fils soumis et respectrieux.

- Caril sent vivre en lui quelque chose qui dépasse et domine toute cette religion de ses parents, quelque chose qui proteste et qui comprend ce qu’ils né comprennent pas. Il se sent supérieur à eux. Que va-t-il se passer dans l’âme hr de cet enfant? |

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