‹ Jésus-Christ avant son ministèreChapitre 17 sur 37 · REED DE PEN · texte numérisé non relu

REED DE PEN

appellera Jésus «le fils du charpentier »(1), eton le verra accompagnant son père, partageant son dur labeur, et apprenant de bonne heure à se

sentir responsable.

Puis, Joseph mourut, et tout porte à croire.

que ce fut peu après, car il n'est plus jamais parlé de lui, et Jésus, le fils du charpentier, devient « le charpentier » (2).

Il continuera donc le métier paternel, et sera désormais le soutien de sa mère et le chei de la famille. Pendant de longues années, iltravaillera de cet état pénible entre tous, et il sera, sans doute, le seul charpentier du village. Ilira établir la toiture des maisons nouvelles, et réparer celle des maisons vieillies. On le rencontrera dans ses humbles vêtements d'ouvrier, portant une simple tunique de laine, et le turban sur la tête; équarrissant des poutres, maniant la hache et la scie, dirigeant les hommes qui l’aident; puis, rentrant le soir au logis, pour man- ger le pain et les œufs durs que sa mère lui a

(1) Ev. de Matthieu 13: 55.

(2) Ev. de Mäüc 6: 3.

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préparés, avant de décrocher de la muraille le - grabat et la couverture, sur lesquels il reposera quelques heures ses membres fatigués.

Quelques traits de sa vie nous permettent de deviner ce qu'il était avec les siens, dans l’intérieur de la famille.

Lorsque, dans la chambre haute, aucun des apôtres ne se dispose à laver les pieds des convives, c’est lui, le Maître, qui se charge de cet humble office. Nous en concluons que l’empressement à servir et à rendre des services, dut être un trait de son caractère dès l’enfance.

Un autre, c'est le penchant au recueillement

et à la prière. Quand nous le voyons, dès le début

de sa vie publique, passer la nuit entière à prier, ne surprenons-nous pas là une habitude an-

cienne, et la prière n’avait-elle pas été, dans sa

jeunesse, « la respiration de son âme»?

Un troisième trait qui s'impose, c’est le support, la charité. Dans une de ses premières prédications publiques, il parle d'aimer ses ennemis, de pardonner à ceux qui vous font du mal, de donner, sans espérer rien recevoir.

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Qui osera dire que ces préceptes ne lui étaient pas inspirés par le clair et doux souvenir de l'amour qu'il avait montré à tous à Nazareth? Enfin, la sollicitude avec laquelle il s’est occupé de sa mère au moment de mourir, et son double cri: « Voilà ton fils!» « voilà ta mère! » (r) nous disent assez de quelle tendresse il l’a toujours entourée ! FRA

Cependant, Jésus «croïten sagesse, en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes» (2); il passe de l'enfance à l'adolescence. Le voici arrivé à l’âge où l'attention s’éveille ; il se pose des questions ; il observe ce qu'il voit; il réfléchit sur ce qu’il entend. Aussitôt après son premier voyage à Jérusalem, et quels que soient ses travaux manuels, il se met à s'occuper « des affaires de son Père ». Le Hazzan (3), sa mère, et peut-être aussi quelque chef de la synagogue, ont

(1) Ev. de Jean 19 : 27.

(2) Ev.. de Luc 2 : 52.

(3) On appelait ainsi le personnage chargé de garder la Synagogue et de prendre soin des manuscrits des Livres Saints.

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été, jusqu’à ce jour, ses seuls instructeurs religieux. [ls ne lui suffisent plus désormais.

«S’occuper des affaires de son Père», ce sera — son attitude à Jérusalem nous l’a montré — interroger les Docteurs et leur faire des questions. Nous en concluons avec certitude qu'il étudia les partis religieux de son peuple, et que son regard curieux et interrogateur se porta sur tout ce qui prétendait être une autorité

religieuse,

L'observation fut un des facteurs importants de l'instruction de Jésus. C’est de l’observation, par exemple, qu'il tenait, toute sa science pratique de la vie. Ce qu'il n’avait pas vu, il ne le

savait pas. I] n’a pas vu de grandes capitales, de

grands empires; il n’est certainement jamais sorti de Palestine, et il n’avait qu’une imparfaite idée de l'empire romain et du pouvoir de « César ». On peut dire, sans doute, que lorsqu'il décrit les rois comme des personnages qui ont de beaux habits, demeurent dans des palais, ont beaucoup d’esclaves chargés de faire leurs com-

missions, et d’aller, de leur part, chercher les

gens qu'ils ont invités à dîner (1), il n’emploie

ce langage enfantin que pour se mettre au ni-.

veau de ses auditeurs. Il n’en est pas moins

certain qu'il ne vit jamais de roi, et qu’il ne

connut d'autre souverain que le titrarque Hérode

Antipas. Il ne pouvait donc parler des grands

de la terre que par ouï-dire.

Mais ce qu'il avait vu, ille savait. Il avt un

don de pénétration, une puissance et une acuité

de vision d’une extraordinaire intensité, et la profondeur d'observation que suppose la moindre de ses paraboles est véritablement prodigieuse.

I a tout vu à Nazareth, et, de ce qui se passe

dans son village, il n’ignore rien.

Les mœurs des hommes et des bêtes, la viedes

animaux dans les bois, dans les champs, dans le fermes ; les loueurs à la journée; le trafic au marché; les rapports des ouvriers et des proprié-

taires; le prix des denrées; les habitudes des villageois ; le parc où l’on met, la nuit, le trou-

peau; le berger qui cherche une brebis égarée ; la poule qui appelle ses poussins; la nécessité

(r) Ev. de Matth. 11 : 8; 18 : 23 ;.22 : 2 et suiv., etc.

de bien choisir le terrain sur lequel on construira ; la lenteur avec laquelle un grain de sénevé se transforme en un grand arbre; le sort des différentes poignées de grain jetées par le semeur, les uns perdus pour divers motifs, les autres allant mourir dans la bonne terre pour revivre ; la fabrication du pain; la différence du vin vieux et du vin nouveau; la manière de raccommoder les habits, et l'importance de laver les plats au dedans comme au dehors, tout lui est familier, et rien de la vie journalière ne lui reste étranger.

… Ce don d’observer et d'apprendre par l’ob- ‘ 5 ;

“ servation, il le porta, avant tout, sur les cou- À tumes religieuses qui se manifestaient autour

‘ 1 de lui. | 1 [1 n’a certainement jamais fréquenté les écoles

des rabbins de Jérusalem, celle d’Hillel ou celle de Schammaï. On ne le vit point parmi leurs élèves. Il était charpentier; les habitants de Nazareth le connaissaient comme tel, ‘et, plus tard, quand on l’entendit parler, on s’étonna

précisément de ce qu’il savait tant de choses et

avaitune telle sagesse, lui qui n’était que « le charpentier ».

Mais de là à conclure que Jésus ne fit aucune étude, il y a loin. Il est certain, pour nous,quede dix àquinzeans, ilétudia, à l’école de Nazareth, la loi traditionnelle et les minutieuses réglementations dela vie israëlite. Il les a trop bien connues pour qu’il en fût autrement et, d’ailleurs, tout jeune homme qui se proposait d'approfondir un peu les choses religieuses, se livrait à cette étude. Sansdoute, Jésusne posséda jamais niparchemins ni diplômes; il fut autodidacte, c’est-à-dire, qu’il s’instruisit lui-même. Mais il fut un Rabbi ; on l’appelait Rabbi Jehosuah Natserieh, c’est-à-dire, le Rabbi Jésus de Nazareth; or, c'était là une sorte de profession, de carrière à laquelle il fallait s'être initiéen acquérant certaines connaissances. Si le premier venu pouvait s’improviser Rabbi, il ne le faisaitcependant qu’à bon escient, etaprès s'être préparé à sa tâche.

Le Rabbi était un personnage que l’on consultait, qui guérissait les malades, qui avait des

disciples, qui prononçait des aphorismes, des sentences. Quelles études avait-il faites Des

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