‹ Jésus-Christ avant son ministèreChapitre 18 sur 37 · ETES · texte numérisé non relu

ETES

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‘études qui n’avaient pas un programme fixe, et

qui ne se terminaient pas par des examens conférant un titre et un grade. Ces études, ces examens, ces certificats, étaient l'affaire du Docteur dela Loi, Le Rabbr était plus libre; il

l'était même tout à fait. Rabbi était un nom

que donnait le peuple à quiconque prenait de l’ascendant sur lui et lui rendait des services. Mais cet ascendant, cette autorité qui attirait l'honneur d’être appelé Rabbi, on ne pouvait y

prétendre qu'après avoir acquis certaines con-

naissances, et ces connaissances, Jésus les acquit certainement. Il a trop bien su le fort et le faible des partis de son temps, pour n'avoir pas observé ces partis de très près, et vécu avec

eux dans le plus étroit contact.

Chaque jour de Sabbat, après la Synagogue, les hommes pieux de la cité seréunissaient pour

lire et méditer. On discutait, on argumentait. A

qui féra-t-on croire que Jésus, après l’âge de quinze ans, n’alla jamais à cette école de rabbins, où on se livrait à une étude approfondie des Ecritures, en commençant par le Lévitique, pour passer en revue toute la Thorah et ensuite

{ les Prophètes? Jésus alla certainement assister aux réunions de ce genre qui se tenaient à Nazareth. La preuve qu'il a fréquenté les endroits où

les Scribes argumentaient, c’est qu’il a appris

leur manière de raisonner.

C’est par des arguments semblables aux leurs, qu'il démontre que la Résurrection des morts est

dans le Pentateuque (1), qu'il répond aux.

Sadducéens niant la vie future (2), et qu'il de-.

mande comment le Messie peut être à la fois le

fils et le Seigneur de David (3). Si l’exégèse rab- à

binique lui a été familière, c'est qu’il l’a apprise en entendant les Docteurs expliquer la Loi et les Prophètes. Nous pouvons donc tenir pour certain, que Jésus se prépara à son ministère par une connaissance très sérieuse et une étude très attentive du Judaïsme des écoles.

I fit plus : il apprit à parler. La grande habi-

(1) Ev. de Matth. 22: 31 et 32. Ev. de Marc 12: 26 et 27. Ev:idé Luc 2403716858.

(2) Ev. de Matth. 22: 23 et suiv. Ev. de Marc 12: 18 et suiv. Ev. de Luc 20: 27 et suiv.

(3) Ev. de Matth. 22: 45. Ev. de Marc. 12: 37.

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tude de la parole publique, qu'il eut dès le premier jour, suppose une préparation qui ne fut pas l'affaire d’un jour. Cette préparation fut si complète que, pendant son ministère, il donna toujours à sa parole la forme la plus admirablement achevée; si achevée que toute trace de travail a disparu. On ne peut en découvrir aucune, .même dans les paraboles, dont la structure est si parfaite. Il est donc impossible de dire ce que fut ici la préparation de Jésus. Elle n’en est pas moins certaine; car si, plus tard, il fut souvent appelé à improviser, c’est évidemment qu’il avait appris à le faire.

Jésus a donc fait, comme tout homme, ses expériences : il s’est créé lui-même, à l’aide des circonstances, des épreuves et des luttes extérieures qu’il a dû livrer. Il a profité de tous les moyens de s’instruire que Dieu mettait à sa portée. Son caractère, son esprit, son intelligence, son âme entière ont sans cesse grandi pendant ces dix-huit années. Il a prêté l'oreille aux leçons que lui donnaient les événements du . jour, patriotiques ou religieux; il a connu l’hostilité des hommes, il a été instruit par elle.

Je tiens aussi pour fort probable, que Jésus fit des séjours à Jérusalem pendant les dix-huit années qui le séparaient de sa vie publique. Il dut continuer à s’y rendre aux fêtes de Pâque. Il y alla, peut-être aussi, aux autres fêtes. Celle des Tabernacles était très populaire, et son désir d'apprendre, l’ardent intérêt qu'il portait aux « choses de son Père », le souvenir qu’il avait gardé de son premier séjour à Jérusalem, de sa

première entrevue avec le Temple, tout m’induit

à croire que ses pas le portèrent souvent vers la ville sainte, car il est bien difficile d'admettre qu’il rentra à douze ans à Nazareth pour ne plus en sortir.

Mais ses absences ne furent jamais longues; il ne fit point de voyages lointains, et Nazareth fut certainement son constant séjour. Pendant trente ans, il eut sous les yeux le maigre et étroit horizon de son village. Pendant trente ans, il a vécu au milieu de ces cabanes, de ces aires, de ces pressoirs. Pendant trente ans, il a vu ces montagnes dont les moindres contours, depuis sa tendre enfance, lui étaient familiers. La physionomie de ce paysage s’est

alors gravée dans sa mémoire pour ne s’en effacer jamais. C’est ici, parmi ces buissons et ces roses, qu'il a reçu sa première impression du monde, et qu'il a senti s’éveiller dans son âme une admiration pour la nature, qui a toujours été en grandissant. Dans l’éclat des anémones rouges qu’il appelait des lis, il a vu resplendir la gloire de son Père, et, sur ces collines silencieuses, il à senti sa présence et est resté de longues nuits à le prier.

Parmi les actes préparatoires de sa vie publique, il faut compter la prière, les heures passées avec le Père. Il savait « fermer sa porte » et « prier le Père, qui le voyait dans le secret »; mais c’est surtout sur les hauteurs qui entouraient le bourg qu'il trouvait la solitude et l’isolement. Il n’est peut-être pas une des collines qui avoisinent Nazareth sur laquelle il n’ait prié. Nous avons déjà remarqué que si, pendant son ministère, il aimait à se retirer dans la montagne, et y passait parfois la nuit entière, seul avec le - Père, il le fit certainement, et sans cesse, dans ses longues et fécondes années de préparation.

go JÉSUS-CHRIST AVANT SON MINISTÈRE .

Ilest une des hauteurs dominant le village qui dut souvent l’attirer (1). On y admire une des vues les plus belles de la Palestine, et il est. hors de doute que Jésus l’a souvent contemplée. Ce sommet est au Nord ; il est le plus élevé des environs immédiats du bourg. Si, à Nazareth même, la vue est des plus bornées, ici, au contraire, le panorama est immense. Voici, au Sud, les montagnes de la Samarie, au delà desquelles on devine la triste et froide Judée. Au couchant, la chaîne du Carmel, le double sommet qui domine Megiddo; et, dans le lointain, dans l'infini,’ les eaux bleues de la Méditerranée. Au Nord on aperçoit les montagnes de Jafed, qui vont mourir dans la mer, et, tout au fond, le pic neigeux du grand Hermon. Puis, si l’on se tourne vers l'Est, le regard s’arrête sur les montagnes du pays de Sichem et surle mont Thabor, aux formes gracieuses et arrondies.

(1) Aujourd’hui le Djebel-ès-Sikh, à 542 mètres d’altitude. Nazareth est déjà à 273 mètres au-dessus de la mer et à 100 mètres au-dessus de la plaine d’Esdrelon. Au sommet du Djebel-ès-Sikh, on visite aujourd’hui le petit Ouély de Nebi Ismaël.

Voilà le spectacle que contemplait Jésus. C’est là, du côté du soleil levant, qu'après une nuit de recueillement et de prières, il entrevoyait la vallée du Jourdain, dont il devait plustard faire le théâtre de son activité ; et, au delà du fleuve, la Pérée avec ses hautes plaines ; tandis qu’autour de lui, à ses pieds mêmes, s’étalaient la prodigieuse richesse d’une végétation intense, et des terres d’une fertilité telle qu’on les comparait au Paradis.

C’est dans cette nature que Jésus vit, sans cesse, la face de son Père. Ce Père, il le connaît et il l’aime de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de toute sa pensée, depuis le jour où sa pieuse mère lui a appris à balbutier son nom ; et, après avoir trouvé sa paternité dans l'Ancien Testament, dans le récit merveilleux des délivrances accordées à son peuple, il la trouve sur les hauteurs solitaires qui dominent Nazareth.

Redescendu de la colline, il la trouve encore, et partout, et toujours, dans la nature qui l’entoure. Elle est le reflet du monde invisible ; elle est comme transparente, et l’image sereine et

bienveillante du Père lui apparaît à travers toutes choses. Les travaux de la campagne, les mœurs des animaux, le lent développement des plantes, la rude tâche des bergers et des laboureurs, tout l’intéresse et l’attire, tout servira de matière à son enseignement, tout sera pour lui la preuve de l’activité incessante du Père céleste et de son amour infini. Il y a là, pour lui, une révélation permanente qui le préserve du Rabbinisme sec et dur de ses contemporains. Il emmagasine des faits, il accumule des expériences, dont plus tard il ouvrira le trésor inépuisable à ceux qu'il instruira.

Ce fut enfin dans ces heures de solitude que se posa pour lui la question de sa destinée, Pourquoi suis-je au monde ? Quelle est ma mission P Que sera ma vieP Il interroge son Père ; il s'occupe de ce qui le concerne. La Synagogue lui a révélé l'existence d’une foule de questions

| religieuses, et n’en a pas résolu une seule. Il a lu les Prophètes, et la mission de son peuple lui la été révélée. Mais une question renferme toutes les autres et s'impose à lui : Qui sera le Messie? Quand paraîtra-t-il? Quelle œuvre accomplire=

? Dix-huit années se passeront ainsi, et il

arrivera lentement, mais sûrement, à cette con- viction inébranlable : le Messie! c'est Hot \ se jé

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