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Cependant, qu’on ne se méprenne pas sur la vraie pensée de Jésus. Si la préparation du Royaume est purement spirituelle, et s’il sépare la politique de la religion, ce n’est pas que Jésus n’aitune sympathie profonde pour les espérances nationales de son peuple. Il nourrit l’espoir que ce peuple comprendra que le Royaume sera
. uniquement religieux et qu’il pourra être, en même temps, le Royaume national prédit par les prophètes et que tous attendent. Il espère préparer, au sein de sa nation, par les moyens pacifiques, par la persuasion et l'amour, la venue d’un Royaume dont le chef, c’est-à-dire lui-même, sera acclamé par les Pharisiens. Il ignore, sans
doute, commentles Romains pourront être écartés sans que l’on emploie la force. Il compte peut-
à être, comme tous ses contemporains, sur une
intervention miraculeuse du Père céleste; mais:il est évident que s’il choisira douze apôtres, c’est parce qu'il songe au relèvement national des douze tribus, et, par suite, à l’établissement du
Royaume sur la terre et, dans ce sens, d’un
Royaume visible. Il dira à Pierre: «..... dans ce
siècle-ci....… (1) » Il lui promettra donc une
(1) Ev. de Matth. 26: 39 et parall.
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178 JÉSUS:CHRIST AVANT SON MINISTÈRE a ve e :
récompense ‘éclatante et publique, dans le temps présent aussi bien que dans le siècle à
venir.
J'irai plus loin et je dirai-que cette espérance
ne l’a pas abandonné, même quand sa mort a été certaine. Il n’a pas combattu la demande des fils de Zébédée (1) et n’a pas nié qu’un jour il ne dût siéger dans la gloire,avec ses apôtres assis à ses côtés. Son martyre précédera sans doute cette glorification ; mais il y aura des places à sa droite et à sa gauche, et le Pêre les donnera. Lorsqu’en Gethsémané, il dira: « Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi (2), » cette prière n’a aucun sens, si elle ne signifie pas qu’il espère contre toute espérance que son Royaume s'établira sans la croix; à bien plus forte raison l’a-t-il espéré aux jours de la tentation, se disant alors : Mon peuple peut me reconnaître et m'acclamer. Et cela, il se le dira jusqu’à la fin, croyant toujours à un revirement possible.
Jésus a donc toujours pensé qu’il pouvait être
{1) Ev. de Luc 18: 30; de Matth. 19: 27-20.
(2) Ev. de Matth. 20 : 20 et suiv. et parall.
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reconnu comme Messie national et Libérateur religieux. Jusqu’au dernier jour, il S’efforcera de gagner les Juifs, et aura l’indestructible espoir
‘que son peuple échappera à la catastrophe de
l’an soixante-dix en se soumettant à lui.
Aussi, va-t-il se donner tout entier à cette œuvre, où il déploiera une infatigable activité. Il ne dira pas encore : « le Fils de l’homme est venu pour donner sa vie », car il croit qu’il est venu: pour préparer l'avènement du Royaume par son activité sainte et miséricordieuse. Mais il dira : « Le temps est accompli» (r)'; le
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Royaume est imminent; il est même déjà virtuellement présent dans la personne de son chef.
Dès le début, il a, lui, la première place dans le Royaume futur, car il est « Celui qui devait venir»; mais il ne'se prêchera pas encore lui- ‘même ; il ne prêchera que « l'Evangile du Royaume », c'est-à-dire la Bonne Nouvellequile prépare, et ne rompra nullement avec les Pharisiens. La rupture avec eux, c’est-à-dire avec le
Judaïsme (car les Pharisiens, rappelons-le, c’est (1) Ev, de Marc 1:15:
tout le Judaïsme véritable), ne viendra que beaucoup plus tard. Pour le moment, ïl épanouit le Judaïsme, il l’accomplit en restant dans le grand courant des meilleures idées pha-
risiennes, c’est-à-dire, en prêchant une large
spiritualisation du Royaume de Dieu, comme le montrent les Béatitudes du sermon sur la montagne (1), sa prédication à Nazareth où il cite Esaïe, en se l’appliquant (2), la parabole du Semeur (3), sa réponse aux envoyés de Jean-
Baptiste (4), en un mot, toute la première partie
de son ministère.
Mais s’il ne prêche pas encore sa personne, il n’en est pas moins convaincu, depuis son baptème, qu'il apporte en cette personne la réalisation de « l’Espérance d'Israël ».
Puisqu'’il est le Messie, il reviendra un jour pour juger le monde, et, pendant toute sa vie publique, il affirmera ce Jugement à venir avec la même force, la même conviction inébranla-
(1) Ev. de Matth. 5 : 3 et suiv.
(2) Ev. de Luc 4 : 16 et suiv.
(3) Ev. de Matth. 13 : 4 et suiv.
(4) Ev. de Matth. 11 : 2 et suiv.
ble. Il terminera les enseignements du sermon
sur la montagne, dans la première partie de son
ministère, en déclarant qu’au dernier jour il dira à ceux qui n’auront pas fait la volonté de son Père : «Retirez-vous de moi, je ne vous ai jamais connus » (1); et, dans une de ses dernières paraboles, alors qu’il va mourir, que sa croix et son ignominie se dressent devant lui, il déclarera, avec la même certitude, qu'il présidera un jour les assises solennelles où sera jugée l'humanité entière (2). Revenu sur les nuées du ciel, dans sa gloire, il siégera sur un trône, et mettra les uns à sa droite, les autres à sa gauche. Rien ne saurait amoindrir la force immense de ce témoignage que Jésus se rend à lui-même.
Toute sa vie, il affirmera son autorité messianique. Sa confiance en lui, la conviction avec laquelle il parlera de lui et s’imposera, ne faibliront point. Bien au contraire, il ne sera jamais plus affirmatif qu’à l'heure où la croix se présentera à lui, c’est-à-dire à l'heure où la
(1) Ev. de Matth. 7 : 23.
(2) Ev. de Matth. 25 : 31 et suiv.