CONCLUSION
aurait possédé ce portrait que lui avait envoyé
Jésus lui-même. Le voile de sainte Véronique aurait aussi conservé l’empreinte de la figure du Christ. Enfin, un écrivain ecclésiastique, Jean Damascène, au vire siècle, s’essaie à décrire Jésus-Christ, mais sans autre guide que son imagination.
Au xt siècle, on fabrique une prétendue lettre de Lentulus au sénat romain, décrivant l'aspect extérieur du Christ, et, au xiv° siècle, Nicéphore Calliste fait aussi une description de Jésus. On fabrique enfin une lettre que Pilate aurait écrite à Hérode en lui envoyant Jésus- Christ.
Le type du Christ est désormais fixé : un jeune homme aux cheveux abondants et bouclés, portant la barbe entière, semblable à un jeune dieu plein de grâce et de force. Quelques traits de ce portrait, relativement récent etinventé de toutes pièces, peuvent être authentiques. Les Juifs portaient la barbe entière, et les cheveux longs; il est donc exact de dire qu’il en a été ainsi de Jésus; mais nous n’en savons pas davantage, et ce simple fait que Judas fut obligé de le baiser
pour le désigner, montre que, lorsqu'il était avec les douze apôtres, rien ne le distinguaït de l’un quelconque d’entre eux, ni sa taille, ni ses vêtements, ni son visage. La perfection morale de son âme paraissait, certainement, dans l’expression habituelle de ses traits, et brillait dans son regard, mais nous ne saurions tirer de cette remarque une conclusion tant soit peu précise sur l’aspect du visage de Jésus, puisque ceux qui ne le connaissaient pas pouvaient le prendre pour un des douze, et non pour le Maître lui-même.
Revenons, en terminant, à quelques-unes des questions que nous posions dans notre Introduction. Et d’abord, qu’on ne nous parle plus du charmede Jésus. Expliquerl’énigme que pose sa vie en disant : Il était un charmeur, est notoirement insuffisant. Qu'il émanât de sa personne uncharme trèsgrand, il n’en faut point douter, — à condition que l’on donne à ce mot un sens très élevé — mais, alors même, il nous paraît bien mal choisi. Personne, sans doute, ne songe à
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appeler charmants des préceptes qui parlent de sacrifice, de dévouement et d’obéissance, et à trouver charmant le spectacle de Jésus mettant le premier ses préceptes en pratique, et donnant l'exemple de la soumission et du renoncement. Il vaut donc mieux écarter ce mot, et, quand il
s’agit du Christ, ne l’employer jamais.
Nous nous sommes demandé aussi : Comment Jésus en est-il arrivé à se dire et à se croire
le Messie? Dans les pages qui précèdent, nous
avons cherché à résoudre en partie ce problème; et, en particulier, à montrer qu’il n’y a pas eu trace de folie chez Jésus. Ce qui frappe en lui, au contraire, plus on l’étudie de près, c’est sa possession de lui-même, sa clairvoyance, son
absence complète d’illusion. S'il a compris que
la théologie juive faisait fausse route, que la doctrine d’un Messie cherchant sa propre gloire, étonnant le monde par ses prodiges, et gouvernant toutes les nations de la terre, était fausse, c'est qu’il n’a subi, à aucun degré, l'influence des croyances de son peuple, et que, loin d’être entraîné par les idées de son temps, il a lutté contre elles et les a vaincues.
Il se trouve donc que Jésus a conçu, seul, au milieu d’un monde hostile, l’idée d’un salut universel accompli par une œuvre purement spirituelle. Et il s’est dit d'avance que s’il était salué par des cris de haïne, s’il n’était pas compris, s’il succombait dans la lutte, il n’en serait pas moins convaincu jusqu’au bout d’avoir choisi la bonne voie, et qu’il mourrait avec l'approbation de sa conscience et l’approbation de son Dieu.
Et maintenant, poursuivons notre tâche, et que Dieu nous donne le temps et la force de la mener jusqu'au bout. Nous avons à parler de Jésus pendant son ministère. Nous raconterons ensuite, dans un dernier volume, son procès, son supplice, sa résurrection. Désormais, nous n’aurons plus à conjecturer; les sources existent. Nous leur avons déjà fait quelques emprunts. Quelle en est la valeur? La réponse à cette question fera l’objet de notre première étude dans le livre suivant.