VII
Citoyen procureur, vous allez vous croire chez Nicolet.
Ce saint Ambroise a sur la banque des idées toutes Particulières. Vous venez de voir ce qu’il pense du prêt à tatérèt, opération parfaitement légale cependant. Eh ® le n! ces gens-là sont à ce point dépourvus d’idées ^ancières, qu’ils font une obligation de prêter à ceux a -i ne pourront jamais rendre. Qui s’est jamais avisé de ^Pibiner le prêt gratuit avec le placement à fonds perdu?
' es t à faire mourir de rire un homme d’affaires.
Prêtez même à ceux de qui vous n’espérez pas recouvrer ce vous avez perdu. Vous donnez peu sur la terre et vous récréa beaucoup dans le ciel. Craignez-vous d’avoir tfaire à un est VaiS ^biteur dans la personne de Jésus-Christ? L’Evangile ga jotre caution. Si quelque riche de ce monde s’offi-ait pour Vnii lr s °l va bilité de celui qui veut emprunter de vous, bien i r? US em P r ? 3ser taz aussitôt de compter les espèces. Eh
n • Dieu lui-même se porte garant pour tous les indigents, et
vous hésitez un instant, et vous cherchez encore une caution plus riche ! (S. Ambr., I, de Tob ., 46.)
Voilà une variété toute nouvelle de chantage ! La même indigence d’idées pratiques se remarque chez tous ce utopistes.
Cependant, ne vous y trompez pas, vous ne connaissez ?,as encore les vrais coupables. Saint Ambroise, sam Grégoire de Nysse, saint Bernard et leurs pareils ne sont que des instruments ; le vrai coupable est celui qui a posé les principes que ceux-ci n’ont fait que développer, le vrai coupable est celui qui a dit :
Donne à celui qui te demande et ne te détourne point de celui qui veut emprunter de toi. (S. Matt., V. 42.) ,
Et si vous ne prêtez qu’à ceux de qui vous espérez de rece voir, quel gré vous en saurait-on? (S. Luc, VI, 34.»
Le vrai coupable, c’est donc notre seigneur Jésus- CHRIST
■ Après cela, comme il n’y a point de folies nouvelles ■ous le soleil, je ne vois pas pourquoi nous nefcnon» mas remonter l’enquête jusqu au delà du 2 1 février. J prendrai donc la liberté de vous faire remarquer qu un 'ivre fort ancien, la Bible , professe la même opinion su le prêt à intérêt.
Quand ton frère sera devenu pauvre, et qu’il te tendra ses snains tremblantes, tu le soutiendras, même l’étranger et l habi-
tint, afin qu’il vive avec toi. . . .
Tu ne prendras point de profit de lui ni d intérêt ; mais tu craindras ton Dieu, et ton frère vivra avec toi. .
Tu ne lui donneras point ton argent a intérêt, et tu ne u donneras point de tes vivres pour en tirer de proht. (Levitiq* XXV, 35, 36, 37.)
Si ces gens-là étaient oracles de sagesse, comme que nues-uns le disent, et non de folie, comme vous 1 adme trez il nous faudrait regarder cette institution si éminemment philanthropique des monts-de-piété comme un monument d’iniquité. Les monts-de-pitie ne sont-ils pas désignés clairement dans le passage suivant :
Si tu prends en gage le vêtement de ton prochain, tu le lu» rendras avant que le soleil soit couché.
Car c’est sa seule couverture, c’est son vêtement pour co vrir sa peau. Où coucherait-il ? S’il arrive donc qu il crie : A mo : je l'entendrai, car je suis miséricordieux. (Exud. xxn. - >
C’est ainsi, qu’on enseigne l’ingratitude au peuple. Vous savez sans doute, et,*sinon, je me lais un P ' de vous l’apprendre, que les Hébreux célébraient üv v
en sept ans une année solennelle, l’année de relâche, comme on l’appelait à juste titre ; car jugez vous-même de quel relâchement d’idées financières une telle institution témoigne.
Et c’est ici....
C’est Dieu qui parle : Vous n’ignorez pas que la manie de ces anarchistes est de parler au nom de Dieu et du peuple qu’ils ont osé identifier dans cette maxime impie autant que fameuse: Vox... Mille pardons; la voix du peuple est la voix de Dieu.
Et c’est ici la manière de la célébrer : que tout créancier relâche ce qu’il aura prêté à son prochain, et qu il ne 1 exige point de son prochain ni de son frère quand on aura proclamé l’année de relâche à l’honneur de l’Eternel...
Afin qu’il n’y ait parmi toi aucun pauvre. (Deuteron. XV, 1,
A prêter un tel langage à Dieu, autant vaudrait tout de suite diviniser le citoyen Proudhon : Pater noster Proudhon , sanctificetur nomen tuum, adveniat regnum tuum , fiat voluntas tua. Panen nostrum quotidianum da nobis hodiè, et libéra nos à malo. Amen !
Vous me direz : Voilà un singulier système de crédit! et qui trouvera à emprunter quand viendra le moment de cette liquidation périodique? Ces gens-là sont bien fins, citoyen procureur, ils ont prévu le cas :
Prends garde à toi qu’il n’y ait cette pensée impie dans ton cœur, et que tu ne dises ; la septième année, qui est l’année de relâche, approche, et que ton œil, étant sans pitié envers ton frère qui est pauvre, pour ne lui rien donner, il ne crie contre toi à l’Eternel, et qu’il n’y ait en toi du péché. (Deuteron. XV, 90.)
Si ces funestes doctrines avaient de profondes racines dans le passé, quand le chef de ces socialistes leur a donné une forme et une vie nouvelles, elles ont depuis Porté des fruits abondants autant qu’amers. Jusqu’au quatorzième siècle tous les Conciles semblent s’être donné le mot pour ébranler les fondements du crédit public et privé ; voyez-les flétrissant à l’envi de l’épithète d’usurier le rentier honnête et l’obligeant prêteur.
Celui-là est un usurier, dit le Concile de Reims, qui, outre le sort principal, exige ou accepte quelque chose d’appréciable en argent.
Le Concile d’Adge est plus bref, mais non moins explicite.
il y a utilité, dès qu’on répète plus qu’on n’a donné.
Le Concile d’Elvire, tenu en l’an 305, ne s’arrête point en si beau chemin ; non content de blâmer celui qui fait valoir ses fonds, il lance sur lui l’anathème :
Un laïque qui s’est rendu coupable d’usure recevra, dit-il, son pardon, s’il promet de faire pénitence et de ne plus commettre d’exactions ; mais, s’il persiste dans son iniquité, qu’il soit rejeté de l’église, qu’il soit excommunié. ( Concil. Elib ., Can. 20.)
Et prenez garde, de trouver la peine excessive, car votre doute même serait un crime. Cela a été décidé par un Concile tenu en 1311, un Concile présidé par un Pape ; le pape Clément V.
S’il arrive à quelqu’un, dit le concile de Vienne, de tomber dans cette erreur, qu’on peut affirmer en conscience qu’il n’y a pas de péché à prêter à usure, nous décrétons qu’il soit puni comme hérétique.
Et à cette occasion, Bossuet fait cette déclaration :
Personne dans l'Eglise n'a jamais réclamé contre ces décrets ; AU CONTRAIRE, ON S’Y EST SOUMIS COMME ON A TOUJOURS FAIT AUX CHOSES RÉSOLUES PAR LA TRADITION, PAR LES CONCILES MÊME GÉNÉRAUX, ET PAR LES DÉCRÉTALES DES PAPES ACCEPTÉES ET AUTORISÉES DU CONSENTEMENT DE TOUTE L’ÉGLISE.
ÇA DONC TOUJOURS ÉTÉ L’ESPRIT DU CHRISTIANISME DE* CROIRE QUE LA DÉFENSE DE L’USURE PORTEE PAR LA LOI ÉTAIT OBLIGATOIRE SOUS L’ÉVANGILE, ET QUE NOTRE SEIGNEUR AVAIT CONFIRMÉ CETTE LOI. {Lac. cit. 5me prop.)
Bossuet! le grand Bossuet, l’aigle de Meaux, lui aussi, malade de cette peste !!
S’il faut en croire la Bible, et qu’en pensez-vous ? Dieu ratifiera la sentence des Conciles.
Eternel ! qui est-ce qui séjournera dans ton tabernacle? qui est-ce qui habitera en la montagne de ta sainteté ?
Celui qui ne donne point sou argent à usure... ( Psalm . xv 1,5.)
L’homme qui sera juste et qui fera ce qui est juste et droit,
Qui n’aura point prêté à usure, et qui n’aura point pris de surcroît...
Celui-là est juste; certainement il vivra, dit le Seigneur, l’Eternel.
Qui prête à usure et qui prend du surcroît, vivra-t-il ? Il ne vivra pas quand il aura commis ces abominations-là ; il mourra très certainement et son sang sera sur lui. ( Ezech ., xvm, 5, 8, 13.)
Ainsi, l’excommunial ion et le supplice dans cette vie, ia damnation pendant l’éternité, voilà ce que mériteraient tant de républicains honnêtes. Sancte Proudhon, miserere nobis l
Mais les malheureux n • se contentent pas de contracter alliance avec M. Proudhon, on les trouve mêlés à toutes les idées subversives de ce temps.
N’est-ce point au Luxembourg qu’ont dû être recueillies les idées monstrueuses dont les citations suivantes portent l’empreinte?
i re pièce. —Leur Maître.Mais, en si grave matière,
il convient de citer textuellement. Je recours donc au livre qui continue de se vendre, en dépit des décrets de l’Assemblée nationale, et, ouvrant l’Evangile selon Saint Matthieu, je transcrivis ce qui suit :
Le royaume des cieux est semblable à un père de famille qui sortit dès la pointe du jour, afin de louer des ouvriers pour travailler à sa vigne.
Et, ayant, accordé avec les ouvriers à un denier par jour, il les envoya à sa vigne.
> Il sortit environ vers la troisième heure du jour, et il en vit d’autres qui étaient dans la place sans rien faire,
Auxquels il dit : Allez vous-en aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est raisonnable.
Lt ils y allèrent. Il sortit encore environ la sixième et la neuvième heure, et fit la même chose.
Et, vers l’onzième heure, il sortit et il en trouva d’autres qui étaient sans rien faire, auxquels il dit : Pourquoi vous tenezvous ici tout le jour sans rien faire?
Et ils répondirent : Parce que personne ne nous a loués. Et u leur dit : Allez vous-en aussi à ma vigne, et vous recevrez ce qui sera raisonnable,
Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à celui qui avait le soin de ses affaires ; Appelle les ouvriers et leur paie teur salaire, en commençant depuis les derniers jusqu’aux pre-
Et ceux qui avaient été loués sur l’onzième heure étant ve- Q us, ils reçurent chacun un denier.
Or, quand les premiers furent venus, ils s’attendaient à recevoir davantage; mais ils reçurent chacun un denier.
Et, l’ayant reçu, ils murmuraient contre le père de famille, Uisant : Ges derniers n’ont travaillé qu’une heure, et tu les a ^galésa nous, qui avons supporté la fatigue de tout le jour et la
Mais il répondit à l’un d’eux et lui dit : Mon ami, je ne te jour ?° lnt ^ t0rt ’ n as ' tu pas accordé avec moi à un denier par
dArnfii ds c . e qui est a toi et l ’ en va ; raais J e veux donner à ce uernier autant qu’à toi.
moi? Ton^mn^ P, 6 ™*, 3 ^ aire ce 9 ue j ô veux de ce qui est à
rr. . i— miiD w quo veui ue eu qui esi a
ion œil est-il malin de ce que je suis bon. (Matth. XX, 1
Ainsi, quelle que soit la durée,de leur travail, tous les ouvriers reçoivent le même salaire.
Résumons : ci. Égalité de salaike.
2 e pièce.— Parlant par parabole, l’un d’eux (Saül, dit Paul), s’exprime ainsi:
Celui qui avait recueilli beaucoup de manne n’en profitait pas davantage, et celui qui en avait recueilli peu n’en manquait pas, ci. . . . Encouragement a la paresse, comme au Luxembourg.
La paresse est conseillée d’une façon bien plus directe par le maître lui-même ; j’ose dire même qu’elle est commandée, bien plus, exaltée à l’égal d’une vertu dans le passage suivant. Vous y verrez, en outre, une fois de plus, s’il est un seul de ces bons sentiments prôchés aux masses par les économistes que ces fauteurs d’anarchie ne cherchent à étouffer. Ainsi, loin de se joindre à l’honorable M. Charles Dupin, pour convier les travailleurs aux jouissances cachées de la caisse d’épargne, voici comment Jésus-Christ les excite à cette fatale imprévoyance à laquelle ils ne sont déjà que trop encleins.
La scène se passait sur une montagne, Jésus-Christ était assis, ses disciples l’entouraient et le peuple avait la simplicité de l’écouter.
Nul ne peut servir deux maîtres, leur disait-il... Vous ne pou* vez servir Dieu et Mammon.
C’est pourquoi je vous dis : Ne soyez point en souci pour votre vie de ce que vous mangerez ou que vous boirez; ni pour votre corps, de ce que vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement?
Regardez les oiseaux de l’air ; car ils ne sèment ni ne moissonnent, ni n’amassent rien dans les greniers, et notre Père céleste les nourrit. N’êtes-vous pas beaucoup plus excellents qu’eux?
Et qui est-ce d’entre vous qui par son souci puisse ajouter une coudée à sa taille ?
Et pour ce qui est du vêtement, pourquoi en êtes-vous en souci? Apprenez comment les lys des champs croissent; ils ne travaillent ni ne filent.
Cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a point été vêtu comme l’un d’eux.
t Si doue Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui est aujourd’hui et qui demain sera jetée dans le four, ne vous revêtira-t-il pas beaucoup plutôt, ô gens de petite foi?
Ne soyez donc point en souci, disant : Que mangerons-nous? que boirons-nous ? ou de quoi serons-nous vêtus ?
Car ce sont les païens qui recherchent toutes ces choses, et