‹ Jésus-Christ devant les conseils de guerreChapitre 14 sur 18 · ET CEUX-CI S’EN IRONT AUX PEINES ÉTERNELLES · texte numérisé non relu

ET CEUX-CI S’EN IRONT AUX PEINES ÉTERNELLES

Mais les justes s’en iront à la vie éternelle. (Saint Matt. XXV H

Eh bien, citoyen procureur, vous n’avez rien vu encore. Seulement vous voilà convenablement préparé à ce qui va suivre.

Cette maxime de M. Pioudhon : La propriété, c est le vol, ces prétendus saints, ces docteurs illustres,ces martyrs la répètent, la développent ; en un mot, c est pour eux parole d’Evangile. , , ^ . . . .

Accusé Basile, approchez et repondez : « Quel est celui qu’on doit regarder comme voleur. »

saint jean-ciirysostome. Voici l’idée qu on doit se faire des riches et des avares ; ce sont des voleurs qui assiègent la

VOIE PUBUQUE, DÉVALISANT LES PASSANTS ET FONT DE LEURS CHAMBRES DES CAVERNES OU ILS ENFOUISSENT LES BIENS D AUTRUI.

(S. Joan. Chrysost. de Lazaro concio. ï.)

M. le président. Vous n’avez pas la parole. Basile répondez: Quel est celui qu’on doit regarder comme voleur?

saint basile. « C’est celui qui s’approprie à lui seul ce qui est à plusieurs particuliers. N’êtes-vous donc pas un voleur vous qui rendez propre à vous seul ce que vous ^re^pourt^ communiquer et le distribuer a plusieurs ? » Sl J ^PP® *© voleur celui qui dérobe un habillement, doit-on donner un autre nom à celui qui, pouvant sans se nuire, habiller un homme qui est tout nu, le laisse pourtant touj nu? le pain que vous retenez CHEZ VOUS ET DONT VOUS 'AVEZ TROP EST AUX PAUVRES QUI MEURENT DE FAIM; LES HABILLEMENTS QUE VOUS GARDEZ DANS VO 4 TRE ARMOIRE SONT A CEUX QUI SONT NUS ; LES SOULIERS QUI SE MOI¬ SISSENT CHEZ VOUS SONT A CEUX QUI N’EN ONT PAS ; L’ARGENT QUE VOUS CACHEZ DANS LA TERRE EST A CEUX QUI SONT RUINÉS. » (S.

Basil, mag. de avarit.)

Est-ce clair? « À Charenton! » criez-vous. Vous croyez être au bout? je ne fais que commencer.

Greffier, prenez votre meilleure plume, et écrivez ce que va nous dire le sieur Grégoire dit le Grand.

un républicain honnête : Monsieur le président, esU ce que vous êtes décidé à laisser durer cela jusqu’au bout? C’est bien violent, cependant ! (Voyez dans le Moniteur universel la séance de l’Assemblée nationale du 31 juillet ; discussion d’une poposition du citoyen Proudhon.)

Saint Grégoire-le-Grand. « Ce n’est pas assez de ne pas ravir le bien d’autrui ; en vain ceux-là se croient innocents, qui s’approprient à eux seuls les biens que Dieu a rendus «immuns : e nne donnant pas aux autres ce qu'ils ont reçu, ils devienn ent meurtriers et homicides parce que, retenant pour eux seuls le bien qui aurait soulagé les pauvres, on peu y dire Qu’ils en tuent tous les jours autant qu’ils en auraient pu nourrir. Lors donc que nous donnons de quoi subsister à ceux qui sont dans la nécessité, nous ne leur donnons pas ce qui est j* vous, mais nous leur donnons ce qui est a eux. Ce n’est pas tant une œuvre de miséricorde que nous faisons, qu’une dette a, ie nous pavons. » (S. Grég. Iieg. past. p. 3. c. 22.)

voix dans l’auditoire. C’est une menace à la société.

— C’est un crime envers la société.— Nous ne pouvons entendre ces choses-là !— Ce sont des extravagances Ce sont de véritables folies ! — Rappelez-le à la pudeur ! — C’est intolérable ! ( loc. cit.)

— Gendarmes, faites venir le prévenu Grégoire de Nysse.

Saint Grégoire de Nysse. Il eût été meilleur et plus juste, puisque nous sommes tous frères et unis par les liens du sang et de la nature, que nous partageassions tous également. Que si un seul veut se rendre maître de tout le bien, le posséder tout entier et exclure ses frères de la troisième ou de ia quatrième partie, celui-là n'est pas un frère , mais un tyran inhumain, UN BARBARE CRUEL, ou plutôt UNE BETE FAROUCHE dont

LA GUEULE EST TOUJOURS OUVERTE TOUR DEVORER ELLE SEULE TOUTE LA NOURRITURE DES AUTRES'

le choeur. Il fallait faire le coup de fusille 23 juin!

— Il fallait avoir du courage ! — Où étiez-vous donc dans les journées de juin? — Vous êtes le Marat de cette doctrine! — C’est vous qui avez allumé l’incendie ! — Il fallait aller aux barricades (loc. cit.).

le citoyen senard. Il est* trop lâche, il n’ira pas. Ces gens-là appellent derrière les barricades, mais ils n’y vont pas (loc. cit.).

quelqu’un. Mandrin n’en dit pas davantage (loc. cit.).

Après cela, citoyen procureur, vous comprendrez aisément que ces gens-là aient accepté les idées du citoyen Proudhon sur la gratuité du crédit. Sur ce point, Lactance est court, mais explicite :

Il est souverainement injuste, dit-il, d’exiger plus qu’on a donné; en agir ainsi, c’est exploiter le prochain, c’est spéculer perfidement sur ses besoins. (Lact. I, 8, Inst. Div., c. 17.)

Non seulement ils se sont approprié ces idées détestables, mais ils les développent avec une audace qui dépasse toute croyance. Permettez que je vous expose leurs opinions sur l’honorable corporation des banquiers.

Voici le compliment que leur adresse Saint Grégoire de Nysse :

La vie du prêteur est une vie paresseuse et insatiable ; il n0 .connaît point les travaux des champs, il veut que tout naisse pour lui sans semence et sans culture; sa charrue, c'est sa plume; son champ, c'est le billet qui lui rendra le capitale i le profit ; sa semence, c’est son encre. Eufin, la plume destinée à féconder son travail, c’est le temps nécessaire pour q u0

son argent augmente et lui rapporte des fruits mystérieux...; le prêteur n’a rien et il possède tout, s’arrangeant une vie toute contraire aux prescriptions des Apôtres... Homme cupide, rends à ton frère ce que tu lui a injustement ravi ! (Greg. Nyss., Orat. contr. usurar.)

Vous ne serez pas surpris si jé vous dis que les mêmes idées anti-économiques se retrouvent dans saint Jean Chrysostôme.

Quoi de plus révoltant, s’écrie-t-il, que de prétendre semer sans champs, sans pluie, sans charrue ! Mais aussi ceux qui se livrent à ce genre a’agriculture pestiféré ne récolteront que de la zizanie, qui doit être livrée au feu éternel. (Chrysost. Homil, 57 in Matth.)

Seulement, suivant la pieuse habitude du Saint homme, ces affreuses doctrines se trouvent chez lui mêlées d’injures et de menaces. Eh bien ! Chrysostôme est plein de douceur et d’urbanité auprès de Saint Grégoire de Nysse.

Celui qui nommerait vol et parricide l’inique invention du prêt à intérêt ne serait pas très éloigné de la vérité. Qu’importe, en effet, que vous vous rendiez maître du bien d’autrui, en escaladant des murs et en taant des passants, ou que vous acquerriez ce qui ne vous appartient pas par l’effet impitoyable du prêt? O dépravation du langage!... Si quelqu’un, rencontrant unvoyageur, lui arrache par force ou lui soustrait par ruse ses provisions, on le traitera de brigand et de voleur. Mais celui qui commet une injuste spoliation, en présence de témoins, et qui confirme son iniquité par des actes en bonne forme, est qualifié d’homme généreux, bienveillant, serviable. (Greg. Nysse. Ho- 1n H • inc. i Ecoles.)

Saint Ambroise n’est guère plus flatteur; jugez-en :

Tels sont vos bienfaits : Fous dormez moins que vous ne recevez ; même en secourant . vous dépouillez ; vous mettez à pvojit le pauvre lui-même. Celui qui vous paie l’intérêt est dans * e besoin ; il est forcé de vous emprunter pour payer la dette le presse, et il reste sans ressource pour lui-même. Hommes pleins de miséricorde, qui le déliez vis-à-vis d’autrui et le fiez envers vous ! Celui qui manque d’aliments, vous paie des fisures, est-il rien de plus criant? Cet homme cherche un revous offrez le poison ; il demande du vain, vous montez le glaive ; il implore la liberté, vous imposez la servitu- ,, e .j H soupire après sa délivrance , vous serrez le nœud qui 1 ctrangle...

vat° US ^ Uve p> e l ' un autre fond en larmes-, vous mangez , et ble* 6 nour f itu fe suffoque les autres ; vous écoutez d'agréasymphonies, et un autre se consume en gémissements ; votr VOit L e J lric ¥ sse - P ar des malheurs, vous cherchez P r ?Jd dans les larmes , vous vous nourrissez de la faim utrui, vous gravez sur votre argent les dépouilles de vos

victimes ; et vous vous estimez riches, vous qui exigez du pauvre un salaire ! ,

Ainsi saint Ambroise paraît vouloir insinuer que c est

le travailleur qui fait vivre l'oisif. Mais cette proposition est heureusement condamnée par les bons économistes.

Après cela, qu'elle différence faites-vous entre un chrétien et un païen ? N’était-ce pas un païen que ce Caton auquel on demandait : Que pensez-vous du prêt à. interet, et qui répondait : Que pensez-vous de 1 assassinat' — bt

puis parlez-moi de progrès.

Et ces chrétiens ne se bornent pas à proscrire le prêta intérêt, mais, en vrais sophistes qu ils sont, >'?'* de justifier cette interdiction. Ecoutez saint Thomas .

Tout ce nui revient de profit à celui auquel j’ai prètu de 1 ar- 2 snt est leVoduit de son industrie, de l’intelligence qu il a mise ffale vK ceï argent; je ne dois point lui vendre sa propre industrie en lui prenant une part de son produit.

Ces gens-là ignoraient le premier mot de l’économie

P °Ienorants ? ce n’est point assez ! — sans cœur par surcroît °Ct^ avoir à la place du cœur ceux qui

ont osé écrire ces lignes, que vous lirez avec une juste m dignation :

Le prêt à intérêt n’est jamais permis, P as £ ans ] !**

mites de ce qui est nécessaire pour vivre. (D. Thom., Opusc. 72, cap. 8.)

Eh bien, Monsieur, ce Thomas n’a môme pas le mérite àe l’invention. ,

Avant lui, un de ses pareils avait écrit.

Les rentiers osent dire : Je n’ai pas d’autre ressource pour vi- *re. Eh! n’est-ce pas ce que répondrait un voleur pris sur 1 fait? Ils n’en sont que plus coupables d avoir choisi «n a t d niquité pour s’en faire un moyen d’existence, et d avoir enerene

à tirer leur nourriture précisément de ce qui«‘f U1

qui vient toute nourriture. (Saint-August., mPsal. 128.)

Contenez-vous, citoyen! Un mot seulement pour en

finir, un mot qui résume tout, je 1 emprunte à Saint-Dnard : ,

In farta comprehenditur usura. (Bern., Serm. IV, super ve Regina.)

C’est-à-dire :

L’usure n’est qu’une variété du vol. . Amo /unmib

C’est un contrat d’iniquité, dit saint Chrysostome. (

LVII, sur saint Mattli.)

C’est une maladie, dit saint Basile. ( Epit . I ad Amvhil. cap. xiv.)

t C’est une idolâtrie, répète après l’apôtre, saint Grégoire de tysse, frère de saint Basile. (Epit. canon, à Letoius.)

Et, de peur qu’on ne s’y trompe. Saint Ambroise prend soin de nous avertir que

Tout ce qui s’ajoute au capital est usure. Donnez-lui, dit-il, ta nom que vous voudrez, ce sera toujours une usure. (S. Ambres., lib. de Tob., c. 44.)

Tout-à-fait d’accord en cela avec saint Jérôme :

Il y a usure, dit'celui-ci, toutes les fois qu’on retire du prêt Ptas qu’on n’a donné. (S Hyeron., in Ezech ., c. 48.)

Us n’auraient point eu de discussion là-dessus avec Saint Jérôme :

L’usure est le prix exigé pour l’usage de l’argent prêté.

Si vous voulez du moderne, Bossuet, après avoir cité tas textes sacrés, s’exprime ainsi : f

Bar là s’établit aussi en quoi consiste l’usure, puisque la loi détermine clairement que ctast le surplus, ce qui se donné audessus du prêt, ce qui excède ce qui est donné ; et, selon notre tangage, ce qui est au-dessus du capital.

À traduire le mot à mot selon l’hébreu, il faut appeler ce surplus accroissement , multiplication ; et c’est ce que la loi appelle usure, c’est-à-dire tout ce qui fait que ce qu’on rend exc ède ,k ce qu’on arreçu. Bossuet, Traité de VUsure. Propos. I.)

C’est d’une monotonie désespérante !

Page 1