‹ Jésus-Christ devant les conseils de guerreChapitre 18 sur 18 · IX · texte numérisé non relu

IX

Voici maintenant quelques faits sur lesquels vous ne sauriez vous dispenser d’asseoir une accusation :

1° D’excitation à la haine et au mépris du gouvernement de la République ;

2° D’attentat à la famille et d’excitation à la débauche ;

3° D’affiliation à des sociétés secrètes ;

4° D’excitation à la guerre civile ;

5° D’excitation à la haine contre une classe de citoyens.

P remier chef. — Excitation à la haine et au mépris du gouvernement de la République.

De nombreux témoins certifient que le chef de ces malheureux a tenu sur la place publique ce séditieux langage :

Vous savez que ceux qui veulent commander aux nations les maîtrisent ; et que les grands d'entre eux leur commandent avec autorité.

Mais il n’en sera pas de même parmi vous; AU CONTRAI¬ RE, QUICONQUE VOUDRA ÊTRE GRAND PARMI VOUS SERA VOTRE SERVITEUR.

ET QUICONQUE D’ENTRE VOUS VOUDRA ÊTRE LE PRE¬ MIER SERA LE SERVITEUR DE TOUS.

Car le fils de l’homme lui-même est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rançon de plusieurs. (St. Marc, X, 42 a 45.)

On n’a jamais prêché plus ouvertement l’anarchie. Rabelais n’allait pas plus loin quand il réduisait toute la constitution politique des Thélémites à ces deux exécrables maximes : Fais ce que veulx. — vas admire et jouis.

Cette doctrine de nivellement politique, l’Église n’a jamais cessé de la professer;—je dis professer ce qui s’entend du langage et non de l’action — Quel chapelet de citations j’enfilerais si vous n’aviez hâte d’en finir. Quel ravage dans le peuple si M. Cousin n’était là!

Deuxième chef. — Atteinte £ la famille et excitation à la débauche.

Si quelqu’un vient en moi et ne hait pas son père, sa

MÈRE, SA FAMILLE, SES ENFANTS, SES FRERES, SES SOEURS, ET MÊME SA VIE, IL NE PEUT ÊTRE MON DISCIPLE. (St LUC, XIV, 26.)

Ces paroles ont été prononcées par le Maître. Beaucoup ont été justement considérés comme ennemis de la famille qui n’avaient certes rien écrit de semblable.

Et pour les décidera cet acte abominable, Jésus leur fait de fabuleuses promesses.

Quiconque aura quitté sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses champs a cause de mon nom, il en recevra cent fois autant et héritera la vie éternelle. (St Matth., xix, 29.).

Rien n’est sacré pour lui. Il rencontre un homme et lui dit : « Suis-moi. » Celui-ci lui répond : « Seigneur,^ per^ mets que j’aille auparavant ensevelir mon père. » C’était un devoir. Que dit le Christ ?

Jésus lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts. (Luc, ix, 59, 60.)

Prêchant d’exemple, il apostropha un jour, sa malheureuse mère en ces termes :

Femme qu’y a-t-il de commun entre toi et moi !

Un autre jour, sa mère et ses frères arrivèrent, et, se tenant dehors, ils l’envoyèrent chercher.

Et on lui dit : Voilà ta mère et tes frères qui sont là dehors, qui te demandent. '

Mais il répondit : Qui est ma mère en qui sont mes freres t Et jetant les yeux sur ceux qui étaient autour de iui, il dit: Voila ma mère et voila mes frères. (St Marc, III, 31 à 34.)

Si vous voulez connaître ceux qui étaient autour de lui» rien de plus facile.

Des Scribes et des Pharisiens, personnages éminemment honorables, déposent unanimement que cet homme fréquentait la plus mauvaise société.

Jésus étant établi dans les maisons de Léyi, fils d Aîphée, plusieurs péagers et gens da mauvaise vie se mirent aussi à table avec Jésus et ses disciples. (Marc, il, 15.)

Tous les péagers et gens de mauvaise vie s’approchaient de Jésus pour l’entendre.

Et les pharisiens et les scribes en murmuraient et disaient : Cet homme reçoit les gens de mauvaise vie et mange avec eux. (Luc, xv, 2.)

Ah ! citoyen procureur, combien d’accusés dont le passé fouillé avec le ferme désir de les trouver en faute a

fourni contre eux des charges aggravantes et qui cependant avaient une existence moins énigmatique que celle de ce Jésus.

Un homme qui n’a pas le sou et qui se livre à des prodigalités ruineuses comme de se faire répandre de l’huile odoriférante sur les pieds! (Voyez S. Luc, vu, 37 à 50.)

Il va sans façon loger chez une nommée Marthe et l’ instruction nous le représente retenant auprès de lui la sœur de cette inconnue, une demoiselle Marie, au lieu de la laisser vaquer aux soins du ménage. Cette Marie, se tenait assise à ses pieds. Je n’invente pas, je copie, et savez-vous ce que répond notre Jésus quand Marthe prie cette fainéante de l’aider à servir.

Marthe, Marthe, lui dit-il, tu te mets en peine et tu t’embarrasses de plusieurs choses.

Mais une seule chose est nécessaire; or, Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée.

Quelle est cette chose nécessaire? et que faut-il entendre par cette bonne part qui ne lui sera point ôtée ?

0 temps ! ô mœurs !

Mais que dis-je ! Savez-vous par qui lui était versée cette huile odoriférante qui avait été apportée dans un vase d’albâtre ? — Par — une — femme — de la ville qui — AVAIT — ÉTÉ —DE— MAUVAISE — VIE. ( LllC . VII. 37.)

Elle lui arrosait les pieds de ses larmes — et les essuyait avec ses cheveux. — Elle lui baisait les pieds! ! ! ! Proh pudorü U et elle les oignait avec cette huile.

Vous voyez que cette fâcheuse prodigalité était la moindre des choses qu’on eût à lui reprocher.— Pudet dicere !

Mais que fait Jésus? S’adressant à l’amphytrion, un rien qui vaille, nommé Simon : « Vois-tu cette femme ?

lui dit-il, je suis entré dans ta maison, et.tu ne m’as

point donné de baiser ; mais elle, depuis qu’elle est entrée, n’a cessé de me baiser les pieds.» (Ibid, 45.) Citoyen procureur, Luc, Mathieu, Marc et Jean, en témoignent ! ■“ Ayons le courage d’aller jusqu’au bout. — « Tu n’as point oint ma tète d’huile ; mais elle a oint mes pieds (l’une huile odoriférante. C’est pourquoi je te dis que ses péchés, qui sont en grand nombre, lui seront pardonnés ; et c’est a cause de cela qu’elle a beaucoup aimé. » — Quelle morale !... Puis il dit à la femme : « Tes péché3te sont pardonnés. » — Quelle économie! (Ibid, 46, 47, 48.)

U a tenu ce que son enfance avait promis.

Un jour que sa mère et le mari de celle r ci se rendaient

à une fête, l’enfant s’esquive ; les parents reviennent en toute hâte au logis... pas plus d’enfant que sur la main ! Ils furent trois jours à le trouver. Et quand la pauvre mère lui dit avec une douceur hors de propos : Mon enfant, pourquoi as-tu agi ainsi avec nous?— Pourquoi me cherchiez-vous? répond le charmant sujet. (Luc IL 41 à 49 )

Il tient dans l’Eglise des discours sacrilèges.Transportés d’une sainte colère les honnêtes gens, le mènent hors de la ville jusque sur le sommet d’une montagne pour le précipiter, dit la chronique; mais, pst!... « il passa par le milieu d’eux et s’en alla. » Commençant cette vie de vagabondage qui devait se dénouer sur la croix.

On le perd de vue pendant de longues années. Le citoyen voyage! Et avec quoi? Mon Dieu! il avait un genre de vie des plus économiques. On nous raconte comme une chose des plus naturelles que, passant par des blés avec ses disciples, ceux-ci « arrachaient des épis, et Les froissant entre leurs mains, ILS LES MANGEAIENT. » Or, cette belle action ayant lieu le jour du sabbat, voici qu’ils discutent à perte de vue sur la question de savoi r s’il était permis de travailler en un tel jour; mais s il est permis de voler en campagne... Est-ce que les communistes agitent de pareilles futilités! (Luc, vi, 1 et suiv.)

Du reste, il avoue n’avoir pas où reposer sa tête. (Luc, ix 58 ^

Citoyens, vous savez qu’il est mort entre deux voleurs, vous conviendrez qu’il ne l’avait pas volé, ayant toujours mis dans ses relations le sans-façon que voici :

Jésus étant arrivé près de Bethphagé et de Bethanie, ver3 ia montagne qu’on appelle des Oliviers, il envoya deux de ses

dl EUeur dit : Allez à la bourgade qui est devant vous, et quand vous y serez entrés, vous trouverez un àuon attaché, que personne n’a jamais monté; détachez-le et me l’amenez. (Luc. XIX, 29, 30.)

Détachez-le et me l’amenez !

Et si quelqu’un vous demande pourquoi vous le détachez, vous lui direz : Parce que le Seigneur en a besoin. [Ioia., 31.)

Parce que le Seigneur en a besoin !

Et ceux qui étaient envoyés s’en allèrent et trouvèrent comme il leur avait dit. .... , ..

Et comme ils détachaient l’ànon, ceux a qui il appartenait leur dirent : Pourquoi détachez-vous cet ânonï

La question était bien naturelle.

Et ils répondirent : Le Seigneur en a besoin.

Le Seigneur en a besoin !

Ils l’amenèrent donc à Jésus, et ayant mis leurs vêtements sur l’ânon, ils firent monter Jésus dessus.

Et voilà ce que c’est que la communauté ! — Tu as un ânon, je n’en ai pas, je le prends;' nous sommes quittes!! —Oh ! avec quel admirable bon sens le public a vu de suite le fond de cette doctrine ! Que de profondeur, citoyen, dans le bon sens!! Et comme M. Cousin a raison quand il déclare que « le plus grand des philosophes ne tire pas des études de toute sa vie et n’a pas au bout du compte une croyance essentielle de plus que le paysan, que l’ouvrier un peu cultivé »

Après cela vous ne vous étonnez plus qu’il ait donné ce conseil à ses disciples :

En quelque maison que vous entriez, demeurez-y, mangeant et buvant de ce qu’on vous donnera. (Luc, X, 7.)

C’est toujours du communisme en action.

Vous ne vous étonnerez pas non plus si sa vie s’est écoulée dans des transes continuelles, et que les historiens nous le représentent toujours fuyant ou se cachant, montant des alibis et déclinant son identité.

Un des siens, Pierre, lui disant un jour: tu es le Christ de Dieu, « il leur défendit avec menace de le dire à personne. » (Luc. ix. 20, 21.)

Us traverser ent une fois toute la Galilée, « et Jésus ne voulut pas que personne le sût. (Marc. ix. 30.) Il avait ses raisons pour cela.

Lorsqu’enfin ses affaires se gâtent tout à fait, le voilà « saisi de frayeur et fort agité » (Marc xiv. 33.) « et il lui vint une sueur comme des grumeaux de sang qui coulaient jusqu’à terre, » (Luc. xxn. 44.)

Vie et mort bien dignes de sa naissance ! si on croit ce qu’en raconte le Sepher toldos Jeschut , et l’honorable synagogue certifie l’authenticité de ce livre ; le fils naturel du soldat Joseph Panther s’est montré digne d’une telle parenté.

J’oubliais de vous dire qu’il a réclamé, au mépris de la loi , l’impunité pour une femme adultère, et tout homme vertueux jugera qu’il n’en faut pas davantage pour motiver une accusation d’excitation à la débauche/Il avait de bonnes raisons sané doute pour réclamer l’indulgence en faveur de cet horrible délit.

Ces funestes maximes, ces pernicieux exemples n’ont point trouvé dans ses disiciples une terre ingrate. La

Al

moisson a été ce que promettait la semence ; moisson d’infamie selon le rapport des personnages les plus considérables. C’est une chose notoire que, réunis sous le prétexte de pratiquer on ne sait quelle religion impieautant ou’absurde, ils se livraient au plus honteux libertinage. On les a universellement accusés de toutes les infamies imaginables, ce qui suffirait pour établir une étroite parenté entre eux et les socialistes de ce temps-ci.

Troisième chef. — Affiliation à des sociétés secrètes.

Je ne mentionne le fait que pour mémoire. Il est certain qu’ils se réunissent la nuit dans les catacombes.. D’honorables citoyens qui n’auraient en vue que la prospérité du commerce et le maintien de l’ordre ne chercheraient pas l’ombre et la solitude. On raconte plus d’une' histoire mystérieuse d’enfants qui, attirés dans ces lieux de débauche, n’en seraient plus sortis... Mais, citoyen procureur, je craindrais de me faire l’écho de calomnies en répétant des faits qui, bien que vraisemblables, n’ont pas encore été constatés. Cependant il ne serait pas impossible que les insurgés de juin eussent reçu d’eux l’idéer de mettre leur soumission au prix de deux heures de viol* ainsi qu’une multitude d’honnêtes gens certifient que ces brigands ont fait.

Quatrième chef. —Excitation à la haine contre une classede citoyens.

Nous n’avons que l’embarras du choix dans un volumineux dossier.

Je vous livre les extraits suivants, dont l’authenticité est facile à constater :

Celui qui ne travaille pas ne doit pas manger. (Instruction relative à Saiil, dit Paul.)

Avec l’exactitude d’un écho, le Pape saint Clément répète :

Ceux qui ne travaillent pas n’ont pas le droit de s’asseoir à ls table commune. (Constit. apostol., I, 7.)

Il est bien clair pour qui sait lire,—et vous me comprenez, —mie les fréquentes exhortations au travail adressées par saint Paul à ses correspondants ne sont qu’une façon détournée de faire la critique de ceux qui ne travaillent pas et d’exciter contre ceux-ci la haine des travailleurs.

En douteriez-vous ?

Le superflu des riches, dit saint Augustin, est le nécessaire des pauvres -, c’est la chose d’autrui qu’on possède quand ox, POSSÈDE LE SUPERFLU.

Est-ce clair? Conclusion : le vol est une réparation. Salvien ne le dissimule guère.

L’Ecriture dit d’abord : Fais honneur de tes biens au Seigneur (dans la personne des pauvres). Puis elle ajoute : Rends- !‘lui ce que tu lui dois. Ce qui signifie en d’autres termes : Si tu as de la piété, donne ce que tu possèdes, comme si c était réellement à toi-, si, au contraire, tu es impie, rends ce qm ne t appartient pas. L’Ecriture a parfaitement exprimé et la faculté de donner et la nécessité de payer. En effet, elle dit à tout homme : Une œuvre sainte t’est proposée, on t’y convie d abord par les voies de la persuasion , mais ensuite on t’y contraint par LA FORCE. DONNE DE BONNE GRACE, SINON RENDS. (Salvian., Cont. avarit., lib. 4.)

Est-il rien de plus capable de soulever les pauvres contre les riches que ce parallèle établi entre eux par saint Astère, évêque d’Amasie.

Les uns, s’écrie-t-il, regorgent de richesses excessives et se remplissent de nourriture jusqu’à éprouver des nausées , lea autres, pressés par la faim et la disette, sont livres a toutes es horreurs delà misère... O étrange inégalité de condition entre des hommes que la nature a rendus tous égaux ! Ce renversement de choses, ce désordre n’a d’autre source que 1 avarice. C est elle qui condamne l’un à aller presque entièrement nu, tandis que l’autre possède non-seulement de nombreux habits pour se couvrir, mais encore de la pourpre pour en décorer ses murs. Le pauvre n’a pas même une planche pour y poser son morceau de pain, lorsque le riche, plein de mollesse et de vanité, se repaît les yeux du brillant éclat rendu par une vaste table d’argent délicatement travaillée. Puisqu’il fait de si somptueux repas et qu’il usurpe si complètement toutes les autres jouissances de la vie, n’aurait il pas dû au moins convertir le prix de cette

table en aliments pour les pauvres ?. Tous ces maux n ont

qu’une seule cause : la soif du superflu, l’inique convoitise du bien des pauvres. (S, Asterius, homil 3 advers. avant.)

Cependant saint Basile-le-grand s’applique à jeter de l’huile sur le feu.

Rien ne résiste au pouvoir des richesses ; tout cède à cette tyrannie, tout tremble devant cette puissance. Plus on souffre de ses injustices, plus on doit craindre d’éprouver de nouveaux malheurs en raison mémo de ceux qu’on a déjà endurés. Le riche, confiant dans’son autorité, ne met aucune borne à son audace; il sème partout et mâssonne ce qui ne lui appartient nullement. Si tu résistes, les coups t’attendent; si tu réclames, tes plaintes et tes griefs te seront imputés à crime; on te traduira en justice, on te traînera en prison, et il ne manquer.! pas de calomniateurs pour mettre ta vie en péril. Tu n’as d’autre moyen d’échapper à ces persécutions que de te laisser dépouiller jusqu’au bout. (St. Basil, mag. in ditescent.)

Que dites-vous de la perfidie de cette remarque que fait l’eeclésiaste :

Comme l’humilité est en abomination à l’orgueil, ainsi le pauvre est en horreur aux riches. (Ch. xm, 22.)

Ecoutez maintenant le maître :

Malheur à vous, riches... malheur à vous qui êtes rassasiés, parce que vous aurez faim ! Malheur a vous qui riez maintenant, car vous vous lamenterez et vous pleurerez !

Le disciple pousse plus- loin la fureur :

Que le riche, s’écrie-t-il, s’humilie dans sa bassesse, car il passera comme la fleur de l’h 9 rbe.

Ne sont-ce pas les riches qui vous oppriment et qui vous tirent devant les tribunaux? , , ... ...

Ne sont-ce pas eux qui blasphèment le beau nom qui a été invoqué sur vous !

Vous riches, je viens maintenant à vous. Pleurez et jetez des cris à cause des malheurs qui vont tomber sur vous.

Vos richesses sont pourries et les v ^ 3 .

Votre or et votre argent se sont rouilles, et leur rouille s en. vera en témoignage contre vous et dévorera votre chair comme

Le salaire des ouvriers qui ont nroissonné vos champs et dont vous les avez frustrés, crie contre vous, et les cris de ces moissonneurs sont parvenus jusqu’aux oreilles du Dieu des armees.

Vous avez vécu dans les voluptés et dans les délices sur a terre, et vous vous êtes engraissés comme des victimes préparées pour le jour du sacrifice. . . ,.

Mais vous mes frères, attendez patiemment jusqu a l avenement du Seigneur. Vous voyez que le laboureur attend le premier fruit de la terre avec patience jusqu à ce qu il reçoive du ciel la pluie de la première et de la dernière saison.

Vous donc, de même attendez patiemment et affermissez vos cœurs, car l’avènement du Seigneur est proche. (Extrait ci une petite brochure publiée sous le titre d ’Epitre catholique, par le nommé Jacques, jeune homme très exalté et frère du principal accusé. (I 10 II 60, 7. IV 1 à 8.)

C’est comme qui dirait: sans-culottes attendez patiemment, le grand jour va venir, le jour de la République rouge, où, suivant les belles paroles d’un ouvrier de l intelligence, nous détruisons l’Institut, l’Ecole polytechnique, la Légion-d’IIonneur, promènerons des piques sur des têtes, etc., etc. (Pour la suite du programme de ces destructeurs de la famille, s’adresser à M. Victor Hugo, propagateur ardent du principe de la paternité, etc., etc.) Salvien a soip de nous avertir que C’est aux riches indistinctement que Dieu s’adresse par la bouche de saint Jacques ; c’est à eux qu’il ordonne de pleurer

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qu’il prédit de grands maux et qu’il destine le feu éternel. Et, pour leur mieux faire sentir la véritable cause de ses menaces, il ne leur parle ni d’homicide, ni d’adultère, ni d’impiétés sacrilèges, ni même d’aucun de ces vices énormes qui frappent l’âme d’une mort éternelle, mais il les condamne pour leurs richesses elles-mêmes, pour leur injuste cupidité, pour leur soif insatiable de l’or. Il leur montre par là que ces richesses suifisent, sans aucun autre crime, pour vouer l’homme à une éternelle damnation. Quoi de plus évident? il ne dit pas au riche : tu seras torturé parce que tu es homicide; tu seras torturé parce que tu es adultère. Mais il lui dit : tu seras torturé par la raison seule que tu es riche, et que dès lors tu uses mal de tes richesses, ne comprenant pas que tu les as reçues pour les consacrer à des œuvres saintes. (Salvian, Cont. avarit, l. 4.)

Vous devez être suffisamment édifié. Passons donc à un dernier article.

Quatrième chef .— Excitation à la guerre civile.

Il n’y a pas une des lignes précédentes qui ne puisse servir de fondement à ce chef d’accusation. Néanmoins le passage suivant n’est pas à dédaigner. Le pillage et le massacre y sont ouvertement annoncés et conseillés.

Sortez de Babylone, mon peuple....

11 est bien clair que cette grande ville, cette grande prostituée, cette reine des nations, comme il l’appelle, ne peut être que Paris.

Sortez de Babylone, de peur que, participant à ses péchés, vous n’ayez aussi part à ses plaies.

Ecoutez bien ceci :

Rendez lui la pareille, rendez-lui le double de ce qu’elle vous a fait...

Autant quelle s’est énorgueillie et s’est plongée dans les délices, faites-lui souffrir autant de tourment et d’affliction.

C’est pourquoi ses plaies, la mortalité, le deuil et la famine viendront en un même jour, et elle sera consumée par le feu...

Et les puissants de la terre qui se sont souillés et qui ont vécu dans les délices, se frapperont la poitrine quand ils verront la fumée de son embrasement.

... Et ils diront : Hélas, hélas! la grande ville, ville puissante, comment ta condamnation est-elle venue en un moment ?

Ces paroles, citoyen, sont du disciple bien-aimé du Maître, d’un homme qui passe parmi les siens pour un agneau.

Du reste, toutes les pièces saisies révèlent le dessein arrêté de pousser à la révolution par l’empirement universel. Ce projet que les partisans de la République honnête attribuent si justement aux démocrates socialistes d’empêcher la confiance de reuaître, le commerce de re-

«rendre, le crédit de se raffermir, est évidemment approuvé par eux, si même ce n’est a eux qu on en doit attribuer l’invention démoniaque. nrédit ,

Ainsi ce Jean que je vous citais à 1 instant, preûit la rutaï du^commerce; et la prédire n’est-ce pas la consommer en partie? , ..

Les marchands pleureront, dit-il. parce que personne n achètera plus leurs marchandises.

Hélas hélasl tflUKot

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été détruites en un instant?

Là même haine du c^merce se remarque chez mus

ces anarchistes. Rien de plus sim P : P ?. , merce est le fondement de la prospérité des états.

ié sus leur avait donné l’exemple quand, traitant les marchands, les agents de change

leurs, il se livrait contre eux a ces d eP™^nS£2imBe les évangélistes racontent tous avec tant de - P . et que slint Matthieu entre autres relate en ces termes .

Ft Jésus entra dans le temple de Dieu, et il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple ; et il renversa les tables des changeurs et les sièges de ceux qui vendaient des

Plg Et Uleur dit: Il est écrit: Ma maison sera

de prière ; mais vous en avez fait une caverne de voleurs.

Quel scandale, citoyen! et quel émeutier !

Malheureusement, ils ne s’en tiennent pas a la théorie, et déjà ils ont frappé d’un coup funeste plus d une hono-

^AtoUe 8 '‘citoyen Démétrius, un honnête orfèvre qui se livre spécialement à la fabrication des petits temples de Diane en argent, et qui emploie un grand nombre d ouvriers’, s’es^vu ’sur ïe point de suspendre ses travaux parce que le nommé Paul (Paul est sou nom de guerre, ü s’appelle Saul) allait partout discréditant sa marchandise, disant :

Que les dieux qui sont faits par la main des hommes ne sont pas des dieux.

Le citoyen Démétrius assembla ses ouvriers.

Vous savez, citoyens, leur dit-il, que tout notre gain vient do cet ouvrage.

Il y eut émeute à cette occasion. Les ouvriers de Démétrius, que les anarchistes n’étaient pas parvenus a cm-

baücher, firent une manifestation et se répandirent dans la ville, poussant ce cri des républicains honnêtes : « Grande est la Diane desEphrésiens ! » Vous trouverez des détails circonstanciés sur cette affaire au ch. xix des Actes des Apôtres. Apôtres de là ruine commerciale apparemment !

Enfin, ces monstruosités finissent dignement, finissant par des folies. Jean, déjà cité, fait un tableau beaucoup trop beau pour être vrai des splendeurs et des joies qui attendent les démocrates socialistes quand la destruction de la vieille société sera consommée. Cette peinture fantastique est évidemment empruntée à Founer, seulement on y renchérit sur lui.

Il y aura, s’écrie-t-il, un ciel nouveau et une terre nouvelle.

Allusion transparente aux cinq lunes et à la couronne boréale.

Et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni travail ; car ce qui était était auparavant sera passé.

Lisez : Le travail sera attrayant, ce qui évidemment équivaut à sa suppression.

Ensuite il décrit un extravagant phalanstère dont les murs sont de jaspe, les maisons d’or pur, et autres puérilités du même genre. v

Enfin, dans ce séjour fabuleux, tout sera gratuit.

Que celui qui a soif vienne, et que celui qui voudra de l’eau vive en prenne gratuitement.

Pardonnez-moi, citoyen procureur-général, d’avoir si longtemps fixé votre attention sur ce mélange d’horreurs et de folies. Un mot seulement encore pour lequel je vous demande le secret. C’est une dénonciation • dénonciation pieuse et dont je m’honore. Un de vos callègues, un homme qui en toute circonstance s’est montré partisan de la république sage, honnête et modérée, le révérend Athanase Coquerel — lui-maême! — s’est fait le propagateur ardent du livre — le plus révolutionnaire assurément qui ait été écrit — d’où la plupart des extraits précédents sont tirés. Et pourquoi ne le dirais-je pas ? C est de ses mains que j’ai reçu l’exemplaire où je les ai puises. Et dans quel lieu? A l’Oratoire! Vous êtes

ébahi! Il fait ce don funeste à tous ceux quil marie. Encore un défenseur de la famille et de la propriété.

Quant à ces affreuses citations, où les peres de l’Eglise se montrent si mal disposés envers les riches, la propriété et l’usure, je n’ai point, toujours eu besoin de les puiser dans leurs volumineux travaux. Deux hommes, dont je vous engage à noter les noms, m’ont facilité la tache en les réunissant comme à plaisir dans deux petits livres publiés sous le règne de l’affreux despote dont la France a secoué le joug en février, et sans donner lieu a aucune poursuite, ce qui porterait à croire que Louis- Philippe nourrissait une haine secrète contre la famille et la propriété, et que les démocrates socialistes ne sont que des orléanistes déguisés. Je livre le fait a votre appréciation ; pour moi, quand je vous aurai dit : 1 un de ces livres a pour titre : Histoire des Idées sociales (r), et 1 autre Y Evangile devant le siècle (s) ; l’auteur du premier se nomme Villegardelle, et l’auteur du second Simon Oranger, j’aurai rempli mon devoir civique.

Tout ceci est donc pour vous faire remarquer que, si ces apôtres, ces docteurs, ces saints et ces martyrs,revenaient parmi nous et qu’ils osassent tenir un langage dont personne encore, depuis février, n’a égalé la violence, leur compte serait bon ! et depuis Jésus-Christ jusqu au plus humble des disciples, la seule chose qui leur pendrait au nez, en l’absence si regrettable de la peine de mort, ce serait la comparution devant les conseils de guerre et tout ce qui s’en suit. . .

Quant à nous, citoyens, si, au lieu de suivre 1 exemple des citoyens honnêtes et modérés qui les lapidaient ou les crucifiaient quand il leur en tombait quelques-uns sous la main, nous avions prêté une oreille credule a leurs enseignements, cette crédulité attestant la méchanceté de nos cœurs nous ne devrions nous attendre à aucune pitié quand’ viendraient à nous frapper les lois préservatrices de la morale, de la propriété et de la famille, sous le coud desquelles nous nous serions volontairement placés. Mais le fait ayant eu lieu il y a dix-huit siccles, indépendamment de ce que les moiernes adorent dans Jesus- Christ un Dieu, saluent des saints dans ses apôtres, et vénèrent dans les docteurs les pères mêmes de 1 Eglise, la circonstance de l’éloignement fait qu’on peut raconter leurs vies, exposer leur doctrine sans encourir aucune pénalité. C’est le bénéfice acquis à l’historien des vieilles choses que je revendique au moment d’écrire la vie et de raconter la conspiration du tribun du peuple, Gracchus

us

Babeuf, mort pour l’égalité; et cette longue exposition des doctrines chrétiennes n’avait d’autre but que de bien établir ma situation ; mon droit, au besoin, eu recourant à un exemple.

L’exemple est des mieux choisis ; ou plutôt c’était le seul qui s’offrît à moi. Gracchus Babeuf n’eut que deux passions : l’amour des opprimés comme le Christ, la haine de l’oppression comme les pères, que j’ai eu l’honneur de vous présenter.

Si, au lieu de nous précéder de cinquante ans dans la carrière révolutionnaire, Babeuf s’offrait maintenant pour nous conduire, en le suivant, nous serions sûrs d’arriver quelque part comme à Cayenne.

Mais nous ne pouvons nous rapprocher de lui qu’en soulevant un linceul sanglant. Il appartient à l’histoire, et I’Histoire de la conspiration de Babeuf est écrite pour raconter et non pour prouver.

Vous me direz que l’histoire est une grande école de politique ; je ne le conteste pas.

Victor MEUNIER.

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