livre le Corrége des évangélistes, et qui admire son
art incomparable de distribuer habilement l'ombre et la lumière, et de produire des effets pathétiques. Nous
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voilà bien loin des appréciations du critique français; cs . ces deux jugements se contredisent : où l’un voit une. gauche métaphysique, l’autre reconnaît l’apprêt, le
piquant. Pour nous, c’est le divin le plus sublime dans l'humain le plus réel.
Maintenant que nous avons établi l'unité de composition de l’évang'ile (toujours non compris le chapitre XXI) et écarté l'hypothèse d’une rédaction multiple ou de retouches nombreuses, nous en venons aux ohbjections que nos contradicteurs tirent du livre lui-même.
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RÉFUTATION DES OBJECTIONS. gt
On nous oppose les inexactitudes de la narra- :
tion. Leur peu d'importance transforme l'objection en preuve’. Nous passons à des arguments plus spécieux. Pour refuser au quatrième évangile tout caractère historique, on insiste sur les points où il est en divergence avec les synoptiques;, on en conclut qu'il y a un grand écart entre ses récits et la tradition primitive. Nous avons déjà établi que les deux typés de narration reposent sur le même fond historique, que les synoptiques supposent les voyages à Jérusalem comme le quatrième implique l’activité du Messie en Galilée. Il reste sans doute une difficulté insoluble jusqu'ici, c'est la différence sur la date de la mort du Seigneur, que le quatrième évangile
place au 14 de Nizan, c'est-à-dire le jour de la prépara-
tion de la fête, tandis que les synoptiques font célébrer
le repas pascal le jour même de la fête, d’où il ré- sulte que la crucifixion aurait eu lieu Le 15 de Nizan *?.
1 On objecte 1, 28, — passage qui désigne l'endroit où Jean baptisait sous le nom de Béthanie, — comme si l'historien qui a marqué si exactement l'emplacement de la bourgade de Lazare pouvait la
confondre avec une localité si éloignée de Jérusalem; — comme s’il
n’était pas possible de supposer l'existence d’une seconde Béthanie dans
la Pérée. On objecte encore Jean IV, 5, où Sichar est mis à la place
de Sichem. 11 suffit d'admettre une différence de prononciation dans les dialectes du temps pour lever la difiiculté. Si l’auteur appelle
- Caïphe le sucrificateur de cette année-là (XVIII, 13), on n’est nullement en droit d'en inférer qu'il transformât la sacrificature en une
sharge annuelle! Il est certain qu'elle était sujette, à cette époque, à le fréquentes mutations. L'expression employée n’a rien d’extraordi-aaire. (Voir Bleek, Einleit. in N. T., p. 208.)
2? D’après les synoptiques, Jésus a vraiment mangé l’Agneau pas-
al le même jour que les Juifs (Matth. XXVI, 17: Mare XIV, 12,
TR
Mais le récit du quatrième évangile est infiniment plus 4
conforme aux usages du judaïsme, qui faisaient du jour pascal un jour exceptionnel où les prescriptions du sabbat avaient une rigueur inaccoutumée", ce quiu est pas compatible avec l'instruction d'un grand procès par le sanhédrin, la préparation des parfums par les saintes femmes attachées à Jésus”, le retour des champs de Simon de Cyrène*. Pour que Barrabas fût relâché en
temps utile, il fallait que la Pâque ne fût pas encore
mang'ée. C’est en vain qu'on nous objecte la pratique
bien connue de l’apôtre Jean, qui célébrait la Pâque. le 14 de Nizan, conformément à la tradition des.
synoptiques. Jean célébrait, ce jour-là, non pas la Pâque chrétienne proprement dite, dont l'usage
“n’était encore ni général ni déterminé, mais bien
la Pâque juive; il ne faisait en ceci que süivre les
décisions du concile de Jérusalem, d'après lesquelles les chrétiens d’origine judaïque doivent respecter M
16; Luc XXII, 7, 9). Le jour de sa mort aurait donc été le 15 Nizan, jour principal de la fête. D’après Jean, au contraire, le Seigneur aurait été crucifié le jour de la préparation de la fête, c’est-à-dire
le 14 Nizan (Jean XII, 1, 29; XVIII, 28; XIX, 14-81): Les expé-.…
dients proposés pour tourner la difficulté nous paraissent insufi sants, comme nous lé démontrerons dans le récit de la passion.
1 Le 15 Nizan était considéré comme une fête aussi solennelle que celle du Sabbat. Tout travail était interdit sauf la préparation
destaliments (Exode XII, 16). Cette concession est retirée dans le
:-Lévitique et dans les Nombres (Liév. XXIII, 7; Nomb. XX VIII, 18).
Le Talmud renchérit sur ces interdictions. Comment admettre en un
semblable jour l'appareil judiciaire que suppose le récit des synoptiques? D’après Josèphe, les Romains respectaient le sabbat ee (Ant., XVI, 6, 2). Voir Bleek, ouvr. cité, p. 182.
2 Luc XXII, 56.
3 Mare XV, 21,
RÉFUTATION DES OBJECTIONS. 208 . à
De Re L les coutumes de leur nation. Ces décisions étaient,
à bien des égards, tombées en désuétude, mais rien n'empêche d'admettre que Jean eût continué à s’y conformer. En tout cas, comme il ne prétendait pas célébrer le souvenir de linstitution de la cène, il ne donnait aucun démenti au récit mis sous son nom‘. On ne saurait refuser au quatrième évangile une supériorité incontestable pour l'exposition raisonnée des faits. Seul il donne une explication suffisante de la crise décisive qui a amené la condamnation de Jésus-Christ en retraçant, à grands traits, ses luttes avec le sanhédrin et en rapportant avec détail le plus étonnant de ses miracles, accompli aux portes de la ville sainte. On ne peut arguer des lacunes qu'on signale dans son exposition. L'auteur connaissait les synoptiques et ne se croyait point obligé de reproduire leur récit, il n’y a, d’ailleurs, rien de systématique dans ces lacunes, comme s'il avait voulu éviter, de parti pris, les traits propres
à faire ressortir l'humanité de Jésus; il nous l’a peint
accablé de fatigue et de douleur, et il recueille son
cri de détresse dans le temple, qui fait vraiment écho
aux g'émissements de Gethsémané : « Maintenant mon àme est troublée et que dirai-je? Mon Père, délivre-
moi de cette heure; mais c’est pour cette heure que je
suis venu ?. »
On reproche à notre évang'ile d’avoir supprimé toute gradation dans la manifestation du Messie, tandis que
1 Bleek, ouvr. cité, p. 187.
2 Jean XII, 27.
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254 __ RÉFUTATION DES OBJEOTIONS.
dans les synoptiques il ne se révèle que par degrés, ce= lon les circonstances! . Mais il faut se rappeler que Jean passe sous silence une portion importante de la carrière de Jésus en Galilée, et que son dessein principal est de nous donner les révélations les plus hautes
‘ et les plus profondes du Maître sur lui-même. Il ya
plus : bien que l’évangéliste se soit placé dès l'entrée à cette hauteur, il admet néanmoins une révélation graduelle de la gloire du Christ, depuis ses premiers discours à Cana jusqu'aux intimes communications de la chambre haute. |
C’est sur les discours du quatrième évang'ile que portent les attaques les plus vives. On exagère, d’une part, leur caractère antijudaïque et métaphysique, comme, de l’autre, on force sans mesure le prétendu judaïsme des synoptiques. On cherche à établir une opposition aussi tranchée entre notre évangile et son auteur présumé qu’ent »le gnosticisme et le judéo-christianisme fanatique. La conclusion s'impose d’elle-même : Cet
zangile, dit-on, n’a pu sortir d’un milieu si con- .
traire à l'esprit qui l'anime. Il est le produit de la gnose, et d’une gnose assez avancée pour traiter avec la tendance opposée, de puissance à puissance; il n'est plus alors que le traité de paix signé, au milieu du second siècle, entre le paulinisme et le judéo-chris- ; tianisme sur les hauteurs nuageuses de la métaphy- | sique. Nous ne nous arrêterons pas à réfuter cette opi-
Schenkel.