‹ Jésus-ChristChapitre 120 sur 376 · JAP · texte numérisé non relu

JAP

Le RÉFUTATION DES OBJECTIONS. es d nion extrême représentée avec tant d'éclat par l’école des tendances. La preuve historique a suffi pour l’écar: ter. Mais sa donnée principale subsiste encore. On invoque toujours une prétendue incompatibilité dogmatique entre le quatrième évangile et les synoptiques, et, par conséquent, entre l'écrit attribué à Jean et Jean luimême, qui fut l’un des douze. Cette opposition tombe devant un examen attentif.

Ni les synoptiques ne sont empreints de l'esprit juif au point où on le prétend, ni le quatrième évangile n'est aussi antijudaïque qu'on l’affirme. Nous avons relevé déjà les éléments universalistes de nos trois premiers récits canoniques. Matthieu, comme Luc, admet une large extension du règne de Dieu; la formule du baptême suffit pour faire reconnaître dans l’évangile des douze l’universalisme chrétien et les éléments de la métaphysique du quatrième évangile. Les premiers chapitres de Matthieu et de Luc renferment le commentaire le plus explicite du fameux texte : Ze Verbe est devenu chair*?. D'un autre côté, l'évangile attribué à Jean reconnaît pleinement les droits de l’ancienne alliance, témoin cette parole décisive : Le salut vient des Juifs*. Ce simple mot écarte absolument le gnosticisme le plus mitigé. On essaye de faire de Jean l’un des chefs du judéo-chris tianisme, afin de lui enlever l'honneur d'avoir écrit

1 Schenkel et Strauss l’ont reprise récemment. 3 Jean'I, 14.

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256 RÉFUTATION DES OBJECTIONS. e

l'évangile de MÉpare Personne ne conteste que,

comme les autres disciples, il n'ait débuté par les idées les plus grossières sur le règne du Messie, et qu'il n’ait eu besoin d’une grande transformation mo-

rale. Mais, après la Pentecôte, nous ne le voyons pas ”

jouer un rôle prédominant dans l'Eglise de la cham- «

bre haute, il s'empresse de seconder le mouvement de prosélytisme qui s'est prononcé à Samarie! ; à l'époque du concile de Jérusalem, il tend la main d'association à l’apôtre des Gentils, comme cela ressort du fameux texte de l'épître aux Galates, si controversé depuis quelques années, et «si clair pour l'esprit non prévenu ?. Quelle difficulté trouve-t-on à admettre que, sous les leçons de l'expérience et sous le souffle de l'inspiration, lé grand esprit de Jean se soit élargi graduellement? On nous oppose le judaïsme ardent de l'Apocalypse, mais nous l'avons déjà réduit à sa justevaleur; nous y avons re-

connu, sous une forme nécessairement empruntée à

l’ancienne prophétie, les points fondamentaux de la théologie du quatrième évangile, à savoir : l’adoration du Verbe, le sacrifice rédempteur, le salut pour tous les peuples. La peinture du jugement dernier, précédé par tant de jugements préliminaires, celle de la ré surrection des morts et du retour glorieux du Christ, rappellent sans doute l’ardent coloris des prophètes

1 Actes VIII, 14.

? «Jacques, Céphas et Jean, qui sont regardés comme des colonnes, ayant reconnu la grâce qui m'avait été accordée, me donnèrent à moi et à Barnabas la main d'association afin que nous allassions vers les Gentils et eux vers les Juifs » (Galates II, 9).

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hébreux ; mais il n'y à rien dans ces mots qui soit

emopposition ayec l’évang'ile, car celui- -ci, de l’aveu.

du plus éminent contradicteur de’ l'authenticité de l'Apocalypse, ne s'est point contenté d’une notion purement morale du jugement et de la résurrec-

tion’. Bien loin que l’auteur du quatrième évang'ile ait

emprunté à la gnose les termes de Verbe, de Vie, de

Lumière, de Fils unique, c’est la gnose qui lui a pris

ces expressions métaphysiques; elles avaient, en effet,

le double avantage de se prêter à des interprétations

subtiles tout en étant consacrées par le respect de l'Eglise. Nous ne nions pas que Jean n'ait parlé dans une certaine mesure la langue philosophique de son temps et de son milieu. Cela n'est pas plus étonnant que de voir saint Paul, à Athènes, citer la poésie classique. Seulement, on.n’établira jamais que, avec les

mots, saint Jean ait pris les idées, car rien n’est plus.

opposé à la doctrine du prologue que le dualisme platonicien ou l’idéalisme trompeur de l'Orient. La’ gnose était assez avancée à Ephèse à la fin du premier siècle

pour que notre évangile répondit ‘Parfaitement à la

situation des té Les Philosophoumen nous ont “fait assister. à l’élaboration de l’hérésie, et les systèmes bizarres que les livres d'Hippolyte nous font -connaître nous reportent FORN rene au temps de Saint Jean ?.: *- Me

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: Voir le Commentaire de Lucke sur Jean V, 28; 29. ? Voir dans mon Histoire des trois premiers siècles de l'Eglise

… chrétienne le chapitre sur les premiers gnostiques, t. II, p. 437.

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