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#FUTATION DES OBJECTIONS. 259

Jean. Le quatrième évangile laisse de côté l’activité galiléenne, qui s'était déployée dans un milieu essentiellement populaire; il nous fait surtout assister aux luttes de Jésus-Christ avec l’école pharisaïque au centre de la hiérarchie, et il se termine par les révélations intimes de la chambre haute.

D'ailleurs, n’exagérons rien; les discours qu’il rapporte ont plus d’une fois le tour parabolique familier à Jésus; nous rappellerons l’allusion aux eaux vives ou à la manne, la comparaison du bon berger et du mercenaire, et celle du cep de vigne et des sarments *.

Il n'est pas exact non plus de prétendre que, dans le.

quatrième évangile, l’enseignement du Christ ait toujours une forme didactique; il ne parle pas à la Samaritaine de la même manière qu'à Nicodème; le dialogue est très naturellement coupé et se prête à des incidentswvariés. À Jérusalem, en face des représentants d’une tradition formaliste qui prétend se

fonder sur Moïse, Jésus invoque le nom du grand légis-

lateur ; il oppose Abraham à ses prétendus descendants ?. Avec ses disciples, à l'heure de l’adieu, $on langage change entièrement et revêt une tendre mysticité, parfaitement appropriée à ces instants solennels. Le cadre historique de ses discours n’a rien de fictif : il est d’une étonnante précision. L’exactitude géographique n’est pas négligée. L’historien sacré se rappelle des incidents qu’on n’invente pas. Tel discours

. 1 Jean VI, 32; X, 6; XV, 1<.

2 Id. NV, 45; VIII, 56.

s'est tenu dans le portique de Salomon ou près du trésor du temple’; il faisait nuit à tel autre moment”. Les derniers entretiens de Jésus avec ses disciples sont interrompus par cette parole : « Levezvous, partons d'ici; » parole que rien n’amène si ce n'est un souvenir minutieux *. On a remarqué, avec beaucoup de raison, que nulle part l’auteur du quatrième évangile ne met dans la bouche de Jésus les termes métaphysiques qu’il a employés en son propre nom dans le prologue. Jésus ne se donne jamais comme le Verbe, les mots de lumière et de vie perdent dans les discours le sens profond et métaphysique qu'ils ont dans l’introduction-de l’évangile, ils ont simplement l’acception courante “. Parfois l'interprétation que l'évangéliste donne des paroles du Maïître paraît subtile; il s’efforce de résoudre une difficulté réelle, et, sans nier qu’il y réussisse, on est en droit d'affirmer qu'il n'aurait certes pas rapporté tel ou tel mot qui l'embarrasse, s’il ne l'avait pas recueilli des lèvres du Maître‘. |

Mais voici qui est plus décisif. Jean a si peu tiré de son esprit la métaphysique sublime des discours de Jésus que cette métaphysique était connue, admise dans l’'Eglise avant même que la première ligne de nos évan-

1 Jean X, 23; VIII, 20.

2 Id. XII, 30.

SANG IAT V1.

k Weizsæcker, Untersuch. über die ev. Geschich., p. 257. Le fameux raisonnement de Jean X, 85, n'aurait jamais été inventé par l’auteur du prologue.

5 Jean II, 19, 21.

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giles synoptiques fût écrite. Elle fait le fond de Penseionement de saint Paul dans ses lettres aux Colossiens et aux Ephésiens. Près d’un demi-siècle avant la composition de notre quatrième évangile l’apôtre des Gentils, avait déclaré que toutes choses avaient été créées par le Christ éternel et pour lui, et que toute la plénitude de la Divinité avait habité corporellement en lui. Dans l'épître aux Romains, dont l'authenticité est incontestée, il avait dit que Dieu nous a donné son Fils, et qu'après un tel don il ne peut rien nous refuser”. L'apôtre Pierre, dans sa première épître écrite dix ans plus tard, mais près de trente ans avant le quatrième évangile, avait explicitement reconnu la préexistence de Jésus, car il assimilait hardiment l'Esprit prophétique à l'Esprit du Christ*. Nous avons relevé dans les synoptiques les traits qui impliquent la même doctrine. Ainsi, bien loin que cette haute métaphysique soit une invention de l’école d'Ephèse à la fin du premier siècle, elle fait partie intégrante de la tradition primitive dès le moment où nous pouvons la saisir dans des documents écrits. Nous connaissons les raisons qui faisaient du disciple bien-aimé son gardien le plus sûr, il l'a conservée dans son cœur et rien n'empêche d’admettre qu’il ne l’ait de bonne heure confiée à ses tablettes. En tout cas, il l’a prêchée longtemps avant de composer son évangile. Or, je le demande, où cette À

: Coloss. I, 16-19.

2 Rom. VII, 32.

5 | Pierre I, 11.

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métaphysique aurait-elle été puisée dans l'Eglise prie.

mitive à ces temps reculés? Elle pouvait bien trouve > Mas quelques points d'attache, pour ainsi dire, dans la litté"" rature nationale, comme, par exemple, la nn *é tion toujours plus tranchée de la Sagesse, que 8 nous À. avons signalée dans les Proverbes et les apocryphes, FF mais elle n’en heurtait pas moins tous. les préjugés juifs, toutes les idées païennes. Elle n'a pu avoir d'autre source que l’enseignement même de Jésus.

Le caractère idéal de Févangile de Jean n'est point incompatible avec son caractère historique ; la psychologie profonde qui Iui fait reconnaitre et décrire dans la lutte de Jésus et des Juifs l'opposition entre

. les ténèbres et la lumière, cette notion sublime de l’a-

mour qui, dans son abaissement, voit son élévation et

. son triomphe, toutes ces grandes idées répondent à de

hautes vérités. Nous ne savions pas que les historiens * qui ont dég'agé le sens intime des événements par une généralisation puissante soient par là même taxés d'inexactitude. La fidélité n’est pas le monopole des chroniqueurs ; n'a-t-0n pas toujours réservé le nom d'historien à ceux qui ont su enchaîner les faits et en Leg le sens intime? ë .

Si l’on nous objecte l’analogie qui existe entre le. style de la première épître de Jean et celui du quatrième * évang'ile, nous demanderons d’abord s'il paraît plus probable que Jésus ait façonné l'esprit de son disciple, ou que ce soit le disciple qui ait formé son maître à son image après l’avoir proclamé Dieu. Que l’on doive faire-

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une certaine part à l'individualité de Jean dans la : 1eme des discours du Maître, c’est ce que nous mmes prêt à concéder : il les à traduits et résumés;

’& n Pbaproduire avec une parfaite Hd leur : forme RS mais A la HA tee Fo PA les

c'est LS Ru et non Jean que nous entendons.

On diminue notre évangile quand on y voit simplement le complément des synoptiques, ou une réfutation des erreurs de son temps; il complète et il réfute par le simple fait qu’il ‘raconte lRsoire évangélique après les premiers récits canoniques et dans un milieu saturé d’hérésies-dont il tient compte nécessaire-

ment, mais il prétend bien nous donner sous une forme se x .,e Û . , . à fs Re positive et individuelle toute l’histoire du Christ. Nous : +. k NA possédons en lui le résumé de l’enseignement du dernier

des apôtres, de celui qui fut le plus près du cœur de Jésus. Il fut écrit, à la sollicitation des chrétiens d’Ephèse, après qu'ils eurent prié et jeùné pour connaître

la volonté de Dieu, et c’est ainsi qu'ils reçurent des

mains de saint Jean le portrait même de Jésus, d'autant plus fidèle qu'il leur présentait un plus haut idéal, TA

HEa question du quatrième Évangile ne s’est pas sensiblemen t modifiée depuis ces dernières années, La date tardive est de plus en plus écartée, Keim lui-même, qui n’y voit qu’une espèce de roman philosophique en opposition absolue avec les synoptiques, le place sous le règne de Trajan, ce qui nous reporterait au début du second siècle, On peut voir, dans le volume de la Bible annotée que M. Reuss

Nous avons justifié la confiance que méritent nos

quatre évangiles canoniques. Ils sont pour nous autre: chose que de simples documents; ils nous font en-

# tendre la voix même de l'Eglise apostolique à quatre

périodes différentes de son développement. Chaque récit a ajouté quelque trait à l’image du Rédempteur,

. + et cependant tous ensemble ils ne nous présentent encore que le miroir « où l’on ne voit qu'imparfaitement »

jusqu’au jour de la contemplation directe. Ils nous font

respirer avec une puissance extraordinaire le souffle de l'inspiration qui animait l'Eglise des apôtres. Ce sceau divin se revèle au cœur, et, s’ily a du nmysticisme

à le découvrir dans nos quatre évangiles, nous nous

en reconnaissons hautement coupable.

Il n'en demeure pas moins que la science à elle tou te seule nous permet de conclure que nous avons bien

dans nos quatre récits canoniques des documents his-

toriques remontant au premier siècle. Il ne nous est . : FX plus permis dès lors de les remanier à notre gré, de

les traiter comme une sorte de mosaïque dont on peut

détacher des fragments selon son caprice pour tenter des combinaisons artificielles. On comprendrait “à

méthode si nos synoptiques n'étaient qu'un amas dé

consacre à la littérature johannique, et dans l’article de M. Sabatier sur le quatrième Évangile dans l'Encyclopédie Lichtenberger, que la critique indépendante, par presque tous ses organes, place la composition de notre Évangile à la fin du premier siècle. Je ne vois rien de nouveau dans les objections faites à l’authenticité et au caractère historique de l'Évangile, telles qu’elles sont formulées dans l'ouvrage de Keim. Elles se ramènent toujours aux suivantes : le une différence radicale de style entre le quatrième Évangile et les synoptiques ;

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traditions suspectes sans autre lien qu’une juxtaposition

de hasard. Mais il n’en est rien; ils nous donnent une

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narration suivie, ordonnée d’après un plan déterminé ; nous sommes tenus désormais de nous rendre compte

de ce plan, d'expliquer le détail par l’ensemble et de confronter sans cesse nos quatre évangiles. C’est pour nous ‘le seul moyen de sortir de l'arbitraire effréné dont on se plaît à user dans l'emploi de nos sources, tantôt mêlant les textes Les plus disparates, tantôt les coupant, les morcelant, traitant en un mot l’histoire évangélique comme un métal en fusion qu’on peut jeter dans le moule qu’on a choisi. La science a beaucoup à perdre à de telles méthodes; elles n’ont plus de raison d’être dès que l'on à reconnu dans nos récits canoniques la D Lo: empreinte des temps qui les virent naître et des écrivains à qui nous les devons. 11 faut en finir avec cette divination qui sollicite les textes, doucement ou non, ‘pour y retrouver ce qu’on avait déjà dans l'esprit, sûr moyen de découvrir partout sa propre pensée. Une étude comparative des évangiles qui respecte l’ordre des temps et cherche à le déterminer avec le soin le plus scrupuleux, coûte plus d'efforts, mais elle apporte plus de profit. à la science.

2° la tendance métaphysique pliant les faits à la glose platonicienne; 8° la suppression de toute gradation dans l’opposition entre Jésus et ses adversaires; 4° l'identité du langage, malgré la diversité des interlocuteurs. Nous avons déjà répondu, dans ce chapitre, à ces objections, qui sont réfutées avec une grande vigueur, soit dans l’introduction du Commentaire sur le quatrième Évangile de M. Godet (3e édition), soit dans le premier volume de la Vie de Jésus de Bernard Weiss. Ce dernier s'attache à établir, avec beaucoup de sagacité, la différence

très: réelle qui existe, entre le: prologue. et: les discours de Jésus-Christ

dans le quatrième Évangile, car on ne trouve nulle part dans les dis=

cours le développement de la haute métaphysique de l’incarnation. B. Weiss fait également remarquer avec raison que, dans, l'Évangile lui-même, il est des cas où l’on peut distinguer la parole du Maître de l'interprétation parfois défectueuse du äisciple (aïnsi Jean I, 19, 21).

Il s'ensuit que Jean n’a pas prêté directement ses propres idées. à 2

Jésus. Weiss ne voit pas dans le fond des discours une libre création de l'évangéliste, ce qui serait absolument incompatible avec son respect pour son Maître; mais il n’en reconnaît pas moins qu'il faut faire une part très large à la subjectivité de l’apôtre dans la reproduction de ces discours, dont la substance s’est, sinon transformée, au moins développée nn son esprit (vol, I, p.84 et suiv.}. Ce n’est pas que pour

Weiss le caractère historique de l'Évangile soit compromis : il y dis-

cerne trop de traits précis. Il y voit, en définitive, l’évangile. du fait par excellence, l’évangile de l’incarnation, se plaçant par là au pôle opposé de la gnose. Seulement, il a constamment vu le fait dans la lumière de l’idée qui en est inséparable en définitive. M. Sabatier, comme M. Reuss, est disposé à attribuer la rédaction du quatrième Évangile plutôt aux disciples de saint Jean qu’à saint Jean lui-même, en se fondant sur le rôle de primauté qui est: attribué au

narrateur. Maïs si on y fait attention, on reconnaîtra ( qu’il s'agit

non d’une primauté de rang, mais Atarnisits. I y a ien là qui blesse l'humilité. D'ailleurs, il nous suffit de constater l'unité vivante du quatrième Évangile pour ne pouvoir y reconnaître simplement une rapsodie faite par pièces et par morceaux, fût-elle la plus admirable de toutes. J'ajoute, avec B. Weiss, que, si cet. Év n’est pas de Jean, l’auteur fait tant d’efforts pour se faire passer tel, que nous aurions ici une fraude raffinée. Nous en restons: donc à l'authenticité du quatrième Évangile et à sa composition par saint

. Jean, sauf le c. XXI, qui est comme son certificat d’origine. Tr

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