‹ Jésus-ChristChapitre 159 sur 376 · SON HUMILITÉ · texte numérisé non relu

SON HUMILITÉ

sacrés, témoins déjà de tant de miracles. Il n'y avait pas. à en douter, c'était bien un prophète qui était sorti

lu désert; c'était bien une parole divine qui était venue. interrompre le docte et vain parlage des écoles. Cet homme étrange et puissant ne serait-il pas celui qu'on. attend; ou du moins ne serait-ce pas Elie redescendu de son char de feu pour annoncer le Messie ?

Ces pensées se propageaient dans le peuple avec une: rapidité croissante. Dès que le Baptiste en eut connaissance, 1l les repoussa avec énergie : « Il en vient un autre après moi, s’écria-t-il, un autre plus puissant que moi : je ne suis pas digne même d’être son esclave en déliant la courroie de ses souliers. Je baptise d'eau; lui, ilvous baptisera de l'Esprit et de feu. Mon baptême n’est qu’un signe de purification; la purification véritable, c’est lui qui vous l’apportera avec l'esprit divin dont il sera le dispensateur. Comme l’a annoncé le prophète Joël, il sera le feu qui éclaire, qui vivifie et purifie en consumant. Maître de la moisson, 1l nettoiera son aire, il exercera le jugement en séparant la balle destinée à être brûlée du bon grain. Il est le maître, je ne suis que le serviteur. » Le sanhédrin, d'autant plus jaloux de son autorité qu’il était obligé de se renfermer strictement dans la sphère religieuse, s'était ému de. l'influence acquise par Jean-Baptiste. Aussi lui en- : voie-t-il une députation pour faire une sorte d'enquête. Elle lui pose les mêmes questions que le peuple :

{ Luc III, 16-18.

« Quies-tu done? Le Christ ou Elie? » La réponse fut plus catésorique encore. Après s'être énergiquement défendu d’être le Messie ou Elie, pressé par ses interlocuteurs, il définit ainsi son rôle : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur. » [Il n’est donc qu'une voix, un témoin. « Il n’est pas la lumière; il rend témoignage à la lumière. » Mais il ne précède que de bien peu le grand inconnu qui va accomplir le dessein de Dieu : « Il est au milieu de vous, Celui que vous ne connaissez pas. [vient après moi, Celui qui m'a précédé, car ilestavant moi'.» Ainsi la révélation que Jean avait reçue au désert sur le Messie avait éclairé pour lui d’un rayon les obscures profondeurs de son existence éternelle. Il avait appris par la même voie surnaturelle qu'il le verrait bientôt de ses yeux et qu'un signe miraculeux le lui ferait conuaître?.

Comme Jean-Baptiste remplissait son office ordinaire, Jésus lui-même se présenta devant lui. C'était sa pre-

1 Oüros nv à Ôxisw ou épyépevas, ds Éumposhév pou YÉVovev, bre moûréc pou y. (Jean I, 15.) .

2 La réalité de cette révélation ressort. des mots suivants : O TÉMUVAS ue Bantilerv èy t@ Ddarr, Exeivés mot etrey * ’Eo dv dv (dns. (Jean I, 33.)

3 La date du baptême de Jésus-Christ peut être déterminée par celle de la première Pâque qui suit cet événement (Jean II, 13). Nous lisons, en effet, Jean II, 20 : «Les Juifs dirent : On a été quarante-six ans à bâtir ce temple. » Donc la date de cette Pâque est la quarantesixième année après le commencement de la reconstruction du temple sous Hérode. Or, d’après Josèphe (Ant., XV, 11, 1), cette reconstruc-

mière démarche publique; il n'avait pas encore franchi le seuil de sa demeure à Nazareth, aucun disciple ne l’accompagnait !, car nul parmi ses compatriotes n'avait

tion aurait commencé dans la dix-huitième année du règne d'Hérode le Grand, lequel datait de l’an 717, époque de la mort d’Antigone; nous sommes donc reportés à l’an 734 de Rome. La Pâque, célébrée quarante-six ans plus tard, l’a été en conséquence dans l’année 781- 782. Les événements accomplis entre le baptème de Jésus et son voyage à Jérusalem reportent le baptème à l’année précédente, c’està-dire à l’année 780 : ce qui nous donne l’âge de trente ans pour Jésus, conformément à Luc IIT, 23. La date marquée avec tant de précision dans Luc III, 1, n’est pas en contradiction avec celle que donne Jean, si l’on y voit avec Wieseler l'indication, non du commencement de la prédication de Jean-Baptiste, mais de sa dernière apparition, à la veille de son emprisonnement, qui coïncide avec l'entrée de Jésus dans son ministère. La quinzième année de Tibère tombe sur l’année ‘781-782, car Auguste mourut en août 767. Donc

+ s’il s'agissait, dans Luc IIT, 1, du baptême de Jésus-Christ nous ne

pourrions accorder les dates. Il en est autrement si l'hypothèse de Wieseler est admise. Voici les raisons qu’il donne à son appui : 1° Il y a de notables différences entre Luc II, 1, et les textes des synoptiques qui se rapportent au baptème (Matth. IT, 1; Marc I, 9, 11); 2° le récit de Luc aboutit à l’incarcération de Jean-Baptiste (II, 19); 3° Luc dans les Actes montre clairement que pour lui cette incarcération a précédé immédiatement l'inauguration du ministère public de Jésus-Christ (Actes I, 22). Dans Actes XIIT, 25, les paroles du Baps« tiste, rapportées dans Luc IIT, 16, sont évidemment rapportées aux derniers temps de la prédication du Précurseur. (« Quand Jean achevait sa course. ») Ce rapprochement nous semble décisif. On a essayé, dans l'hypothèse contraire, de faire dater le règne de Tibère du moment où il fut associé à l'empire, en l’an 765. Mais ce calcul est tout à fait inusité dans l'antiquité. Strauss accuse l’évangéliste Luc d’inexactitude pour avoir fait de Lysanias le tétrarque d’Abilène, tandis que Josèphe rapporte qu’un tétrarque du même nom aurait été massacré dès l'an 718 par ordre de Cléopâtre, qui se serait emparée de son pays (Josèphe, Ant., XV, 4, 1). Mais Dion Cassius (49, 32) nous apprend qu'Antoine n’a pas donné à Cléopâtre tout le territoire qui appartenait au premier Lysanias; ce qui en restait a pu parfaitement revenir à un de ses héritiers. Une médaille confirmant le texte de Luc a été retrouvée (Wieseler, p. 153).

1 C’est une pure imagination de M. Renan de représenter Jésus comme ayant confondu pour un temps son école avec celle de Jean-

pu apercevoir un maître et un prophète dans l’obscur artisan galiléen. I] paraît évident, d’après le récit des évang'iles que Jean ne l’avait pas rencontré depuis de longues années. Il pouvait avoir oublié jusqu'aux traits . de son visage, tout en ayant conservé le vague souvenir des événements de son enfance. Cependant quand Jésus s’approcha des bords du fleuve, Jean par une divine intuition reconnut sur son front le sceau d’une pureté sans tache; ce qu'il avait appris de sa naissance lui revint en mémoire, et, mesurant d'un regard la distance qui le séparait de ses prosélytes ordinaires, il s’écria : € C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi et tu viens à moi. — [1 me faut accomplir tout ce qui est juste, répondit Jésus. » À peine s'est-il plongé dans les eaux du fleuve qu’une vision glorieuse achève d'éclairer Jean-Baptiste. Il voit le ciel s’ouvrir et l'Esprit de Dieu descendre sur Jésus sous la forme d'une colombe, douce image de l'inspiration continue; une voix qui n’est pas de notre monde fait entendre ces mots : « C'est ici mon Fils bien-aimé

dans lequel j'ai mis mon bon plaisir '. » Alors le

Baptiste (Vie de Jésus, p. 65). Il était encore absolument seul, d’après tous les récits évangéliques.

1 D’après Jean, le témoin le plus etat de la scène du Jourdain, la vision fut pour le Baptiste seul (Jean I, 32, 33). Matthieu et Marc disent expressément que ce fut lui qui vit la colombe (Matth. III, 16; Marc I, 10). S'ils donnent un tour direct à la parole divine : Tu es mon Fils bien aimé, rien n'empêche d'admettre que le Précurseur ne l’eût entendue seul sous cette forme. La manière dont le ue sacré s'exprime montre surabondamment qu'il ne s'agit pas

d’une colombe réelle (6 doelreptorepdy, Matth. III,16; cupatra@) etèet, WG 7 TEPIITEPAY, Luc III, 22). Il n'y a donc ici qu'une vision, mais

Baptiste s’écrie dans son extase : « Je ne le connaissais pas. » C’est maintenant, en effet, que, pour la première fois, 1l connaît Jésus dans sa Eu de Fils unique et de Messie *.

Le baptême de Jésus marque une grande date dans sa vie. On ne saurait légitimement l’invoquer contre sa sainteté parfaite. Il est évident, par le récit évangélique, que cette cérémonie à revêtu pour lui un caractère exceptionnel. Jean montre clairement. par ses scrupules qu'il sait bien qu'il baptise un être parfaitement saint. Pourquoi done Jésus s’est-il soumis au baptême? Le Baptiste lui-même résout la question par cette parole significative : « Je suis venu baptisant d'eau, dit-il, afn qu'il fit manifesté à Israël ?. » Aïnsi le baptême du Christ a été, avant tout, destiné à inaug'urer solennellement son ministère; voila pourquoi il a été entouré de circonstances remarquables qui en relèvent la grandeur. Ne voir en lui que ce qui le rend semblable au baptême cette vision est une révélation réelle qui a son action immédiate, ét” à laquelle correspond une communication effective de l’Esprit-Saint à Jésus-Christ. Voilà le fait divin dont la vision n’est que l'expression symbolique. Jean-Baptiste, dans le quatrième évangile, ne distingue pas, pour le mode, la révélation qu’il a reçue au Jourdain de celle qui l’y avait préparé (Jean I, 82, 33). Preuve nouvelle en faveur de notre assertion.

1 Il nous semble que ce commentaire narratif du récit me répond aux objections présentées par Strauss dans ses deux Vies de Jésus (ouvrage cité, pp. 195, 196), et par Schleiermacher (Leben Jesu,

p. 146). Il n’y a donc pas de contradiction entre l’évangile de l'enfance et le récit du baptème.

2 [va qavepu0n Tr Topañh, duù voûro 7A0ov éyd ëv Ldare Bart'Cwv. (Jean I, 31.)

ordinaire, et négliger ce qui l'en distingue, c’est méconnaître ses traits distinctifs et sortir de la réalité historique. Jean, le représentant de l’ancienne alliance est chargé de proclamer au nom des saints et des prophètes dont il est l'héritier légitime, que la nouvelle alliance a commencé et que le Messie promis est venu. En outre, ce royaume des cieux qui va être inauguré sur la terre aura pour sujets les humbles, les cœurs brisés, ceux qui pleurent. Le baptême de repentance est le touchant symbole de toutes ces dispositions. Ne convient-il pas que le roi de ce peuple pénitent lui fraye la voie? Ne s'est-il pas identifié à la race qu'il vient représenter? Celui qui veut mourir pour elle ne peut-il pas se repentir pour elle et porter sur son cœur le fardeau de ses misères morales? Dans les institutions mosaïques les souillures n'étaient pas seulement personnelles; le contact d’un être souillé rendait la purification nécessaire. [ci, il n’y à pas un simple contact avec la race déchue; il y a la solidarité la plus intime, la plus absolue. Ce mystère est le fond même de la rédemption et il n’est pas plus difficile à admettre au bord du Jourdain qu’au jardin de Gethsémané et à la Croix.

Un se tromperait si l’on s’imaginait que Jésus n'ait. reçu aucune grâce à son baptême. Il s'était placé dans les conditions complètes de l'humanité. Il puisait aux sources de la vie divine, comme nous y devons puiser nous-mêmes par la prière et par la foi. L'Esprit-Saint lui fut effectivement communiqué avec une richesse nou-

ne NOUVEAU TÉMO'GNAGE DE JEAN-BAPTISTE A JÉSUS.

velle à cette heure solennelle; ce fut son onction royale pour son œuvre de douleur et d'amour.

Le lendemain de ce grand jour, Jean-Baptiste rencontra Jésus. Il le désigna aux deux disciples qui l’accompagnaient par ce mot profond : « Voici l’'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde’. » Cette parole pouvait être facilement comprise ‘par les pieux Israélites qui avaient assisté au sacrifice offert soir et matin dans le temple de Jérusalem, et qui avaient mangé l'agneau pascal, surtout s'ils avaient lu les oracles prophétiques où le libérateur promis ces représenté sous l'image d’une victime*.

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