LE FILS DE DIEU
ne sauraient subsister en face de cette parole de Jésus dans le premier évangile : « Toutes choses m'ont été données par mon Père, et personne ne con-
naît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils
a voulu le révéler ‘. » Pour maintenir une différence radicale entre le Christ des synoptiques et celui de saint Jean, on est obligé de rejeter arbitrairement le commencement et la fin de ce texte. N’est-il pas plus simple de lui donner pour commentaire ce mot dé- -cisif du quatrième évangile : « Moi et le Père nous
sommes un?. Dieu a donné son Fils au monde ?. »
On prétend que ces audacieuses affirmations sont plus
insensées que le mot fameux du despote : L'Etat,
c'est moi. On y voit un cas de folie bien caractérisé *. Que l’on convienne au moins que c’est la folie même du christianisme, car il n’y a pas là uniquement la
démence d’un homme exalté; c'est la démence d’une
religion tout entière qui, dès son premier jouf, a vécu de cette idée ou de cet opprobre, car cette notion de Fils de Dieu est inhérente à son essence même et à la conception du royaume de Dieu tel qu’il a prétendu le fonder et l’a fondé en réalité. |
1 Matth. XI, 27. Luc X, 22.
2 Eyo xat 6 marho Év êcuev. (Jean X, 30.)
8 Jean III, 16. Il n’est pas légitime d’invoquer cette notion fondamentale du quatrième évangile contre le texte Jean X, 34-36. Il n’y a là, comme nous le verrons, qu’un raisonnement à fortiori, qu'on n’a pas le droit d'isoler du vaste contexte de l’évangile de Jean. Schleiermacher s'efforce en vain, dans sa Vie de Jésus, de réduire la divinité du Christ à une simple union morale avec Dieu (p. 282 et suiv.).
* Strauss, Vie de Jésus, I, p. 202.