LE FILS DE L'HOMME
La désignation ue Jésus semble s'être attribuée de préférence est celle de Fils de l’homme. On ne
saurait y voir une simple allusion au psaume VIII,
qui peint en traits simples et pathétiques la faiblesse de l'humanité : « Qu'est-ce que l’homme mortel que tu te souviennes de lui, et que le fils de l'homme que tu le visites? Car tu l’as fait un peu moindre que les anges et tu l'as couronné de gloire et d’honneur !.» Il est incontestable que la désignation de Fils de l’homme reportait les contemporains de Jésus aux grands oracles du livre de Daniel, si populaire à cette époque. Le Fils de l’homme de Daniel n’est pas une simple personnification du peuple d'Israël; c’est le titre donné à son chef victorieux, qui n’est autre que le Messie?. Comment en douter après l'oracle si positif et si clair qui annonce que le con-
ducteur futur du peuple élu doit amener la justice
des siècles *? Jésus prend ce titre de Fils de l’homme précisément quand il s’attribue les actes souverains qui n'appartiennent qu'au Messie. C’est ainsi qu'il
déclare que le Fils de l’homme est maître même du
Sabbat*. Il a l'autorité sur la terre de pardonner les
i Ps. VII, 5, 6.
? Daniel VII, 13, 14.
$ Daniel IX, 24, 25. M. Colani insiste sur la question de Jésus à ses disciples : «Qui disent les gens qu'est le Fils de l’homme?» {Mattk. XXI, 13.) Maïs ne peut-il pas tout ensemble affirmer qu'il est le Messie, et demander ce qu’on pense de lui? N'y avait-il
pas des notions diverses et contradictoires sur le Messie dans son
peuple? | # Marc II, 28.
PS LE FILS DE L'HOMME, péchés; il a le pouvoir de sauver ce qui est perdu. Enfin, quand il annonce son retour glorieux pour juger le monde et ressusciter les morts, il dit hautement que le Fils de l’homme reparaîtra sur les nuées assis à la droite de la puissance de Dieu?. Il s'ensuit que Jésus,
en prenant ce nom, s'est aussi bien désigné comme:
Messie que lorsqu'il acceptait le titre de fils de David et de Fils de Dieu. Sans doute, il veut exprimer par cette désignation son union intime avec l'humanité ; il se donne comme son représentant, comme le second
Adam, le roi spirituel de la race déchue, qui parti-
cipe à toutes ses souffrances. Il n’est précisément le
Messie que parce qu'il a revêtu notre nature. avec. toutes les infirmités qui ne sont pas des souillures
morales. Mais, d'un autre côté, il ne réalise pleinement l'idéal buniain, et il n’est, au sens absolu, le
type de l'homme que par sa vie divine, car, pour un être fait à l’image de Dieu, la consommation. er. 0 nière est dans son union avec la Divinité. Aussi peut-oh dire que Jésus est d'autant plus le Fils de
l’homme qu'il est davantage le Fils de Dieu. Il y a une synonymie réelle et sublime entre ces deux titres d'honneur; seuls ils expliquent le beau nom de J ésus- Christ, de Messie, de Sauveur, qu’il porte le plus ha- 1 Matth. IX, 6. Mare IL, 10. Comment M. Colani ne voit ici qu'un simple fait hümain (Thèse, p. 19), c’est ce qui nous dépassel
2 Matth. XVI, 14. Voilà encore un texte que l’on efface d’un trait de plume. En réfutant la thèse de M. Colani, nous avons réfuté éga-
lement le chapitre sur la doctrine de Jésus dans les Vorlesungen über neutestamentliche Theologie de Baur, ouvrage BORRUS publié À en 1854. On y retrouve le même fond d'idées, Lit ANT °°
L'ÉGLISE. DCE
bituellement, car, pour sauver le monde, il devait être . à la fois le Fils de l’homme et le Fils de Dieu. Sa haute dignité est donc la première condition de la réalisation de son plan.