‹ Jésus-ChristChapitre 195 sur 376 · POPULARITÉ DE SON ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

POPULARITÉ DE SON ENSEIGNEMENT

« Cette populace qui n’entend pas la loi est exécrable ‘.» Ces dures paroles nous apportent un écho des malédictions de la synagogue contre l'Amhaarez, nom injurieux donné à quiconque se tenait en dehors de leur école. « Autant donner sa fille à un loup, que de la donner à un ignorant. Un tel homme doit être dépouillé de tout droit, privé de tout secours, et l'on n'est pas obligé de le saluer quand on le rencontre *. » Les "excommuniés de l’école ont été les préférés du Christ; il leur a présenté la vérité divine sous une forme limpide et pure qui rappelle le lait offert au nouveau-né, selon une douce image biblique*. Ila eu pleinement conscience de ce caractère nouveau de son enseignement: « Je te rends grâce, Ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, s'est-il écrié, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux enfants ‘. » Ce n'est certes pas qu’il y ait incompatibilité entre la science et l'Evangile, mais il importait que la voie qui conduit à Jésus-Christ ne fût pas celle de l’érudition et de la dialectique, où très peu d'hommes peuvent s'engager. Le meilleur commentaire de cette grande parole est ce passage de Tertullien : « Je t'appelle, Ô âme humaine, non pas telle que tu es quand tu as été formée dans les écoles, polie dans les bibliothèques. Je te veux simple, rude,

1 O 6yaoc oùroc à ph yiwT4wY Thv-véuoy ériratdontol elcu. (Jean VII, 49.)

? Gfrœrer, Das Jahrhund. des Heils., I, pp. 190, 191.

$ ] Pierre II, 2.

* AmexdAubas aùtà vnmiots. (Matth. XI, 25.)

SON CARACTÈRE LAÏQUE. 360. ee

inculte et ignorante, telle que tu es. chez ceux qui n'ont rien ajouté à la nature. Je vais te chercher sur la voie publique, au carrefour, à l'atelier. Je ne

te demande que ce que tu apportes originairement |

à l’homme, que ce que tu as appris toi-même de ton auteur!. » Ainsi la DOPVRNE de l’enseignement de Jésus, tient, avant tout, à son caractère essentiel lement humain.

C’est ce qui nous explique qu'il soit De de toute. SE surcharge technique, et échappe entièrement à la spé cialité. Nulle parole n’a été plus laïque?. I] ne monte.

pas dans la chaire de Moïse et n’emploie pas un. langage consacré et doctoral; il se mêle au peuple des villes et des campagnes; la cime verdoyante d’une colline, le bord d’un puits, la place publique, les champs où paissent les troupeaux, tout lui est bon pour développer sa doctrine, et il fait surgir les applications les plus sublimes des circonstances les plus ordinaires de la vie. Il sait greffer d’une main habile ses enseignements sur les dispositions de ses auditeurs; il discerne, d'un seul regard, le point de contact entre les esprits qu'il veut éclairer et ses hautes pensées. Nul mieux que Jésus n’a rattaché la vérité nouvelle à la vérité ancienne et déjà connue. Aussi se comparait-il au père de famille qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes ?

1 «Te simplicem et rudem et impolitam compello. Ea expostulo, que tecum in hominem infers. » (Tertull., De Testimonio anime, I.) Ewald, Geschichte Volks rt V, pp. 215, 216.

te XIII, 52.

7h amais l’idée chez lui ne uno vague et abstraite; : elle prend corps immédiatement, elle revêt un relief ex- traordinaire qui la rend saisissable aux plussimples. On a remarqué avec raison que $es discours sont teints des couleurs du milieu historique où il a vécu; c’est ce qui

‘leur communique cette éternelle fraîcheur, ce cachet

de réalité qui les grave dans toutes les mémoires. Ce qu’il y a de plus vulgaire dans l'existence à la campagne ‘et à la ville, les portes larges et étroitessrle

plat nettoyé par le dehors", le sel, le levain”, les pièces .

neuves ou vieilles ajoutées au vêtement usé, tout prend une haute signification dans son enseigne-

ment et contribue à lui donner un tour original et.

pittoresque. Nous sommes transportés dans les champs |

où mûrissent les moissons, où paissent Jes troupeaux, où le lis se pare sans travail d’un vêtement plus riche que la pourpre de Salomon. La wie de famille dans ses divers incidents fournit de nouvelles images. Voici le flambeau qui éclaire toute la maison, quand la nuit a commencé”. Les enfants dorment autour du père quand on entend retentir à la porte le coup frappé par le voisin nécessiteux*. Le voleur survient à l’heure des ténèbres. Les fêtes de l’intérieur, les noces avec leur éclat oriental, la naissance de l'enfant et la joie qu'elle apporte trouvent place dans ces ta-

1 Luc XIII, 24; XI, 39.

2 Marc IX, 50; VII, 15.

3 Luc XII, 85.

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$ Matth. XXIV, 43,

bleauxsymboliques'. Les rapports sociaux sont exploités

avec le même art. L'esclave, le travailleur à la journée, : l'économe, le fils de la maison figurent dans les discours de Jésus, chacun avec sa physionomie propre*. Le roi est bien dans son rôle ordinaire, soit qu'il

se rende à la guerre ou qu'il honore ses hôtes de sa ‘présence . Dans la salle de festin le riche nous est

montré vêtu de pourpre et de fin lih, tandis que le pauvre meurt de faim sur le seuil de son palais*, et

que le captif gémit au fond de sa prison”.

Nul enseignement n'a donc été plus populaire dans sa forme que celui de Jésus, parce que nul n’a été moins scolastique. Ce caractère humain, nous le retrouvons dans là méthode qu'il emploie pour communiquer la vérité. En effet, il s'adresse toujours à l’homme en tant qu homme; il vise au cœur et à la conscience, c'est-

à-dire à ce qu'il y a de plus intime et de plus fonda-

mental dans l’âme. Il ne s'adresse jamais à l’homme d’une certaine classe, d’une certaine culture, il dépasse promptement tout ce qui est accidentel et contingent,

toutes les distinctions d’un jour, ce qu’on peut appeler

le vêtement changeant de l'être moral; c’est celui-ci

qu'il met en cause. De là la portée universelle de son

enseignement, il tombe d’aplomb sur le cœur humain,

1 Matth. XXV, 10. Jean XVI, 21.

2 Luc XII, 45.

8 Luc XIV, 31. Matth. XXII, 11.

# Luc XVI, 19.

$ Voir sur ce caractère réel de l’enseignement de Jésus, Holzmann, Die Synopt. Evang., p. 461-464,

tel qu’on le retrouve à tous les degrés de culture et de civilisation. C’est précisément parce qu’il est accessible aux simples et aux enfants qu’il à ce caractère universel et humain. Sa profondeur tient à la même cause; il faut, pour atteindre l'enfant et l’ignorant, répondre aux vrais besoins de la nature humaine, à ceux qui sont le plus impérieux, le plus profonds, et aussi le plus difficilement satisfaits, car ce sont les raffinés qui se laissent aisément tromper et amuser. Une âme d'enfant, une âme naïve et droite n'est pas prise à si bon marché; ce qui lui est approprié est bien fait pour l'humanité.

Ainsi tout, dans l’enseignement de Jésus-Christ, aboutit à la conscience. Il en appelle d’abord à son témoignage. « Si quelqu'un fait la volonté de Dieu, dit-il, il connaîtra que ma doctrine est de Dieu.» Vous êtes les enfants des ténèbres, vos œuvres sont mauvaises, vous avez besoin de la nuit qui les cache. C’est pour cela que vous ne voulez pas venir à la lumière et que vous me repoussez ?. Jésus demande sans cesse le repentir, la conversion, l'effort énergique de la volonté. « Ce sont les violents qui ravissent le royaume Ÿ. » Aussi cette parole si douce, si pleine d’onction et de mansuétude, est-elle au fond un glaive qui apporte la guerre et qui divise l'humanité. Elle exerce un jugement redoutable : « La parole que

i Jean VII, 17.

? Jean II, 19-20.

$ Matth. XI, 12.

J'ai dite, c’est elle qui vous juge‘. Prenez garde à la manière dont vous écoutez?. » Jésus n’a jamais dissimulé les conséquences du refus d'accepter la vérité; ses appels miséricordieux ont une sanction terrible*. Quiconque repousse ces semences de vie éternelle de: vient semblable à une terre maudite couverte de ronces et d’épines *.

L'enseignement de Jésus-Christ, précisément à cause de son caractère moral, ne pouvait avoir pour tous ses auditeurs la même évidence. La vérité religieuse fait appel au sens du divin et à la conscience; elle ne peut donc être immédiatement accessible à une race déchue qui est dominée par le mal et le subit à des degrés divers. Les vérités de cet ordre appartiennent au monde invisible; or, celui-ci demeure fermé à quiconque se refuse à ouvrir l'œil intérieur. En outre, ces vérités prétendent réformer et régler la vie, on ne saurait les accepter, tout en se dérobant aux obligations souvent sévères qui en découlent. Aussi repoussent-elles tous ceux qu’elles n’attirent pas en les domptant. L'esprit, habile à s’abuser lui-même, croit son intérêt engagé à les contester. Pour pénétrer et recevoir un enseignement comme celui de Jésus, il faut déjà un acte de volonté; la vérité qu'il apporte au monde est saisie en même temps par le cœur et par l'intelligence. Voilà pour-

1 Jean XII, 48.

? Luc. VIII, 18.

3 Matth. XI, 21.

* Luc VII, 14.

quoi le plus parfait des maîtres a rencontré sitôt l’opposition. es F4

Ce n’est pas qu'il n’ait tout fait pour provoquer et stimuler ces forces morales sans lesquelles sa doctrine demeurait une lettre morte. S'il ne la manifestait pas É tout d’abord dans sa pleine clarté, c’est qu'il n'est pas d'œil humain qui püt supporter sans transition cette pure et éclatante lumière du ciel. Il en adoucissait l'éclat et l’enfermait sous le voile de symboles transparents qui avaient l'avantage d'’éveiller l'attention d'hommes encore trop terrestres pour contempler en face les réalités invisibles. Ces symboles, en excitant chez eux le désir de pénétrer sa pensée, réveillaient leur éneïgie; ils étaient amenés à faire un effort salutaire pour acquérir la vérité. Ainsi tombent les. difficultés que présente au premier abord l'entretien mémorable qu’eut Jésus avec ses disciples sur le but de ses paraboles. Ses apôtres, en l’interrogeant sur le sens d’une de ses similitudes, ont pris rang parmi. les enfants de la lumière qui désirent être éclairés. « À vous, leur dit le Maître, est donné le secret du royaume de Dieu, mais pour ceux du dehors tout est en paraboles, afin qu’en voyant ils voient et n’aperçoivent pas, et qu'en entendant ils entendent et ne comprennent pass de peur qu'ils ne se convertissent et ne reçoivent. leur pardon.» N'oublions pas que le cercle intime qui serassemblait autour de Jésus n’était fermé à personne, .

1 “Iva Bhérovres Phérwot, xai ph (Owot. (Marc IV, 12.)

‘ pe

et qu'il se CoMposait de tous ceux qui, étant altérés de vérité, avaient trouvé dans sa parole une première réponse à leurs aspirations, et montraient par leur empressement à l’interroger que le sens du divin s'était réveillé en eux. Nul n’est exclu, si ce n’est par sa faute -et par son endurcissement. Comment les hommes qui “ont des yeux pour ne pas voir participeraient-ils au salut? Dans de telles conditions, la vérité ne leur serait plus communiquée qu'en se dégradant et en se matérialisant; ce serait un déshonneur pour elle d'être

perceptible aussi bien au cœur grossier qui la repousse

qu’au cœur humble et brisé qui l'appelle. Dieu fait luire « l'Orient d’en haut » sur les bons et sur les méchants, comme son soleil; mais la supériorité de la lumière morale sur la lumière physique apparaît précisément en ceci, qu’elle n’éclaire que ceux qui le veulent bien. « Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu il entende. À celui qui a, il sera donné; à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé.» En d'autres termes, la vérité divine ne trouve aucun point de contact partout où la conscience est endormie et la volonté languissante, partout où le sens du divin est émoussé. On ve la conserve que de la même manière dont on l’acquiert. Pour la garder, ‘il faut la reconquérir con- : stamment ; l'âme paresseuse perdra bientôt le souvenir | qui pouvait lui en rester. Ici encore éclate la perfection

1 A \ VAE , A RAT. 3 ” any

sep dv Éyn, dolnaetat aüté nat Os QÙx ÉYEL, Ait O ÊXEL aproetau 4x ”adroù. (Marc IV, 25.—Voir les beaux développements de Neander sur ce sujet, Vie de Jésus, I, 145-148.)

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